Description générale des monnaies de la République romaine, communément appelées médailles consulaires
Il est inutile de s’étendre sur le mérite de la suite des médailles consulaires. Elle offre en même temps l’intérêt historique, l’intérêt mythologique, la variété des types, et souvent la beauté du style, (.^pendant, de toutes les médailles antiques , cette suite est jusqu’à présent celle dont la description laisse le plus à désirer, en partie par la négligence que totis les auteurs sans exception ont mise à décrire exactement les légendes, les types et le métal dans lequel les pièces existent, et en partie par l’extrême difficulté de la ranger selon l’ordre chronologique.
Après les savants ouvrages de Goltzius, ürsino. Patin, Vaillant, Morell, Eckhel et M. Riccio, une nouvelle description des monnaies de la République romaine doit certainement offrir de grandes difficultés à celui qui l’entreprend. Aussi, n’ayant point la prétention de lutter de science avec les grands numismates que je viens de nommer, je me bornerai à celle que j'espère justiGcr, de donner un ouvrage plus exact sous le rapport de l’intégrité des inscriptions et de l’authenticité des pièces que tous ceux qui existent; et dût-on me taxer d’outrecuidance, je dirai que s'il est difficile d’écrire un livre de numismatique savant, il l’est peut-être encore plus d'en faire un très-exact. Quant à l’ordre chronofogiquc et aux éclaircissements historiques, j’emprunterai aux savants écrits de ^MM. Bc-ghesi et Cavedoni tout ce qui peut ajouter un intérêt de plus à mon travail , sans négliger de recueillir les fleurs qu’ont autrefois semées sur l'étude des médailles consulaires les illustres Oisino, Havercamp, Vaillant et même Goltzius.
Les oeuvres de M. Cavedoni étant peu répandues en France, et des dates précises , ou à peu près , devant souvent se présenter dans le cou-
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rant de cet ouvrage , Je crois essentiel de donner un aperçu du système k la fois ingénieux et savant , à l’aide duquel ce célèbre numismate a su 6xer l'époque de la fabrication d'un grand nombre de médailles d’une série ou régnait sur ce point l’obscurité la plus profonde. Les détails qui vont suivre sont empruntés à un de scs ouvrages que j'engage tous les amateurs de la suite consulaire à lire et à méditer avec attention; en voici le litre : u Ragguaglio storico archeologico de’ prccipui ripostigli antichi di medaglie consolari e di famiglie romane d’argento. u Modène, 1854.
Depuis 1810 jusqu’en 1834, dix grands dépôts de monnaies consulaires furent découverts en Italie. Outre ces dix dépôts, il y en a eu seize autres de 1827 à 1854, et cinq trouvailles sont signalées comme ayant été faites en 174ü, 1748, 1758, 1787 et 1791. Les seize dépôts de1827 à 1854, et les cinq du siècle dernier, n’ayant pas à beaucoup près passé en entier par les mains de numismates, aucune notice précise n’a pu être faite sur les médailles qu’ils contenaient. Mais quant à celles des dix premiers dépôts, la presque totalité ayant été recueillie par divers savants et amateurs en Italie, entre autres par MM. Borgbesi et Cavedoni, ils notèrent avec le plus grand soin toutes les familles , tous les types , le nombre de médailles de chaque type, et l’état de conservation , non de chaque médaille en particulier, mais de chaque genre de médailles : en sorte que par le fait de l’usure de toutes, ou de presque toutes les médailles d'un même type , il s’élevait une forte présomption qu’elles avaient plus circulé et devaient être plus anciennes que celles d’un type dont tous les exemplaires étaient bien conservés.
Le catalogue des médailles contenues dans chaque trouvaille ayant été ainsi dressé, le premier soin des savants que j’ai nommés plus haut fut de rechercher celles qui, d’après des données certaines, devaient être les plus récentes , afin de hxcr par là l’époque de leur enfouissement. Ainsi, par exemple, en 1832 on découvrit à Monte G>druzzo,^ en Romagne, un dépôt de 4734 médailles d’argent. M. Borghési, à qui tout le dépôt fut présenté, et qui en 6t le catalogue, constata que les médailles les plus récentes par le type, la fabrique et les personnages qui y étaient mentionnés, étaient celles de C. Valerius Flaccus, proconsul dans les Gaules en 671 (83 av. J. C.), de Q. Antonius Balbus, préteur
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en Sardaigne en 672 (82), et enfin de C. Anniiis, proconsul en Espagne en 673 (8 1 av. J. C.). petit nombre de ces trois dernières médailles, dont la seule qui s’y soit trouvée de C. Annius était à (leur de coin, et surtout l'absence des médailles de Sylla frappées pendant son dictatoriat par L. Manlius, proquesieur en 673, et qui sont très-communes d’ailleurs, lui fit juger que ce trésor avait été enfoui au commencement de cette même année 673. De plus , Monte Codnizzo se trouve précisément sur le même territoire où, en 672 et 673, de sanglantes batailles furent livrées entre Metfllus et les légions de Marins.
■Examinons encore la trouvaille faite en 18(0 à (ùidriano, à quatre mifles de Bologne , dans laquelle se sont trouvées toutes les médailles de Sylla. M. Borgbesi ayant observé que la médaille de Cn. Plancius, qui fut édile cimile en 700 (54 av. J. C.), en faisait partie, mais qu’il y manquait toutes celles de Jules César frappées après le commencement de la guerre civile, ainsi que celles de Lucius Lentulus et Claudius Marccllus, consuls en 705 (49 av. J. C.), qui sont cependant communes, il jugea que ce dépôt avait dô être enterré après l'an 700 et avant l’an 705.
Ce léger aperçu des travaux des savants d’Italie, mais principalenteni de MM. Borgbesi et Cavedoni, doit suffire pour montrer avec quelle sagacité ils sont arrivés à fixer approximativement les dates de certaines médailles. Mais M. Cavedoni a poussé bien plus loin encore ses investigations dans l’admirable ouvrage que j’ai cité plus baut : rien ne lui est échappé des plus légers indices qui peuvent servir à tracer des époques. Ainsi , il a interrogé les types , la paléographie, les légendes, les signes monétaires teb que les lettres, les nombres et les symboles; il a comparé le poids, la forme du flan plus ou moins épais des médailles , l’art et le style de tout les types divers ; enfin il a consulté jusqu’aux lois qui exigeaient tel ou tel Age pour remplir telle ou telle magistrature. Et si, dans cet immense travail , M. Cavedoni a pu quelquefois s’aventurer sur le terrain des conjectures, il est impossible de nier qu’il a poussé jusqu’à ses dernières limites les probabilités et même la réalité de la chronologie dans la suite des médailles de la République romaiue.
Il est temps que je consacre quelques lignes au plan que j’ai suivi dans mon travail. Ayant reconnu par ma propre expérience, ainsi que par celle
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d’autres anialetirs , combien les recherches sont longues et fatigantes , lorsque, comme dans les ouvrages de Vaillant, de Morell, etc., la partie historique est mêlc'e à la partie scientiGquc, j'ai réuni d’abord, en forme de catalogue raisonné, toutes les médailles de chaque famille, en suivant le plus exactement possible leur ordre chronologique; et ensuite j'ai résumé , à peu près comme a fait Orsino, sous le titre A' Éclaircissements, tout ce que l’iiistoirc fournit de plus intéressant sur elles. Les notes qui se trouvent au bas des pages de la partie descriptive ont toutes rapport aux médailles mêmes. Malgré la scrupuleuse attention que j'ai portée à rectifier les erreurs des auteurs qui m'ont précédé, et à n’admettre aucune médaille sans être sûr de son authenticité , j’ose à peine me flatter d’avoir complètement réussi; et si j’en ai laissé subsister quelqu’une, je réclame à cet égard l’indulgence du lecteur. En attendant , j’ai cru qu’il serait intéressant et utile d’indiquer les cabinets dans lesquels se trouvent la plupart des médailles consulaires en or, si difTiciles à rencontrer, toutes les restitutions de Trajan et certaines pièces en argent et en bronze moins rares peut-être, mais qui , par des combinaisons assez bizarres, ne se voient presque jamais dans le commerce.
Tous les dessins ont été soigneusement faits sous ma direction par M. Dardel, le plus habile artiste de Paris en ce genre, d’après les originaux, les empreintes que des amateurs d’une expérience reconnue ont bien voulu me procurer, et les empreintes électro-ty piques du catalogue de la collection de M. Riccio. De temps en temps on verra au-dessous de certaines médailles le nom de Morell, Fontana ou Riccio entre parenthèses. Ce nom indique que n’ayant jamais vu ces médailles, n’en ayant pu obtenir d’empreinte, ne connaissant pas même d’amateur qui les ait jamais vues , j’ai fait copier exactement les pièces gravées dans les ouvrages de ces trois auteurs, sans pouvoir en garantir l’authenticité, mais sans cependant avoir de raison positive pour douter de leur existence*. Quelquefois, surtout parmi les bronzes, on trouvera des médailles décrites et non gravées ;
1 . Ceci s’applique surtout il l’argent et è l’or: car ponr le bronze, pour ne pas laisser trop de médailles sans dessins, j’ai fait copier des pièces que je n’ai jamaia eu l’occasion de voir, mais de l’existence desquelles je suis parfaitement certain.
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ce sont des pièces parfaitement connues, en général , mais que je n'ai pu me procurer, ni en nature, ni à l'état d’empreinte. Ne voulant rien inventer, je me suis contenté , pour le moment , de les décrire, me réservant , si j’ai le bonheur plus tard de pouvoir en faire faire des dessins d’après les originaux, de donner soit un supplément à ma description, soit même une nouvelle édition. Enfin, voici deux innovations que je me suis permises : 1° j’ai séparé sur les planches les médailles consulaires en or et en argent des médailles consulaires en bronze, parce qu’il y a des amateurs qui recherchent moins cette dernière suite ; 2’ j'ai décrit , dans le courant de l’ouvrage , les médailles qui appartiennent en même temps à plusieurs familles , autant de fuis qu’elles peuvent se rencontrer ; mais je ne 1rs ai fait graver qu’une seule fois, en ayant soin d’indiquer dans quelles autres familles elles peuvent se placer.
Il ne me reste plus qu’à prier MM. les savants et les amateurs qui ont bien voulu m’aider dans mon travail , en me donnant d’utiles renseignements, en me fournissant des empreintes, et en me confiant même des médailles très-précieuses pour les faire dessiner, de recevoir ici les témoignages de ma vive reconnaissance. En première ligne, je dois nommer M. le conservateur et MM. les employés du cabinet des médailles, M. Burgon, l’un des conservateurs du Musée britannique, M. Prosper Dupré, M. le baron d’Ailly, M. Bunbury, de Londres, M. Fénelon-Farez, et enfin M. Rollin, qui a bien voulu avoir assez de confiance en moi pour ne pas reculer devant les frais considérables que nécessite un ouvrage comme le mien.