‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 143 sur 285 · DISTRIBUTION DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE LA PROPRIÉTÉ

leur du sol , qui partage avec le propriétaire, au prorata de son travail. Ces locataires, ou mieux métayers, ne s'élèvent presque jamais jusqu^à la propriété elle-même, et finissent par constituer ainsi une sorte de prolétariat dans lequel se perpétue sinon la misère, du moins une fâcheuse médiocrité. Cette situation d'une partie heureuse*» ment peu nombreuse de la population argentine est le résultat de la distribution première du sol par trop grandes portions, et de Tinsti* tution des enconmiendas. Le temps seul peut modifier cet état do choses, en éveillant les besoins et Tambition de cette classe d'hommes, trop insoucieuse de son bien-être et trop routinière.

Hypothèoites. — L'irrégularité fréquente et souvent inévitable des titres sur lesquels repose la validité des successions est également un écueil considérable lorsqu'il s'agit d'empnmter les capitaux dont des hommes actifs et entreprenants auraient besoin pour mettre leurs propriétés en valeur. Il n'y a point de registres d'hypothèques, et tout se fait par les mains des escribanos^ ou notaires, qui peuvent ne pas être parfaitement au courant de la position des emprunteurs, et auxquels, par suite des nombreux et interminables procès que la dépossession occasionne, on a rarement recours. C'est t»ncore là une des causes qui restreignent les spéculations agricoles, en éloignant les capitaux qui pourraient les favoriser.

Cadastm. — Le jour où l'État fera examiner sérieusement les titres des propriétés, à l'effet de reconnaître si les conditions de leur obleniion ont été remplies, le jour où une sorte de cadastre sera établi, on pourra, cela est certain, faire renirer dans le domaine public une immense étendue de terrains indûment occupés aujourd'hui. Nous disons indûment , alors que cette occupation a eu lieu et se continue plutôt de nom que de fait. Toutefois, quand le terrain a été réellement occupé et exploité, les titres primitif» fussent-ils douteux, il y aurait des droits acquis à respecter, et nous sommes loin de conseiller des mesures qui causeraient un véritable bouleversement dans la propriété actuelle ; il n'est pourtant pas juste non plus que l'État perde sans profit, ou du moins sans compensation, ce qui constitue en quelque sorte le fonds social de la nation.

TEaaii n'BLioi*Es. — Si de pareilles difficultés existent pour la constatation des propriétés particulières , on n'en rencontre pas de moindres lorsquil s'agit de constater celles de TÉtat , et surtout de

distinguer les terres appartenant à la nation, ou terres fédérales, de celles qui font partie du domaine des provinces,

La confusion que nous venons de signaler se retrouve au même degré dans les limites de la plupart des provinces; quelques-unes seulement les ont bien tracées. En outre, des terres autrefois occupées ont été abandonnées aux Indiens, par suite du malheur des temps, comme dans les provinces de Santa-Fé, de Cordova, de Santiago-del-Estero , et c'est le gouvernement central qui a reconquis une partie de ces terres, pour la conservation desquelles il entretient aujourd'hui les garnisons de la frontière. Il serait donc juste que la nation , qui fait les frais de ces reprises , en recueillît également les bénéfices. Malheureusement les provinces ne paraissent pas, du moins jusqu'à présent, l'entendre ainsi. On s'y hâte de concéder, de vendre à bas prix les meilleures terres, et l'on s'enlève d'immenses ressources futures. Il est urgent qu'une loi conservatrice vienne arrêter ces gaspillages, qui grèvent aussi bien l'avenir des provinces que celui de la nation,

§ II. — Terres nationales et provinciales.

Le gouvernement argentin a si bien compris la gravité de cet état de choses, qu'il a proposé, en 1856, un prix de 800 piastres (4,000 francs) à l'auteur du meilleur mémoire sur l'aliénation des erres publiques , afin d'éclairer la question et de préparer une loi destinée à sauvegarder enfin le plus clair de la richesse nationale. Le prix a été remporté par un Sud-Américain anonyme , dont nous analyserons aux Pièces justificatives l'excellent Mémoire, lequel renferme des indications éminemment pratiques , et résume ce qui s'est fait avec tant d'avantage aux États-Unis dans des circonstances analogues.

En attendant que le congrès argentin soit appelé à délibérer sur la loi qui devra régir cette matière, nous devons dire quel est l'état actuel des terres incontestablement nationales.

Dans le Sud : — tout le territoire compris entre le 34* parallèle et le Rio-Negi'O, d'une part ; de l'autre , entre la frontière occidentale de Buenos- Ayres et le Nuevo-Salado ou Desaguadero de Mendoza ,

— que nousL désignerons sous le nom de Teiritoire indien du Sud,

— est complètement en dehors des provinces de Buénos-AjTes, Santa-Fé, Cordova, San-Luis et Mendoza, qui n'y ont jamais rien possédé. Ce vaste terrain n'est parcouru et habité que par des tribus

TERRES NATIONALES ET PROVlNaALES. ' 34&

indiennes, Huilliches, Pehuenches, Ranquelles et Pampas, etc., toutes nomades, dont plusieurs caciques ont reconnu la suzeraineté du gouvernement argentin, accepté des grades et une sorte d'investiture. Il peut donc être considéré comme propriété nationale, à la condition toutefois d'indemniser les possesseurs actuels, si Ton veut en occuper une partie, chose facile et peu coûteuse. Mais cette mesure ne peut être prise que par la nation entière, et non par une fraction de la nation, comme Test chaque province.

n en est de même du Chaco boréal^ entre le Vermejo et le Pilcomayo, dont la suzenûneté reste encore en litige entre la Confédération, la Boli\ie et le Paraguay, quoique les droits de la Confédération soient certainement, d'après les limites de l'ancienne vice-royauté , peu contestables. Il n'y a jamais eu là aucun établissement chrétien, si ce n'est vers le dernier versant oriental des Andes sur les confins de la province de Tarija, dans les terres des Chiriguanos , où quelques Missions se sont établies depuis près d'un siècle. Les Indiens qui habitent cette région sont exactement dans le même état qu'à l'époque de la découverte , et la prise de possession de ce territoire, prise du reste fort éloignée encore, ne peut également avoir lieu que par des traités avec les tribus indiennes qui l'occupent.

I^ Chaco austral est plus accessible, parce qu'il est plus rapproché et entamé déjà par le voisinage des provinces de Salta, de Tucuman, de Santiago et de Santa-Fé, qui s'en attribuent des portions, leurs limites de ce côté n'étant point fixées encore. Une partie des Indiens qui l'habitent est, comme nous l'avons dit (p. i81), en rapport avec les chrétiens, et ils traiteraient volontiers pour des cessions de territoire ; ces Indiens sont les Matacos. Quant aux Tobas et aux Mocovis, pillards incorrigibles, on n'a point de ménagements à garder avec eux. La nouvelle frontière que l'on établit en ce moment marque nettement la limite entre cette partie non occupée du Chaco et les provinces de Santa-Fé et de Santiago. Elle ne reste vague que pour Salta, qui déjà concède des terrains sur les deux rives du Vermejo jusqu'à VEsquina Gravide et sur les versants-est de la iierra del Alnmbre. Il n'est pas jusqu'à Tucuman qui n'y demande une bande de terrain, entre le 26* et le 27' degré de latitude, pour aller toucher le Rio-Parana.

Enfin, le territoire des Missions est réclamé par la province de Conrientes, qui en a formé les trois départements de la Restauracion, de la Cnizet de Santo-Tomé, sur lesquels elle exerce uue juridiction

pleine et entière. De fait, la Restauracion et la Gruz sont depuis longtemps annexées à la province ; mais tout le territoire désert , situé au nord de T Aguapey , est réclamé par le Paraguay , à tort sans doute, ainsi que nous Tavons démontré (t. I, p. 49). Quoi qu'il en soit, le traité de limites avec la Confédération n'étant pas encore conclu, ces beaux terrains restent provisoirement en litige. Au gou* vemement fédéral seul appartient de trancher la question. La province de Corrientes, jusque-là, ne peut légalement faire acte de possession sur un territoire dont la nationalité n'est pas encore déterminée. Cette première question une fois réglée avec le Paraguay, il y aura lieu d'examiner si ce n'est pas à la nation plutôt qu'à une province que doit revenir cet immense terrain , le meilleur de tous, et le seul qui soit immédiatement colonisable, sans frais, sans expédition militaire, sans nécessité de fortifications quelconques.

Mais, il ne faut pas se le dissimuler, avec le système actuel, les pro* vinoes restant en possession de toutes les terres comprises dans les limites, consenties ou non, qu'elles se sont fixées, le gouvernement national n'a pas un mètre de terre à vendre pour le moment. En effet, ce n'est ni dans le Chaco , ni dans le Sud , au milieu de tribus indiennes encore sauvages, que les immigrants iront se fixer, alors qu'il y a sur les bords du Parana et de l'Uruguay, dans des régions déjà peuplées, des terres excellentes et à bas prix. Ce serait même une dérision que de fixer aujourd'hui un prix quelconque à des terrains que le colon devrait aller conquérir avec son fusil , et sur lesquels, pendant de longues années encore, sa famille ne pour« rait avoir qu'une sécurité précaire. Les seuls terrains qui devront être recherchés d'abord et payés à un prix raisonnable^ sont ceux qui avoisinent les rivières, les petits centres de population, les points for^ tifiés de la frontière, et avant tout et par excellence, le territoire voi-^ sin des grands fleuves.

Or, sauf de très-rares exceptions, toutes les terres de cette catégorie se trouvent dans la circonscription actuelle des provinces , qui comptent sur la vente qu'elles en feront pour payer leurs dettes particulières et couvrir les frais de quelques travaux publics, — comme l'a annoncé celle de Corrientes, dans la loi promulguée en 1 859, qui a mis en vente toutes les terres de la province proprement dite et des anciennes Missions occidentales ; — comme le fait Saqta-Fé, qui se hâte trop d'aliéner celles que lui rend la nouvelle frontière, soit dans le Nord, vers San-Javier, soit sur le chemin du Quebracho-Herrado et près de l' Arroyo de las Tortugas ; — enfin, comme le fait Cordova

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