PLANCHE XIX
1. DN. coNSTANTi (sic) AVGvsTi. Daus uu ccrclc de grènetis, buste casqué de Constance II en costume militaire, tourné à droite et portant la haste sur Tépaule.
RI En légende circulaire : gloria. romanorvm. Rome de face, casquée, debout, la haste en main, et une femme diadémée (Constantinople) ayant dans la main gauche une corne d'abondance, soutiennent ensemble un bouclier ovale reposant sur un cippe et sur lequel on lit, écrit en quatre lignes : vot — ^xxx — MVLT — ^xxxx; à l'exergue, r (Ronia); le tout dans un cercle de perles.
(Cabinet impérial de France.)
Exemplaire unique, sur lequel le nom de Constance II, au génitif, est écrit Comtanti, au lieu de Constantii; mais nous trouvons ce nom orthographié de la même manière sur plusieurs autres monnaies de brome de cet empereur, ainsi que sur un médaillon d'or, de onze lignes de diamètre, avec le revers suivant : viRTvs. coNSTANTi. GAES. ConstaBCB H, dobout entre deux captifs, tenant un trophée et une lance.
La formule : vot. xxx. mvlt. xxxx se rapporte à des txmm que les empereurs romains rappelaient sur leurs monnaies à des époques régulières ou périodiques de 5, 10, 15, 20, 25, 30, 35 et 40 années, et que pour cette raison on nommait vota quinquennalia, deceimalia, quindeceimalia^ etc. Sur la monnaie, ces formules deviennent de plus en plus fréquentes vers le déclin duHaut^Empire.
Les vc&ux décennaux datent du règne d'Octave César, d'après Tautorité de Dion, qui écrivait, comme on sait, sous Alexandre Sévère; ils furent institués lorsque Auguste, feignant de répudier le pouvoir et de vouloir continuer la république, fut supplié de garder l'autorité souveraine, d'abord pour dix ans, puis pour dix autres; et l'on sait que de cette manière il régna jusqu'à sa mort. En conservant la coutume de se faire investir du pouvoir suprême par un décret renouvelé tous les dix ans, les successeurs d'Auguste semblaient n'avoir qu'une puissance temporaire; mais cette consécration n'était que de pure forme. Au reste, quoique plusieurs empereurs, et notamment Tibère, aient négligé de provoquer les décrets relatifs à ce pouvoir, ils avaient pourtant soin de commémorer cette époque par des fêtes, des solennités, des jeux ou des largesses. Plus tard cet intervalle de dix années fut partagé en deux périodes de cinq ans ; nous en trouvons la première mention sur un petit bronze de Maxence, portant au revers l'inscription : q q (QuinQuennalibus) mvltis. XX. Après cet empereur, apparaissent sur les monnaies des formules votives avec des chiffires plus élevés, depuis xx jusqu'à xxxx, et cet usage se prolonge jusqu'au règne de Justinien I*,
qui Fa employé le dernier sur ses sous d'or. On peut consulter à ce sujet un article spécial de notre Iconographie (Description des PL Rom. Imp. xxxy et xxxvi).
2« DN. coNSTANTiYS, P. F. AVG. Busto diadème de Constance II, à droite.
Bl làrgitio. Personnage en habit consulaire, assis de face, tenant un volwnen dans la main gauche et comptant des pièces de monnaie à une femme tourrelée ou radiée qui est à sa droite et qui se baisse un peu pour les recevoir ; à gauche, un soldat casqué debout, une main posée sur l'épaule du personnage assis, et de l'autre tenant la haste.
(Cabinet impérial de France.)
Exemplaire décrit par Eckhel et appartenant de son temps au Cabinet delà reine Christine de Suède, d'où, vers la fin de Tannée 1718, il a passé dans la collection de France. Le peu d'épaisseur du flan, le style du travail, mais surtout le sujet représenté sur le revers de cet exemplaire, nous ont paru d'abord des titres suffisants pour lui faire prendre place dans la série des médaillons contomiates ; mais nous ferons observer toutefois que nous avons trouvé dans la collection Capranési un second exemplaire bien conservé dont le flan est plus épais, et qui appartient, selon nous, à la classe des médaillons romains ordinaires.
3. Portique soutenu par deux colonnes, sous lequel on voit un comptoir ou table de changeur ou banquier, que les Romains désignaient par les noms divers de Nummularius, Argentarius, M^sarius, Trapezita, etc. Autour de la table, trois personnages debout et en toge, savoir : au milieu, le banquier, la main droite en avant, s'adressant à son voi* sin de droite, qui avance la main vers la table chargée de pièces de monnaie ; à sa gauche, un troisième personnage dans la même attitude.
(Avec Néron, — Cabinet impérial de France. — Musée impérial de Vienne.)
L'exemplaire du musée impérial de Vienne est d'un module un peu plus petit et porte en contre-marque, devant la tête de Néron, une espèce d'étoile à six rayons gravée en creux.
A Rome, les banquiers, les changeurs ou les prêteurs d'argent étaient quelquefois nommés par le peuple, du moins à une certaine époque, d'après un passage deTite-Iive (xxm, 21); ils avaient leurs boutiques ou comptoirs au Forum, devant la basilique Argentaria. Les Romains avaient l'habitude de faire leurs payements par l'entremise d'un banquier, moyennant une commission ; on appelait prescriptio un mandat pu un ordre de payement donné sur un banquier. C'était ordinairement chez un banquier que les capitalistes et les usuriers ou Fcmérateurs déposaient leur argent pour le placer au plus haut intérêt ; lorsqu'il s'agissait d'un prêt, l'emprunteur et le prêteur se rendaient avec des témoins chez le banquier ; la somme prêtée était inscrite sur son journal ou tablettes courantes, puis sur le livre de caisse, où l'emprunteur signait en spécifiant l'époque du remboursement. La loi des Douze Tables n'autorisait l'intérêt qu'à raison d'un pour cent par mois; mais on sait qu'elle fut toujours éludée par les usuriers. Quelque temps avant la mort de Marc-Antoine, l'intérêt courant était monté jusqu'à douze pour cent par mois ; il tomba alors à quatre. Les divers essais tentés par les empereurs pour arrêter les progrès de l'usure furent non-seulement inutiles, mais ils contribuèrent souvent à aggraver le mal Comment juger en effet une loi du code Théodosien (liv. II, tit.xxxm, 1, 1 , ann. 325) qui, lorsqu'un cultivateur avait prêté du grain à son voisin, l'autorisait à réclamer, à titre d'intérêt, un tiers en sus de la semence qu'illui avait donnée? Selon toute probabilité, les prêteurs d'argent ne devaient pas se montrer moins exigeants que le prêteur de blé. Certains usuriers avaient trouvé le moyen d'exercer cet odieux métier sans posséder les capitaux nécessaires ; ils empruntaient à petite usure pour prêter à un taux exorbitant. Auguste nota d'infamie plusieurs chevaliers romains qui faisaient ce trafic. (Suétone, A^igust.y 39.)
4. Polype, sèche, langouste et pompîle ou pilote, poisson de mer.
(ÂTec Alexandre le Grand, tête nue, ou avec Néron. — Cabinet impérial de France.)
Que peuvent signifier le zoophyte, le mollusque, le crustacé et le poisson réunis sur ce contorniate ? Est-ce une allégorie, ou bien ne se trouvent-ils là que par le caprice de celui qui a composé ou gravé le médaillon ? C'est une énigme dont nous n'avons pu trouver le mot, et nous sommes réduit à supposer que ce médaillon a pu être frappé par le corps ou collège des poissonniers en Thonneur d'un aurige, d'un gladiateur ou d'un athlète qu'il favorisait. Le Forum piscarium était situé près du marché à rhuile et touchait au marché aux bcmfs. D'après Plante (Curct*/., iv, 1, v. 13) et Golumelle (vm, 17), le Piscarium était le rendez-vous de gourmands et de gloutons que ne rebutait point l'odeur des immondices qu'on y rencontrait à chaque pas.
5. DN. ivLivs. MAiORiANvs. F. AVG. Buste diadème de Hajorien,
tourné à droite, tenant le wlumen dans la main droite et dans la main gauche un sceptre surmonté du globe crucigère ; derrière la tête, le monogramme incus formé des lettres p. b.
Bl Le champ du revers de ce médaillon est nu et bordé seulement d'un cercle de grosses perles.
(Cabinet impérial de Franoe.)
Exemplaire unique avec Teffigie de M ajorien ; module trèsgrand.
AVEC DBS SUJETS IRGONNUS OU d'UNE EXPLICATION DIFFIGLE.
6. Femme tourrelée, assise de face, la main droite élevée et tenant
une haste dans l'autre main ; elle est couronnée par une autre femme tourrelée, tenant également la haste et debout à gauche. A droite, un guerrier debout, coiffé du pileuSj tenant d'une main la bipenne et de l'autre la haste. Devant, et de chaque côté de la femme assise, deux sphinx et un autel ; à l'exergue, deux fleuves couchés.
(Cabinet impérial de France.)
Dans ce sujet, Havercamp a vu la représentation ou la personnification de Y Orient (les Chaldéens et les Perses) et de rOccident (les Grecs et les Romains). Celte attribution a été complètement désapprouvée par Eckhel, qui avoue humblement ne pouvoir donner aucune explication de ce type. Aussi ce n'est qu'avec une extrême réserve que nous nous hasarderons à émettre notre opinion : selon nous, on pourrait voir peut-être, dans la femme assise et couronnée, la personnification de Rome ou de Gonstantinople, recevant les hommages des divers peuples assujettis à la puissance romaine ; et dans ce cas, les fleuves indiqueraient que cette domination s'étendait à la mer comme à la terre.
7. A droite, un personnage en toge et tête nue, debout à gauche,
tenant dans sa main droite élevée un objet indistinct (peut-
être une torche?) et un bâton dans sa main gauche. Plus loin, un homme debout, tête nue, tenant dans la main droite élevée un volumen, et à hauteur de l'épaule gauche, un objet de forme ovale et plus gros que sa tête. Sur le premier plan et en bas, deux ouvriers assis, tenant chacun par le manche un coin ou matrice de monnaie sur lequel frappe un troisième ouvrier debout à droite avec un gros marteau; derrière ce frappeur, est un personnage en toge et debout. A terre et devant le coin, une sébile dans laqueUe on distingue trois monnaies qui viennent d'être frappées.
(Avec Néron. — Cabinet impérial de France.)
A notre avis, le sujet de ce contomiate représente l'intérieur d'un atelier de frappe monétaire en activité ; cette explication nous semble légitimée par l'ensemble de la composition, par la présence des pièces de monnaie placées dans la sébile au fur et à mesure qu'elles sont frappées, et par la forme des coins, dont plusieurs exemplaires anciens originaux nous ont été con-^ serves. Ces coins figurent dans plusieurs collections publiques ou privées, notamment au Cabinet impérial de France, où nous trouvons deux coins de monnaies d'Auguste, N" 3173 et 3174; deux de Tibère, N- 3175 et 3176; deux de Néron, N- 3177 et 3178, et une paire de coins de Constant P% N*' 3179, sur lesquels sont gravées, d'un côté l'effigie de cet empereur, et de l'autre une Victoire marchant, avec la légende Victoria, dd. nn., et à l'exergue, s. m. an. Tous ces coins sont de fer; on a aussi trouvé, dans diverses fouilles, des coins romains de cuivre plus ou moins allié, que les anciens avaient probablement le moyen de tremper pour le durcir; mais aucun document historique ne nous a fai| connaître jusqu'ici le procédé qu'ils employaient pour obtenir cette trempe.
Les trois personnages en toge qui figurent dans la composition de ce sujet sont des employés des monnaies qui assistent
à la frappe, et les objets qu'ils tiennent sont probablement les insignes de leur grade ou de leur emploi. A Rome, les officines monétaires étaient situées derrière le temple de Jumo-Moneta ; les graveurs, les affineurs, les essayeurs, les fondeurs et les frappeurs étaient répartis dans des ateliers spéciaux. Ces différents ouvriers, qui formaient à Rome un collège ou famille monétaire (l) y non-seulement ne pouvaient pas exercer un autre métier (2), mais encore il leur était interdit de s'allier avec d'autres familles que celles de leur collège (3).
8. Deux personnages assis vis-à-vis l'un de l'autre, sur le som-
met de deux rochers opposés. Celui de gauche tient un arc tendu. Dans le lointain, un arbre ou une fleur à larges feuilles, et sur le devant, au pied de rochers, un énorme serpent. (Fabrique barbare.)
(Avec Alexandre-Hercule. — Cabinet impérial de France.)
Ce type est d'une explication difficile : il représente peut-être l'épisode du serpent Python, tué sur le mont Parnasse et à coups de flèches par Apollon, secondé dans cet exploit par Diane.
9. Femme assise à droite dans l'attitude de la douleur, la tête
appuyée sur sa main gauche, les regards fixés sur un homme nu, debout, les mains derrière le dos et attachées à un arbre, sous lequel un homme accroupi, les deux mains posées à terre, regarde l'homme nu.
(Avec Néron ou Trajan. -- Cabinet impérial de France.)
Ce sujet nous parait représenter les apprêts du supplice de
(0 Officinatores et nummujari officinarum argentariarum familioe monetari. Gbuter, p. 45.
(2) Code Théodosien, leg. 43, XI, tit. T, leg. i.
(3) IHd., leg. 1, § 2.
Marsyas, qu'Apollon victorieux va faire écorcher par un esclave scythe, après avoir suspendu son rival à la branche d'un pin élevé. Hais en admettant cette attribution, nous sommes embarrassé pour déterminer quelle peut être la femme qui assiste au supplice.
La lutte de Marsyas et d'Apollon ainsi que la punition du vaincu ont été reproduites sur des bas-reliefs, des gemmes et des vases. A Rome et dans les colonies romaines, Marsyas avait des statues dressées auprès des tribunaux. Les avocats victorieux venaient le couronner et le remercier de leur succès : sans doute, à leurs yeux, la punition de Marsyas était le symbole d'un jugement sévère mais équitable.