STATISTIQUE DES NAISSANCES
qu'il nous a été possible d'examiner est insuffisant. — Ce que nous pouvons affirmer seulement , c'est que la fécondité est plus grande chez les femmes de sang caucasien pur que chez celles de sangmêlé. Cela s'eiplique d'ailleurs par le temps que dure chez les premières la période de reproduction, laquelle s'étend de 15 à 40 ans, et même à 45, tandis qu il est bien rare que, passé 35 ans, une femme de sang-mêlé ait un enfant.
Si donc nous sommes autorisé maintenant à établir, très-approximatiyement du moins, que, de deux mariages entre blancs, il sortira dix enfants, nous ne pouvons guère en compter que sept au plus pour deux mariages de sang-mélé. Mais l'accroissement de la population n'en souffre pas pour cela, car le nombre des enfants naturels compense largement la différence (1).
L'ignorance dans laquelle nous sommes du chiffre total exact de la population argentine nous empêche d'établir la proportion du nombre des mariages avec cette même population, excepté dans quelques endroits où le bon état des archives nous a permis d'arriver à un résultat assez probable.
Ainsi, en admettant à Cordova une population moyenne de
(1) KxFAffTS ?CATUiiEL!t. — Le grand nombre dVnfants naturels dans la (>)nfédcratton argentine ii*a rien qui doive nous étonner, car il est également for( considérable en Europe. Od estime que dans cette partie du monde, sur une population évaluée en moyenne à :!I0,000,000 {wur la iMiicMlc de 1K20 à 1850, il y a 20,000,000 d'enfants naturels, c'està-dire un douzième. — Iji proportion est la menu* eu France, dans la Grande-ltretagne, en HoUande et en .Vlleraagnc : 1 sur 13. — Elle est moindre dans le midi de rEuro|>e, par suite de flialiitude de nuirier les femmes plus jeunes. Elle est plus considérable dans les pa^s du Noni, où \vs mariages sont tardifs. Il y a d'ailleurs de grandes oscillations dans ces chiffres, selon les aunéfs 1 1 les circonstances sociales. Plus il y a de prospérité, plus il y a de mariages, et par conséquent moins d'enfants naturels.
Quant aux naissances illi'gi limes dans les grandes villes, elles sont l)eaucoup plus nombremes que dans le reste du pays, et cela se comprend par suite de Tagglomération de la population, du rapprocbemenl des sexes, de la facilité de caclier des relations illicites et leurs résnitats, etc. — Ainsi, hi pro|M)rlion des naissances naturelles sur les naissances Intimes est de 1 sur 2 à Stockliolm, Mayence, Porto, Lislionne, Prague; — de 1 sur 3 à Paris, Vieoue, Berlin, Naples; — de 1 sur 4 à Milan, Copenbague ; — de 1 sur 5 à Florence, Pétcnliourg, Genève, etc. ; c*est-à-<lire qu'il y a une naissance naturelle comme moitié, tien, quart ou cinquième des naL*»aiiccs totales. — 11 est vrai que beaucoup de ces enfants sont Icflitîncs plus tard. (Moreau de Jonnt's. — Ouvrage cité, page 244 )
On Toit donc qtfk la proportion de 1 7 |)our 0/0 d*enfants naturels trouvés à Buénob-Ayres pour r«iiiéel8r»0 n*a rien qui doive étoimer, puisqu'elle nVst qu'un sixième des naissances, et que, si k cbiffre total pour la population du luissin de la Plata est d'un quart, il faut réfléchir qu'il y a une foule de gens de couleur et de sang-mêJé, dans les mœurs desquels il rêgm: de temps immémorial un certain laisscT-aller qu'une meilleure (•ducation seule pourra rorriger uu jmir.
CO:«r. ARGK^TINK. — T. II. 17
28,000 âmes pour les 38 années qui s'écoulent de 1620 à 18S7, et une naissance sur 25 personnes, ce qui nous parait même trop peu, car les femmes sont plus vite fécondes qu'en Europe et plus nombreuses relativement aux hommes (en tout 1,096 uaisdances annuelles en moyenne pour cette période)^ nous ne trouvons qu'un mariage par 206 habitants. — En France, sur une période de 38 années, de 1817 à 1854, cette proportion e^t de 1 pour 128; — en Autriche, 1 sur 123 ; — en Angleten^e, 1 sur 111, etc. — Dans les villes, où la population est plus rapprochée, les mariages sont plus nombreux. On en trouve : — à Berlin, 1 sur 113; — à Paris, en 1856, 1 sur 98 ; — à New-York, 1 sur 98 ; etc., etc. Nous savons que la moyenne pour toute l'Europe est de 1 pour 125.
A Tucuman, le même calcul, fait pour la dernière période décennale^ nous donne 1 mariage sur 151 individus. — (Population moyenne, 25,000 ; — mariages annuels, en moyenne, 165.)
A Catamarca, en adoptant toutefois, à cause de la reproduction moindre que nous avons signalée, 1 naissance sur 30 individus seulement, — la même période décennale indique 1 mariage par 158 habitants. — (Population, 12,780 âmes, et 81 mariages annuels.)
A Gualeguaychu, le môme calcul appliqué h une période de 15 années, d'après des registres très-exacts, donne 1 mariage pour 185 habitants. — (Population, 11,040 âmes, et 60 mariages annuels en moyenne) (1).
Ce petit nombre de mariages, eu égard au chiffre total de la population, s'explique, d'un côté, par l'état de guerre civile dans lequel le pays a été si longtemps ; de l'autre, par le grand nombre d'étrangers qui attendent, pour prendre femme, que leur position soit mieux assise. Ces étrangers vivent provisoirement en concubinage, et de nombreux enfants naissent de ces unions morganatiques. Beaucoup, il est vrai, de cos enfants sont légitimés plus tai'd, et quelquefois même un mariage tardif vient légaliser l'union ancienne qui les a produits; le nombre des mariages n'en reste pas moins beaucoup au-dessous de ce qu'il devrait être. La morale et le bienêtre général gagneraient singulièrement à ce qu'ils fussent flm nombreux. Heureusement que, depuis huit années, l'état du pays et
(1) Dans tous ces calcub sur la population des capitales deft proirinces «i^gantiiiety lapopiihtiou de la ville et celle de son département sont réunies. G*ett afattî que GordovA a 88f 000 Amei ; Tucumani 25|000| etc.