INDUSTRIES SPÉCIALES; -^ ARTS MÉCANIQUES
tissus de soie. Nous avons eu entre les mains des ponchos de soie écrue, fabriqués à cette époque, extrêmement curieux par la bonne qualité du tissu et la vivacité des couleurs. On fit aussi des châles façon crêpe de Chine et des étoffes pour habillement. L'épidémie qui détruisit tous les vers a emporté en même temps cette industrie naissante (1) ; mais il sera très-facile de la reprendre sitôt que Ton voudra s'occuper plus sérieusement qu'on ne l'a fait jusqu'à présent de la sériciculture (voyez tome II, page 103), en ayant soin de renouveler souvent la graine de vers à soie. Rien n'est plus aisé aujourd'hui que d'en faire venir de France, d'Espagne ou d'Italie, puisque la ponte des œufs en Europe se fait en juin, et que les œufs n'éclosent que neuf mois après. On a donc tout le temps nécessaire pour les porter dans les provinces andines, où leur éclosion n'aurait lieu qu'à la fin de février, époque à laquelle les mûriers ont toutes leurs feuilles et les conservent jusqu'à la fin de mai.
Nous avons parlé (tome I, pageSlS) de l'habileté des femmes de l'intérieur dans la teinture h l'aide du suc des plantes et de la cochenille indigène ; nous y renvoyons donc le lecteur.
§ III. — Arts mécaniques.
Tous les arts et métiers usuels exercés en Europe s'exercent également dans la Plata. Sur le littoral ils sont généralement dans les mains des étrangers ; mais beaucoup de nationaux commencent à s'y mettre. — Dans l'intérieur, presque tous les ouvriers sont indigènes. Les métis, qui y forment en majorité la classe ouvrière, ne sont pas très-inventifs, mais ils ont une grande dextérité de main, et il' ne leur manque que l'instruction industrielle pour devenir des ouvriers réellement habiles. Nous avons été étonnés plus d'une fois de la bonne et belle confection de beaucoup d'objets qu'à la première vue on aurait pu croire importés des meilleurs ateliers d'outre-mer. — Il y a donc, parmi les Argentins, les éléments nécessaires pour que l'industrie fasse un jour des progrès sérieux, et c'est surtout dans la partie de la population qui ne fait pas de l'élève du bétail son occupation unique que l'on trouve ces dispositions heureuses.
(1) Voyez Damien Hudson, Âpuntes cronolôgîcos para sentir à la historia de la antiqua provincia de Cuyo, Brochure iu-18. Mendoza, 1852.
m INDUSTRIE ARGENTINE. — COMMERCE.
§ rV. — Industrie indienne.
Lorsque les Espagnols colonisèrent le bassin de la Plata, l'industrie indienne se réduisait à peu de chose. La fabrication des armes de guerre, celle des canots qui les portaient sur les fleuves, la confection de quelques ornements en plumes, celle de poteries grossières, étaient les seuls arts des Guaranis du littoral et de quelques tribus pampéennes. Les Quichuas des Andes étaient beaucoup plus avancés sous ce rapport, puisqu'ils savaient travailler les métaux, fabriquer des étoffes de coton pour se vôtir, enfin qu'ils avaient construit des édifices remarquables par leur grandeur, leur solidité, le volume, la coupe et le poli des pierres dont ils étaient bâtis. Aussi l'introduction de la plupart des arts européens se fit-elle rapidement chez ce peuple. Elle fut plus lente parmi les Guaranis, et ne fut définitivement installée dans leurs tribus que lorsque les jésuites eurent organisé les réductions. C'est à l'aide de ces mômes Guaranis civilisés et instruits par eux qu'ils construisirent ces belles églises dont les restes étonnent le voyageur, et que nous décrirons en leur lieu. Encore aujourd'hui, les Indiens des dernières missions subsistantes sont d'une habileté notable à travailler le bois, et passent avec raison pour excellents menuisiers.
Quant aux nations indiennes restées dans leur état primitif, eHes conservèrent leurs anciennes industries sans les modifier autrement qu'en raison des nécessités nouvelles que leur apportèrent l'introduction du mouton, du bœuf et du cheval. — Elles ne changèrent point leurs armes ; les Indiens du Chaco fabriquent encore leurs arcs, leurs flèches, leur casse-tête [macaTia) comme il y a trois siècles ; ils ont seulement adopté l'usage de la lance pour combattre à cheval. Les Payaguas ont conservé leurs mômes formes de canots creusés dans un tronc d'arbre et menés à la pagaie, leurs mêmes engins de pêche. Tous ces objets servent même à un petit commerce avec les Européens, qui les leur achètent par curiosité.
Les Indiens du Sud, surtout Ceux de race araucane, sont infiniment plus industrieux que ceux du Nord. A leurs anciennes armes de guerre offensives, telles que la lance, les boules, le lazo, ils ont joint des armes défensives, formées d'un casque et d'une sorte de cuirasse en cuir tanné et garnis de petites lames de fer ou de cuivre, qui rappellent l'armure des Mongols d'Attila. et de Gengis-Khan. Ce costume de guerre n'est toutefois porté que par les chefs. —