DIX PROVINCES AU MIDI
Nakhon- Khueti' KMn ou Pakhlat, Samuthaprakan ou Pak-Nam, Xalaburi ou Bang-Plasoi^ Rajong, Chanihaburi ou Chanthabim^ Thung-Jai, Phetxaburi ou Phiphri^ Xumphon, XaijUy Xalàng ou Salâng.
Outre ces quarante et une provinces, gouvernées chacune par un phaja ou mandarin de premier Qj;dre, il y a encore une vingtaine de provinces du second et même du troisièmja ordre, auxquelles
sont préposés des mandarins d'un ordre infé*> rieur.
Je vais décrire les provinces que j'ai visitées, en donnant une relation abrégée de mes voyages; ce qui donnera une idée suffisante de celles que je ' n'ai pas parcourues.
Le 20 décembre 1838, je m'embarquai à raidi sur une petite barque de six toises de long sur une ; et demie de large. Nous descendîmes la rivière l'espace de quatre lieues, ayant à droite et à gauche
de vastesjardins sans interruption, et nous passâmes
devant Pakhlat, ville de 7,000 âmes, où il y a un j gouverneur. Sur les deux rives sont deux belles forteresses bien garnies de canons, mais gardées par un bien petit nombre de soldats.
La population de Pakhlat est de race pégouane ; elle fournit à Bangkok le bois de chauffage et les feuilles d'une sorte de palmier pour couvrir les maisons; elle s'adonne aussi à la culture du riz et des jardins. Un peu au dessous de Pakhlaty nous trouvâmes des plantations de cannes et quatre fabriques de sucre. Le soir nous vînmes jeter l'ancre devant la 'grande douane de Pak-Nam, qui est à l'embouchure du Më-Nam. Cette ville, de 6 à 7,000 âmes, a trois belles forteresses, une sur
lue rive, et la troisième au milieu, dominant Irée du fleyve. Une partie des habitants se liit à la pêche, l'autre partie exploite les forêts l'arbre appelé Samë, qui bordent les rivages de ner ; le bois de cet arbre est excellent pour l'u- B domestique, en ce que son charbon, une fois imé, ne s'éteint pas; En cas d'alerte, tous les hamts sont soldats, et doivent aller garnir les foresses qui, ordinairement, sont presque désertes. Partis de bon matin delà ville de Pak-Nam, nous ivoyâmes presque tout le jour, parce que le it n'était guère favorable, et le soir nous atteitmes la première île, appelée Si-Xàng, Cette île, i peut avoir sept à huit milles de tour, est haéepar une centaine de familles siamoises et chiises. On ne peut y aborder que par le côté qui jarde la terre ferme. On va y jeter l'ancre dans e charmante petite rade à bon fond. Partout leurs, l'île est comme flanquée d'une muraille turelle plus ou moins haute, formée de rochers arpés, excavés, raboteux, présentant les aspects plus bizarres. Ayant eu occasion d'aller à re, je vis que ces rochers n'étaient que comme B croûte extérieure, qui recouvre un beau irbre à veines blanches^ rouges et bleues, Wr
quel, dans certains endroits, le flux de la mer 9.
donné un poli aussi beau que pourrait le donnée la main de l'homme.
Quant aux rochers excavés et inaccessibles donf j'ai parlé, chaque excavation un peu profonde es^ la retraite d'une espèce 'd'hirondelle de mer qnij élabore tous les trois mois son nid merreilleu^ substance gélatineuse tant recherchée des gourmetg de la Chine et des Indes. Ces nids, composés ^ filaments entrelacés, se vendent jusqu'à 160 frapcs la livre. Aussi, avec quelle ardeur les habitants nu vont-ils pas à la recherche de ces nids précieux!^ Du sommet des rochers, ils se font suspendre ^ des cordes, et scrutent toutes les excavations pour faire leur récolte. Quelquefois il arrive qu'apri» que les nids sont montés en haut par le moyeq d'une ficelle, celui qui tient la corde, poussé ag crime par l'appât de l'argent, abandonne la corde et s'enfuit avec son trésor, tandis que son infor^ luné compagnon roule, .plonge et disparaît dai» l'abîme des mers. Sur les côtes de Siam, il y ft plusieurs îles productives en nids d'hirondelles.
Un talapoin, que je vis à Si-Xàng^ m'indiqua une petite île voisine comme abondante en beaux cristaux de roche^ blancs, jaunes et bleus; il nae
iil aussi qutî les montagnes de la terre ferme proches de la mer recelaient des eaux thermales ît des mines, dont les échantillons me parurent adiquer des mines de cuivre.
Partis de Si-Xàng pendant la nuit, nous loneàmes la terre ferme, ayant à droite une foule 'lies qui, pour la plupart, ne sont pas marquées or les cartes. Ko-Kram est renommée par la loantité de tortues de mer qui viennent déposer eurs œufs dans les sables.
KfhSamet est une tle assez considérable où il f a des puits d'eau douce, et même un étang assez rasle et poissonneux. Néanmoins, il n'y a pas Tautres habitants qu'une famille de douaniers, lesquels furent obligés de s'enfuir dans les bois Tannée passée, à l'apparition des pirates malais, pi vinrent piller cette douane isolée. Cette île paraît très-fertile ; elle est remarquable par la beauté des coquillages qui fréquentent ses bords. On y trouve aussi de gros blocs de quartz, dont les fiswrcs sont garnies de cristaux de roche d'une trèsbelle eau.
Le troisième jour de notre navigation, nous aperçûmes de loin le lion colossal qui est à l'embonchure de la rivière de Chanthahuri. Ce^V. wwç!
curiosité naturelle très- remarquable. Elle préseoi l'aspect frappant d'un lion couché sur le ventre la tête, la crinière, la gueule, les yeux et les oreilles^ rien n'y manque. Mais, à mesure qu'on approcha l'illusion disparait peu à peu, et Ton ne voit pb qu'une masse de rochers informe.
Après avoir passé la douane et un petit fort qd j est à l'embouchure, nous remontâmes la rivière,' ne voyant rien de remarquable, si ce n'est qo arbre fort singulier, bordant les deux rives ; ses racines fourchues s'élèvent hors déterre, et forment comme une espèce de trépied assez haut, qui soutient le tronc. On l'appelle kong-kang.
C'était un samedi au soir: les barques deschri' tiens annamites qui revenaient de la pèche notf ayant rencontrés, s'arrêlèrent au nombre d'uM vingtaine, et le dinianche matin, au lever de rau* rore, toutes ces barques se rangèrent en avant, d tirèrent la nôtre en ramant et criant en cadence* Bientôt des musiciens vinrent se joindre au cor"" tége, et nous arrivâmes ainsi comme en triompha à Clianihaburi, où Ton nous reçut au son des c\(y ches et des tambours. La chrétienté est composé^ de l ,000 âmes.
Chonlhithuri est une petite ville d*envîi-ar
OOO habitants, Siamois, Annamites et Chinois* le a un marché, une fabrique d'arak et plusors pagodes. On y construit des barques de iutes grandeur, vu la facilité d'amener les bois s montagnes pendant les grandes eaux. Le comlerce d'importation se fait par une douzaine de inques chinoises qui Tiennent y vendre chaque nuée diverses marchandises de Chine. Le corn* oerce d'exportation est bien plus considérable ; es principaux articles sont : le poivre, le cardu* nome, la gomme du Camboge, le bois d aigle, les )eaux d'animaux, l'ivoire, le sucre, la cire, le (a^ Dac, le poisson salé, etc«
Les habitants de la province de Chanthabun lont presque uniquement occupés de la culture des terres; les principales productions, outre les l^écédentes, sont : l'arachide qui produit les pis-taches de terre groupées à ses racines; on en fait de la pâtisserie et de la très-bonne huile ; les pa^ Utes, les ignames de plusieurs espèces, les cocos, n^ues, dourions, jaccas, mangues, et le café {bâté dernièrement par ordre du roi de Siam ; il yréuasit bien, et j'en ai bu d'excellent chez le gouteroeur. 11 y a une foule de fruits bons à manger qui naissent naturellement dans les boift, Jeiv'^vv
citerai qu'une espèce qu'on a^eite kBèf9k; t^BÀ une amatidè «atiT&gè, mais trè^dhtte, fruit d'Ut grand arbre et qiM éù produit àbôAdiiaiiDeïkt;
La gomme ée Gatâboge se tire par incïsîon û'i arbre qu'on ne trouve que date les iMiiltes foi on susjpend un bambou à cet Atbrè ; ifèlBiAd il M plein, on le retire, lé suc se durcit^ puis on ^CÈM le bambou et on a la gomme en bâtons. ^
Le cardamome est le fruit d'une plante haiitt*^ d'une coudée, plus ou moins, laquelle donne di ^ fleurs groupées au sommet de la tige, d'où prt» viennent des fruits trilobés d'une saveur très-art* matique et piquante. Le bois d'aigle (ainâ appdi = à cause de sa couleur) est tacheté de noir comme le plumage de l'aigle. Il a une odeur délicieuse él parfumée, surtout quand on le brûle; il entic dans presque toutes les médecines siantoises et l'expérience prouve qu'il est d'une grande utilité^ Or, voici comment on se procure le bois d'aigle'} il n'y a qu'une espèce d'arbre qui en contienne; ceux qui vont le chercher doivent être mûhis de scies, de haches et de ciseaux de diverses formes. Quand, à certains indices, ils ont reconnu que tel arbre en a^ ils l'abattent, le scient par morceafni ou tronçons qu'ils déchiquètent avec le plus grand
n, rejetant tout le bois blanc, et ne gardant que noir qui est le véritable bois d'aigle, qu'on obnt sous des formes très-bizarres; ainsi préparé, se vend douze francs la livre. Chaque famille de irétiens est obligée d'en payer au roi un tribut iDuel du poids de deux livres.
Les habitants des bois font la chasse aux tigres, mrs, rhinocéros, buffles, vaches sauvages et aux )er6. La manière dont ils viennent à bout du rhilocérofi est fort curieuse : quatre ou cinq hommes iennent en main des bambous solides et dont la date fort aiguë a été durcie au feu. Ils parcourent, insi armés, les lieux où se trouve cet animal, en oussant des cris et frappant des mains pour le lire sortir de sa retraite. Quand ils voient ranimai irieux venir droit à eux, ouvrant et fermant alterntivement sa large gueuie, ils se tiennent prêts à e recevoir en dirigeant droit à sa gueule la pointe le leurs bambous, et^ saisissant le moment favo- >^, ils lui enfoncent l'arme dans le gosier et PMque dans les entrailles avec une dextérité sur- ^2U3te^ puis ils prennent la fuite à droite et à Sttche. Le rhinocéros pousse un rugissement ternUe^ tombe et se roule dans la poussière avec des otovukions affreuses^ tandis que les audacÂMiiL
chasseurs battent des mains et entonnent un c] de \ictoire, jusqu'à ce que le monstre soit éf par les flots de sang qu'il \omit ; alors ils vont chever sans crainte.
Pour la chasse des autres animaux, ils se vent des armes à feu ; mais quelquefois ils p nent les cerfs et les chevreuils au filet, ce qu fort amusant. Après avoir fermé toutes les is avec de forts filets, ils mettent le feu aux brous les, et ceux qui veillent aux filets reçoivent à c de massue les bêtes épouvantées et les assomnc
Le poisson abonde sur les côtes maritime ChanthabîirL Dans la rivière, la pèche est peu abondante, si ce n'est celle des cancres c fourmillent et sont la nourriture la plus comn du peuple ; ils les pèchent à la ligne, et un et peut en prendre ainsi jusqu'à cent par jour. Q à la pèche en mer, elle se fait de trois mani i^La pèche aux squilles ou petites crevette mer, se fait avec une senne de soie à mailles i fines. Ces crevettes broyées avec du sel constit le kapi, ressource immense pour les sobres mois. 2"* La pèche avec des sennes qui € loppent le gros poisson et qu'on tire par les bouts sur le rivage. 3"" La pèche avec la »
flottante dont je parlerai au chapitre siidème.
L'aspect de la province de Chanthaburi est des plus agréables ; au nord la vue est bornée par une montagne très-haute, qu'ils appellent la montagne des Étoiles, parce que, disent-ils, ceux qui parviennent au sommet y voient chaque étoile aussi grosse que le soleil. (Ce seul trait vous en apprendra assez sur l'ignorance des habitants. ) Cette montagne, dit-on , contient beaucoup de pierres précieuses.
 l'est s'étend jusqu'à la mer, comme un vaste rideau, une autre montagne un peu moins haute, qui a environ dix lieues de long et près de trente de circonférence, appelée Sabab. Le pied en est arrosé par plusieurs rivières et ruisseaux considénibles, le long desquels sont des plantations de poivre. Il est certain que cette belle montagne recèle des mines qui n'ont pas encore été exploitées. L'irrigation des plantations de poivre se fait au moyen de roues, composées d'une multitude de bambous inclinés qui puisent l'eau en montant ^ la versent par côté en descendant.
Al l'ouest s'élèvent plusieurs rangées de collines dont quelques-unes sont boisées ; les autres, ainsi que les vallées, sont d'immenses jardins de manguiers, cocos, aréquiers, dourions, jaccas, etc..
OU des plantations d'arachides, de tabac et Gannei à sucre. Sur la première colline, qui est eiiTlroni deux lieues de Chanthaburi et à une portée ik fusil de la rivière, on a bâti un fort immense M* touré d'un fossé profond. C'est dans ce fort qaek gouverneur et les principales autorités résidèot La base de cette colline est presque toute fonnéH de concrétions ferrugineuses, et le sol supérieur Mt d'un rouge de sang ou purpurin, au point qu'^M peut l'employer pour la peinture.
A partir de ce fort, après avoir traversé dam petites collines, on arrive au pied d'une montagM célèbre à Siam, nommée la montagne des Pierre» précieuses ; et ce n'est pas à tort qu'on lui a donné ce nom , car elle en recèle vraiment en abondance. Les pierres qu'on y trouve principalement sont : la topaze, le grenat, Faigue marine, le rubis et le saphir. Deux autres collines voisines sont également riches en pierres précieuses, et j'en ai trouvé moi-même plusieurs à fleur de terre.
Quant à la plaine de Chanthaburi, dont la la^ geur est d'environ cinq à six lieues et la longueui de douze lieues, elle est très-basse et inondée pai la marée, dans sa partie méridionale , puis elle s'élève peu à peu de dix à vingt pieds au desBU(
Yea^ pdoyen de la rivière ; elle est arrosée usi^urs canau)^ naturels et cuisseaux q^i l^^ sent. Chaque sonnée, au fort des pluies, la ^ 4.ébor(l^ et iaopde la plaine pendant une ux «emain^t l^ culture du rjz y est assez ;ée, aussi 1^ réçQlte suffît-ellç à p^ine pour étants (le la province ; plus des deux tiers plaine sont occupés par des banibaus si^uet autres ar]t)res 4^s bojs, pirovince de J^^ng-Jai> qui est à l'orient de hc^ur}f abqndei comme pelle-pi, en car4a- 1, bois d'aigle, gomme de Camboge, poivre, et autres productions pr^cieusps. Lfi ville 46 hjfai pst habitée par 4,000 Siamois pu Chiresque tous coqimerçants ; un petit oonfibrp e eux se livrent à la pêche qui est tr^- ^te sur lesi pôtes. Dans le Toisinage squt irs Qes hiep boisées dppt la principale est Wg (l'île 4ps pléphants), qu'pp di^ être iu- 4^ tigres; ses hautes montagnes Iqi dpn- D air piajestueux, et c'est W^ lipu de relàph^ outes les barqyes qui visitent pes paragesi iieven{^nt d^ ÇImntkaburiy je m'arrêtai |k h'Soi, situép 9u pied 4es collines, au fpufl baie extrêmement poisson^eusp ; aussi 1^
pêche^y est d'une abondance incroyable ; en trayersant le marché, on ne voit que des monceaux de poissons de toute espèce, et pour un fuang (environ sept sous), j'en avais assez pour nourrir pendant un jour les quinze personnes qui étaient avec moi. Les habitants, au nombre de 6,000 Siamois et Chinois, sont tous marchands ou pêcheurs. Celte province est très-bien cultivée et très-fertile ; elle produit du riz, du sucre, du tabac excellent, des fruits et des légumes en abondance; elh possède aussi de vastes salines et des mines inépuisables de coquillages que les Chinois exploi tent pour faire de la chaux.
Après avoir visité tous mes chrétiens dispersé dans les plantations de tabac et de cannes, pre nant une barque à rames plus longue et plus légère, j'entrai dans le fleuve de Bang-Pakông que j remontai une douzaine de lieues, et j'arrivai à l ville de Pëtriu, défendue par une citadelle oi réside le gouverneur. La population , dispersée 1 long des deux rives, peut monter à 10,000 âmes Toute la province, qui est une plaine immense consiste en rizières, en jardins et en plantations d cannes à sucre. Elle compte une vingtaine de su creries toutes tenues par des Chinois. Je loge^
queigues jours chez un Chinois chrétien, chef d'une sucrerie, de sorte que je suis à même d'en faire uoe courte description. Sur le bord du fleuve, on Toit deux ou trois piles ou monceaux de bûches qui s'élèvent à la hauteur de quinze à vingt mètres; à côté, se trouve un hangar rond où deux buffles font tourner en sens contraire deux gros cylindres de bois de fer qui écrasent les cannes ; le suc coule dans un puits de maçonnerie. Par derrière, est un énorme fourneau en briques lequel ressemble à une tour. Dans la partie supérieure du fourneau sont trois grosses barres de fer sur lesquelles reposent trois énormes marmites unies entre elles par une maçonnerie. C'est dans ces marmites , qu'à l'aide d'un feu d'enfer, on ivapore le suc de cannes qui, parvenu à une cuisson convenable, est versé dans des cônes en terre. Le lendemain, on fait écouler la mélasse; on purifie par de l'argile détrempée , et on obtient une cassonade très-blanche. La recuite des mélasses et des écumes produit encore une bonne quantité de sucre brun. Enfin, la mélasse est envoyée aux fabriques d'arak ou se mêle à la chaux dans les constructions. Les puits de mélasse sont en plein air ; aussi les lézards, les rats et les cra-
pauds y Tiennent trouver la mort et 8*y con^ n grande quantité. Deux grands hangarSi de eîiH quante mètres chacun , suffisent non-fieulemegj pour contenir tout le matériel de la fabriqua^ mais encore pour y loger les deux cents ouvrieit qui y sont employés. Ce fut dans un de ces bu*. gars que je célébrai les saints mystères en présaiei^ de deux cents néophytes qui, presque tous^ coniinii^ nièrent et reçurent le sacrement de confirmation* De là , je remontai le fleuve et , laissant II branche qui vient de Test, je pris celle qui vieil du nord. La quantité innombrable d'oiseaux aqui? tiques qui bordaient les deux rives amusaient bien mes gens qui en tuèreut un bon nombre. La nuiti nous nous arrêtâmes à un petit temple désert auprès duquel on fît cuire le riz. Ëtant entré avec une torche dans ce petit édifice, je fus surpris et presque effrayé de le voir remph d'énormes tôltf de crocodiles ; j'en mesurai qui avaient près d'un mètre de long. Le lendemain, syr le soir^^, nous arrivâmes à Korajok. Cette ville, d'environ 5,000 âmes, est située au pied de hautes montagnes, sur les bords d'une jolie rivière qui est encore navigable à deux journées au dessus. Elle est habitée par des Lao et quelques Siamois qui cultivent k
et tirent de }eurs forêts différentes productions ils vont y^p4re à fiangkok. J'étais venu pour idef }eurs dispositions envers la religion ; j'ér ^ dpnc çur Ip rivage une optique et quelques très puriosité§. Il n'en £ailli|t pas davantage pour irer la foule qui se pressait pour voir le palais j Ti|ileries, Saint-Pierre de Rome et autres vues ignifiques qui excitaient au plus b^ut degré leur niration. Cependant plusieurs feqiin^es m'apliaient du riz, des poissons et des fruits comme ur me remercier de leur avoir montré de si lies choses. Enfin, les principaux chefs m'invient à monter chez eux, m'offrirent Tarée , le !je| et le cigare, et m'accablèrent de quesm, ce qui me donna occasion de leur prêdier religion chrétienne. Alors, ils m'engagèrent à )ir m'établir au milieu d'eux ; je leur répondis e ne pouvant venir moi-même, j'enverrais quele autre à ma place. Le lendemain je pris congé lUx ; je descendis la rive jusqu'au canal qui fait nmuniquer les deux fleuves. Malheureusement 08 fûmes obligés de passer une nuit dan^ ce lal où nous fûmes dévorés par des nuées de N^stique^; toute la nuit fut employée à se battre ^ eux. Quel suppUce de ce sentir sucer le sang
de toutes les parties du corps par des myriade d'insectes ailés dont la piqûre venimeuse fait en fler la chair et cause un prurit insupportable! 0 fourmillent dans cet endroit, parce que c'est une plaine marécageuse et inculte où les herbes pou^ rissent dans Feau. Le lendemain matin, la barque était jonchée de ces moustiques que nous avions tués pendant la nuit ; on aurait pu en remplir deux boisseaux. Enfin, nous arrivâmes à Bangkok exténués et n'ayant presque plus de sang dans les veineB.
VOYAGE DANS LES PROVINCES DU mLOSJS ET DU NORD.
Parti de Bangkok \e 10 janvier 1834, je remontai le fleuve Më-Nam et , après trois heures d( navigation, j'arrivai à Talat-Khuâfi, petite ville de 5,000 âmes, où il y a une longue file de boutiques sur des radeaux; les deux rives du fleuvi sont garnies de maisons avec de vastes jardin sans interruption depuis Bangkok. Deux lieue plus haut, la rivière fait un grand contour qu personne ne suit ; on entre dans un canal d'un demi -lieue de long dont les deux rives son habitées par une peuplade de 6,000 Pégouans qui cultivent les jardins et fabriquent de la po
terie grossière ; c'est la ville de Pak^Tret qui a ^ m gouverneur, une douane, des boutiques flottantes et de très-jolies pagodes.
Au-dessus de Pak-Tret^ les villages se succèdent sur les deux rives presque sans interruption pendant l'espace de six lieues; après quoi on rencontre une autre ville pégouanne de 4,000 âmes appelée Sam-Khôk, dont l'industrie consiste à faire des briques de toute djmension, tant pour vendre que pour payer le tribut au gouvernement.
Là finissent les jardins et s'ouvre la vue des campagnes immenses qui n'ont d'autres bornes que Thorizon. Le riz est presque l'unique production de cette province ; les étangs naturels parsemés dans la campagne abondent en excellents poissons qai attirent une foule d'oiseaux aquatiques.
A cinq lieues au dessus de Sam-Khôk est un confluent; on prend à droite, et, après avoir dépassé quatre îles qui se suivent presque, on arrive à un ^age qu'on appelle Navire-Englouti. En effet, quand l'eau est basse, on voit encore au milieu du fleuve le bout de l'énorme mât d'une somme chinoise, qui s'y trouve engloutie depuis un siècle. A partir de là, en voyant les pyramides des pagodes noircies par le temps s'élever dans les nues, des
qrbres séculaires et majestueux couvrant ()e legf vaste ombrage des ruines imposantes, op a le pre^ sentiment que l'on approche de cette fameuse çîtén autrefois upe des plus opulentes de l'Orient. Aux environs de Jutliia le fleuve se divise en quai)t}tj|:j de canaux, au point qu'il est facile de s'y égareFn Ce qui était proprement dit la cité est une île trois lieues de tour, dont la forme ressemble assjoi ^ à une bourse chinoise. J'ai parcouru en tous seqa les vastes ruines qui couvrent la surface de cette ile ; les plus remarquables sont celles du palais et des pagodes royales, où sont encore des statues co^ lossales de cinquante à soixante pieds de haut; l'intérieur de ces statues est en briques et Texte* rieur est d'airain d'une épaisseur de deux doigts environ. Selon les annales de Siam, une de ces statu€|S fut fondue avec vingt-cinq mille livres de cuivre, deux mille livres d'argent et quatre cents livres d'or. Les murailles sont toutes bouleversées, et cet immense monceau de ruines est couvert de broussailles impénétrables et ombragé par d'an*tiques peupliei^ d'Inde, asile des chats-huants et des vautoui's. Ces ruines recèlent de grands trésors enfouis lors de la prise de Juthia-; on y fouille continuellement et presque toujours avec succès.
i nouvelle vUle ast tout autour de rancianna cité ; e a deux rangées de boutiques flottantes et une pulation de 40,000 âmes composée de Siamois, [inoiSi Lao et Malais. La province de Juthia est. trêmement fertile en riz et abonde en poissons cellents. À une lieue au nord de la ville, au miu de la plaine, s'élève un édifice majestueux 'on appelle la Montagne-d'Or, bâti en 1 387 de itre ère. C'est une immense pyramide carrée environ quatre cents pieds de haut ; chaque fadd a un bel escalier par où l'on monte à de larges leries qui régnent tout autour. Quand vous êtes rvenu au troisième étage, vous avez une des as belles vues qu'on puisse imaginer. Â cette uteur, il y a quatre corridors qui conduisent ns l'intérieur du dôme, où une grande statue rée de Buddha, élevée sur un autel, a pour cor- ||e et adorateurs des millions de chauves- sou ris, i l'arrosent continuellement de leurs fétides ex- ^nts, et font, en voltigeant jour et nuit, nn nage ou plutôt un vacarme infernal. Le dôme, ii est d'une architecture admirable, s'élève encore dessus des galeries de cent cinquante pieds et se pmiue par une belle flèche bien dorée.
Au sortir de Juthia, en remontant la principale
branche du Më-Nam, le riyagcf commence à s'élever insensiblement, et, pendant la sécheresse, on rencontre çà et là des bancs de sable où les gromi barques ont de la peine à trouver un passage. Ea général, les bords du fleuve sont garnis dejoli^ touffes de bambous et parsemés de nombreux viï^lages. À dix-huit lieues au nord de Juthia, nou^ trouvâmes une petite ville de 2,000 âmes, appelés^ Ang-Thong (la cruche d'or). Le gouverneur, auqu^. j'offris une paire de lunettes, me reçut amicale-* ment, appela ses douze concubines pour me donner un concert de voix et d'instruments, et fit poi^ ter à ma barque de la chair de porc, du poisson^ des gâteaux et des fruits. Celte province abonde en riz et en poissons; elle produit aussi un peu de sucre qu'on coule en petites tablettes tondes.
A une bonne journée au nord, je m'arrêtai à une autre ville appelée Mùang-Phrom^ dont la populft* lion siamoise et lao est de 3,000 âmes. De là, on a une très-beile vue des montagnes qui sont à Test, à la dislance de dix lieues. Ce fut dans une pagode aux environs de cette ville que, dans la chaleur d*une dispute sur la religion, mon catéchiste ayant eu rimprudence de dire que Buddha était en enfer, les talapoÎDs, furieux, s^armèrent de briques
allaient nous lapider; mais je parvins à les user, en grondant vertement le pauvre homme, e je renvoyai à la barque.
k cinq lieues plus haut, le fleuve forme à droite e branche qui court au sud-est et va baigner les irs de Nophaburi. Un peu au dessus de cet emmchement est située une petite ville toute chiise, où il y a une fabrique d'arak ou eau-de-vie riz. Six lieues plus haut se trouve Mûang-In^ le siamoise et lao de 4,000 âmes, siège d'un iverneur ; elle est d'une longueur interminable, js les habitations sont assez clairsemées parmi touffes de bambous ; on y cultive le riz, le bétel, coton et la canne à sucre, i partir de là, les rivages sont garnis de banlbous ivages ; le terrain change d'aspect ; il est mêlé de ins de mine de fer en quantité ; au lieu de bancs sable, on ne rencontre que des bancs de cail- X ; les pélicans nagent par troupes dans le fleuve, . devient plus rapide ; on aperçoit à trois ou itre lieues les collines des Trois-Rois, qui termiit la grande plaine de Siam ; elles sont bien boi- % et abondent en gros arbres résineux, qui foursent le goudron dont on fait les torches, ^près avoir remonté dix lieues au dessus de
— yo —
Muang-Itif poys am\àme$ à Xainât^ pçUle iriU de 3,000 âmes, siège d'un gouveraçur. Les halM tants cultivent le riz, le tabac, le bétel, le col fabriquent des torches et composent d'iniiwçi radeaux de bambous sauvages qu'ils vont ven4l Juthia ou à Bangkok dans la saison de$ plui^^ bambous sauvages ont un grand avautsige sur qu'on cultive, en ce que l^s vers pe les attaqi pas. Ce qu'il y a de plus remarquable à Xai\ c'est unç antique pagode royale décorée de 6j et d'anciennes statues fort curieuses. Du côt^ l'est, pn aperçoit une chaîne de montagnes dpnt 1^ plus proches sont garnies de bambpus fins ^t 4^ cats guère plus gros que le poucp, et qui servept If une Ibule d'usages.
En remontant à quinze lieues au dessus ^ç ^M« nàl, on arrive à Thàr-Sung^ petite vil)e çhinoisf; ^% tuée à l'embouchure d'une rivière qui vient d| couchant. Les Chinois y ont une fabriqua 4'^lil( et une douzaine de fourneaux ou ils foQ(}eQt lei minerais de fer qui abondept ^ux environfi. I4 fonte qui provient de ces fourue^uid non-^seul^ ment suffit aux besoins du royauuie, inajs ençQjTf est un objet considérable d'exportation.
Comme j'ftvçis Tiptention d'aller jusqu'au Lao.
éne m'arrêtai qu'un jour à Thà^ung et contiouai na route vers le nord, et, après avoir passé la petite iUe appelée Uuàdëny j'atteignis Nakhon-Savdn ville du Ciel) à vingt-cinq lieues au nord de Thàhing. Au couchant, à la distance de dix lieuesi 'élève majestueusement une haute chaîne de Bontagnes appelées Khâo-lmng (montagnes loyales)» dont la direction est du nord au sud, ^Ukhon-^avdn est une ville très-ancienne et ce- Ibre dans les annales de Siam ; mais aujourd'hui s'est bien peu de chose ; elle est dominée, à Testi ivx des collines dont la plus voisine a son sommet Mme d'une belle pagode. Cette province est près* ]lie déserte ; les crocodiles viennent dormir la a[tteule béante sur le rivage, ce que je n'avais pas Mcore remarqué ailleurs.
A trois lieues de Nakhofi-^Savâriy le fleuve se [Mirtage en deux branches; celle qui vient du nord- MMist coule avec impétuosité et fracas sur un lit de gros cailloux ; celle qui vient du nord-est au contiaire est une eau dormante, profonde et silen** dm^ Ce fut par cette dernière branche que nous ooatinuftmes notre route. Les deux rives sont gar-* Vi^ de forêts impénétrables. Si l'on tire un coup dâ fusil, les crocodiles mugissent sous les eaux» les
singes se répondent par des cris lamentables, Im éléphants font entendre un bruit comparable aa tonnerre, et le voyageur est saisi d'effroi. Ayant rencontré un canal qui paraissait très-poissonnemi j nous y pénétrâmes pour jeter Tépervier; mail deux énormes crocodiles qui dormaient se réveïlèrent et firent mine de s'élancer dans notre barqi ce qui nous engagea à rebrousser chemin au pi tôt. Nous faisions donc route en silence dans affreuse solitude, lorsque nous entendîmes tout coup des cris confus et un vacarme épouvantable bientôt nous aperçûmes une multitude de gran barques ornées de pavillons, de panaches et que de paon , garnies de soldats en habits rougeSi' armés de piques et hallebardes, descendant larivière avec la rapidité de l'éclair. Nous comprima de suite que c'était le prince talapoin (aujourd'hui ] roi do Siam) qui revenait de son voyage au Lae, : où il était allé revêtir de feuilles d'or lephrorfângy c'est-à-dire un arbre énorme de sapan ou campêche très-vénéré par son antiquité. Vite les rameurs de s'agenouiller et moi de me blottir dam la hutte de ma barque pendant te passage de Son Altesse, qui n'eut pas le temps de me reconnaître. Pendant cinq jours nous ne rencontrâmes que
)is villages, et nous atteignîmes enfin Phit^Salôk. stte ville, dont la fondation remonte à plus de nnze cents ans, a été assez longtemps la capitale 1 royaume de Siam ; elle a été détruite et rebâtie usieurs fois; la ville actuelle n'a guère que ,000 âmes, Siamois, Chinois et Lao, dont la prinpale occupation est de couper les arbres de tek, K disposer en radeaux, et, dans la saison des irîes, les faire flotter jusqu'à Bangkok. Dans les ivlrons, les Chinois surtout font de grandes antations de coton et de tabac d'une excellente lalité.
Comme je continuais ma route au nord, voilà te je rencontrai le roi d'un état lao appelé Muang^ in, qui descendait la rivière avec plusieurs ra-> aux de bois detek. Je me décidai à lui faire Hte dans son palais flottant ; il était entouré de I: nombreuses femmes, vêtues de jupes de soie \j portant des bracelets d'or et autres orne* I. le lui offris un verre ardent et quelques rd^eau de senteur qu'il donna de suite à ses i; de son côté il m'offrit une douzaine de de dre, me fit servir le thé, l'arec et le béi. Cependant nous entrâmes en conversation, et juud il snt que j'allais dans son pays : « Je vais &
Bangkok, dit-il, pour deux ou trois mois; alto mon retour, et je vous emmènerai atec moi mes États ; je vous donnerai une pagode, et nous prêcherez la religion de» fatangs ^a relij des chrétiens). » Je lui fis mes nemerctemeatef I nous nous quittâmes en nous donnant une ^| de main comme deux bons amis.
Cependant mes gens, qui étaient déjà fort nuyés, apprenant qu'il fallait attendre là deux trois mois, se mutinèrent et me déclarèrent fôi lement qu'ils ne voulaient pas rester ni même tinuer le voyage, de sorte que je fus obligé àé noncer à mes projets, et le lendemain matiti ni redescendîmes la rivière. Le 7 février 1834, étions de retour à Mùatig-Phrom. Là, mes profitant de l'occasion d'une barque chrétienn^l s'en retournèrent à Bangkok. Je ne gardai aver^ moi qu'un jeune homme de bonne volonté ;jïî confiai ma barque aux Lao, avec qui j'avais Iw connaissance en venant ; on chargea mes effets MP des bœufs, et, nous dirigeant à l'est à travers fr plaine, nous vînmes coucher dans une salle au nfr' lieu de la plaine. Le lendemain, nous arrivâmes au pied des montagnes, et j'allai m'installer danste maison du chef d'un village lao qui me reçut vo-'
lUere. Voyattl qu'il n'y avait ni pagodes \\\ lalains dans ce yiilage, et que d'ailleurs les habitants MdMaient biéti disposés envers la religion chré* Mne, je résolus de m'y fiicer. Tous les enfants et i jeunes gens m'ayanf offert leurs services, en Étif^ joTirs ma petite chapelle de bambous fut hevéë. Là, tous les soirs, se faisaient des instruc-
ks suivies de là prière; le jour, j'allais dans les
5, visiter les villages voisins.
A trois lieues de l'endroit où j'étais, sur un bras I Seuve et au pied de montagnes très-pittoresques,
L située une ville célèbre appelée Nophaburi, lée l'an 600 de notre ère, et qui fut longtemps Ipitale d'un petit royaume. Si l'on en juge par les mes de ses murailles, de ses palais et autres édiices, et par le grand nombre de ses pagodes encore ldK>ut, on est convaincu que c'était une ville pomleuse, riche et puissante. J'allai visiter le palais hi fameux Constance, qui parvint à la dignité de premier ministre en 1658 ; on y voit une jolie pelite église chrétienne ; l'autel à colonnes cannelées rt dorées est surmonté d'un baldaquin où est écrit fli lettres ti'or : Jésus hominum salvator. Les tahpoins ont placé la statue de Buddha sur cet autel et sont venus s'installer dans les appartemeuts de
Constance ; mais, d'après le rapport des paiea^ ^^ mêmes, autant il en venait, autant il en mov^ de sorte qu'aujourd'hui ils ont définitivement! donné le poste. Avant la ruine de Juthia, les! de Siam faisaient leur résidence à Nophaburi dant l'inondation, et s'y divertissaient surtout chasse aux éléphants. Les collines des environs i plantées d'ates (ou fruits du corossol écailleux) et] bananes excellentes; dans les montagnes aboni gibier de toute sorte ; la rivière et les canaux fc millent de poissons qui allireul des nuées de cans, de canards sauvages, de cigognes, de h^ et autres oiseaux aquatiques ; la piaine fertile' couvre de belles moissons de riz, en sorte qu'^ peut appeler cette province un pays enchantei où régnent la gaieté et l'abondance.
Au moment où j'allais recueillir déjà quelqi fruits de mes instructions au milieu des Lao, voilk 1 que, le 26 février, quatre émissaires du gouverneur vinrent me prendre et m'emmener à la vilh où, après avoir subi un long interrogatoire devant le mandarin et les juges, on me signifia que» lo les circonstances de la guerre entre Siam et la Co« cbinchine, un étranger ne pouvait pas rosier dam la province.
Jfi fiis gardé en prison pendant deux jours , ^quoi on me fit partir sous une escorte de ifre soldats qui se relevaient à chaque village ,
0 me ramena tambour-battant jusqu'à Mùangw, où j'arrivai à rentrée de la nuit, exténué im et des fatigues d'une marche forcée. Le îrneur de Muang-Phrom, après avoir lu la
d'avis de celui de Nophaburi, s'écria : « À M bon arrêter ce prêtre inofifensif ? Geôlier ! visiter sa barque , s'il n'a pas d'opium ou tre denrée prohibée par les lois, qu'on le sse aller en paix, » Le geôlier ayant fait sa , je fus mis en liberté et je redescendis à ^kok^ attaqué d'une pleurésie qui faillit m'em« r.
i 1*' du mois de juin 1843, je partis de Bang^ )our aller faire la visite des chrétiens chinois irsés dans les provinces de l'ouest, en suivant mal bordé de jardins des deux côtés l'espace uit lieues; après quoi nous débouchâmes dans aste canal creusé de main d'homme et bien lé qui mène à Mahâ-Xai et Thà-Chin. Mahdest une petite ville qui n'a de remarquable sa forteresse située au confluent formé par le
1 et le fleuve. Thà-Chin, chef-lieu de la çro-
\ince, est une jolie ville de 5,000 âmes habitée surtout par des pêcheurs et des marchands; sapth^ sition, à deux lieues de la mer, est trè«-fiivortU|^ pour la pèche et pour le commerce; aassi esfr-eOif très-fréquentée par les jonques chinoises.
Après avoir traversé le fleuve, nous enfiU un canal sinueui qui se' dirige à Touest, et d( l'eau est salée. On est effrayé de ta solitude qui règne et de la multitude de crocodiles qu'on contre sur ses bords; mais, dix lieues plus loin^ scène change tout à coup; on débouche dans fxtK fleuve magnifique au milieu d'une belle ville fo^m puleuse et animée, qui a ses boutiques flottante^
de belles pagodes et des jardins superbes. La pi^- ^ pulation de Më-Khlong, qui est d'environ 10,OM âmes, est surtout composée de Chinois marchaads et pêcheurs ; les Siamois cultivent les jardins Cfà sont d'une fertilité prodigieuse. Au bas de la wSk on remarque aussi une grande forteresse qui dé" fend l'entrée du fleuve en cas d'attaque de la paît des ennemis. Outre ses plantations de poivre^iongy de patates douces, de raves, d'oignons, de méloB» gènes, de tabac, d'arec, etc., cette province pw sède encore d'immenses salines qui fournissent ds sel à tout le royaume.
)Dtant le fleuve Më-Khlongy toujours bordé itions el de jardins à la distance d'environ i»y nous entrâmes dans un petit canal qui «a, à travers une plaine immense trèslivée^ jusqu'aux cabanes de nos Chinois es, où je séjournai dix jours pour admi- 3s chrétiens et préparer au baptême une 5 de païens habitants d'un village voisin es Vingt''mille''Palmier8 , arbres majesséculaires dont le nombre a bien diminué hui.
de là le 13 juin au matin, nous remonicore le fleuve, et, sur le soir, nous attei- Ràpri, chef-lieu d'une nouvelle province, tifîée habitée surtout par des captifs camqu'on y a transplantés au nombre de six nille. Une chaîne de montagnes borde 1, à l'ouest, à la distance de quatre ou cinq e la ville : ces montagnes sont riches en 'étain ; mais les épaisses forêts dont elles Lvertes et les tigres dont elles sont infest un grand obstacle à l'exploitation de ce . Cette province est aussi très-fertile; elle beaucoup de sucre de palmier, et c'e^t de tagnes qu'on tire en abondance le sapau
ou bois de campéche dont on se sert pour teindra en rouge. !*,
Au dessus de Ràpri les rivages s'élèvent etdi viennent plus sauvages; le fleuve, plus rapide moins profond, roule sur des bancs de cailloux, les barques n'avancent qu'avec peine ; aussi faut* quatre journées de pénible navigation pour à Kanburi ou Pak-Phrëk, ville fortifiée, capitale la province la plus à l'ouest. Là le fleuve se tage en deux ; la branche qui vient de l'ouest coule d'une vallée habitée par les Karieng; gens de cette tribu exploitent d'abondantes mil de plomb. L'autre branche vient du nord à ti vers une vallée abrupte et sauvage presque inl bitée. Cette province fournit du sapan, du bois d0^
fer, des bambous fins et divers bois de construe^ tion. Les Chinois font de grandes plantations éit*^ tabac, d'ignames et de patates ; les autres habitanti cultivent le riz, vont à la chasse, à la pèche, font des torches, construisent des barques, coupent les bambous et autres bois; ils en composent de long! radeaux pour les faire flotter et descendre le fleuve au temps des grandes eaux .
Après avoir passé quelque temps à visiter et administrer mes bons Chinois, qui chargèrent ma
rque de poules et de canards, de viande de cerf, oeufs salés, de patates, ignames, bananes, tabac ; autres provisions, je redescendis le fleuve, et en tHs jours et demi je fus de retour à Thà-Chin, î j'arrivai le 18 juin au soir. Le lendemain ma- D, nous remontâmes le fleuve, et à peine avions - DUS parcouru deux détours, que nous trouvâmes ne centaine de singes qui faisaient leur déjeuner I attrapant les petits cancres logés le long du riige ; on leur jeta des bananes, qu'ils trouvèrent irt bonnes, et ils se les disputaient d'une manière . comique et si divertissante, que mes gens connuèrent de leur en jeter pendant un quart- 'heure, s'amusant à voir cette centaine de singes lutant, gambadant, suivant à Fenvi notre barque mt en se battant, se mordant et se disputant les ananes qu'ils pelaient fort adroitement.
Cependant de grandes plantations de cannes à acre qui occupaient les deux rives, nous annonaient que nous entrions dans la province de Nakm-Xaisi, et en effet, bientôt les fabriques de acre se succédèrent les unes aux autres presque ins interruption ; j'en comptai plus de trente qui mploient chacune de deux à trois cents ouvriers hinois. Cette province est très-bien culUvée ^t
très-fertile ; outre le riz et le sucre^ elle produ— de l'indigo, du maïs, des patates et toutes sortM de légumes; ses jardins, arrosés par d'innombrÉ^ blés canaux, abondent en excellents fruits. '■ r
A rentrée de la nuit, nous arrivâmes à notiim chapelle construite en bambous et couverte feuilles. Dès le lendemain malin, cent cinqui néophytes chinois s'empressèrent de venir chani Ieui*s prières, entendre les instructions, se confi ser et recevoir les sacrementsde TËglise. La rel dut*a neuf jours, après quoi on fît un grand fc ou plutôt des agapes où hommes, femmes et fants se régalèrent avec de la viande de porc, poules et canards, des gâteaux et des fruits; festin étant égayé par une petite dose d*arak eau-de-vie de riz.
Lo 23 juin je pris congé d'eux et continuai ixHite : le soir j'aiTétai ma barque devant iVaMo»-' .¥iiî$i\ Cette ville n*a rien de remarquable; c*^[ un gn^upe de cinq cents maisons en bambous, es** ceplo celle du gouverneur qui est en piauchefc Comme il avilit menacé do détruire notre chapeU6y je fus f[4%iige d aller le voir pour T informer que j't- ^f*» ol^lenu rautorisaùv^n du n>i et lui remette me Mire du pivfnier ministre: il me i>eçut fort
dvilement et me promit de prendre désormais mes néophytes sous sa protection.
Le 25 au matin je continuai ma route vers le oord, rencontrant à droite et à gauche des peliln fiJIages assez clair-semés. Un jour, m'étanl arrêté aune vieille pagode abandonnée, pendant qu'on disait cuire le riz, quelques-uns de mes gens allèrent r6der dans la pagode et fuent niain-hassc ior une vingtaine de petites idoles de Buddha, les mes en cuivre doré et les autres en argent. Ayant M l'affairo» je les grondai vertement et fis jeter Mes ces statuettes au milieu du fleuve en leur lisant : « Imprudents que vous êtes! ne savezt vous donc pas que la loi de Siam condamne les c voleurs d'idoles à êtro brûlés tout vifs 1 » Après ivoir remonté la rivière pendant quatre jours, nous arrivàm^ kSuphaUy siège d'un gouverneur, rilte ancienne parsemée de ruines et d'antiques ptgodes, située dans une plaine élevée d'où la vue Ht magnifique. A l'ouest, on voit une chaîne de MDtagnes assez proches, bien boisées, où se trouât des mines de plomb argentifère. Cette prorioce ne produit que du sucre.de palmier, du riz i du poisson, mais en grande quantité. Quoique ii^han soit à plus de soixante lieues de la mer,
le flux et le reflux s'y font encore sentir au poiol^ qu'à la marée basse les barques un peu grosses mi trouvent à sec sur les bancs de sable et ne peuYralit plus avancer. Voyant donc qu'il me serait difficilÉR d'aller plus au nord^ je pris le parti de redescendqîj jusqu'à Nakhon-Xaisi ; là est un petit canal qa|| fait communiquer cette rivière avec le fleuve d4 Bangkok. Mais, comme il est peu profond, 6|| qu'on ne pourrait pas ramer aisément, on attachd| toutes les barques les unes à la suite des autres eH| on les fait tirer par des buffles vigoureux moyen^ nant un léger salaire donné à ceux qui ont afferméii ce singulier genre de transport. Ayant donc failM tirer ma barque avec les autres, le 29 juin j'étaîNI de retour à notre collège de Bangkok. à
Le 15 février 1849, je partis de Juthia et re^ montai la rivière qui vient du nord-est, rencon-<î trant tout le long de la route quantité de belles' barques pavoisées chargées de monde en habitt de fêtes ; les femmes et les filles en écharpes de soie, ornées de leurs colliers et bracelets en or, faisaient retentir l'air de leurs chansons, auxquelles répondaient des troupes de jeunes gens laïques et . talapoins, avec accompagnement d'un bruyant orchestre. C'étaient de joyeux pèlerins qui allaient
dorer Je vestige du pied de Buddha, dont je parirai bientôt. Sur les deux rives, ombragées de unarins et de manguiers, les villages se succé- Wûl presque sans interruption; les habitants Schaient, se baignaient, des troupes d'e^^ants se oaient dans les eaux ou s'amusaient sur les bancs I sable ; les tourterelles, les perroquets et quanè d'oiseaux divers animaient encore la scène par or ramage agréable et varié. Je vins coucher à I grand village appelé Thà-Rùa; c'est là que Ml met pied à terre pour aller à Phra^Bat, où tle vestige du pied de Buddha. Aussi trouvàmes- )(ïs plus de cinq cents grandes barques en station ins cet endroit : tout était illuminé, on y jouait comédie dans une grande salle sur le rivage ; 108 les barques, les uns jouaient des instruments, I autres chantaient; on se régalait, on buvait
ithé, on jouait aux dés ou aux cartes chinoises,
I riait , on se disputait ; c'était un tapage et D vacarme épouvantable qui durèrent toute la oit.
Le lendemain matin je vis sortir de cette foule t barques des princes , des mandarins, des rihards, des dames, des jeunes filles, de talapoins,^ M» en habits de fête ; ils montèrent en foule jur
le rivage ; un cerlsiin nombre prit sa route A pM
les nobles et les riches montèrent sur desélép
et on se mit joyeusement en marche pour là fil
tagne sacrée. Quant à moi, je continuai ma roi
et dansj'après-midi j'arrixai à Saraburi, eh
de la province, petite ville de 4,000 âmes. J'
voir le gouverneur, qui me reçut d'abord fort
et d'un air irrité : c Àh! c'est vousy mé» dit
« qui débauchez mes gens pour les faire ch^
« tiens ! » Je parvins à l'apaiser en lui ex
la beauté de la doctrine chrétienne, et surtout
lui faisant cadeau d'une jolie paire de luMtl
montées en argent et d'autres bagatelleSé Biei&l
il devint mon ami au point que je pris lÀ li
de lui demander un écrit scellé de son sceau
me recommander aux chefs des villages dans t
l'étendue de sa province, ce qu'il m^accorda
difficulté. Voici à peu près la teneur de cet écriHJ
« Nous informons tous les mandarins et chefs 41
« villages qui sont sous nos ordres^ qu'un teL . %
« , prèire farang (chrétien), éll
t( notre ami; nous vous ordonnons de le bieD
« traiter, de le protéger et de lui fournir touW
'« les provisions dont il pourrait avoir besoin. »
Luî-ménic uo permit pas que je prisse congé*
lent on e^t obligé de se mettre à Teau pour la, barque et la conduire à travers les roquand yous avez passé les bas-fonds, la rit très-profonde et vous remontez dans votre . C'est au village appelé Pak-Priau que ncent les cascades. Quand on est arrivé de ces eaux mugissantes, on quitte les ra* B se jette à l'eau, chacun saisit le bord de ue et on s'efforce, soit en nageant, soit en chant aux roches, d'avancer petit à petiit à les rochers et les flots écumants ; quelqueirrive que, sur le point de franchir la cas- ['impétuosité de la rivière l'emporte sur Lommes et barque sont entraînés au large,
Je séjournai quelque temps à Pak-Priau ^
dans les environs pour administrer des néopfayUlP
lao et chinois ; j'allai prêcher dans plusieurs ^ritt^
lageslao, situés dans les forêts et dans les
tagnes ; je baptisai une douzaine de catéchumèi
et le 15 mars 1834, j'étais de retour à ThàA
Les barques et les pèlerins avaient disparu, le
lence avait succédé au tumulte; je jugeai IN
sion favorable pour aller aussi voir ce lieu céU
qui attire tous les ans tant de monde. En co]
quence, le lendemain matin » je pris un
montai sur un éléphant et pris la route du P\
Bat^ accompagné de mes gens qui suivaient
rière. Je fus trèsHsurpris de trouver un beau
large chemin pavé en briques et tiré au cord<
à travers les forêts. Des deux côtés de la rôufe^^
chaque lieue, nous trouvâmes des salles ou si
tions, et des puits'creusés pour les pèlerins. BieJ^
tôt le terrain devint onduleux ; on s'arrêta pour il
baigner à un grand étang et, sur les quatre heurli
du soir, nous arrivâmes au monastère grandioil
appelé Phra^Bat , construit sur le penchant é
presque au pied d'une belle fibdtagne presqiM
toute formée de roches bizarres d'une couleni
hicuùtro. Le u^ona^love a j^^v^w?^ m\vç% ôî^
; ayant pénétré jusqu'à la deuxième en- Dous trouYâmes le prince- abbé assis sur Irade dans une salle ouverte et faisant er une foule d'ouvriers. Ses gens nous t de nous prosterner^ mais nous n'en fîmes j'abbé leur dit : « Taisez -vous! Vous ne i donc pas que les farang honorent les ds en se tenant debout? » Je m'approchai lonnai un flacon de sel volatil qu'il flaira lice. Je le priai de nous donner quelqu'un 18 menât voir le vestige de Bouddha, et de fit appeler son grand vicaire, lui enjoide nous conduire. Le grand vicaire (ou nous fit donc traverser une grande cour ^e de beaux bâtiments, nous montra deux nples, et nous arrivâmes au large escalier bre , avec des rampes de cuivre doré , et mes le tour de la terrasse qui sert de base Lument. Ce splendide édifice est tout doré rieur, le bas en est carré ; mais, plus haut, orme d'un dôme et enfin il se termine en le d'environ cent vingt pieds de haut. Les st les fenêtres, qui sont doubles, sont d'un exquis. Les portes extérieures sont iucvvisnacre qui forme des dessins magu\&fl5V3Le{Si«>
vi 1rs portes intérieures sont ornées de supa poiiituros (loi'cosy i*eprésentant des traite de T toiro iW Itoudtiha.
l/iulôiioiir est encore plus brillant, iepm rrrouvcrt de nattes d'argent; au fond, su IrAiir doir oriiè do pierreries, est une statu ilouddlm, l'M ar((eul massif, et de la hauteur i lioniuus <^(( luiliou est une grille d'argent ^r^^^ iiutour du vestige, qui peut ayoir dei Il diK-luiil poueos de long. On ne peut pas le hini (lÎHlinr.louiont, parce qu'il est recouvert loH aiuH'aux, boucles d'oreilles, bracelets et \\v\'H i\\n\ que les dévotes y jettent quand > viouiirnl adonu*. Voici, en deux mots, Thisl do ro voKlige. Dans Tannée 1602, de notre Oh viiil annoncer au roi de Juthia, qu'on i (lérouvori, au bas d'une montagne, un vestig pied qui |ï)u*ai8MÙt devoir être celui de Boud Le nu envi>)a ses diKteurs avec les plus sai lnla|M)inH p(»ur examiner si les linéaments d v(^tige répondaient bien exactement à la desi tion du pied de Bouddha, telle qu'on la tr dans les livres balis. L'examen terminé, € question a^aut été résolue affirmativement, h lit bâtir le monastère de Phra^Baty qui a
Ddi et enrichi par ses successeurs. Après la I du moDument, le Balat nous mena voir un profpnd creusé dans la pierre ; l'eau , qui en Hine, suffit même quand il y a affluence de ns. Le prince-abbé est établi seigneur able toute la montagne et de ses environs, à ieues à la ronde ; il a quatre ou cinq mille les sous ses ordres, et il peut les employer le il lui plait au service de son monastère, ir que j'étais là, on lui apporta, de la part i, un magnifique palanquin tel qu'en ont inds princes. Il eut l'honnêteté de nous faire r de son mieux. Je remarquai que la cuisine àite par une vingtaine de jeunes filles, et on lit pages la troupe de jeunes gens qui nous ent ; ce qui ne se rencontre nulle part dans très monastères.
I altesse nous fit loger dans une belle maison ginches et me donna deux gardes d'honneur me servir et veiller sur moi, avec défense de lisser sortir la nuit à cause des tigres. Le main matin j'allai prendre congé du bon î-abbé, remontai sur mon éléphant, et, prenne autre route, nous longeâmes le pied de ntagne jusqu'à une source d'eau jaillissante.
— lit —
Ce fut là que nous trouvâmes une plante trif' curieuse, dont les feuilles ont absolument la formrf et les couleurs de papillons. Nous allâmes déjeu-^ ner, sans façon, dans la première maison qus nous rencontrâmes, et le soir, à quatre heuresifl nous étions rendus à notre barque. Après ud< bonne nuit de repos, nous quittâmes Thà-Rutt^ pour revenir à notre église de Jutliia.
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