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CIRQUE ET DE L'AMPHITHÉÂTRE

{Pûnem et cittenses.)

Les jeux publics faisaient en quelque , sorte partie du culte des anciens Romains» et ils varièrent aux diverses périodes de la république. Des hérauts ou crieurs publics les annonçaient au peuple, qui y était aussi convié par des affiches de théâtre semblables à celles qu'on a trouvées et qu'on voit de nos jours sur un mur de Pompéi : t Combat et chasse pour les nones d'avril ; les mâts seront dressés. > —

c Vingt paires de gladiateurs combattront aux nones. > — c Combat de gladiateiu^ ; les voiles seront tendues. • — t La troupe de gladiateurs de Numérius Popidius Rufus donnera une chasse à Pompéi, le 4' jour des calendes de novembre et le 12' des calendes de mai. On y déploiera les voiles. Ottavius, chargé du soin des jeux, salut. » Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de voir des plombs antiques, avec des sujets différents, et dont une des faces portait les initiales l v d. Ces pièces ont-elles été émises en commémoration de jeux célébrés, ou bien était-ce une espèce de contre-marque qu'il fallait exhiber pour être admis aux jeux ? c'est ce qu'il est difficile de décider.

Dans les premiers temps, ces jeux étaient célébrés en l'honneur de quelque divinité, — ou à des funérailles de personnages riches et importants, — ou bien encore pour accomplir un vœu formé par un commandant d'armée. Plus tard et k la fin de chaque cent dixième année, on donna à Rome, pour le salut de l'empire, en l'honneur d'Apollon et de Diane, les Jeux séculaires ; mais les jeux les plus remarquables sont généralement appelés par les auteurs anciens : Jeux du cirque {Circenses), Jeux romains (Romani), ou Grands jeux (Ludi magni).

A Rome, sous les empereurs, et à Constantinople, jusqu'à la prise de cette ville par les Croisés, les jeux publics étaient devenus une passion effrénée, un vrai besoin pour la multitude. Aussi, dans l'empire d'Orient, ce fut au cirque et à l'hippodrome que s'accomplirent un grand nombre d'événements politiques de cette époque de troubles, de disputes et de décadence, comme le prouvent suffisamment quelques faits que nous extrayons des chroniqueurs byzantins.

Constantin. 330. — Dès la fondation de Constantinople, Constan- ^ tin le Grand bâtit l'hippodrome.

Arcadius. 406. — Le 25 octobre, les portes du cirque et les portiques voisins sont incendiés pendant la nuit ; on les reconstruit dans le mois suivant.

Théodose II. 445. — Émeute au cirque.

» 449. — Théodose II favorise la faction des verts, qu'il

place à sa gauche dans le cirque. En même temps, pour contenir les bleus, il les fait surveiller par des soldats de sa garde.

MARaEN. 450. — Le 25 août, Marcien est proclamé empereur par

les deux factions du cirque.

» 456. — En décembre, Marcien se déclare pour les

bleus et exclut de tous les emplois civils et militaires les verts ^ qui s'étaient révoltés.

Léon I". 465. — Au mois de juin, Menas, préfet des Vigiles, est

jugé dans le cirque par le sénat, battu et traîné par le peuple jusqu'aux maisons de Stadius, où il est assommé par un Goth.

• 473. — Dans ce même mois, grande émeute au cirque,

où périrent beaucoup d'Isauriens.

» 473. — Le 17 novembre, Léon le Jeune, fils de Zenon,

est salué dans le cirque par le peuple et par les ambassadeurs étrangers ; il est couronné par Léon I*'.

Zenon. 490. — Théodose, comte de l'Orient, est déposé pour

avoir encouragé les verts à sévir contre les Juifs d'Antioche.

Anastase V\ 491. — Zenon à peine mort, et avant même qu'on eût

procédé à ses funérailles, les courtisans, les sénateurs et l'évêque de Constantinople convoquent, le 10 avril, le peuple et les troupes au cirque, afin de nommer un nouvel empereur. Les membres du sénat ne pouvant s'accorder entre eux, on s'en remet à la décision de l'impératrice Ariadne, qui choisit le silentiaire Anastase ; Euphémius le couronne le lendemain à l'hippodrome , où le nouvel empereur, revêtu de la pourpre, est accueilli par de nombreuses acclamations. Trois ans

après, la multitude lançait des pierres à Anastase, brisait ses statues et brûlait son trône à l'hippodrome. À peine couronné, l'empereur abolit les combats des gladiateurs contre les bêtes féroces, ainsi que les travestissements des jeunes garçons en filles.

491 . — Au mois de mai de la même année, une émeute des verts amène un incendie qui consume la Chalcé et quelques édifices du voisinage.

Platon, chef des verts, parvient avec beaucoup de peine à apaiser cette sédition.

495. — Émeute des verts à Antioche contre Calliopius. Constantiu de Tarse rétablit l'ordre.

804. — Les Greds, tout à leurs arguties théologiques et à leur passion pour les spectacles, font un champ de bataille de l'amphithéâtre. Les bleus et les verts s'y battent avec acharnement. Trois mille personnes sont égorgées à cette occasion.

507. — A Antioche, les verts, favorisés par le comte Basile d'Éde^se, qui leur avait donné le fameux cocher Calliopas, pillent, le 7 juillet, la synagogue de Daphné, à l'occasion des fêtes olympiques. Le comte Basile est remplacé par IMTénas, qui bientôt est massacré, pour avoir fait mettre à mort un individu de la faction verte. Une partie de la ville est brûlée.

514. — Emeute à propos de quelques prêtres ou prélats exilés* Anastase, tète nue et en attitude de suppliant, se. présente au peuple réuni dans l'hippodrome, et pron^et de rappeler ceux qu'il a bannis.

Justin V% 548. — Anastase> çn mouraut, n'ayant pas désigné de

successeur, Amantius, chef des eunuques et chambellan, veut donner l'empire à Théocrite son parent, et s'appuie, pour le faire proclamer, de Justin, chef des excubiteurs (gentilshommes de la chambre). De son côté, le silentiaire du palais intrigue pour son candidat. Pendant ce temps, Jean le Tribun est revêtu de la pourpre par les excubiteurs, et ceux-ci sont chassés à coups de pierres par les bleus. Enfin, le ^ juillet, Justin parvient à s'emparer de la couronne.

I» 520. — En septembre, à la suite d'une émeute des

bleus, Justin abolit les jeux olympiques.

» 521. — Au mois de janvier, Justinien, qui n'était encore que consul, affecte aux jeux du cirque une somme de deux cent quatre-vingt-huit mille sous d'or, et fait paraître à l'amphithéâtre vingt Uons et trente panthères.

> 523. — A Antioche, Ephrem d'Amide, ville d'Arménie,

apaise une sédition excitée par les bleus et supprime les jeux et les spectacles; les danseurs sont également renvoyés de partout, excepté d'Alexandrie.

> > Dans la même année, à Constantinople, émeute

des bleus, réprimée par Théodote, ex-comte de l'Orient.

» 524. — Les habitants de Séleucie, dans l'Isaurie, obtiennent la- permission d'avoir des courses de chars et de chevaux.

JusTiniEi^ I". 527. — L'empereur favorise les bleus, mais sous le

nom de Théodora, sa femme, afin de ménager la faction des verts.

• JusTiNiEN I". 528. — Isaïe, évêque de Rhodes, et Alexandre, évêque

de Diospolis, convaincus tous les deux du crime de pédérastie, sont condamnés au supplice de la castration. Ce châtiment est aussi, pour la même cause, infligé à un grand nombre d'individus appartenant à la faction des verts,

» 532. — Le 13 janvier, les verts se soulèvent contre le

préfet Eudémon, qui avait fait exécuter sept individus des deux factions. Après avoir vainement imploré en leur faveur la clémence de Tempereur, les ' verts et les bleus courent aux armes, prennent pour mot d'ordre l'acclamation mika, et allument dans la ville un grand incendie. La garde impériale accourt à l'hippodrome, où elle est massacrée par les factieux, et la terreur s'empare de Justinien, que la foule mutinée veut dépouiller de la pourpre et remplacer par Hypatius. Heureusement pour l'empereur, Bélisaire arrive avec de nouvelles troupes, cerne toutes les issues de l'hippodrome et pénètre dans l'enceinte, où périrent, à cette occasion, plus de trente mille individus. La victoire reste au pouvoir et bientôt tout rentre dans l'ordre.

» 550. — Le 18 avril, les deux factions s'attaquent avec

acharnement dans le cirque, quoiqu'il n'y eût point de spectacle ce jour-là.

» 556. — La famine sévit à Gonstantinople : le peuple

se soulève et vient adresser des plaintes et des reproches à Justinien, en présence de l'envoyé du roi de Perse. Husonius, par

ordre de Tempereur, fait exécuter un grand nombre de bleus.

• 559. — La fête de la ville est retardée de deux jours.

A leur sortie du cirque, les verts sont attaqués par les bleus.

» 561 . — Le 12 octobre, combat entre les deux factions.

» » Dans le cours de cette même année, les

troupes d'Afrique se révoltent pendant une représentation au cirque de Carthage.

» 563.* — Au mois de janvier, le cocher Julianus périt

dans une course où ses chevaux avaient pris le mors aux dents.

Pendant le mois d'avril suivant, Procope, que l'empereur avait chargé de poursuivre l'enquête contre Bélisaire, est remplacé par l'ex-logothète André. Ce dernier est insulté par les verts et défendu par les bleus. Un combat s'engage entre les deux factions, et après une lutte acharnée à laquelle met fin l'intervention de la force militaire, l'empereur décrète qu'à l'avenir tout provocateiur de rixes ou de troubles aura le pouce coupé.

Justin II. 565. — Le 14 novembre , jour de son avènement,

Justin II, après une allocution au sénat, se rend au cirque, où il est salué par les deux factions, aux cris répétés de t Tu vincas ! » L'empereur les exhorte à vivre désormais en paix.

Maurice. 602. — A son entrée au cirque, Maurice est accueilU

par les acclamations du peuple et des deux factions. — Cette même année, le S3 no-

^ vembre, les verts révoltés vont saluer Focas

à Rhégium.

Focas. 602. — Maurice est détr^jié : Focas et Léontia, sa

femme, sont couronnés, et bientôt après, pendant le cours d'une représentation au cirque, les bleus ayant été maltraités par la troupe, rappellent à l'empereur que Maurice vit encore ; Focas le fait mettre à mort, ainsi que ses enfants. Quelques jours après, et en présence de l'empereur, une rixe violente éclate à l'hippodrome entre les deux factions.

> 603. — Pendant le mois de mars, et à la suite d'une

émeute, Jean Grucis, chef des verts, est condamné à être brûlé.

• 607. — Focas fait abattre les images ou portraits de

Priscus et de Domitia, que les verts avaient placés à côté du sien.

• 609. — Au mois de mai, pendant une représentation de

l'hippodrome, les verts reprochent publiquement à Focas son ivrognerie et ses fureurs ; ils sont exclus de tous les emplois.

JusTiNiEN II. 705. — Tibère-Absimare et Léonce sont traînés au cirque, où Justinien II les foule aux pieds ; il les fait ensuite décapiter au Cynegium.

FiLÉPicus. 713. — Le 3 juin, pendant un repas d'apparat, Filé-

picus est saisi par les verts révoltés, qui lui crèvent les yeux.

Michel III. 850. — Basile le Macédonien, qui, plus tard, succéda

à Michel III, mais qui n'était encore qu'un simple écuyer, dompte un cheval dans l'hippodrome.

Constantin X, Romain I", Etienne et Constantin XI.

943. — Les places du cirque réservées au peuple s'écroulent à la suite d'un orage.

Constantin XII. 1042 à 1054. — Sous ce règne, la fureur des Grecs

pour les jeux du cirque et pour les combats de bêtes féroces ne fait que s'accroître. — Le sultail d'Egypte envoie à l'empereur un éléphant et une girafe.

Alexis I". 1098. — Le sultan Àbou-Khasan vient visiter Alexis

Comnène, qui le conduit à l'hippodrome.

Manuel I" » A la seconde croisade, lorsque l'armée de Conrad III arriva sous les murs de Constantinoplè, les soldats remarquèrent dans l'enceinte de la cité impériale des fossés profonds où l'on avait réuBfi des bêtes fauves destinées aux coinbats de l'amphithéâtre.

ÂNDRONic Comnène. 1185. — Eu septembre, Isaac L'Ange soulève le

peuple , qui s' empare d'Aridronic ei ïe promène dans Cohs^àhtinople , monté sur un chameau, après lui avoir préalablement arraché un œîi et coup^ une main. Isaac est ensuite mené à l'hippodrome et mis en pièces par la populace.

Alexis V. 1204. — Après s'être emparés de Constantinople et avoir

détrôné Alexis V Ducas Murtzuphle, les Latins* abïoittênt daÀs l'hippodrome une statue colossale d'Hercule attribuée à Lysippe, et beaucoup d'autres monuments d'époques divei^ses, parmi lesquels figuraient, à la porte orientiàle', les statues' et les images des vainqueurs aux coitf^és de chîars. C'est alots que tes» Véhllibn^^tt!teVèi*ent les fameui chei'aujt.

pour en décorer la place Saint-Harc, à Venise. On sait que Bonaparte, en 1801, les fit transporter à Paris, sur la place du Carrousel, d'où, par suite des événements de 1814, ils furent enlevés par les alliés et rendus à la ville de Venise. On ignore complètement à quelle époque et par qui ont été fondus ces chevaux qui, d'après une tradition que rien ne justifie, figurèrent, dit-on, d'abord à Gorinthe et devinrent, on ne sait trop comment, la propriété de Tiridate P% qui les donna à Néron. De Rome, Justinien les fit transporter à Gonstantinople, en 526. Ce monument, d'après son style, appartenant à l'époque de la décadence, on ne sau- Tait en faire remonter l'origine au temps de Néron, et bien moins encore l'attribuer à Lysippe.

Tous les faits que nous venons de citer prouvent évidemment que sous les empereurs byzantins les factions de l'hippodrome et de l'amphithéâtre étaient peu à peu devenues de véritables et puissants partis politiques, souvent dangereux, que la force et les lois eurent plusieurs fois de la peine à contenir et à réprimer.

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