‹ Description et histoire du MarocChapitre 22 sur 50 · LA · texte numérisé non relu

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des recettes impériales dresse par, Gr&berg de Hemsô, sur les renseignements qu'il obtint pendant les deux mois que Moulé Soliman passa, en 1821 , à Tanger. Ce tableau est déjà vieux ; mais celui que Mordtmann produisit en 1844 n'en est que la copie et il faut en dire autant de celui que la Rtoue des Deux-Mondes vient de publier, le 15 décembre 18S9.

1 VAehmir <m la dtme (thaler ou piastre de 5 f. %5 c.) 450^000

î La ^aiba ou Timposition directe 2S0,Wji0

3 La Djezia et autres tributs des Juifs. 30^000

4 L'Enkês ou les droit» réunis, octroi, impositions des

fondouks, des fabriques, etç • • 950,0Q0

5 Le Keib~ed-drouby ou le droit de battre monnaie. • 50,000

6 VAouaïd-el-goumroug, ou la douane,

qui rapporte à Tétouan. . . 40,000

Tanger. . . SS,000

Arzille. . . 3,000

Laracbe. . . 20,000

LaMamonre. 4,000

Salé et Rabat.. 70,000

Dar-Beïda.. . 20,000

Azenïmour. . 10.000

Mazagan. . . 45,000

Safî 10,000

MogadoT. . . 170,000

Santa-Cruz. . 3,000

7 Le rûÂoiitï ou les monopoles 25,000

6 Le Kera ou les fermes et loyers 40,000

d Les Deiat ou droits du fisc, peiiies pécuniaires. . 150,000 10 Les Edya ou oflrandes des sujets, des consuls et

des négociants chrétiens. . , 225,000

In

Les impôts payés en nature servent a rapprovisîonnement de la maison impériale, on en distribue aussi une partie i l'armée. Le reste se vend au profit du trésor. Les dépenses ne doivent pas égaler les recettes : car il n'y a pas d'entretien de routes ni de ports, presque pas de travaux d'utilité publique, de construction ou réparation de forteresses, l'armée régulière est assez peu nombreuse, les fonctionnaires ne sont presquepas rétribués et se dédommagent en pillant les administrés; les mosquées, les zaoulas ont leurs revenus en dehors des finances de l'Etat ; en un mot toutes les causes de dépenses pour les gouvem^nents chrétiens sont annttdlées ou réduites au Maroc à des proportions exiguës. £n 1821, l'on établissait ainsi les dépenses :

I Entretien de la maison impériale, du harem, des

écuries. . . . (thaler ou piastre de 5 f. 25 c.) H 0,000

9 Entretien des palais, des jardins impériaux et des

forteresses 65,000

3 Ofitrandes et donations à la Mekke, aux cbérifs de

Tafilet, à divers sanctuaires, aux mosquées. . . 65,000

4 Traitements à quelques gouTemeurs ou caïds, frais

de représentation alloués à plusieurs, comme à

ceux de Tanger, Tétouan, Mogador.^ .... 50,000

5 Solde et entretien de Tarmëe de terre 650,000

6 Entretien de la marine militaire 30,000

7 Traitement des oukils ou consuls marocains en Eu-

rope, dans les régences barbaresques et le Levant. 15,000

8 Courriers 5,000

D'après ces comptes, qui au total étaient plus ou moins exacts et qui peuvent Tétre aujourd'hui tout autant qu'en 1821, le gouvernement du Maroc économiserait annuellenient plus de 8 millions de francs. Abd-er-Rahman, quia

régné de i822 à 1899, ayant été l'un des plus ayares souverams du Maroc,' il est probable qu'il n'a pas moins thésaurisé que ses prédécesseurs. Letrésorimpérial serait donc immensément riche. Mais n'oublions pas que des guerres intérieures fréquentes ooit dû, touten ne bouleversant qu'un^partie de l'empire , amoindrir le produit de l'impôt et nécessiter de la part des Chérifs de plus fortes dépenses accidentelles. Autrement les économies de trois siècles repr^nteraient deux milliards. « Un million d'épargne annuellas depuis que régnent les Chérifs, écrivait-on récemment, ferait un trésor de 300 millions ; et c'est bien peu d'un million.de réserve tous les ans pour un État qui pendant des siècles a perçu des tributs chrétiens, qui a su réaliser à un degré qu'aucune puissance civilisée ne saurait atteindre le gouvernement a bo marché, mais pour son propre compte (1). » Ces réflexions sont de nature à encourager une guerre de conquête. Si les frais de l'expédition d'Alger en 1830 auraient pu être couverts par les 48 millions renfermés dans la casbah de cette ville, les dépenses entraînées par la conquête du royaume de Fez seraient au moins en grande partie compensées immédiatement par la prise duBeït-el-mal, ou palais des richesses de Méquinez, principal dépôt du trésor de l'empire. N'y eût-il que âOO millions au lieu du demi-milliard que plusieurs supposent y être contenu, ce serait encore un beau denier.

Le Belt-el-mal est défendu par une triple enceinte. C'est un bâtiment en pierre de taille, éclairé seulement par en haut. On y pénètre par trois portes en fer qui s'ouvrent successivement. Le pavé est de marbre noir. A l'une des extrémités de ce palais se trouve une vaste ouverture où l'on

f ^ ) M . Daval, Berne des Deux-Mondes^ i 5 décembre 4 859.

d'or, d'aigent, et

m fldlioB di^ pnstFBs. TitHs cents Hoirs soBCcsiflo<v^eç o ce senîoc et t mtcnl consMrés toote learTîe. On q«i iriTiflkBl i llnlMear do ca?eon n'en sortent janis: ftç y «MioeBL Dsne Tvrient donc pns et kf' BCBt nne orde sûre. Oostre fcts par an, on Terse dans ce wwptadele pet^dnit net des ia^Ms de tontes sortes L'empnenr asâste i crt encaîsKflienl, on fl dâègoe i sa plaee trois erands offidefs. s^fl est absent.

Antiefois rarvmt étut déposé dans des Tases de terre. Mais on vola le contenu de dixdeces¥ases et on lesrem^ de terre que Ton dissinrala par one oonehe de ]Mèces d'or à la SQifcce. Un ssaidm que les Tokors crofaîent ayoir toé sonrécut et les dénon^ Os étaient dix, et ib forait déoi^* lés. Lrars têtes sont renCHmées dans les dix ^ases que Ton Toit encore, a la grande saDe do trésor, sur jtes piédestaux de marbre. Pour éviter de senddables vols. Moulé Abmeded-Dehebi, successeur de Moulè-Ismad, fit construire les caveaux qui eiûslent maintenant. Moulé Soliman, Favantdernier Chéfif, avait coutume de mettre à mort les Ifoirs, quand ib terminai^it Topération du versement. Mais Abd^ er-Rahman, j^us humain, se contenta de les enfermer pcMJr la vie dans le souterrain du Trésor (i).

Le gouvernement ne reçoit que les monnaies d'or et d'argent et il paye en monnaie de billon. Cest la source pour lui d'énormes bénéfices, comme on va le comprendre, à cause de la dépréciation du billon et de la différence entre le tarif légal et le cours commercial des monnaies.

! Moniteur êi la Fhtie, dot. f SSd.

L'outùi, que les Européens appellent once, est la monnaie étalon. Cette petite pièce d'argent valait, à la fin du régne d'Abd-er-Rahman, A blanquillos 1/2 et dans le commerce 5 blanquillos et i/6. Le blanquillo, npmmé en arabe tnoytounay représente 4 centimes.

Le êtati, monnaie d'argent, nommé par les Européens demi-piéoette, valait, selon le tarif du sultan^ 7 blanquiUos et, dans le commerce, 8 blanquillos.

Le bmdki^ monnaie d'or valant 40 onces selon le tarif impérial, valait dans le commerce SO onces et 4 blanquil* . los.

On peut jugerdes bénéfices de l'empereur par la différence de son tarif et le cours du commerce. Ce qui, dans le commerce, augmente beaucoup la valeur des monnaies d'or et d'argent, c'est la fabrication illimitée des /Iou«, grossière monnaie de billon, qu'Abd-er-Rahman a fait couler par quantités énormes, sans proportion avec les besoins du pays. Il en résulte que cette monnaie, dont l'unité ne vaut pas un centime, ]>erd chaque jour de ^ propre valeur. Mais le sultan y gagne, parce que, d'une part, il maintient le tarif de TÉtat pour For et Vargent, et que, de l'autre, il ne reçoit aueane monnaie de billon. Il paye en flous, mais on ne le paye ipi'en or ou en argent : manœuvres qu'il convient d'assimiler à vu brigandage.

Vous acquittez, par exemple, un impôt ou une dette ([uelconque envers le Chérif , avec une pièce de 8 francs. 11 U reçoit, selon son tarif, pour 10 onces seulement, tandis qu'elle en représente 24 1 /2 ou 25 dans le commerce. Avec vos 5 francs, il fabriquera 8 francs. Puis, s'il doit à son tour TOUS payer 5 francs, il vous payera en flous, selon son tarif, et au lieu de 5 francs, vous n'en aurez que 4, en valeur commerciale. Renouvelez quatre ou cinq fois ce var-et-vient

de la pièce de 5 francs, entre l'empereur et vous et il vous l'aura volée tout entière. Le barbare s'applaudit sans doute d'un pareil système, dont il ne voit pas les dernières conséquences. D s'arrête aux premières et trouve, par exemple, que ses troupes lui coûtent peu, , attendu qu'il les paye en flous et qu'il reçoit les contributions en douros.

Supposez encore qu'un marchand ait importé, au mois de janvier, 1 ,000 francs de marchandises au Maroc. Il a vendu à six mois de terme, selon l'usage du pays et à 20 p. O/q de bénéfice, prix réglé en flous. Mais, en juin, la pièce de cinq 'francs valant non plus 19 onces, mais 22 ou 23, tout le gain s'est évanoui. Le marchand européen exige donc l'or ou l'argent pour le payement de ses factures d'importation ; et il s'ensuit que les négociants marocains, forcés de s'en procurer, perdent au change des sommes considérables et ne laissent au Maroc qu'un billon sans valeur. En un mot, la fabrication illimitée des flous et le maintien du tarif impérial jettent en ce moment une perturbation désastreuse dans les transactions et la fortune des Magrebins, désolent les sujets et n'enrichissent l'empereur qu'en précipitant sa propre ruine.

Considérées intrinsèquement, les monnaies marocaines n'ont pas la valeur qu'elles représentent, à l'exception des monnaies d'or. Les anciens bendkis et les demi-bendkis gagnent môme à la fonte. Ces pièces portent, assez mal marqués, d'un côté, le nom du pays où elles ont été battues, ot au revers Tannée de la fabrication. L'oukia et le stati, qui sont en argent, à la fonte perdraient beaucoup. Ils offrent les nu>mes inscriptions que les monnaies d'or ; mab le travail est mauvais. L ouvrier bat ces pièces au marteau, les écrase irrt'gulièrement, pose le chiffre dessus et frappe a la « Le flouset le double flous, ces fléaux actuels du Maroc»

se composent de plomb, de zinc, de cuivre fondus et coulés dans des moules en fer grossièrement préparés « D'un côté on marque seulement Tannée de la fabrication, et dé l'autre l'anneau de Salomon, figure cabalistique destinée à préserver du mauvais (bîI.

L'anneau de Salomon, khatem Sidna Seliman, ou le bedou sceau de Salomon, mérite une petite digression à cause du cas que l'on en fait au Maroc. Il se reproduit partout dans les maison^ et les mosquées, aux plafonds, dans les arabesques, les candélabres suspendus et parmi les dessins des tapis, n contribue sans doute à consoler un peu .le pauvre Marocain qui arrête un regard mélancolique sur ses flous en baisse continuelle.

En attendant que l'on arrive à découvrir le véritable anneau de Salomon, caché dans Iç cercueil de ce grand roi, patron des sorciers musulmans, ils se contentent de l'imita^ Uon imparfaite de cet anneau, telle qu'elle existe sur les monnaies. Il se compose^de deux triangles équilatéraux qui s'enlacent et se compénètreht de manière à former une étoile à six pointes. C'est une figure très-efficace contre les maladies, le mal de ojos, et les accideuts de toute espèce. Ge^lui dont Salomon usait habituellement était d'une seule pièce et l'on y avait fait entrer une parcelle de tous les métaux ; il présentait bien des entre-lacs, mais il était impossible de découvrir aucune jointure. Avec ce précieux talisman, Salomon ou Seliman gouvernait les éléments et les esprits, tant les esprits bienfaisants ou djenoun que les mauvais ou chitanin. Sa puissance ne s'arrêtait qu'à Satan le lapidé, au diable noir par excellence, chitanelk'hal.

Les Marocains ne dédaignent pas nos monnaies, quoiqu'elles ne possèdent point de propriété contre leijettatura ; elles préservent de tant d'autres choses ! Toutefois notre billon

ne leur conyient pas, et ils n'acceptent nos pièces d'or que sur le littoral, en nous imposant une perte excessive, parce que leur or est, en effet, à un titre supérieur par rapport au nôtre. Les douros d'Espagne et de France sont, au contraire, les bienvenus auprès d'eux. La piastre à colonnes, surnommée le boumedfa ou l'écu aux canons, partage leur tendresse avec l'écu de France ou douro bon chetba : l'écu aux balais. Ds ont pris pour des canons les colonnes d'Hercule, et pour des balais les trois fleurs de lis. Tout voyageur qui passe au Maroc aura donc soin de transformer préalablement sa monnaie d'or en monnaie d'argent. A la vérité, il y a, même à Fez, des négociants juifs et maures qui acceptent notre papier avec peu d'escompte : mais ils spéculent avidement sur quiconque n'est pas en relations. suivies avec eux.

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