PREMIERE DISSERTATION
trn LA VALEUR moniétaire et le poids des médailles cohsclairbs.
Les RoniAins divisaient leur monnaie d’or en denier d’or {aureui) et en quinaire d'or; leur monnaie d’argent en denier, quinaire et sesterce; et leur monnaie de cuivre en as, semis, triens, quadrans, sextant et once Comme il sera question de l’as et de scs divisions dans un article spécial , page 349, je n’ai à parler ici que de la monnaie d'or et de la monnaie d’argent.
Voici ce que dit Pline de la monnaie d’or :
n Aureus nummus post annum LXII percussus est quàm argenteus, ità ut scripulum valeret sestertiis vicenis : quod cfTecit in libras, ratione scstertiorum qui tune erant, sestertios DCCCC. Post hæc, placuit xl. signari ex auri libris : paulatimque principes iraminuêre pondus : minutissimè Nero ad xlv. »
« La monnaie d'or fut frappée soixante-deux ans après la monnaie d’argent, et de manière que le scrupule valût vingt sesterces ; ce qui faisait neuf cents sesterces par livre, comme on comptait les sesterces en ce temps-là. Ensuite on frappa les deniers d'or à raison de quarante par
1 . Quant aux autres divisious de l’as , il ne paraît pas qu'on s’en soit servi, excepté do qnincunx (hors de Rome), et du bes et du dodrans, qui te rencontrent une seule fois parmi les médailles de la famille Castia.
«III l.NTRODl'CnON.
livre. Peu à peu Icü empereurs en réduisirent le poids; mais surtout Néron, qui en fît frapper à raison de quarante-cinq par livre, u
Le savant de La Nauze, en commentant ces indications de Pline, a cherché, dans un article publié dans les mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tome XXX, à fixer le poids de la livre romaine ; et en prenant celui de toutes les médailles consulaires en or du cabinet des médailles et de celui de Pcmbrok, il est arrivé à établir pour la livre romaine le poids de G144 grains de Paris (.324 gr. 27 c.).
' La base de son raisonnement était celui-ci. Il existe des médailles en
or marquées xx, xl et lx. Si ces nombres indiquent, tomme cela est probable, 20, 40 et 60 sesterce^, la pièce marquée xx est donc un scrupule. Le scrupule romain était, comme on sait, de 288 à la livre. La moyenne de cinq pièces de vingt, quarante et soixante sesterces ayant donné 21 j grains, la livre devait donc être de 6144 graius.
Les cbaugeinents successifs de poids que subit le denier d’or sont divisés en huit époques.
Première époque : depuis .547 jusque vers 560 (de 207 à 1 94 av. J. C.)*.
Seconde époque ; depuis 560 jusque vers 620 (de 194 à 134av. J. C.); le denier d’or de 48 à la livre ayant pesé 128 grains (6 gr. 79 c.).
Troisième époque ; depuis 620 jusque vers 635 (de 134 à 119 av. J. C.); le denier d’or de ^5 à la livre ayant pesé 136 grains (environ 7 gr. 24 c.).
Quatrième époque : depuis environ 635 jusque vers 650 ^de 119 à 104 av. J. C.^; le denier d’or de 42 à la livre ayant pesé 146 * grains (environ 7 gr. 76 c.).
Cinquième époque : depuis environ 650 jusqu’à 717 (de 104 à 37 av. J. C.); le denier d’or de 40 à la livre ayant pesé 153 | grains (8 gr. 13 c.).
1 , • A celte époque, • dit de La Naïue, • les 288 scrupules de la livre d'or valaient liiliO deniers, qui, divisés par les 84 deniers de la livre d’argent, donnent 1 7 ( pour la proportion del’or. La proportion diminue depuis en raison de l’abondance del'orqui venait de toutes parts à Home, et l’on sent déjà pourquoi Vaareus, demeurant toujours fixé à la valeur de 23 deniers , dut augmenter de poids. C'est aussi celte augmentation qui est allesiée par les médaillés des époques suivantes. •
INTRODCCnON.
Sixième époque : depuis 717 jusqu'à la mort d’Auguste en 767 (de 37 av, J. C. à 14 ap. J. C.); le denier d’or de 41 à la livre ayant pesé 149 J grains (7 gr. 94 c. environ).
Les deux dernières époques datant de l’empire, je n’en ferai pas mentiou.
Avant de critiquer les parties défectueuses de ce système, je dois faire remarquer qu’il est extrêmement ingénieux, et que s’il n’est pas toujours réel, il a au moins toutes les apparences de la réalité. £ckhel le combat avec plus d’aigreur que de justesse ; il en attaque la base , en niant que les médailles marquées xx , xi, et i.x ( médailles de la première épo(|ue d'de La Nauze), soient des pièces devingt, quarante et soixante sesterces, parce qu’elles ne sont point de coin romain ; il prétend ensuite que les médailles de sa seconde époque, qui ne sont pas de coin romain non plus fce sont les médailles de fabrique campanienne, pl. xtiv, méd. 8 et 9), n’appartiennent pas plus à la seconde époque qu’à la première; et, de cette façon, il arrive peu à peu à contester tout le raisonnement de de Iæ Nauze, et à déclarer enfin qu’il est faux que le poids de la livre romaine en or ait répondu à 6144 grains.
Que les médailles marquées xx, t.x et xl ne sont pas de coin romain, c’est une chose évidente. Que les médailles en or, pl. xliv, H et 9, sont probablement de la même époque , c’est encore évident , puisqu’il est à peu près prouvé maintenant que toutes ces monnaies ont été frappées à Capoue sous la domination des Romains. Eli bien ! le temps de relie domination correspond exactement aux deux premières époques de de I.a Nauze ; il ne serait donc pas étonnant que les Romains eussent imposé leur système monétaire à un peuple conquis. Ensuite, la première époque de de La Nauze ne durant que treize ans, il est injuste, pour ne pas dire plus, de chercher chicane à son raisonnement, en prétendant que rien ne prouve que les médailles de la seconde époque ne sont pas de la première, surtout lorsqu’il y a signalé une différence marquée de poids. I,es limites de cet article ne me permettent pas de suivre Eckhel plus longtemps dans son acrimonieuse discussion ; mais voici, en effet, les parties faibles du système de de La Nauze , qui , par bonheur, cependant , n’en compromettent pas l’ensemble.
IHTROBUCnOK.
1* Le poids des pièces de 20, 40 et 60 sesterces qu’il a pesées me parait faible; le voici :
20 sesterces, 20 ) grains ou 1 gr. 08 c. 05 m. ;
20 sesterces, 20 grains ou 1 gr. 08 c. 07 m. environ;
40 sesterces, 40 grains ou 2 gr. 16 c. environ ;
60 sesterces, 62 grains ou 3 gr. 32 c. environ;
60 sesterces, 64 grains ou 3 gr. 38 c.
Car je possède ces mêmes pièces à neur de coin, et voici le poids des miennes ;
20 sesterces, I gr. 1 1 c. ;
40 sesterces, 2 gr. 20 c. 05 lu. ;
60 sesterces, 3 gr. 34 c. 05 m.
2* De La Nauze a fait des calculs d’après des pièces qui ne pouvaient servir à cet usage : car les médailles de la seconde époque de de La Nauze ont été reconnues fausses, à l'exception des campaniennes, pl. xliv, 8 et 9. Ce sont : la Servilia, au type des Dioscures, et la Silia ; de même, la Cornelia blasio, de sa première époque; la Furia, de sa troisième époque (et malheureusement c’est la seule de cette époque) ; cn6n la Fufia et l’Æ* milia ter bavllvs, de la cinquième, ont été reconnues fausses également.
3’ Enfin le poids des médailles de sa cinquième époque me paraît trop fort; de vingt consulaires en or de cette même époque que j'ai possédées ou que je possède encore, et qui toutes sont à fleur de coin ou du moins très- belles et nullement usées, la moyenne ne m’a fourni que 8 gr. 1 c. 6 in. et la plus lourde de toutes ces médailles, qui était un Marc Antoine de la famille Barbatia, ne pesait que 8 gr. 10 c.
Je le répète, quoique le système de de La Nauze pèche dans quelques détails, ainsi que je viens de le démontrer, surtout lorsqu’il s’appuie sur des médailles fausses dont le poids ne peut faire autorité, il est très-ingénieuz au fond , et paraît se rapprocher autant de la vérité qu’il est possible de le faire après tant de siècles écoulés, et surtout en présence du manque absolu de documents écrits.
Je n’ai plus maintenant qu’à parler du poids de certaines médailles
INTRODUCnOR.
SI
consulaires en or appelées monnaies luculliennes, et de celui des médailles d’argent.
Il existe cinq médailles en or qui ont rapport aux triomphes de Syllà et dont le poids excède de beaucoup celui dos autres consulaires en or. Ce sont :
Dans la famille Cornelia, les niéd. 17 et 18 de la pl. xv.
Dans la famille Manlia, les méd. 2 et 3 de la pl. xxv, et la méd. 4 de la pl. XXVI, dont le poids moyen est de 10 gr. 85 c.'.
Il paraît à peu près certain que ces médailles sont du nombre de celles dont parle Plutarque dans la Vie de Lucullus, chap. ni, ainsi que de La Nauze en avait déjà fait la remarque :
a Sylla employa toujours Lucullus dans les affaires les plus importantes, et en particulier pour la fabrication de la monnaie. Ce fut sous sa direction qu’on frappa dans le Péloponèse toute la monnaie dont on se servit pour la guerre contre Milhridate. On l’appela de son nom la monnaie lucullienne, et elle eut longtemps cours dans les armées pour les besoins journaliers des soldats, parre que personne ne faisait dilUculté de la recevoir. » Et dans le chapitre vu on lit : « Quand Milhridate , après avoir obtenu la paix , se fut retiré dans le Pont et que Sylla eut mis sur l’Asie une taxe de vingt mille talents, il chargea T.iicullus de lever cette contribution et d’en faire frapper de la monnaie au coin romain. »
Le denier d’argent valait dix as ; le quinaire cinq , et le sesterce deux et demi. I.a marque du denier est X, X, et quelquefois XVI ; celle du quinaire, V ou Q; et celle du sesterce, IIS. La pesée d’un grand nombre de deniers m’a fourni la moyenne de 3 gr. 93 c. ; celle de trente-sept quinaires de ma collection, à types différents, 1 gr. 79 c. 05 ni. et une petite fraction ; et enfin la pesée de treize sesterces à types différents, également de ma collection, m’a fourni la moyenne de 87 c. 0) m. et une fraction ; d’où il s’ensuit que les sesterces et les quinaires sont très-faibles
1. La Quinctia, pl. xxxv, Quinctia 3, pèse également iO gr. 80 c. M. François Lenormant, dans son savant article sur le classement de la monnaie d’argent des Lagides (Mepue numiimatijué de 18!SS), range ces pièces parmi celles qui ont le poids du stalère babylonien è la drachme de S gr. (lO c.
WTRODÜCnON.
par rapport aux deniers. Et ici , il me sera permis de faire observer, contre l’opinion de plusieurs savants qui veulent que le poids le plus fort de chaque espèce de médailles soit le véritable, que parmi les consulaires en argent il y a une inégalité de poids si incroyable, même parmi celles de la même époqua, que l’on trouve jusqu’à 1 gramme et plus de différence entre deux médailles à fleur de coin. Je possède une Matia au type des Dioscures qui ne pèse que 2 gr. 97 c. ; une autre Matia du même type qui en pèse 3 et 9.5, et une Ælia au type des • Dioscures, avec la légende C. AL., qui pèse 4 gr. 27 c. J’ai une Livineia qui pèse 4 gr. 30 c. , et une Junia, avec la tête de Brutus (à peu près de la même époque), qui ne pèse que 3 gr. 59 c. Toutes ces médailles sont de très-belle conservation ; mais ce qu il y a de plus décisif en faveur de l’assertion que le poids le plus fort dans les médailles consulaires n’est pas le véritable, c’est que j’ai échangé un sesterce de la famille Carisia, de très-médiocre conservation , au type du chien, qui pesait 1 gr. 12c., contre un autre du même type à fleur de coin qui ne pèse que 77 c. Il faut donc conclure de toutes ces observations que les Romains, en fait de poids légal, se contentaient de trouver dans un poids donné (soit une livre, soit deux livres) toujours le même nombre de pièces. Et cette différence de substance métallique que nous remarquons dans leurs monnaies est un grand argument en faveur de leur probité, puisque, dans bien des États modernes, le but constant des spéculateurs est de retirer de la circulation toutes les monnaies fortes, pour n’y laisser que les monnaies faibles.
Il existe une monnaie en argent d’un poids asse^bizarre et assez difücile à expliquer : c’est le Victoriat, dont on trouve deux espèces : le grand Yietoriat, ou l’ancien Victoriat, et le petit Victoriat.
Voici le poids de six Victoriats que j’ai pesés.
Baebia (bien conservée) . .
Giecilia (bien conservée). .
Matia (à fleur de coin). . .
Metilia (bien conservée). .
Vibia (bien conservée). . .
Incertaine (à fleur de coin)
moyenne, 2 gr. 76 cent.
INTRODUCTION
MU
Quant aux petits Victoriats, leur poids rentre tout à fait dans celui des quinaires.
L’ancien Victoriat, dont le tj-pe de la tête et celui du revers sont empruntes anz médailles osques de Capoue et d'Atella , fut frappé , suivant Cavedoni et Borghesi, depuis environ l’an 526 (228 av. J. C.) jusque vers le milieu du vi' siècle de Rome. C’est au petit A'ictoriat, qui représente de même la tête de Jupiter et une Victoire couronnant un trophée, qu’il faut rapporter ce que dit Pline : « Qui nunc Victoriatus appellatur lege Clodiâ percussus est. u Cette loi Clodia fut promulguée par Claudius Marcellus, tribun du peuple vers 650 (104 av. J. C.) Le demi- Victoriat , qui a le même poids que le petit Victoriat et le quinaire, et dont la différence consiste en ce que la tête d’Apollon remplace la tête de Jupiter, date probablement de la même loi.
En terminant cet article , je ne puis m’empêcher de faire remarquer qu'il est très-extraordinaire que les Romains ayant donné à leurs monnaies d’argent les noms de biguti, tfuadrigati et i'ictoriati, ils n’en aient pas eu pour distinguer les nombreuses pièces au type des Dioscures.