‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 177 sur 285 · INDUSTRIES SPÉCIALES. — TISSUS · texte numérisé non relu

INDUSTRIES SPÉCIALES. — TISSUS

En effet, rien de plus primitif, que le métier à tisser argentin ; c'est celui qui servait au temps des patriarches, celui que la femme arabe emploie encore sous la tente. Quelques bâtons croisés pour tendre les flls de la trame, une planchette pour en maintenir séparés les deux rangs, une bascule pour faire osciller Ces planchettes, en font les frais. — : Dans la Cordillère de Jujuy, où le bois est rare, quatre planches étroites taillées dans le tronc poreux d'tm cactus candelaris suffisent. Tantôt cet appareil est mobile comme un métier à tapisserie et sert pour des étoffes étroites ; tantôt il est maintenu par des poteaux fichés en terre et abrité seulement d'une ramada»

A l'aide de cette machine, que tout le monde peut tailler et montei* soi-même, les femmes argentines tissent des étoffes de laine, de coton et même de soie, souvent fort remarquables par leur couleur, leur finesse et leur solidité.

Étoffes de laine, — Nous avons vu fabriquer ainsi des ponchos en poil de vigogne d'une finesse extraordinaire et qui valent de deux à cinq onces d'or, c'est-à-dire de 160 à 400 francs la pièce. — Ceci, toutefois, est une fabrication de luxe, et il y en a d'autres plus communes. Ainsi, dans les provinces des Andes et dans celles de Cordova et de San-Luis, on fabrique une étoffe commune, dite picote^ qui se vend de 1 à 2 francs le mètre et sert à habiller les montagnards. A Salta et à Jujuy, un picoté un peu plus fort et d'un tissu un peu plus serré, valant 2 fr. BO la vare (les 86 centimètres), s'emploie aux échanges avec les Indiens du Chaco, qui s'en font des ponchos et des couvertures. Quelques-uns même en emportent pour le troquer plus tard contre des vivres avec leurs compatriotes restés dans leurs toiderias (campement du désert). La laine qui sert à cette fabrication provient des troupeaux de moutons des hauts cantons {puna) de la Cordillère, Elle est filée par les femmes et par les hommes, qui, tout en faisant leurs courses, tiennent un fuseau à la main (1).

Avec l'humble métier que nous venons de décrire, on fabrique

(1) En pftssant le col de Zenta, au mois de âeptembi^ 1657, par 4,530 mètres d'altitude^ powr aller d'Oran à Humaguaca, dans la province de iiijuy, nous aTona rencontré un Indien qui i^en allait tout seul , en un jour et à pied^ de Cianso à San-Andres, deux localités éloignées Tune de Tautre de quinze lieues et sépai^cs par cette haute chaîne de montagnes. Ce brave homme, chaussé de Vojota^ semelle en cuir attachée sous la plante du pied comme la sandale antique, cheminait ainsi lestement dans la neige, tout en filant tm paquet de laine qui remplissait sa poche, car on ne se sert pas de quenouille. De la main gauche le fileur tortille mollement la laine pendant que la droite tourne le fuseau. Beaucoup de montagnards de lujttj se livrent à cette occupation en menant paître leurs troupeaux de lamas et de motitom.

encore de fort belles couvertures de laine, bien douces, bien épaisses, ornées de dessins aux couleurs éclatantes de Taspect le plus original. Leur seul inconyéniént, c'est de coûter cher (de i 00 à SOO fr.) ; mais on en fait de plus ordinaires qui valent de 2S à 30 francs et sont teintes à la cochenille. Les provinces de Santiago-del-Estero et de Cordova sont renommées avec justice pour cette fabrication.

On y tisse aussi des ponchos conununs d'une bonne durée et tout à fait imperméables à Teau. Toute la fabrication des fins ponchos, en poil de vigogne, est une industrie propre aux cantons des Andes.

Étoffes de coton. — Quelques familles tissent encore le cotou qu'elles recueillent dans leur jardin et qu'elles filent au rouet ou à la quenouille. Les étoffes qui en résultent sont assez fines, mais surtout d'une résistance à toute épreuve et d'une durée éternelle. On en fait généralement des serviettes, des nappes, des caleçons (ca/zonctV/os), des jupes de campagne formant un pantalon flottant [chiripa). — Quelques étoffes très-fines sont réservées pour des broderies qui dénoteDt beaucoup de goût et de patience. — Enfin on fait à l'aiguille, avec du fil de coton, des festons [randas) très-élégants qui servent à orner les jupons, et de grandes pièces de dentelles larges de 60 centimètres et longues de 80 à 100, dont on orne des serviettes particulières dites panuelos de mano (essuie-mains), que l'on conserve dans les familles et qui sont des plus remarquables par la richesse de la broderie et l'extrême originalité des dessins. Les Santiagaises excellent surtout dans cet art, et font réellement de petits chefs-d'œuvre. — On est également assez habile au Paraguay pour ces sortes de travaux.

Dans cette république, la fabrication des hamacs en coton était autrefois une industrie assez répandue. Il s'en faisait de très-fins et de très-élégants, dont le prix était assez élevé. Aujourd'hui on les remplace par un carré en toile d'Europe, auquel on se contente d'ajouter des cordons tressés pour le soutenir. C'est moins beau, moins original, mais le prix est très-bas, tandis que le tissage d'un hamac exige presque un mois de travail. Les hamacs qui se fabriquent aujourd'hui selon l'ancien système sont presque tous achetés par des Européens qui les emportent comme objets de curiosité.

Tîous ne parlerons point d'une foule d'autres ouvrages de broderie et de couture où les femmes de la Confédération, surtout dans les provinces intérieures, sont généralement fort habiles, mais qui ne sont que d'un usage local.

Étoffes de soie. — Lorsque l'éducation des vers à soie prospérait dans la province de Mendoza, on y avait commencé la fabrication des

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