DISTRIBUTION DE U PROPRIÉTÉ
ainsi la propriété d'un petit nombre de familles. Les Indiens furent comptés pour rien, excepté dans les quelques villages connus sous le nom de pueblos de Indios^ où on leur assigna des terres.
Lorsqu'on créa des villes et des villages, on assigna également des terres aux premiers habitants: — un solar ou emplacement d'un quart de cuadra (65 mètres) dans la ville; — un terrain ou suer te de chacra de quatre cuadras de superficie, carré de 250 mètres de eùté , dans Xegido ou terrain des environs de la ville ; — enfin les swrtes de estancia ou champs -destinés à l'élève du bétail : lambeaux de terres d'une demi-lieue de large sur i lieue 1/2 de lonsrueur, c'est-à-dire 3/4 de lieue carrée, contenant 1,200 cuadras ou 2,031 hectares 1/2. Ces lots de terre étaient tirés au sort, d'où le nom de merles^ qui leur est resté.
Plus tard, le nombre des colons espagnols s'étant accru et avec eux rélève des troupeaux, l'autorité locale fit de nouvelles concessions au nom du roi : — tantôt à titre gratuit, comme récompense nationale; — tantôt comme vente définitive et à bas prix; — tantôt enfin comme cession emphytéotique à de très-longs termes, quatre-vingtdix-neuf ans, par exemple, à la charge de payer une modique redevance [cafion enfiteittico)^ et sous condition de préférence du concessionnaire comme acquéreur, lors de la vente définitive.
A mesure que la frontière s'étendait dans le désert possédé par les tribus indiennes que Ton refoulait , de grandes étendues de terrain étaient ainsi concédées , sans ordre, sans contrôle , suivant que telle ou telle famille était plus ou moins en faveur auprès de l'autorité. — La majeure partie du territoire se trouva ainsi répartie en un petit nombre de mains, d'autant plus que les concessions étaient immenses: on comptait des estancias de 20, 40, 60 et même 90 lieues cames: et il en existe encore aujourd'hui de cette étendue. — n eo fut de même dans les pays agricoles et à irrigation, où l»f régime des eneonmiendas s'établit plits fiicilemeut encore, le» populations n'y étant point nomades comme dans les plaines df-s Pampas et do IHtoal. Les terres avaient alors si peu de valeur, que fort >ou- Tent elles étaient abandoimées par les couceisefionnaires, et que le pcffian, ne se préoccupant guère d'en obtenir, préférait vivre aux gages d*iio propriétaire riche qui lui prétait ime chaumière «-t un coin du soL, plutôt que de travailler p4^»ur lui-même ^-t de ?^ créer un foyer. un dbonp à lui.
Eo outre, les concessions premières avaient ét*^ faites d'aprrs la eoDifraralioD physique d^ Kicalités. de telle sort«=- qu'a uu^ fat^-ade de
quelques cuadras correspondaient souvent plusieurs lieues de fond, et que Ton n'en occupait qu'une minime portion, près de l'en* droit ou s'étaient groupées quelques habitations ; tout le reste de<> meuralt donc complètement désert. Ceci avait lieu surtout dans les régions montagneuses, les vallées étant seules habitées. Dans la plaine , on concédait — de ruisseau à ruisseau , — de lagune à la-* gune , — et ces limites étant vagues , parce que le ruisseau et la la* gune se desséchaient ou étaient mal connus, la superficie de la concession devenait quelquefois immense, le concessionnaire pouvant l'augmenter à son gré.
D'un autre côté, la connaissance inexacte du sol entraînait souvent de fausses désignations de limites; *— puis les titres se per* daient ou étaient contestés. — Pendant les guerres civiles, de nouvelles concessions furent faites au détriment de droits anciens oubliés ou sacrifiés. — L'incendie ou la dispersion des archives dans une multitude de villes et de bourgs vint compléter ce chaos ; de telle sorte que la propriété, sur une foule de points, finit par tomber dans une confusion qui rendit et qui rend encore aujourd'hui sa constatation très-difficile, et en fait une source de nombreux et interminables procès. Tous ces inconvénients sont devenus plus palpables de* puis que la valeur des terrains a augmenté dans une proportion extraordinaire et avec une rapidité que l'on ne pouvait soupçonner à l'avance.
Intrus {Intrusos). •— La vaste étendue de champs appartenant à une seule famille, à un seul homme, donna lieu encore à une autre plaie, celle des intrusos ou intrus, gens qui, sans permission ou par simple tolérance momentanée, viennent s'établir sur un point de la propriété d'autrui, s'y bâtissent une chaumièi*e [rancho\ et, sous prétexte d'y faire de l'agriculture (laquelle se réduit à la plantation de quelques pieds de mais ou de citrouilles), vivent aux dépens du voi* sin, et souvent lui tuent ses vaches dans le bois ou lui volent ses chevaux. Rien de plus difficile que l'expulsion de ces hôtes dangereux, qui pullulent dans quelques départements des provinces littorales, et gênent sérieusement le propriétaire qui voudrait faire des améliorations dans ses champs.
Locataires {Inquilinos). — Ces intrus sont des locataires (inquili* fws) forcés qui ne payent point de redevance, tandis que le véritable inquilino^ dans les provinces de l'intérieur, est un paysan féoonda-