INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE. — SES PRODUITS
La briqueterie^ — art de première nécessité dans toute la Plata, exige de nombreux perfectionnements, et surtout l'introduction de machines pour simplifier l'opération, et conséquemment économiser le temps et la main-d'œuvre. Jusqu'à présent cette industrie s'exerce par les procédés les plus primitifs. — Dans une fosse circulaire, dallée grossièrement, on dépose la terre argileuse mêlée de crottin de cheval ou de paille hachée, et d'une suffisante quantité d'eau. On y pousse à coups de fouet des juments, qui, plongées jusqu'au ventre dans cette boue liquide, la piétinent en tous sens. Une fois le mélange assez lié, des ouvriers vont le porter dans des moules, qui donnent à la brique la forme voulue, et on la laisse sécher au soleil.
Dans les provinces des Andes, la brique crue, ou adobe^ est employée pour les constructions. Ailleurs on la fait cuire et on la livre aux maçons. Ces briques sont peu compactes, mais prennent bien le mortier et durcissent à l'air, de manière à former avec le temps un seul bloc d'une grande solidité. Mais cela demande des aimées; les constructions nouvelles, qui ne sont souvent cimentéesqu'a- )fec de la terre, ne sont pas toujours très-sûres. Le choix d'une argile meilleure et l'emploi des machines, qui donnent plus d'homogénéité au mélange par un foulage plus complet, plus de consistance à l'aide d'une forte pression, et par conséquent hâtent le séchage, enfin qui permettent une confection plus prompte, est impérieusement réclamé par les besoins pressants des constructions.
La fabrication des tuiles, carreaux^ poteries communes^ est plus perfectionnée que celle de la brique. — Dès les temps les plus anciens, les Indiens savaient Jaire une poterie qui ne manquait pas d'une certaine originalité. Cette industrie s'est continuée au Paraguay et àCorrientes. Ce sont généralement les femmes qui l'exercent. La cuisson des pièces se fait à l'air libre, dans un grand feu allumé sur la place publique. Chacune d'elles vient y déposer les objets qu elle a préparés et fait sécher au soleil, surveille le feu, et, une fois l'opération terminée, enlève ce qui lui appartient. — Nous avons vu (page 453) que dans ces derniers temps il s'était installé de nouvelles fabriques de tuiles et de carreaux à Parana.
La fabrication de la chaux est une industrie établie depuis longtemps dans cette ville, et dont nous avons également parlé. Quoiqu'elle soit fort lucrative, même avec les procédés imparfaits dont on use habituellement, il y aurait beaucoup à gagner par leur perfectionnement graduel.
GOIIF. ABGKUTINR. — T. II. 31
483 INDUSTRIE ARGENTINE. — GOMMERCK.
Après ces industries, que l'on peut dire essentiellement argentines, car elles sont filles des nécessités et des habitudes du pays, viennent celles d'une origine plus récente, et qui sont cantonnées dans les grandes villes du littoral et spécialement à Buénos-Ayres. Ce sont les grands ateliers de charpente, de menuiserie, de serrurerie, ceux pour la fonte des pièces de mécanique et d'engrenage. — En 1843, nous avons vu fondre à Montevideo, chez un Basque Espagnol, M. Garagorri, six pièces de canon de huit en bronze; en 1845, le même établissement a fondu un arbre de machine à vapeur pour le Fttltan^ vapeur français de 160 chevaux. — A Corrîentes, un Français, M. Giraud, a monté un grand atelier de mécanicien et a cons* truit des machines à vapeur pour les bateaux du fleuve. A Buénos- Ayres on fabrique au besoin des pièces de rechange pour toute espèce de mécanisme. — Ces ateliers appartiennent généralement à des étrangers, et la plupart des ouvriers qu'ils emploient sont également étrangers, tandis que les autres fabrications que nous venons de passer en revue occupent presque uniquement les fils du pays.
D en est de même de la carrosserie, industrie très-avancée à Buénos-Ayres, et qui s'exerce dans plusieurs établissements importants. Le nombre des belles voitures est considérable, et, de plus, on a construit un grand nombre de diligences pour les communications entre les divers points de la province. De grands ateliers de ce genre existent également au Rosario et à Montevideo.