‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 120 sur 285 · NOTKS PHYSIOLOGIQUES ET PSYCHOLOGIQUES. — ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

NOTKS PHYSIOLOGIQUES ET PSYCHOLOGIQUES. — ÉTRANGERS

§ II. — Étrangers.

Les cent vingt mille étraiigei's qui sont disséminés aujourd'hui dans le bassin de la Plata appartiennent principalement aux nations fraiiraise, italienne, espagnole, anglaise et allemande. Une fraction trèsimportante des nations française et espagnole, qui s'est singulièrement multipliée, est la famille basque, qui depuis 1836 a commencé à immigrer sur une grande échelle et constitue aujourd'hui bien près de la moitié de l'immigration totale.

Dans le principe, ces immigi'ants forment des fractions très-distinctes de la population générale et conservent les instincts, les usages, les habitudes du pays natal; mais, avec le temps, ces dis:tinctions s'effacent, et sous l'influence du climat, des mœui-s du pays, tout se fond dans la masse, qui devient plus homogène de jour en jour. Cette fusion s'opère d'autant plus facilement du côté des Français et des Italiens que, issus de la race latine comme les Espagnols, ils sont liés par la même religion, n'ont pas de très-grandes diftéreiices dans leurs langues que tous apprennent aisément, et ont, à peu de chose près, les mêmes mœui's. En outre, la majorité des immigrants épousent des Sud-Américaines ; les enfants s'élèvent en parlant espagnol, et, sous l'influence de la mère, deviennent complètement fils du pays, par les mœurs comme par les instincts.

Une autre nation se forme ainsi ; les qualités et les défauts des uns et des autres diminuent, se fondent bientôt en un type nonveau, sur lequel l'influence du climat et du sol a plus d'action que tout le reste, et qui caractérise la nouvelle nation argentine, plus laborieuse, plus active que l'ancienne, mais aussi plus avide de gain, nioins désintéressée, moins généreuse. Ceci, du reste, est la conL-éçience naturelle de l'accroissement de population qui, rendant la vie nioins facile, créant des besoins jusqu'alors inconnus, oblige chacun à vivre pour soi beaucoup plus qu'auparavant.

Les Espagnols, qui fournissent à la Plata de nombreux immigi*ants, se trouvent ici au milieu de compatriotes, et quoiqu'il y ait une certaine rivalité entre eux et les fils du pays, comme ils ont, en somme, les mêmes mœurs et les mêmes habitudes, la fusion est naturellement facile. — Les Anglais, beaucoup moins multipliés, s'isolent généralement dans leurs familles, à moins qu'ils n'épousent des Argentines, et dans ce cas leurs enfants deviennent Argentins comme les autres.

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— Il en est de même des Allemands. Le chiffre de ces derniers augmente beaucoup depuis quelques années ; cependant les représentants des races anglo-saxonnes et germaniques sont fort inférieurs en nombre à ceux des races latines dans la Plata. Quant aux étrangers des autres nations, nous ne les comptons que pour mémoire ; ils se confondent avec les précédents.

Sous un climat aussi salubre et aussi doux que celui de la Plata, Tacclimatation se fait rapidement. L'étranger qui vient habiter les villes du littoral semble ne pas avoir quitté le midi de TEurope ; il y trouve sa langue, ses mœurs, une foule de compatriotes, et n'y change, pour ainsi dire, pas de milieu. Dans l'intérieur, c'est autre chose : il ne rencontre plus rien de tout cela, mais ne s'en fait pas moins . complètement et vite aux usages du pays. S'il y prend femme, l'assimilation est encore plus prompte. Les jeunes gens adoptent même, avec une aptitude singulière et un bonheur réel, la vie de la campagne ; ils prennent l'habitude du cheval , lacent et boulent^ manient le couteau comme de vrais gauchos. Chez quelques-uns même, le type d'origine s'efface au point qu'il est impossible de le reconnaître, et il nous est arrivé plusieurs fois de rencontrer des Français qui pouvaient à peine s'exprimer dans leur langue maternelle, et dont les coutumes, les allures, étaient celles du vrai paysan argentin. On ne peut se figurer combien cette vie du pasteur, libre de tout frein, de toute gêne, au milieu de plaines immenses que l'usage du cheval permet de traverser avec là rapidité du vent, attire certaines natures, et quel attrait inexprimable a pour elles le désert.

Ce n'est, nous l'avons déjà dit, que depuis quelques années que les immigrants se répandent dans la campagne pour s'y livrer è l'agriculture ; nous ne parlons pas ici des colonies agricoles, dont d nous traiterons plus loin. Ces cultivateurs, du moins les premiersB venus, commencent seulement aujourd'hui à recueillir le fruit d^. leurs travaux, car dans le principe l'industrie agricole, jusqu'à ci^^ que l'installation soit complète, offre toujours des mécomptesss Beaucoup d'entre eux ont formé autour des villes des établisses ments qui les font vivre dans une grande aisance, et le nombre e^ augmente tous les jours.

La majorité des étrangers, jusqu'à présent, s'étant concentr*^ sur les deux rives de la Pkta, la plus grande somme des affaiï^^ est aujourd'hui dans leurs mains. Le commerce en gros appartieH des négociants de toutes les nations, parmi lesquels beaucoup d*

irentins; le détail, ainsi que la petite industrie, sont exercés concur- ^mment par les gens du pays et les étrangers. Les Français et les taliens s'adonnent plus particulièrement au détail.

Les Basques, les Béarnais, les Galiciens, s'emploient dans les ^nds travaux de l'industrie, les saladeros, les constructions, les ateliers de toute sorte, etc. Les Génois monopolisent en quelque ►orte le cabotage. Tous enfin travaillent, se rendent utiles, et n'aspirent qu'à devenir propriétaires d'une maison, d'un champ, pour y 3xer leur famille. Il en est bien peu qui songent sérieusement à retourner dans leur pays, et encore moins qui réalisent ce vœu. La douceur du climat, la fertilité du sol, la facilité de la vie, des habitudes prises, des liaisons nouvelles, tout les attache au pays dont leurs enfants deviennent nécessairement citoyens ; et ceux-ci le deviennent, non par la force des lois, car, dans la Confédération, le tils d'étranger n'est tenu de choisir sa nationalité qu'à vingt et un ans, mais par attachement pour le sol qui les a vus naître et sur lequel ils ont été élevés. C'est ainsi que, sur cent immigrants, quatre-vingt-dix-neuf sont sùreflient de nouveaux citoyens, et que l'alïluence de ces hommes utiles est le plus grand bienfait que la Providence puisse départir aux lég'ions de la Plata.

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