TROISIÈME DISSERTATION
SUR LES UÉDAILLES FOÜRRéES.
On appelle médailles fournies celles dont le corps, d’un métal de qualité inférieure, tel que le cuivre, le plomb ou le fer, est revêtu d’une feuille d’argent ou très-rarement d’une feuille d'or.
L’opinion générale des savants a toujours été que les médailles fourrées sont l’œuvre des faux-monnayeurs de l'antiquité; mais, dans ces derniers temps , cette opinion a été controversée , et l’on s’est demandé si ellet n'auraient pas été plutôt de la monnaie légale, autorisée par le gouvernement dans des circonstances difficiles. Sans prétendre toucher .à ce débat, je me bornerai à faire observer qu’il y a deux espèces de médailh-s ou monnaies fourrées bien distinctes : les monnaies impossibles et dans lesquelles la fraude se manifeste instantanément, et celles qui, à l’œil , ne diffèrent en rien des monnaies légales; parlons d’abord des monnaies impossibles.
1.68 monnaies impossibles sont celles où des fautes grossières d’orthographe , où des revers qui ne peuvent convenir aux têtes et qui appartiennent évidemment à d’autres familles, où, enfin, un style tout à fait inférieur à celui de l'époque , décèlent une origine illégitime.
Voici quelques-unes de ces médailles :
(1) Q. METEL. PIVS. Tête laurée et diadémée de Neptune.
CRAESAR (sie). Énée portant Anchise et le Palladium. (Cab.desméd.) {'X) Une médaille que j’ai vue de la famille Nasidia, où la lettre N est , tournée à l’envers.
XTIII
INTBODUCnON.
(3) MAG. PIVS IMP. ITER. Tête diadéraée de Neptune , avec un trident.
Il( IMP. TER. Trophée entre une proue de vaisseau et un bouclier. (Morcll.)
Je n’ai point d'observation à faire sur les deux premières; quant à la troisième , dont Eckhel avait déjà fait ressortir l’impossibilité , et que Riccio a admise malgré cela , le faussaire , qu^ a accolé un revers qui appartient à M.irc Antoine à une tête qui ne pouvait appartenir qu’à Pompée , ne s’est pas aperçu de l'absurdité qui résultait de la légende des deux côtés réunis : Magnus pitts imjKralor iterùm, imperator tertib, sans qu’il s’y trouvât , au moins, le mot di signatus , pour lui donner un sens.
Quant aux médailles fourrées qui sont d’un style, non-seulement égal à celui des médailles d'argent pur, mais, quelquefois même, plus élégant , rien n’y décèle le faussaire , sauf la falsification matérielle , telle que le manque de poids necessaire , ou la présence d’un métal inférieur ; mais, ce qui est très-curieux à remarquer dans cette catégorie de pièces, c’est que, tandis que certaines médailles ne se rencontrent presque jamais fourrées, d'autres le sont fréquemment, d’autres enfin se voient plus souvent fourrées que légitimes. Parmi les premières , je citerai comme exemples :
Les incertaines, de fabrique romaine.
En général , les anciennes médailles au type des Dioscures.
T>a famille Tboria.
I^a famille Accoleia.
La famille Acilia au revers d’Hygiée.
Les médailles de Pompée avec ou sans tête, (j’excepte la famille Nasidia, qui se rencontre assez souvent fourrée.)
Ijci médailles de Jules César.
Les médailles légionnaires de .Marc Antoine.
Dans ce nombre , il y en a dont je n’ai jamais vu d'exemplaire fourré.
Parmi les médailles qui sont souvent fourrées , je pourrais citer :
\jt Maria avec la tête de Gérés.
irrrnoDDcnoii.
Papia au type du grifTon.
La Roscia.
La Crepereia. (Cea quatre médailles sont dentelées ; ce qui prouve que si la dentelure fut inventée pour empêcher la fraude , c'était un trèsmauvais moyen.)
L'Aemilia. b( Aleaandrea.
La famille Sulpicia au type du trophée naval et à celui des instruments de sacrifice.
Enfin , parmi les médailles que l’on rencontre peut-être plus souvent fourrées qu'en argent , j'ai observé :
La famille Sanquiiiia (les deux types).
La famille Aemilia , au revers de la basilique.
La famille Cassia, au revers du crabe.
Ces observations serviront peut-être à mettre en évidence deux faits importants pour l'histoire des moeurs romaines : l'un, que dans les premiers temps de la République, ainsi que dans les derniers, les falsifications étaient bien moins fréquentes que dans les vingt dernières années du VII* siècle de Rome, période à laquelle se rapportent en même temps et la plupart des médailles citées plus haut comme étant souvent fourrées, et les agitations politiques les plus violentes ; l'autre , qu’il est probable que des fonctionnaires publics infidèles ont souvent employé les coins du gouvernement dans un but coupable, tels que Sanquinius, et les monétaires qui ont frappé l’-Aemilia au revers de la basilique et la Cassia au revers du crabe , puisque ces médailles fourrées , outre qu'elles sont aussi belles que les pièces légitimes , sont exactement de la même fabrique : car il répugne de supposer que le peuple romain ait pu ordonner de frapper de la fausse monnaie pour servir au dehors.
Le résultat de cette dissertation n'est point , comme on voit , de prendre aucun parti sur un sujet aussi ardu. En général , il est trèsdangereux de poser des principes fixes sur ce qui est passé depuis tant de siècles; mon seul objet est d’éveiller l’attention sur certaines matières qui n’ont peut-être pas été assez mûrement examinées jusqu'à présent. Eckhel et d’autres numismates regardaient toutes les médailles four-
INTRODUCTION
rées comme fausse monnaie ; Iticcio semble les regarder toutes comme monnaie légale'. Je laisse aux savants et aux amateurs à choisir entre ces deux manières, diamétralement opposées, d’envisager la question. Je conclurai en disant seulement que, si les collectionneurs d'il y a deux cents ans préconisaient trop les médailles fourrées, par la fausse persuasion dans laquelle ils étaient qu’un ne pouvait pas les imiter, en général les amateurs d'aujourd'hui les regardent avec trop de mépris ; et qu’à l’exception de celles qui offrent deux types disparates, des fautes d’orthographe ou une fabrique grossière , les incdaillcs fourrées qui sont d’un beau style , qui n’ont point suulTcrt les injures du temps, et qui sont la copie exacte de leurs originaux , conservent scion moi de la valeur, et méritent fort donc pas être repoussées des collections; c’est d’après cette msDiière de voir, que trois médailles fourrées trouveront place dans ma description : la famille .^quillia (pl. vi. Aquillia 3); la famille Cassia (pl. XI. Cassia 5), et la famille Ilostilia (pl. xix. Ilostilia 4), parce que les types de ces trois pièces n’existant d’aucune manière dans toute la suite consulaire, il est évident que si elles sont i’ccuvre de faussaires anciens, elles ont été copiées sur des originaux qui sont perdus.