‹ Description du Royaume Thai ou SiamChapitre 31 sur 96 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

GUERRE^ MAaiNE.

En lisant l'histoire dé Siam, on voit que les rhai ont presque toujours été en guerre avec leurs oisins, de sorte que l'art de la guerre a toujours ité un exercice chez eux ; cependant, il ne faut pas 'attendre à trouver, dans ce peuple, la science miitaire au degré de perfection qu'elle a chez les naions civilisées de l'Europe. Les Thai sont cultivateurs et marchands plutôt que soldats; ils n'ont iamaîs eu de troupes réglées, ni d'exercices mili- ^res, si ce n'est depuis une vingtaine d'années Que le roi a pris à son service quelques officiers ^glais pour exercer les soldats à la tactique euro-

pcenne : aujourd'hui, ils ont à peu près dix mille hommes de troupes réglées d'infanterie el d'artillerie que les officiers anglais forment tous les jours au maniement des armes et aux évolutions militaires.

Quand la guerre est résolue, le roi envoie des ordres à tous les mandarins et aux gouvemeur&de provinces, qui doivent fournir chacun leur contingent de troupes. Chaque soldat doit se procurer des vivres pour un mois ; le fusil, le sabre et le costume militaire sont fournis par le gouvernement. Il y a diverses sortes d'armes, à savoir : le poignard, l'épée à deux tranchants, plusieurs e^ pèces de lance, des hallebardes, des sabres au bout d*un long manche, le coutelas, l'arbalète, le mousquet, le pistolet et des canons de toutes dimensions. Il n'y a que certaines compagnies qui portent des petits bouchers de bois garnis de peau. Quant aa costume, il est fort simple : il consiste en un cha** peau de paille ou de bambou tressé, une veste et un pantalon qui ne va qu'aux genoux. La veste est de drap rouge, bleu ou vert, et le pantalon est d'étoffe de coton, dont la couleur varie selon les différentes compagnies. Les chefs ont pour costume ^ une petite robe de soVebTOc\\fe^ d'ov \ le régimen'

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5 soldats chrétiens porte le costume militaire à uropéenna»

Quaud les brames ou devins du roi ont fixé le ir du départ, l'armée monte en barque el^ vient placer au milieu de la rivière ; les talapoins mnent l'asperger d'eau lustrale, après quoi on esse un mannequin qui représente le prince ou rebelle que l'on va combattre» Le bourreau lui (charge un grand coup de hache sur la tête : si

6 tombe du premier coup, le présage est favo** iHe ; dans le cas contraire, on en tire un fort tuvais augure. La cérémonie étant terminée, le aérai dégaîne fièrement son épée, on frappe la mbale gonggong, l'armée pousse des cris en ra* ut et se met en marche au son des instruments

toute espèce. En ce moment, si une barque ve*" it k traverser imprudemment la rivière en avant Farmée, cela serait regardé comme un présage lesta, et les malheureux qui montent cette equa seraient massacrés impitoyablement. Pour avenir de tels accidents, le général envoie en int des crieurs publics, qui font ranger le long rivage toutes les barques qu'ils trouvent dans la ière.

Quand l'armée quitte le fleuve et monte àlerce^

on chaire les canons et autres munitions de gaern sur les éléphants. Les différents bataillons maN chent sous leurs drapeaux^ qui sont en drap ou a soie rouge, avec des dessins représentant desliom^ f ' des dragons, des oiseaux fabuleux. Le paviUonAj^ l'armée navale porte pour armoiries une figurkt d'éléphant blanc sur un fond écarlate. Les soldak font la route à pied, escortant leurs chefs monlm'' sur des éléphants. Toutes les fois qu'on trouve de*^ Teau, chacun en remplit un gros bambou qui porte pendu à son cou ; le soir, on s'arrête auprti d'un ruisseau, chacun cuit son riz, qu'il mangl avec un peu de poisson sec ou de kapi ; on allumi des feux tout autour pour se préserver du tigre, i on passe ainsi la nuit au milieu des bois. La plupart des soldats n'emportent que du riz cuit et sé-^ ché au soleil, et, pendant la route, s'ils passent! proximité de quelque habitation, ils vont maraiH der, cueillir les fruits des jardins, voler les poules, les canards et les cochons des pauvres habitants, qui se gardent bien de leur résister.

Quand on lève une grande armée et que le roi se met en campagne avec ses troupes, il y a avant- p garde, arrière-garde, aile droite, aile gauche, el l'armée principale, où est le roi, occupe le milieu.

ins les grandes guerres que les Thai ont eu à sounir contre les Birmans et les Cambogiens, ils raient des armées formidables de deux ou trois int mille hommes, quelques milliers de chevaux, t jusqu'à mille éléphants. Les batailles avaient su dans de grandes plaines, où chacune des nams pouvait déployer toutes ses forces. Mais, de- 118 la ruine de Juthia, il n'y a pas eu de guerre en considérable, ni de grande bataille. La tac- [ue employée aujourd'hui par les troupes siaoises ressemble, en quelque façon, à un brigange ; l'armée est divisée en plusieurs centaines bandes échelonnées le long des bois, des riires ; chacune de ces bandes attend l'occasion durable et tombe à l'improviste sur les villages ou \ villes qui sont à sa portée, massacre tout ce qui i résiste, fait des prisonniers le plus qu'elle peut, lie, dévaste tout, et finit par brûler et consumer ut ce qui reste. Quelquefois cependant, le géné- I rassemble, en un seul endroit, un corps de >upes considérable ; alors, il fait creuser des fos- 5 tout autour du camp, y fait planter des milliers \ pointes de bambous, de manière à rendre ces ssés infranchissables à l'ennemi. En outre, il fait mstruire une forte palissade de troncs d'arbres

plantés en terre et serrés les uns contre les aùtreiy de manière à former comme un mur d'enceinte, en ménageant, de distance en distance, des ouveN tures pour braquer les canons. Mais ces retrandia* ments, tout solides qu'ils paraissent, ne peuvent |q pas résister à l'attaque impétueuse de quelqiui centaines d'éléphants, car ces animaux sont tsN ribles à la guerre ; avec leur secours on peut mèiiii enfoncer les grosses portes des villes, et, lonqn cette troupe d'éléphants parvient à pénétrer dav un camp ou dans une ville ennemie, elle poursuit les hommes avec fureur, les saisit avec sa trompi^ les lance en l'air et, quand ils sont retombés, hi écrase avec ses pieds.

Quand un corps de troupes est campé quelqm part , la nuit on entretiisnt des feux autour ë ]u camp, et de distance en distance sont placées dtf sentinelles qui, à toutes les heures de la ouili' frappent du gonggong, et se répondent les unei aux autres par le mot d'ordre. Quand on fait te siège d'une place, on commence par établir dei compagnies de soldats tout autour de la ville, et hors de la portée du canon. Chaque compagnie se creuse un fossé profond, dont la direction est ven la vjJle. Quand on e^l «tvs^ ^t^ ^<^ xs^m^^^^

e, on profite de l'obscurité delà nuit pour faire ic la terre des fossés une chaussée assez haute ir être à Tabri du feu des assiégés, puis on éta« : des batteries sur plusieurs points delà chaussée, ai Ton parvient à détruire un endroit faible des railles, à un signal donné, les assiégeants mon< t à Tassàut de ce côté^là. Si la ville est prise» I est pillée et livrée aux flammes ; les habitants, nmes, femmes et enfants sont emmenés en ftivité.

)n dit que les principaux généraux d'une armée noise ont tous des noms allégoriques pour inssr la terreur, et signifier la force et le courage ; 1 s'appelle général tigre, l'autre général lion, kéral léopard, général dragon, général garuda, (le fabuleux). Le général en chef s'appelle mië» p, qui veut dire mère de l'armée ; il doit se con« aaer à plusieurs coutumes et observances su^** «titieuses; par exemple, il faut qu'il mette une tt de couleur différente pour chaque jour de la laine; le dimanche il s'habille en blanc, le di en jaune, le mardi en vert, le mercredi en ge, le jeudi en bleu, le vendredi en noir et le ledi en violet. Les chefs vont rarement à lalâte leur bataillon^ mais ils se tiennetLi OTdLvawc^ti»

ment par derrière, tenant le sabre nu. Une è leurs lois militaires est que, si un soldat recule d»*, vant l'ennemi, d'une toise seulement, le chef doit lui couper la tête, ce qui fait que les 7%ai, qui »| turellement ne sont pas très-courageux, ne lent cependant jamais devant l'ennemi, à moin8( leur chef ne leur en donne l'exemple. Le gén^ lissime qui est mort, il y a quelques années, derrière sa troupe, tenait une longue lance laquelle il piquait le dos des soldats en leur criant: En avant, mes enfants, en avant !

Le grand arsenal des canons, fusils et autm^ armes est dans l'enceinte du palais ; car, par cnui de rébellion, le monarque veut avoir toutes armes sous sa main et à sa disposition. Il est bien fourni ; on y voit des milliers de canons toute forme et de toute grandeur. Comme la rouiHi^ exerce de grands ravages dans les pays chauds, y a une compagnie de soldats continuellement cupés à fourbir les armes diverses contenues r arsenal. Les Thai font eux-mêmes la poudre d( ils se servent à la guerre; mais il parait qu'elle D*iil pas beaucoup de force , puisque , au rapport soldats eux-mêmes, les boulets ont de la peine à teindre leur but. Be ç\w^> çOTCk\s\^\«k «!^««^^

dissent pas Tart de pointer le canon^ ils tirent asard et presque toujours en pure perte, s forteresses qui défendent Fembouchure des es et les villes maritimes sont fort élégantes m entretenues ; elles sont construites d'après lodèles européens. L'extérieur est formé d'un mur en briques protégé intérieurement par brte chaussée en terre, laquelle se termine lus. Le milieu de la forteresse est occupé par nultitude de petits bâtiments destinés à coules munitions, et tout autour régnent de Is hangars couverts en tuiles qui servent d'alux soldats. Chaque forteresse est pourvue s centaine de bouches à feu qui seraient forbles si elles étaient servies par d'habiles caiers.

s Thai traitent les vaincus avec beaucoup nanité ; toutefois, après les avoir dépouillés de joyaux et autres choses précieuses qu'ils possét, ils les emmènent à la capitale où le roi leur istribuer du riz, de l'argent et les bois néces- > pour se faire une maison. Dès qu'ils sont s, on leur choisit des chefs parmi eux, et ftt ils jouissent des mêmes privilèges que les 3is eux-mêmes. Il n'en est pas ainsi des rois et

des princes rebelles pris à la guerre : on les dans des cages de fer, on les expose aux oui de la populace pendant quelques jourSi après on les garde enchaînés dans un affreux cacboL La marine du roi de Siam se compose d'ePYii cinq cents barques de guerre, et de vingt nai à l'européenne, dont quatre frégates et seize vettes ou bricks de guerre. Les barques sont de sortes : les unes, plus petites, sont des galères à quante ou soixante rames; elles ont deuxni&li deux belles voiles en toile; elles sont éli bien peintes et munies de deux petits canom blis sur un affût en forme de colonne, l'un il proue, l'autre à la poupe ; les autres barques de la grosseur d'un navire ordinaire, elles ont mâts, quatre canons avec cent ou cent cinqi soldats. Le devant et Tarrière de ces barques sentent des dragons, des tigres, des lions et ai animaux monstrueux dorés ou peints avec de lantes couleurs, ce qui présente un fort joli d'œil. Quant aux frégates et corvettes, elles ne fèrent en rien des bâtiments de guerre européei elles portent de seize à quarante canons, et ordinairement commandées par un capitaine ai glais, français ou portugais. Un combat naval \i

. a eu lieu dans la guerre contre la Cochine, en 1834, est quelque chose de fort curieux. iant que. les frégates et les corvettes parcouit les côtes pour capturer les jonques des enîs, les barques de gtlerre ts^âvançaient de front u'à la portée du canon ; alors les Cochinchiet les Siamois tiraient les uns sur les autres s canons d'avant, puis, par une manœuvre raî, on faisait tourner les barques pour tirer les )ns de l'arrière , ensuite on recommençait la ae manœuvre sans discontinuer pendant toute mimée, après quoi la flotte siamoise, poussant cris affreux et lancée à force de rames, se pré- Eà sur les Cochînchînoîs qui s* enfuirent en défrt, et livrèrent la province de Ckâo-Dôk à B ennemis dévastateurs.

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