‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 134 sur 285 · PATHOLOGIE. — THÉRAPEUTIQUE INDIGÈNE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE. — THÉRAPEUTIQUE INDIGÈNE

des de bonne femme. Mais dans les villages de l'intérieur on fait' souvent pis, et il serait trop long de rapporter les médications tantôt bizarres, tantôt dégoûtantes, tantôt même dangereuses, que Ton emploie.

Lorsqu'on fait ainsi soi-même de la pharmacie , ce n'est jamais que dans un seul but : celui de nettoyer le corps par l'emploi des vomitifs et des purgatifs, et quelquefois de tous les deux à la fois, car les idées populaires sont éminemment humorales ; nous parlons ici du populaire bourgeois, et non du paysan, qui ne s'élève pas encore aussi haut dans ses idées curatives. Aussi la vente principale est celle des évacuants ; la consommation en est énorme. Des njixlures, des élixirs, des sirops de toute espèce, des pilules dé tout calibre et de tout nom, tout cela essentiellement purgatif, sont colportés en flacons, en boites, avec accompagnement d'instructions faisant de ces drogues des panacées, des remèdes à tous les maux, afin de pousser à la vente. On en trouve dans les estancias, dans les pulpérias de la campagne, comme dans les boutiques des villes et les pharmacies: point de marchand ambulant qui n'en ait sa provision et ne la débite à bon prix .

n faut cependant reconnaître que ces purgatifs font moins de mal qu'on ne serait porté à le croire, et que des estomacs comme ceux des habitants de la Plata, habitués à une nourriture très-épicée, les supportent assez bien. Il y a même certains cas où, quoique administrés par une main inexpérimentée , ils produisent un bon effet, soit que la maladie fût légère, soit que la révulsion portée sur le tube digestif ait amené une dérivation salutaire. Mais, prescrits sans rime ni mesure, comme ils le sont trop souvent dans les irritations gastro-intestinales, ils agissent d'une façon désastreuse. La dyssenterie, fréquente dans la Plata, n'est jamais plus grave que chez ceux qui ont abusé des drastiques; elle résiste, dans ce cas-là, nous TaTons déjà dit plus haut, à tous Jes moyens employés pour la combattre.

Dans les villes du littoral et dans presque toutes les capitales de province, la vraie médecine est en honneur et dûment considérée; elle y est exercée par des médecins nationaux dont un certain nombre ont pris leurs grades en Europe, et le reste à l'Université de Buénos-Ayres. Beaucoup de médecins étrangers y exercent également, et la thérapeutique est tout à fait à la hauteur de la science. Les pharmacies sont en quantité suffisante et bien tenues.

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%n POPULATION ARGENTINE.

§ XVI. — État de la vaccine.

Si la variole a été, depuis la découverte, le principal fléau du sol américain , celui dont les nations indigènes et les colons européens ont le plus souffert, on comprend quel bienfait dut être l'introduction de la vaccine pour le nouveau continent, et comment elle y fut accueillie. — C'est au roi d'Espagne Charles IV que revient l'honneur de cette utile mesure , qui fut mise à exécution avec toute l'intelligence et toute la générosité qui caractérisent le ' gouvernement d'une grande nation.

Charles IV fit préparer, dès 1803, une expédition ad hoc dont le soin fut confié à son propre médecin, D. Francisco-Xavier Balmis, qui emmena avec lui un nombre suffisant d'enfants pour que le virusvaccin pût être transmis de bras à bras, et que le succès en fût assuré. C'est ainsi que la vaccine fut introduite aux Antilles , au Mexique , à la Terre-Ferme, etc.. M. de Humboldt, voyageant alors dans ces contrées, fut témoin de la réception faite à Balmis. C'était un enthousiasme général : les évoques, les gouverneurs, les personnes les plus distinguées, enfin la population entière, couraient au rivage, enlevaient dans leurs bras les enfants porteurs du vaccin et les menaient en triomphe aux églises pour remercier Dieu de ce bienfait. — De ces points, d'autres navires devaient porter la vaccine dans la Plata et sur les bords de l'océan Pacifique. Un heureux hasard, raconte Funes, permit un peu plus tôt son introduction dans la Plata. Untrois-mâts portugais, appartenant à D. Antonio Machado, l'apporta en 1 805 à Montevideo , et le vice-roi Sobremonte se hâta de la faire venir à Buénos-Ayres au moyen d'une négresse vaccinée sur l'autre rive, et à laquelle on donna sa liberté, pendant que Machado était l'objet de la reconnaissance publique. Un ecclésiastique de mérite, le docteur D. Saturnino Segurola , fut un des plus ardents propagateurs du préservatif, qui, grâce à lui, se répandit bientôt dans tout le reste de la vice-royauté.

Avec la vaccine diminuèrent les ravages de la variole ; non pas que tout vacciné ne fût jamais atteint, mais alors la maladie était infiniment moins grave, et se réduisait le plus souvent à une variololde ou à une varicelle qui ne laissaient point de traces. Les populations furent ainsi préservées , et l'efficacité de cette inoculation devint tellement évidente que des tribus indiennes vinrent même quelquefois s'offrir aux vaccinateurs.

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