APTITUDE ET INSTRUCTION INDUSTRIELLE
Leurs femmes, adroites et industrieuses, tissent des étoffes de laine qu'elles savent teindre des couleurs les plus brillantes et les plus solides. Elles font aussi des ponchos, des couvertures de cheval ijer^ ffas)j des ceintures {fajas). Leurs maris tannent les peaux de mouffettes {zorillo)^ de guanaques {guanaco)^ pour en faire des tapis qui se vendent bien à Buénos-Ayres ; ils en font également de fort jolis en plumes d'autruche, et fabriquent des plumeaux de toute espèce; ils sont extrêmement habiles à tresser le cuir, et font ainsi des harnais de chevaux, des brides (riendas)^ des manches de fouets {rebenr que), qui sont de vrais chefs-d'œuvre de patience et de finesse. Tous ces objets sont fort recherchés dans la Plata et se vendent à des prix très-élevés. — Quelques Indiens Pampas tiennent même des boutiques dans les faubourgs de Buénos-Ayres avec assortiment de tous ces objets (voyez tome III, page 195). Toutefois l'on en compte à peine trois ou quatre aujourd'hui, car il s'est établi des colporteurs qui font la spéculation d'aller acheter ces marchandises sur le territoire indien, en y portant en échange une foule d'articles de fabrication européenne; et ce petit commerce ne laisse pas d'avoir quelque importance sur la frontière.
§ V. — Aptitude industrielle. — Utilité dune instruction
pratique à cet effet.
Puisque, même à l'époque actuelle où les travaux de la vie pastorale, si peu favorables à l'industrie, absorbent l'attention de la majorité des Argentins, il existe déjà, ainsi que nous venons de le voir, un certain mouvement industriel dans le bassin de la Plata, il y a tout lieu d'espérer qu'avec le temps ces heureuses dispositions grandiront. Aujourd'hui, sans doute, avec une population limitée et la prééminence que doivent avoir naturellement l'agriculture et l'élève du bétail, il est plus avantageux de se préoccuper d'abord de la production des matières premières, qui sont les principaux moyens d'échange avec les manufactures de l'Europe. Mais un pays qui n'a pas de marine et n'en pourra avoir de longtemps ne doit pas rester éternellement tributaire de l'étranger pour les objets d'une utilité journalière. — D*un autre côté, ces objets, par suite du fret, sont grevés d'une plus-value considérable qui oblige de les payer à des prix triples et quadruples du lieu de fabrication. Il y aurait donc un avantage immense à les produire dans le pays même, et c'est à quoi doivent songer les ouvriers indigènes , qui trop souvent, se défiant
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de leurs propres forces, ne veulent pas aborder des fabrications dans ' lesquelles ils excelleraient au bout de quelque temps, et qui deviendraient pour eux des branches d'industrie honorable et lucrative.
n faut que la classe moyenne des villes s'en préoccupe davantage, et qu'on ne fasse pas tant fi des professions manuelles^ qui toutes nourrissent mieux une famille et lui font un meilleur avenir que des emplois inâmes dans l'administration ou le commerce. L'agriculture d'abord, l'industrie ensuite, voilà les deux ordres de travaux qui appellent essentiellement la majorité de la population argentine et qui peuvent donner vite aux masses un bien-être qu'elles n'ont fait, jusqu'à présent, que soupçonner.
n ne s'agit certainement pas ici de grandes manufactures pour lesquelles le pays n'est pas mûr encore, mais de ces industries susceptibles de fournir à la plupart des nécessités de la vie sociale, sans que l'on soit obligé d'avoir recours sans cesse à la fabrication d'outremer. Un peu plus d'instruction pratique dans la jeunesse ouvrière fournirait bientôt les moyens d'y pourvoir au grand profit du consommateur et du producteur. Cette instruction serait d'autant mieux acceptée que, comme nous l'avons indiqué au § III , les ouvriers argentins ne manquent pas d'une certaine dextérité de main et sont bons imitateurs.
L'établissement d'écoles d'arts et métiers aurait l'avantage de répandre cette instruction pratique si désirable et malheureusement si peu commune. Le gouvernement argentin en comprend toute l'importance puisqu'il a décidé la création d'une école de ce genre à Cordova, point central, parfaitement choisi, et d'où, comme d'un foyer, l'instruction individuelle pourrait rayonner sur le reste du pays. Il est fâcheux que les circonstances politiques et des embarras financiers ne lui aient pas permis de réaliser encore cette utile pensée. Mais ce retard n'est que momentané , et sa résolution à ce sujet est bien arrêtée.
Plus heureuse que la Confédération , la Jlépublique chilienne a, depuis près de quinze ans, son école d'arts et métiers établie dans la capitale, et il en est déjà sorti un grand nombre de bons contremaîtres et d'ouvriers habiles qui ont imprimé à l'industrie chilienne un essor vigoureux. Une des causes principales des progrès remarquables de cetÉtat^ à partir de 1840, consiste évidemment dans le grand développement donné à l'instruction des masses. A ce point de vue, les Chiliens se sont efforcés d'imiter l'exemple des Etats-Unis du Nord, où l'homme, dès son enfance, est mis, par une éducation agri-