‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 16 sur 285 · RAPACES · texte numérisé non relu

RAPACES

Oiseaux de proie diiuiies. — Genre Vautour. — Le plus beau de tous les Vautours se trouve au Paraguay, où on le désigne sous le nom de Cuervo real (Corbeau royal), Iriburubicha en guarani [Vultur-papa^ Linné; Sarcoramphus-Papa ^ DumériL), vulgiiirement Boi des Vautours. Il est de la taille d'un fort dindon, d'une couleur café au lait; son œil, qui change vers la quatrième année, ligure une petite cocarde tricolore. Nous en avons possédé un vivant (c'était une femelle) pendant plusieurs mois à Montevideo ; malheureusement il est mort en arrivant en Europe, où nous l'avions envoyé. Ce superbe oiseau n'a rien de l'attitude ignoble des autres vautours; il se nourrit aussi souvent de proies vivantes que de cadavres et vit généralement sur la lisière des forêts. Il n'est pas très-multiplié, mais

U RfSGNË ANIMAL.

(Mi le reiieoiitix^ cependant à partir du 26' degré jusqu'à Téquateur.

(loNDOR [Sarcoramphtis gryphus^ Linné). — Ce grand Vautour se rencontre abondamment dans les Andes et surtout dans les sierras de San-Luis et de Cordova. Tout le monde connaît aujourd'hui cet oiseau célèbre, sur lequel on avait répandu tant de fables, et qui n'est cependant qu'un Vautour d'une taille de très-peu supérieure aux grandes espèces de l'ancien continent. Le Condor aime les lieux déserts et arides, les sommités décharnées des montagnes, d'où son œil extrêmement perçant lui permet d'apercevoir de loin sa proie. Il perche sur les cimes les plus élevées , et plane à-des hauteurs de 7,000 mètres au-dessus du niveau de la mer; c'est l'oiseau dont le vol s'élève le plus haut. — Quoique le Condor se nourrisse plus ordinairement de chairs mortes, il n'en attaque pas moins des proies vivantes, telles que les jeunes veaux, les chevreaux, les lamas, etc. Pour sauver leur jeune bétail de ses attaques, les fermiers des vallées des Andes attachent près de leure maisons les femelles prêtes à mettrt^ bas , car e*est surtout ce moment qu'épie le Condor pour attaquer le non veau-né. Tout le monde nous a assuré que les ravages qu'il caus(^ sont considérables; aussi lui fait-on une guerre acharnée eu détruisant ses œufs qui sont au nombre de deux et que les femelles cachent dans des anfractuosités de rochers. Quelques personnes qui avaient élevé des Condors nous ont affirmé que, jeune, c'était un oiseau intelligent qui connaissait parfaitement son maître et n*cherchait ses caresses; mais, une fois adulte, il s'échappe, ou, si ou le tient enchaîné, il devient triste et vit peu.

Une mauièrt^ tri^s-facile de le chasser s'emploie dans la sierra de Sau-Luis, où il est extrêmement répandu, sans doute à cause des Mombnnix tn>upeaux de chè\Tes qu'on élève dans cette province et qui lui offhuît une abondante mnirriture. En effet, quoiqu'il n'ait pas les ongles asst^i forts pour enlever une proie volumineuse, il tue l\^ jtnuu^s animaux d'un coup de bec ou les renver^ à coups d'aile du haut dt*s n>chers, et \7i les dévorer à l'endroit où ils se sont tués eu tomlvint ; on cite même des b^i^ufs et des vaches qui ont été ainsi culbutes par lui, lorsqu'ils paissaient au bord des précipices. Les INiiitam^ , pi>ur s'en débarrasser , salent un cadavre de chev^ tni dt- Uvuf qu'ils placent auprès de n>cher? derrière lesquels des hivam)e^ puissent se cacher. Une nuée de Vaut^mrs de toute i^spècc, I nr Aies. (Vmm<Aa$, (^AtiMi9N90$, .4/rwtf5c..„ et enfin des lA^mliMn? a*v\Hwvnt ;

ANIMAUX SALTAGES. — OISEAUX. — RAPACES. ih

ces derniers, plus voraees et très-avides de chair salée, s'en gorgent au point de pouvoir à peine se traîner : les chasseurs cachés sortent alors tout d'un coup , et avant qu'ils aient pu prendre leur vol les assomment à coups de bâton. Leurs plumes servent, dans les vallées aurifères de San-Luis, à renfermer l'or en poudre que l'on retire des ruisseaux.

LX-RUBu est un petit vautour noir, désigné simplement ici sous le nom de Cuervo [Cathartes Urubu^ Linné), qui abonde dans toute l'Amérique du Sud, à partir du 33* degré en remontant vers le Nord. Il n'attaque que les insectes, les souris, les très-petits animaux, et se nourrit surtout de charognes ; aussi le respecte-t-on généralement, d'autant {>lus qu'il y a beaucoup de bourgs de l'Amérique du Sud où il rend de véritables services en nettoyant les rues des animaux morts qu'on y abandonne. Comme on ne le poursuit pas, l'Urubu est extrêmement familier et se tient toujours auprès des habitations, où il se régale des débris abandonnés sur les fumiers.

Le Caracara ou Carrancho [Vtdtur caracarà^ Linné; Polyborus vulgaris^ Vieillot) se rencontre partout où l'homme est établi, depuis le Rio-Negro jusqu'à l'Equateur. C'est une espèce du genre balbusard, qui vit à la fois de charogne et de jeunes animaux. Il achève les oiseaux blessés par le chasseur, enlève les jeunes poulets dans les basses-cours, épie les brebis qui viennent de mettre bas pour aller tuer leur agneau , auquel il commence par crever les yeux et qu'il dévore ensuite à sou aise, assisté de deux ou trois de ses pareils, n est exécré des fermiers et des cultivateurs. Aussi fin que hardi , le Caracara se rit de tous les pièges, et, comme le corbeau d'Europe, évente de très-loin le chasseur. Une fois qu'il a vu tirer un coup de fusil dans un endroit et tomber quelqu'un de ses camarades, vous êtes sûr de ne pas l'y voir reparaître de la journée, vint-on de camear^ c'est-à-dire d'abattre une vache, dont les tripailles lui sont généralement abandonnées. C'est ainsi qu'il est devenu rare dans les environs de Montevideo et de Buénos-Avres, où les chasseurs l'ont poursuivi, tandis qu'il abonde autour de toutes les autres villes.

Un autre Balbusard plus petit, dit Chimango [Cathartes atirea^ Linn.), semble surveiller les repas du voyageur; car, en quelque endroit que l'on soit, on le voit apparaître et attendre paisiblement sur un ari)re voisin qu'on lui en jette quelque reste. Cet oiseau n'est nullement nuisible et n'attaque que de très-petits animaux ; aussi ne le poursuit-on pas, et il est devenu très-familier.

U ^ÈGHE AMilAL.

I)iifi»n*nii!ft i»«[wrp« d'Aigles «e trouvent dans les sierras de Cordcmi cît de Snn-ljiift. La grande Harpie [Falco Harpya) se rencontre au (iharo et Am\^ !<{« forêts d'Oran , principalement au bord des rivi^^•H. — Il existe en oiitn; une foule de Milans, Faucons, Éperviers, d^HÎgfi^H g(^n/*mlenient dans lo pays sous les noms à'Alcanes^ Alconril/osy l^'aiicons, ou Cuorros^ ('orbeaux. Les espèces en sont trop iMunbrruses pour que nous puissions les décrire ici. On en trouve d*nillmtrs la description dans les ouvrages d'Azaraetde d'Orbigny (i).

Les oiseaux de proie nocturnes sont moins nombreux. Nous connaissons dt^jà la p«»tite Chouette, qui passif ses journées en sentinelle sur l<»s terriers des Vise aches. (Vest une Strix ou Effraie [Strix Urnairmi^ d'Orb.; Nnctoa ctmictdaria, Linné), semblable à celle d*Kurope, et qui est d'ailleurs répandue par tout le globe. Elle se nourrit de pi»tiU animaux et de reptiles. Une variété de la même espèce hauti> h^s endroits habités et niche dans les ruines des vieilles maisous. Kll(* a aussi mauvaise réputation ici que dans Tancien monde, et ou la n^gamle ei>mme un oist^au de funeste augure. — Une Kiniide espi^w^ le Nacurutu [Stryx Magellamca^ Linné), se reneoatn^ dans tout le |>ays, (Vest une sorte de Grand-Duc.

la^ uombri' di^ oisi^iux de cet ordïv est énorme; aussi a-l-ou mu|;^^ leui^ ^^un^ t^i leurs espin^es eu différentes familles, pour en f^ieiliUMT IVUido ei la classilicaliou.

Iw^m^ KiHu^ille ou Moinkav. — U en existe ici une espèce exacleiiieiii lie ki o%mleur et tW ki grosseur du UHÙiieau ordinaire^ et muuuHV tlaus lo pays Ckin^o: uviis elle a luie peUle huppe sur la liMe el si^u cri est iuthùuieut uhùus dès;i|cmd)Je. ihi kn trvHixe partout, elle osl missi lu^ùiis \^Mr;iee el unmis {suuilière. — IWttsle senr^ Cinr- (kmuififvl^ il eAisle. ^his W uoai dHIu/^mo t frtjiy i/y«t /rtV/«:f^ Linné « un pHil \^isMU \vrt el jaum\ de U Uille du Smu. qui s ;fteic\Hipie pv- Eaileuieul ax^*^ lui el diuuie deî^ luèùs ferMids. Il ehduue pariaileweuU H ff^ sMfts eottUvdil le plus nfman)uahie de Unis k^ i^tswux

ANIMAUX SAUVAGES. — OISEAUX. — PASSERiLVUX. 27

chanteurs du pays, qui d'ailleurs en produit fort peu. Il s*élève très-bien en captivité et s'y reproduit comme le Serin. Ce petit oiseau vole par btUides nombreuses; on le chasse au filet, sa chair est excellente, et le marché de Montevideo en est toujours abondamment fourni.

La Vetve {Vidtia loiigicauda^ Cuvier). -^ Ce charmant oiseau, au ventre blanc, au dos gris et à la tête noire, aux longues pennes de la queue qui lui donnent une forme si élégante, abonde dans toute la Plala ; on lui donne vulgairement le nom de Monjita^ petite Nonne, à cause de son plumage. Ce petit oiseau est animé d'une haine implacable contre le Carrancho^ qui est au moins trente fois gros comme lui. Il le poursuit continuellement, vole autour de sa tête, le pique au cou, sur le crâne, et le force à s'enfuir sans que le géant essaye de se défendre. Maintes fois nous avons été témoin de ce singulier combat, dans lequel le Carrancho a toujours le dessous et n'oppose que la fuite à son vaillant adversaire.

A cAté de l'élégante Veuve, figurent deux espèces de Cardinaux Cardinal is virginianus^ Loxia Cncidlata^ Linné), l'une à plumage gris d'acier et à tête rouge, l'autre jaunâtre mêlé de vert. Les deux espèces ont un chant assez agréable, et on les élève comme les serins en domesticité. Ils restent néanmoins toujours un peu farouches.

Un Merle {Merula milgaris)^ un peu différent de celui d'Europe, existe dans la province de Tucuman et siffle comme lui. Dans son voisinage vit une Grive {Turdus), au plumage moucheté, et une espèce de Merle moqueur [Turdus polyglottus^ Linné), dont le chant est court, mais extrêmement doux. On le nomme Sorzal. Ce dernier se trouve dans toutes les provinces de l'intérieur.

La Calandrie [Calatidria] habite principalement le littoral et a un chant assez agréable. — DiJBPérentes espèces de Cassiques [Cassiais) et de Troupiales [Ictertis) remplissent les champs de leurs volées ; quelques-uns sont remai'quables par Télégance de leurs couleurs et le rouge cramoisi de leur poitrine. — Une sorte d'ETouRNEAU {Stumtis militaris^ d'Orb.), au bec jaune et au plumage entièrement noir, se répand par troupes avec les précédents oiseaux autour des Estancias et des Saladeros^ et s'y nourrit des graines que renferme la panse des bœufs tués par centaines autour de ces établissements.

Diverses espèces de Gobe-Mouches [Muscicapà]^ quelques-unes des couleurs les plus brillantes, volent sur la lisière des bois et aux bords des rivières. — Une Hirondelle [Hirundo]^ qui se rapproche du Martinet, entièrement noire, et voyageuse comme les espèces européennes, arrive dans les provinces du Sud vers le mois d'octobre, et d'autant plus promptement qu'on remonte davantage vers le Nord, qu'elle ne quitte pas. Elle niche dans les bois et dans les champs, sous les toits des chaumières à la campagne, mais ne suspend son nid ni aux cheminées ni aux fenêtres. Azara en compte trois autres espèces, également voyageuses, et un Martinet, de très-petite taille.

L'oiseau familier des maisons est le Fournier, en espagnol Honief*o [Fumarius rufus^ Vieillot), que Ton rencontre principalement sur le littoral. Ce charmant passereau, qui ressemble à un Merle pour la forme et la grosseur, mais dont le plumage est roux et les mœurs très-gaies, recherche essentiellement le voisinage de l'homme. C'est sur les terrasses des maisons, sur un pieu isolé, sur les vieux arbres au bord d'une route, qu'il bâtit son nid en boue, comme celui de l'hirondelle. Ce nid est arrondi, et divisé en deux chambres par une muraille médiane, ce qui le rend inattaquable par n'importe quel oiseau ; car la terre dont il est construit, et que l'oiseau délaye avec sa salive, acquiert presque la consistance et la dureté de la pierre. Cet intéressant oiseau, qui vit de vers, d'insectes, de petites graines, est fort répandu, et égayé les habitations de ses cris joyeux, pareils à un éclat de rire.

Le Benteveo^ Testigo (témoin), au Pérou [Lanius sulfiiraceus^ Linné), ainsi nommé de son cri «Je te vois bien», se trouve également dans le voisinage des habitations : c'est encore un Cassique.

Un autre oiseau fort joli , de la même grosseur et de la même forme, entièrement blanc, avec un liséré noir extrêmement élégant aux deux ailes, contraste avec le précédent par ses instincts solitaires. C'est le Boyei'o^ espèce du genre Cassique ; on le voit toujours seul, volant sur les arbres isolés ou dans la Pampa. Ce n'est guère qu'à l'époque des amours, mais très-rarement, qu'on en rencontre quelquefois deux ensemble.

Le nord delà Confédération nourrit, sous le nom d'Urraca^ une Pik plus petite que la Pie d'Europe [Corvus Pica)^ mais de même cri et do mêmes mœurs; comme elle, elle s'apprivoise facilement, ramasse différents objets et va les cacher. Cette Pie, même à l'état libre, est très-familière, et son plumage bleu, jaune et vert, la signale de loin à Tattention.

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