CIRQUE
C'était au cirque ou à l'hippodrome qu'à Rome avaient lieu :
1** Les courses de chars et de chevaux.
^ Les naumachies ou représentations d'un combat naval. Des monnaies d'or et d'argent de Septime Sévère et de Caracalla nous
offrent sur leurs revers, avec la légende Laetitia, temporym, la représentation d'une naumachie dans le cirque ou dans l'amphithéâtre. On y voit un navire à la voile monté par des combattants et entouré de quadriges en course, avec plusieurs animaux, parmi lesquels on reconnaît un Iton, un taureau, des chevaux libres, un cerf, une autruche, etc.
Les Romains appelaient aussi n^iumachies les lieux où se don* naient ces spectacles qui, dans l'origine et quelquefois même dans la suite, furent représentés dans le grand cirque et à Famphithéâtre; l'eau y était amenée par des aqueducs. Sous Auguste, on (Teusa dans différents quartiers de Rome de grands réservoirs, revêtus de murailles en forme de quais, avec des sièges de pierre pour asseoir les spectateurs. Ces nauvmchies pouvaient être remplies d'eau et mises à sec à toute heure, au moyen de grands aqueducs qui communiquaient avec le Tibre, et c'est par ces canaux que les vaisseaux arrivaient.
3** Les combats de force et d'agilité, comprenant la course à pied, le saut, le pugilat et le jet du disque ou palet.
A Rome, le premier cirque (désigné et connu plus tard sous le nom de Grand Cirqw) fut construit par Tarquin l'Ancien, l'an 590 avant Jésus- Christ,entre le mont Palatin et le mont Aventin. Il avait la forme d'un cercle allongé, dont le développement extérieur mesurait neuf cent vingt-cinq mètres, sa longueur cinq cent quatre-vingt-dix-huit mètres, et sa plus grande largeur cent soixante-cinq mètres. A l'intérieur, le pourtour était bordé de deux rangs de sièges superposés, dont le rang inférieur était en briques et l'autre en bois. Les auteurs anciens ne s'accordent guère sur le nombre de spectateurs que ce cirque pouvait contenir; car les uns l'évaluent seulement à cent cinquante mille, tandis que d'autres le portent à trois cent quatre-vingt mille. Il se peut aussi que ce dernier chiffre se rapporte au cirque du temps de Jules César, qui tripla, dit-on, sa grandeur primitive, orna l'extérieur de portiques élevés et à trois étages occupés par des boutiques de marchands, et qui l'environna d'un canal ou fossé rempli d'eau, de dix pieds de profondeur et d'autant de largeur. D'autres empereurs l'em-
beUîrent; Claude fit construire le» mner$$ ept marbre, et Trajan en augmenta encore l'étendue et les proportions.
C'était aussi dan& le grand cirque que les Romains célébraient les diyers jeux qui étaient donnés au peuple, soit dans des circonstances extraordinaires, soit à des époques régulières, tels, par exemple, que les jeux ActiaqueSj institués par Auguste en commémoration de la victoire d'Actîum ; ils eurent lieu pendant longtemps tous les cinq ans. — Les jeux Apollinaives'y au mois de juillet et tous les ans, en l'honneur d'ApoUon; — les jeux Augustaux^ en octobre, en mémoire d'Auguste; — les jeux Capitolins, institués dans l'origine pour la conservation du Capitole assiégé par les Gaulois, et continués plus tard sous le môme nom, en l'honneur de Jupiter; — les jeux en l honneur de Cérès^ célébrés au mois d'avril.
Outre le grand cirque, il y en eut huit autres à Rome; les principaux sont ceux de Néron, d'Hadrien, de Caracalla, d'Élagabale et de Septime Sévère.
Les métropoles et les villes les plus importantes des provinces romaines avaient aussi des cirques et des hippodromes. Un marbre cité par Caylus (t. II, p. 205) nous apprend que sous le règne d'Hadrien les jeux olympiques nommés Hadriarkenses furent célébrés avec magnificence à Cyzique, en l'honneur de cet empereur et pendant que Hénélaûs était asiarque. On lit dans cette inscription les noms des éphèbes ou jeunes gens qui concoururent à ces jeux, avec la désignation des tribus dont ils faisaient partie ; nous y voyons que le prix de la course à cheval fut remporté par Aurélia, fille de l' asiarque Xénélaùs, et que ce fut à cette occasion qu'on grava ce marbre, dont l'inscription commence par la formule votive : ArAoni. tyxiIhi {A la bonne Fortune). Ces jeux eurent lieu pendant longtemps à Cyzique, tous les quatre ans, au mois de juillet.
Le grand arque, à Rome, avait au milieu, dans le sens de sa longueur, un mur ou massif appelé spina, d'un mètre trente-cinq centimètres de haut sur environ quatre mètres d'épaisseur, dont la partie supérieure fut successivement ornée d'autels, de petits temples, d'obélisques et de statues. Aux deux extrémités de la spina s'élevaient trois colonnes ou pyramides (metœ) sur une seule base, bornes que
les chevaux et les chars devaient tout ûer, en sorte qu'ils avaient toujours à leur gauche la muraille et les pyramides. Auguste fît ériger sur le milieu de la spina un obélisque apporté d'Egypte, d'environ quarante-trois mètres de haut, et* à une petite distance, un autre obélisque plus petit, de vingt-huit mètres et demi. Près de la première pyramide, d'où partaient les chevaux, étaient placées sept aiguilles appelées ova, soit à cause de leur forme, soit parce que plusieurs de ces aiguilles étaient surmontées de sphères ovales; quelques-unes avaient des dauphins à leur sommet. Ces aiguilles servaient à indiquer le nombre de tours de l'arène à parcourir par les chars. A l'un des bouts du cirque, se trouvaient les carceres ou ouvertures par lesquelles arrivaient les chars, et en avant, étaient placées deux petites statues de Mercure (hermuli) tenant une chaîne ou une corde qui servait de barrière, devant laquelle venaient s'aligner les chars montés par leurs cochers (aurigé), à la place que le sort leur avait assignée. Ces chars avaient la forme d'une coquille montée sur deux roues, plus haute par devant que par derrière et ornée de peintures et de sculptures. Le président des jeux donnait le signal du départ en abaissant un drapeau ou en jetant la mappa dans l'arène; on enlevait la chaîne des hermules; les concurrents s'élançaient, et le premier qui avait parcouru sept fois la carrière était proclamé vainqueur par un héraut. Il recevait une couronne, une palme et aussi une somme d'argent assez importante, d'après Martial et Juvénal.
L'histoire et les monuments antiques nous prouvent que les Romains, comme les Grecs, avaient pour coutume de donner des noms à leurs chevaux. Ceux du Soleil, au nombre de deux ou de quatre, sont désignés sous les noms de Lampos et Phaëton, Chranosi Aélhon, Astrapé, Brouté, — Pyrdis,Eoiis, Aëton et Phlégon (1). Dans l'Iliade, les chevaux de Mars s'appellent Deimos et Phobos (2) ; ceux d'Achille, . Balios et Xanthe ; de Pallante, Aèthon ; de Mézence, Bkœbus. On trouve aussi quelques noms de chevaux sur des vases grecs : Lapon pour Lam-
{\) Ovide, Métamorph., II, 153.— Hygin., Fab. i83 — Schol. ad. Kuripid. Phœniss., 3. (2) Iliade, V, 353.
pas (1), un des chevaux de TAurore ; — Percos et Arion{% chevaux d'Hercule ; Sétnus^ PyrocomCj Calicomé et Calipkora^ noms des quatre chevaux attelés au char d'Anchipus (3). Le cheval d'Alexandre le Grand se nommait Bucèphale ; celui de Caligula, Incitatus; d'Hadrien, Borysthène; dé Vérus, Volucris^ etc. On voyait à Corinthe la statue de la jument Phidole^ qui, dans la course, après avoir jeté bas son cavalier au moment du départ, continua sa carrière et gagna le prix. Sur un verre antique, trouvé dans les catacombes et dessiné dans l'ouvrage de R. Garucci {Vetri omati de figuri in oro), pi. XXXIV, 4, on voit un quadrige avec les noms de quatre chevaux : Botrocales, EnacciatWj Aéropétès et Niceforus.
Diverses inscriptions nous ont aussi transmis les noms de quelques chevaux vainqueurs, comme par exemple : Ajax et Romulus^ sur un marbre ; — Ingenuus^ Àdmetus^ Passerinus et AtmetuSySur une plaque de verre peint publiée par Fabretti. — Chez les Romains donc, les noms des chevaux vainqueurs dans les courses du cirque et ceux des auriges étaient quelquefois gravés sur la pierre ou le marbre, comme l'attestent encore plusieurs autres inscriptions qui nous ont été conservées. Mais lesdeux monuments les plus complets, sous ce rapport, sont deux inscriptions citées, l'une par Spon, dans son Voyage dltalie et de Dalmatiey l'autre par Onuphre Panvinius, Ludi circenses^ I, c. 13, Padoue, 1647, un vol. in-folio. Ce dernier marbre, que Panvinius a vu à Rome de son temps, nous transmet les noms de C4mt vingt-six chevaux, la couleur de leur robe, le nom de leurs auriges et le nombre de palmes ou de prix qu'ils ont obtenus. Ces prix étaient fondés par des particuliers ou par des magistrats.
Quand ils voulaient désigner la couleur des chevaux, les Romains employaient les mots suivants, qu'on trouve cités par divers auteurs: Candidissimus^ blanc pur ; — Albus, blanc; — Albineus, blanchâtre ; — Mwreuty gris de souris ; — Cinereus, cendré ; — Gilbus ou Gilvus^
(i) Odyssée, \XIU, 246.— Catalogue Durand, par M. le baron de Witte, n» 3i. — ÉUte des monuments céramiques, t. II, pi. CIX.
(2) Catalogue Durand, n« 232.
(3) Catalogue Durand, n* 296.
gris cendré ; — FtUvus, jaunâtre, fauve clair ou roux ; — Pressus, couleur claire ; — Cervius, fauve clair ; — GutUUus, moucheté, pommelé; — Badius, bai; — RufuSj roux ; — Aureus, doré ; — Scutatus, rouan ou rubicant; — Russeus^ alezan brûlé; — Cœsws ou Kœsiw, tirant sur le vert foncé; — Maurus, noirâtre; — Pullua^ noirâtre, châtain ou brun foncé ; — Niger , noir.
En général, les chevaux tiraient leur nom de leurs diverses quali* tés, de leur sang, de leur patrie, de leur robe, de leur race, de l'affection de leurs maîtres, qui leur donnaient quelquefois les noms de personnages historiques ou célèbres, comme on peut le voir par les exemples suivants : le chiffre, inscrit à côté du nom indique le nombre des prix remportés par le cheval.