‹ Description et histoire du MarocChapitre 20 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M ARinE; MARIEE MILITAIHE; PORTS; PIRATES.

La marine de. guerre est à peu près anéantie au Maroc, et nous n'en parlons que pour mémoire. Il serait difficile de se faire uiie idée exacte de ce qu'elle fut dans le cours du moyen âge ; mais quand on voit des armées nombreuses passer et repasser le détroit fréquemment, on ne peut douter qu'elle ne se composât d'une multitude de ces bateaux plats et a rames dont les côtes du Rif présentent des échantillons et que montaient les anciens corsaires de Barbarie. L'expulsion des Maurisques d'Espagne augmenta l'activité, l'ardeur agressive, sinon l'effectif de cette marine, dont le développement matériel atteignit son apogée dans les ^^randes luttes du Maroc contre la péninsule. La marine décroît depuis le règne de Sidi-Mohammed , petit-fils de Moulè-lsmael. Sous ce dernier (1672-1727), les Salétins organisés en république vassale du sultan construisirent de gros vaisseaux et répandirent la terreur dans les mers du Magreb. Sidi-Mohammed (1747-1789) eut des navires percés pour 26 et même pour 36 canons. La passe de Salé, qui peut

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A I aTCBfinmt de Monlè SoBnan, en 1793^ la marine impniale comptait dix firèsates, quatre bricks, quatorze s^lî^tes et dixHoeuf ciialoupes canocnîms, montés par 6000 marins de réputation. En f^âO, on ne parlait plus que de trois bricts ou cortettes, armées en tout d*une quarantaine de canons, et de tn^îze ïanfpies canonnières, stationnés aux embouchures du Bou-R«Te<ir, de l'Oued-Kous et de rOued-Manil.

Maintenant, tout se bonie à peu près â une goélette de 4 canons, un brick de l!Î, une frécale si bien construite qu'elle ne peut sortir, même sur lest, de la rivière de Laracbe. quatre chaloupés canonnières, quelques ché-

(1/ Ch^nicTy III, it'k'

becs (i) et do légères embarcations pour le service des ports. Ces bâtiments, qui ne sont généralement d'aucun usage, pourrissent la plupart à l'embouchure de l'Oued-Kous.

Le gouvernement marocain parait avoir systématiquement renoncé à l'entretien d'une marine, comme corollaire du parti pris de n'avoir avec les Européens que le moins, de relations possible. Ne tenant nullement à posséder une marine marchande, il n'a pas besoin d'une flotte pour la proléger (2). Indifférent aux débats qui peuvent surgir entre les nations chrétiennes, il s'est confiné dans son propre territoire, suffisanunent garanti, pensait-il, d'une invasion européenne, par l'opposition des intérêts qui divisent l'Europe, Enfin, il y a impuissance morale à entretenir une flotte, la où l'intelligence économique et politique, fait entièrement défaut. Tout se tient dans Tordre de la civilisation.

La description topographique du Maroc nous a donné quelques notions sur chacun denses ports principaux. H suffit rrajouter ici d'une manière générale que les ports, dépourvus de quais et de débarcadères, sont tous dans un état complet d al>andon. L'on débarque, même à Tanger, sur les épaules de hideux portefaix, au risque de tomber, surtout quand la

(1) Les chébecs, autrefois multipliés dans la Méditerranée^ sont à trois mats, et terminés en pointe aux deux extrémités. Ils marchent à voiles et à rames.

(t^ Le ministre des affaires étrangères du Maroc^ Mohammed-cl- Khetib, dans son mémoire^ en date du 4 ^'^ décembre 4 859^ adressé à M. Hay, consul d*Angleterre ^ pour être communiqué aux cabinets d'Europe, dit : « On sait que depuis plus de vingt ans^ il n*est pas sorti de nos ports un seul navire de guerre avec pavillon marocain^ et que si deux ou trois bâtiments de commerce portèrent ce pavillon^ ils étaient équipés par des Européens. »

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pour des centaines de flottilles ne sont pas épuisées : celle de Temesna, près de Rabat, celle de laUamoure approvisionneraient des chantiers immenses (1).

La marine de guerre et celle de cabotage sont, à vrai dire, représentées aujourd'hui par les barques des Rifains. Ce sont elles qui ont recueilli Théritage diminué des anciens corsaires, et on les voit raser le littoral de la Méditerranée jusqu'aux ports de Nemours et d'Oran, où elles font un petit commerce.

Ces barques plates, à fleur d'eau, peuvent aisément se traîner sur le rivage, se cacher dans les anfractuosités des rocherS; dans les grotte^ des falaises, sous des toits couverts de sable ou sous des branches d'arbre. Les pirates, de leurs cabanes, au flanc de la montagne, épient l'horizon. S'ils découvrent quelque petit bâtiment de commerce luttant contre le courant ou arrêté \^av le calme, ils s'élancent armés dans leurs embarcations, font forcé de rames et accostent bientôt le navire. Us effravent à coups de fusil et par des cris féroces l'équipage qui souvent leur laisse une proie facile et fuit dans les canots. Ils prennent soin de n'assaillir que les navires incapables d opposer une sérieuse résistance. Chacune de leurs noires embarcations porte une vingtaine d'hommes, et l'on n'imagine rien d'un aspect plus sinistre. Si le navire qu'ils surprennent n'est pasabandonné, ils massacrent l'équipage et les I»assagers ou les réduisent à un cruel esclavage. Du reste, la plus faible artillerie les épouvante.

;1) M. J. Darmon^ de Tanger, demanda vainement à Abd-cr-Rahman /jutuiisaliuu d'exploiter la forêt de la Mamourc pendant dix ans, à •ii^trge de payer 2o0,000 fr par an ou de Cimslruire, à ses frais^ deux frigatcs^ deux bricks et deux i^oclettes.

Trois ibis malheur au bàtimait jeté sur leur côte. Le droit de naufinge y est eseroe avec la dernière barbarie, alors même qu'ik ont arboré le drapeau blanc et lait tous les signaux qui peuvent ranimer la confiance. Nous ignorons si TEurope souffrira longtemps encore la honte que ces brigands lui infligent, si l'Espagne, [Jus insultée que toute autre nation, prendra enfin contre eu3L, dans Texpédition actu^e^ des mesures efficaces. En 18S2, TAng^eterre avait des griefs à venger; l'amiral Xapier visita les côtes rifaines et ne retira aucune satis&Mrtion. En 1854, M. Hugueteau de Cbaillye, à bord du Acirlofi, les reconnut de près durant quatre jours^ et fut accueilli à coups de fusil. D riposta à coups de canon et puis se contenta d excuses. En 18o6, le prince Adalbert de Bavière, grand amiral de la flotte prussienne, essuj'a le même affront et commanda un débarquement où il reçut un échec et une blessure. A la fin de i8o8, l'amiral Herrera rechercha les curâtes ou barques des pirates dans les anses les plus retirées; mais cette exploration n'eut pas de sérieuses conséquences; et les gouvernements, même celui de France, invitent les bâtiments à se tenir.au moins à quinze milles au large en passant devant le Ril.

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