Berbères âmazirgs et Chelloks. — Les Âmazirgs
et les Chelloks forment le fond de la population indigène et autochthone du Maroc. Ce sont les descendantsades nombreuses tribus que les Romains ont comprisessouslenomde Mauri et que nous appelons nous-mème de ce nom, lorsque nous écrivons leur histoire antérieurement à l'invasion arabe. Il ne faut donc pas les confondre avec les Maures modernes, dont nous allons rappeler Torigine; mais on doit les comprendre sous la dénomination générale de Berbères, avec les Kabyles et les Mzàbites de TÂlgérie) les Zouaouas de la régence de Tunis, les Adems de Tripoli et les Touaregs du Sahara. Toutes ces peuplades ont en effet des traits communs que l'étude de leur langue, de leur écriture et les observations physiologiques rendent de plus en plus concluants en faveur de Tidentité d'origine.
Que les Arabes aient donné aux Maures le nom de Berbères en leur appliquant le nom des Barbari, fraction des Maures de Tingitane qui leur opposèrent une forte résistance, ou que ce nom vienne de quelque mot arabe, on ne Ta point décidé. Àmazirg en berbère signifie noble , et Ton interprète Chellok dans un sens analogue.
Les tribus amazirgues peuplent TAtlas, du Rif au Tedla et au Tafilet, tandis que les Chelloks se trouvent plutôt dans les montagnes du sud et de l'ouest, à partir de Méquinez. On croit communément que la langue des deux peuples est à peu près la même : la comparaison n'en a pas encore été faite sur une échelle suffisante pour que l'on en juge complètement. L'Amazirgest souvent troglodyte; aux
cavernes de la montagne, le Ghellok préfère les maisons de briques ou de pierres, groupées en Villages. L'Amazirg élève des bestiaux et des abeilles; le Ghellok cultive plutôt les céréales. Le premier est de moeurs plus rudes ou plus féroces; celui-ci, moins barbare, a quelque teinture de l'industrie; sur sa tunique, il revêt le manteau; TAmazirg s'en tient d'ontinaire à la chemise dépourvue de manches. Tous deux alertes, robustes, courageux, impatients d'un joug quelconque, ils ne reconnaissent guère l'autorité ^li tique de l'empereur ou s'insurgent facilement contre eUé. Ils aiment la montagne, ses crêtes inaccessibles où ils maintien«nent aisément leur indépendance ; Us y vivent sous la conduite d'omzargs, à la fois caïds et marabouts, dont la dignité est communément héréditaire. Le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds, l'ensemble à» la physionomie sont encore des traits qui les distinguent profondément des Arabes et des Maures modernes (1).
2. Maures. — Lorsque les Arabes conquérants de rAfrique passèrent en Espagne au vni® siècle, ils entraînèrent un certain nombre de Berbères avec eux et furent appelés Maures par les- Wisigoths, parce qu'ils venaient de la Mauritanie. Ce nom leur a été conservé par les écrivains espagnols, après comme avant leur expulsion de la pénin-
(4) Grâbcrg de Hemsô donne la répartition suivante des Âmazirgs et des Chelloks; répartition incomplète et à laquelle je laisse Torthographe de l'auteur. Aux Amazirgs appartiennent les populations d*Arhona, Bni- Zeccher, Bni-Telit, Bni-Hascen, Andscera, Bni-Quelid, Bni-Zarnal. Bni-Manzor, Bni-Jusef, Bni-Razin^ Bni-Gebara, Bni-Jerso, Bni-Tizivan, Bni-Buzeihet, Boi-Uza, Bni-Alcoi, Bni-Jedir, Bni-Vriaghel ou Veriarg'dl, Bni-Zanten, Bni-Mpzgilda^ Bni-Guamud ; puis les gens de Teuzin, Guardan, Cuzt, Matgara, Maghraoua, etc. Aux Chelloks reviennent les tribus des Ait-Zeraure , Ail-Erma, Sciavoia^ AitrUsi , Ait-Sotsman,
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— faune vie iodolente au sein de leur maison, où leur plus grand souci est le soin de leur toilette. Leur teint d'un blanc mat et l'obésité qui est considérée comme le charme par excellence résultent de leur vie oisive et abritée contre les influencesdu soleil. La femme berbère, flétrie comme la femme arabe par de durs travaux et des couches précoces, ne vit pourtant pas sous une égale oppression et n'est pas écrasée sous autant de mépris.
3. Nègres. — La présence d'une multitude de Nègres au Maroc s'explique aisément par le voisinage du Soudan, par le commerce des esclaves, par les relations poUtiques entre Tombouctou et le Maroc qui a étendu son empire sur cette partie de la Nigritie centrale, de 167â à 1737, sans parler de l'influence qu'il y a exercée jusqu'au siècle dernier. Les Marocains épousent volontiers les Négresses ; mais les femmes blanches ont en général pour les noirs une instinctive horreur, et l'union contractée entre on Nègre et une blanche est un fait assez rare. Toutefois les mariages de la première espèce ont sufiS pour ajouter aux Nègres pur sang, des mulâtres et des quarterons en grand nombre : on passe de la couleur d'ébène à la teinte de suie et aux nuances
tt est à remarquer que le nègre au Maroc est dans une condition meilleure que dans tout autre État gouverné par \esWancs. îl arrive à tous les emplois; la famille impériale «l mulâtresse, la garde impériale est noire. Du reste, la con^tiau de l'homme libre n'a fait qu'ajouter à la férocité naUve de celte race, qui semble s'adoucir plutôt dans l'esga. L'énorme quantité de sang noir qui circule au Mafri donner au pavs des traits de barbarie plus gdisUngueni entre les Étals musulmans.
' e et sociale reconnue aux Nègres,
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suie. Refoulés en Afrique, ils s^éUUirent soitoat dans les villes de la côte et se mêlèrent aux populations urbaines qui se composaient des descendants des Carthaginœs et des Romains, puis des Berbères et des Arabes devenus citadins par goût ou par intérêt, durant une série de siècles. L'âément arabe domine dans la race des Maures du Maroc; mais il a été profondément modifié sous le rapport des mœurs, des habitudes et même de la langue où Ton remarque des mots eqMJIols et berbères et une difierence de prononciation quîTônt de Ta^be magrebin ou occid^ital un dialecte particulier.
Les Maures n'ont plus le courage, le vêtement simple, la figure osseuse de F Arabe. Rusés , jaloux, cupides, avares, industrieux et commerçants, ils n'ont pas ses instincts de guerre, de chasse, de voyages. Superstitieux et fanatiques, plongés dans les voluptés grossières, ils laissent s'effacer le vernis de civilisation dont ils brillèrent durant les siècles qui suivirent leurs conquêtes en Occident. Toutefois ils se distinguent encore, aussi bien des Berbères que des Bédouins, par l'industrie à laquelle ils s'adonnent, par le luxe relatif des vêtements aux tissus de fine laine, de soie et d'or, enfin par quelques lueurs d'instruction qui s'éteignent graduellement sous l'influence d'une religion absurde et d'un despotisme dégradant. Les femmes mauresques ne sont pas non plus la femme arabe usée avant l'âge par d'ejyîessifs travaux et des fatigues de toutes sortes; humiliées comme elle au point de vue social, les Mauresques mènent d'ailleurs
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AU-Sciagru8ce, Ait-Guisi, Ait-Sadugh, Ait-Scedidfc', Ait-Zillan, Ait- Atler, Ait-Ebcu, Hascura, Mischboja, Ail-Baraman, Idaultit, Stukha, Kiliva, Ait-Mu8i, Mseghina, M'tuga, Ela'la, Kesula, etc. Une partie de cc$ noms^ que la différence des prononciations italienne et française dôfigurc .pour nous, seront restitués dans la suite de cet ouvrage.
une vie indolente au sein de leur maison, où leur plus grand souci est le soin de leur toilette. Leur teint d'un blanc mat et l'obésité qui est considérée comme le charme par excellence résultent de leur vie oisive et abritée contre les influencesdu soleil. La femme berbère, flétrie comme la femme arabe par de durs U^vaux et des couches précoces, ne vit pourtant pas sous une égale oppression et n'est pas écrasée sous autant de mépris.
3. Nègres. — La présence d'une multitude de Nègres au Maroc s'explique aisément par le voisinage du Soudan, par le commerce des esclaves, par les relations jpôlitiques entre Tombouctou et le Maroc qui a étendu son empire sur cette partie de la Nigritie centrale, de 1672 à 1727, sans parler de l'influence qu'il y a exercée jusqu'au siècle dernier. Les Marocains épousent volontiers les Négresses ; mais les femmes blanches ont en général pour les noirs une instinctive horreur, et l'union contractée entre un Nègre et une blanche est un fait assez rare. Toutefois les mariages de la première espèce ont suffi pour ajouter aux Nègres pur sang, des mulâtres et des quarterons en grand nombre : on passe de la couleur d'ébène à la teinte de suie et aux nuances basanées.
Il est à remarquer que le nègre au Maroc est dans une condition meilleure que dans tout autre État gouverné par les blancs. Il arrive à tous les emplois; la famille impériale est mulâtresse, la garde impériale est noire. Du reste, la condition de l'homme libre n'a fait qu'ajouter à la férocité native de cette race, qui semble s'adoucir plutôt dans l'esclavage. L'énorme quantité de sang noir qui circule au Maroc contribue à donner au pays des traits de barbarie plus prononcés et qui le distinguent entre les États musulmans.
Malgré régalité naturelle et sociale reconnue aux Nègres,
ils portent toujours le poids de la malédiction tombée sur Cham : Servus servorum erit fratrilms suis, et l'on yerra aux articles de commerce, qu'ils fournissent d'esdayes Twipire des Chérifs. ^
On sait leurs principales qualités physiques et morales : superstitieux au delà de toute expression, ils pratiquent volontiers les sortilèges; robustes, laborieux et contents de peu, ils rendent des services à leurs maîtres, auxquels ils s'attachent avec une fidélité canine ; le sens moral est peu développé chez eux ; ils aiment la musique à percer le tympan et à rompre la tête. Un trait de physionomie qui les caractérise dans la joie, c'est un sourire de grossière extase et de béatitude stupide.
Les Maures se distinguent assez bien dans les villes en Maures d'Espagne et Maures du Levant. Les premiers parlent encore plus ou moins l'espagnol. Ds sont venus, de 1592 à 1613, s'installer à Tétouan, Fez, Rabat, etc., et delà date la grandeur de plusieurs villes. Ceux de Tétouan, Rabat et Salé, surtout, se sont livrés à la piraterie avec une étonnante audace et une activité stimulée par des causes particulières de haine contre les chrétiens. Au Maroc et etn Espagne, on connaît un certain nombre de familles notables, mauresques ou israélites, qui ont une branche chrétienne en deçà du détroit et une branche juive ou musulmane au delà.
4. Arabes. — Les Arabes bédouins ne forment pas l'élément principal de la population marocaine ; mais ils sont nombreux dans les plaines, dans les régions qui se prêtent à la vie nomade et pastorale. Leur invasion au Maroc date de la dernière moitié du vu® siècle. Mais leur nombre s'est accru à la faveur des relations avec l'est, dans les guerres et les retours de pèlerinage, et à la suite d'autres
invasions musulmanes venues d'Orient. Ce sont bien les mêmes hommes, de TEuphrate à TAtlas ; drapés à l'antique par le halk et le burnous , passionnés pour le cheval et la fantasia, préférant au confort de la demeure fixe Tair libre de la tente de poil; mobiles et transportant le douar et toute la smala, au gré des saisons, vers les meilleurs pâturages; dominés par l'esprit de superstition, passionnés pour les récits qui frappent l'imagination, sobres, peu laborieux, graves, hospitaliers envers l'étranger, mais cruels envers leur ennemi. L'Algérie les a très-bien fait connaître.
5. Juifs. — Parmi les tribus berbères , il en est qui professent le judaïsme. On en rencontre dans l'Oued-Noun et au milieu des Amazirgs, dont elles ne sont pas mal vues, parce qu'ils reconnaissent, dit-on, descendre comme elles de peuplades venues de Palestine longtemps avant notre ère. n est difficile d'apprécier la valeur des traditions recueillies sur ce dernier point par plusieurs auteurs arabes, et de dire si ces tribus juives, dont les mœurs participent de celles des Berbères, ont été formées par des Juifs de la dispersion ou si elles viennent de prosélytes de l'ancienne synagogue , dont l'influence sur le monde ancien a été beaucoup plus considénd)le qu'on ne le soupçonne généralement. A l'époque de leur première invasion, les Arabes trouvèrent des tribus semblables dans les montagnes au sud de la Tripolitaine. On prétend que celles du Maroc parlent un chaldéen corrompu, intelligible pour ceux qui comprennent le syro-chaldaïque du Talmud.
Mais la majeure partie des Juifs du Maroc descend des Juifs exilés d'Europe au moyen âge, d'Angleterre en 1290, (lu midi de la France en 1395, et surtout d'Espagne en 1492 et au siècle suivant. Aussi, ils s'appellent les Descendants (le la catastrophe de Castille, Gtwrous de Caslillay et ils ter-
minent souvent les actes notariés à la synagogue par cette formule : Le tout selon Tusage de Càstille i Hachol £emînàhry Castilla. Us ont encore des fêtes de^euil en mémoire des auto-da-fé dont leurs pères ont été victimes.
N'ayant pas de patrie, pas un coin de terre qui fût à eux, errants comme Tauteur du premier meurtre et marqués au front d'uïi indélébile stigmate, ils se sont réfugiés au Maroc où la malédiction de Dieu les poursuivit. On ne saurait dire ce qu'ils ont souffert jusqu'au règne d'Abd-er-Rhaman, le dernier souverain, qui, lui, du moins, fit épargnei* leur sang. Auparavant, on le versait à plaisir et les Chérifs eux-mêmes payaient souvent leurs troupes régulières par le triteul ou pillage des juiveries, quand les rabbins ne réussissaient pas à racheter leurs communautés à prix d'argent.
Sous le régime actuel, les Juifs habitent, dans «I villes, un quartier séparé, entouré d'une haute enceinte et nommé le mejflaft, ou la terre salée, aride et maudite. Us y sont tenus sous clef du coucher au lever du soleil, et les jours de fête toute la journée. Ils payent la garde maure qui les protège en veillant à la porte de ce ghetto rarement nettoyé, où s'accumulent les puantes immondices et où grouille une population étrange. Elle est divisée par synagogues et régie par les rabbins qui jouissent d'une grande autorité. C'est à eux qu'il appartient dé répartir l'impôt de capitation que le gouvernement fixe pour chaque mellah, et de veiller au soulagement des pauvres, secourus à frais communs. Ils ont huit jours de délai pour le payement de l'impôt; après quoi et sans avertissement, le mellah pourrait être livré au pillage. Ils sont tenus de faire des offrandes à l'empereur aux quatre grandes fêtes musulmanes et lorsqu'un événement heureux, comme une naissance ou un mariage , vient réjouir la famille impériale.
En vertu des lois, les Juifs ne peuvent cultiver la terre, — ni posséder des terrains ou des maisons en dehors dH mellab, — ni avoir des immeubles en gage, — ni monter à cheval en vue d'une ville, ni même à la campagne, autrement que sur la selle à mulet, — ni lever la main sur un Musulman, même pour se défendre, si ce n'est dans soa propre domicile vidé, — ni témoigner en justice, ni même parler devant les tribunaux, si ce n'est accroupis, — ni surenchérir au marché sur un Musulman pour ce qui sert à la nourriture, — ni passer dans certaines rues, devant certaines mosquées ou koubas, sans prendre ses savates à la main^ — ni se marier sans la permission du sultan, etc., etc.
Il doit se vêtir exclusivement de noir ou de couleur sombre, — se coiffer d'un bonnet noir différent du turban et ne pas lier de plus d'un nœud le foulard noir qui retient sa coiffure, — placer à droite l'ouverture de son yallah ou manteau noir ou bleu, de telle sorte que le bras gauche soit gêné et que le capuchon retombe du même c6té, — garder toujours visible le bonnet noir, en évitant de rabattre le capuchon,— porter en courant les morts de sa religion au cimetière et prendre garde de rencontrer un convoi funèbre musulman, etc., etc.. (1).
Ainsi traités, les Juifs sont serviles, astucieux, souples, fourbes, parce qu'ils ne peuvent compter ni sur le droit ni sur la force, cupides, usuriers envers ceux qui n'appartiennent pas à la synagogue ; circonspects, habiles en alTaires et plus qu'habiles. Ils servent d'intermédiaires pour le commerce aux négociants de l'Europe et du Levant, et sont en relations îivec les juiveries étrangères, ce qui les oblige
(4) A Tanger seulement, la condition des Juifs est légèrement adoucie par la suppression de quelques-unes de ces règles.
— <8 — à parler plusieurs langues. Ils le font, avec cette facilité mie Dieu a donnée à leurs ancêtres, lorsqu'ils étaient providentiellement chargés de répandre dans le monde la vérité révélée. Les Juifs qui s'efforcent d'accaparer rétranger au moment où il débarque au Maroc, sont généralem^t prêts à le tromper et â le voler. Tous présentent ce faciès ^t generis^ cet œil inquiet, ce je ne sais quoi qui excite la répulsion universelle et qui n'est enlevé que par le baptême. Mais les artistes européens qui accordent quelque attention aux Juives marocaines sont tentés de dire, avec les officiers d'Holopheme : « Comment mépriser le peuple des Hébreux dont les femmes sont si belles : Quis conUmnat populum Hebrœorum qui tàm décoras muUeres habent? L'esthétique sensualiste peut admirer l'éclat du teint, la régularité des traits, le feu d'un œil noir et tous les avantages du type juif dans sa pureté ; mais l'esthétique plus élevée y chercherait vainement le divin rayonnement d'une âme, l'expression des sentiments nobles et délicats, qui rendent incomparable la beauté chrétienne. Les Juives du Maroc déploient beaucoup de luxe dans leur costume traditionnel^ modifié pourtant chez les jeunes filles par les jupes à volants empruntées à l'Europe. Les perles et les diamants de la sfifa ou diadème et des alkhorsas ou larges pendants d'oreilles, les nbàils, les kholkhals, les khouateny précieux anneaux qui entourent les bras ou les jambes au-dessus des chevilles et qui brillent aux doigts de la main, les broderies d'or du corsage des robes, les tissus de soie mêlée d'or représentent souvent, dans la toilette d'une Juive, une valeur de 5 ou 6,000 fr. Mais que l'on ne s'étonne pas. Les Juifs ont facilement contracté depuis des siècles l'habitude de concentrer ainsi une partie de leur fortune dans les parures de leurs femmes, parce que ces parures d'un petit volume peuvent
être aisément transportées ou cachées, quand une persécution menace de la confiscation ou du pillage.
Ils se trouvent a l'abri d'une partie des vexations qu'ils redoutent, lorsqu'ils obtiennent le titre de protégés de quel* que consulat européen ; mais alors ils fatiguent les consuls d'incessantes réclamations et deviennent d'une morgue insupportable aux Juifs du commun. Je ne dirai rien de l'or-, gueil avec lequel les agents consulaires juifs endossent l'habit européen dans le mellah et coiffent la casquette galonnée d|or. Cet orgueil est bien naturel.
6. Européens. — Les Européens , au nombre de 3 ou 400 à Tanger , n'atteigkient peut-être pas un chiffre égal dans tout le reste du Maroc. Ds sont en général attachés aux consulats ou représentent quelque maison de commerce. Chassés peu à peu de l'intérieur par l'intolérance des Chérifs, on ne les voit plus qu'aux ports de mer. Les consuls, chargés d'affaires, en sont eux-mêmes réduits i se fixer à Tanger, situation que nous apprécie;rons en son lieu. Les Chrétiens sont encore soumis, comme les Juifs, à certaines prescriptions dont il serait bien temps de s'affranchir, et qui sont une honte pour les gouvernements d'Europe, sinon pour les peuples, qui n'en savent rien . Les Européens sont obUgés d'habiter le mellah juif, excepté à Tanger, où il n'existe pas; ils ne peuvent avoir* de chapelles qu^ dans les consulats; en 1858, il n'en existait qu'une pour tout le Maroc, dans un coin obscur du consulat d'Espagne, qui vient d'être ruiné à Tanger; il n'y avait également qu'un prêtre pour cette unique chapelle. Les Européens n'ont pas le droit d'avoir des cloches, de laisser paraître une croix, un signe quelconque du christianisme; ils ont obtenu des cimetières plus ou moins convenables, mais ils ne peuvent y transporter les morts avec les honneurs religieux; si un
tkrrtira meurt hors d'une ville, on doit l'enterrer sans nr m«vr le coq» i la demeure du défunt. Voilà où nous en somme*: (^i on s étonne après cela de la dégradaUon morale où went tn>p d'Européens des \illes de la côte et du mépris que les Musulmans nous témoignent.
II est beunnix du moins que nous n'ayons pas à pari^ de» esdares >i nombreux autrefois. L'esclavage des Chréliens a ote supprinu^ par Sidi-Mohammed sous Louis XVI, et plus i\Hnplt'iement par MouIé-SoUman, sous Louis XVDI. Mais ivne mesure leur a fourni un prétexte pour éloigner de I mCeriiHir les maivhands et les missionnaires.
7. KEM^MAr^. — On voudrait n'avoir pas plus a compter de ivnoinits que descla\-es. Malheureusement, il y a au Manv? à ou ;)lH) de ces êtres avilis q[ui ont renié en même temps la oivilisalion. leur religion, leur patrie, leur famille et Knir pn^pro nom. 1> sont des galériens échappés des pivsidios espa^oiols l\ des aventuriers qui se décourageaient en Eun>|H^ devant la concurrence du mérite; quelques prisimniers de nos guerres d'Afrique qui n'ont pas eu assei de cœur pmir souffrir le martirre comme tant d'autres de leurs oamarades. enfin de lâches déserteurs et des hommes poursuivis |uir la jusiiiV de leur pays ou déjà notés d'infamie [mr leurs iHmoiloyens. Ceux que nous avons connus, quelque bas qu'ils fussent descendus, n avaient pas réussi â êtouiror le remor^is. Les renégats exercent des métiers, mais ils sen*ent plus gi'nêraiement dans larmée marocaine, K>mine artilleurs. Los exemples de renégats élevés à de haues fonctions deviennent de plus en plus rares. Les Musul-
(I) D*apr^ le» convenu
Maroc ci l'Espagne, les fugitifs Selon uoij!(, celte disposi- [quo Espagne.