‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 215 sur 285 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Itoll^lne et formation des rontes sar le territoire argentin.

La plupart des villes du bassin de la Plata furent fondées dans le premier siècle de roceupation espagnole. Les jiistances qui séparaient ces centres de populations n'étaient rien pour l'énergie de la race conquérante, qui semblait alors se jouer des difficultés du désert. Bientôt l'introduction du cheval, de l'âne et du mulet, la reproduction rapide et immense de ces animaux, permirent aux habitants de plonger plus avant dims ces solitudes et de franchir en une journée les travesias (déserts arides et sans eau) de 20 et 30 lieues avec la même monture. — La configuration du pays se prêtait d'ailleurs à ces courses ardentes. De l'embouchure de la Plata au pied des Andes on n'avait à traverser qu'une plaine à peu près absolue, coupée à peine par quelques rivières ; la Pampasie n'offrait qu'une nappe herbeuse pareille à un océan solidifié.

Dans la région du littoral, les g^ands fleuves Parana et Uruguay servirent de chemin, et les premiers établissements se formèrent sur leurs rives. — Nous l'avons déjà dit, les Espagnols de la découverte, véritables hommes de fer, n'hésitaient pas à se lancer, avec une incroyable insouciance, au milieu de contrées absolument inconnues, peuplées seulement de hordes ennemies, et on les vit ainsi s'ouvrir des routes que leurs descendants ont oubliées, ou qu'ils n'ont osé maintenir. Tels Irala, Alvar-Nuuez, Rojas, Melgarejo, Cacerès et tant d'autres, allaient directement, des rivages de Sainte-Catherine à l'Assomption, par les forêts vierges qui bordent les rives de l'Iguazu,

ORIGINE El FORMATION DES ROUTES ARGENTINES. 543

du Parana et de leurs nombreux affluents ; ils franchissaient ces fleuves dans de frôles canots, et semaient toute la contrée de colonies placées hardiment au milieu des tribus indiennes. — Au nord, on les voyait partir des lacs voisins des marais de Xarayes et gagner directement le Pérou à travers le Chaco immense, malgré ses bois, ses marécages et ses belliqueux habitants. Ils franchissaient par cent endroits les plateaux glacés des Andes et s'établissaient dans leurs vallées ou sur leurs versants, à la limite du désert brûlant des salines où ils ne craignaient pas même de s'aventurer.

Les routes ou plutôt les sentiers tracés par ces conquérants intrépides, ont été, en partie, suivis par leurs successeurs; l'usage a maintenu les principaux, et jusqu'à présent ils sont restés tels que les premiers voyageurs les ont faits, c'est-à-dire signalés seulement par les pas des chevaux et des mules ou les roues des pesants chariots. — Jusqu'à ces derniers temps, on a voyagé dans la Confédération argentine à l'aide des mômes moyens qu'au seizième siècle. Le cheval pour le voyageur isolé, les caravanes de mulets ou de charrettes à bœufs pour le marchand , tels furent pendant trois siècles les seuls moyens de transport à travers une moitié de continent. Les voyages étaient d'une durée effrayante ; le cavalier seul, avec' un léger bagage, pouvait franchir la Pampa avec quelque rapidité. Dans le courant du dix-septième siècle, l'organisation des postes sur les deux voies principales du Pérou et du Chili, institution excellente maintenue jusque aujourd'hui à travers les révolutions et les guerres, permit une communication plus prompte entre ces points si éloignés de l'empire hispano-américain. Ce système s'étendit de Buénos- Ayres à Caracas sur une longueur de 2,000 lieues, et fonctionne encore à cette heure.

Alors on portait tout avec soi, son lit, ses vivres, sa tente, car il fallait bivouaquer au milieu de la plaine. Le plus souvent le voyageur se contentait de la selle de son cheval pour oreiller et de ses jergas pour couverture ; la selle platéenne [recado) était d'ailleurs organisée pour servir de lit au besoin. Le cavalier, muni d'un guide [baqueano) et accompagné d'une faible escorte, galopait tout un jour, changeant de chevaux aux postes établies, ou conduisant avec lui une troupe de ces animaux qu'il montait tour à tour dans la route. S'il se présentiiit une rivière, il la passait à gué ; si elle était trop profonde, à la nage ou dans un bateau improvisé [pelota).

Pelota, — Ce bateau consistait simplement en un cuir de bœuf dont on relevait les bords à l'aide d'une corde passée dans des œil-

lets ouverts au couteau, et formant ainsi une sorte de coupe. On le remplaçait au besoin par les caronas^ pièces de cuir cru ou tanné qui se placent sous le recado (selle) . On mettait le bagage dans cette étrange embarcation, et un nageur, prenant un bout de la corde dans ses dents, l'entraînait avec lui de l'autre côté. Le voyageur s'y installait à son tour, et on le passait de la même manière. — Cette façon de traverser les rivières était naturellement périlleuse, et plus d'un accident, quelquefois mortel, en était la suite ; mais tout campagnard argentin la connaissait et n'hésitait pas à la mettre en pratique. Lorsqu'une crue subite avait gonflé les eaux et qu'une manœuvre pareille était trop difficile et trop périlleuse à cause du courant, on attendait paisiblement que la rivière eût baissé et devint accessible ; ou bien l'on faisait un immense détour pour aller chercher en amont un gué plus commode. — On raconte que sur le Rio-Dulce, près de Santiago-del-Estero , les femmes , excellentes nageuses , avaient le monopole de cette singulière industrie, c'est-à-dire de la remorque des pelotas. — On faisait de même au gué du Rio-Juramento, à la poste àxxpasage^ avant qu'on y eût établi des barques.

Quant aux charrettes, elles attendaient la saison des basses eaux pour tenter le passage des rivières, et les franchissaient alors, à grands renforts de bœufs et de chevaux. — Les troupes de mulets chargés passaient également à gué.

Passage des bois [picada). — Le passage au travers des bois se faisait en suivant les étroits sentiers pratiqués autrefois par les Indiens, qui y marchent à la file les uns des autres et se contentent du passage pour une seule personne ; d'où leur habitude, même en plaine, de marcher ainsi. On se contentait de les élargir en abattant à la hache les arbres à droite et à gauche ; en d'autres endroits on s'y frayait de la même manière une route nouvelle en se dirigeant à la boussole.

Routes de la Cordillère. — Les chemins de la Cordillère des Andes furent ouverts sur l'indication des Indiens Quichuas, qui habitaient leurs versants ; ces sentiers présentèrent moins de difficultés que ceux qu'il fallait s'ouvrir au travers des forêts. Dans ces montagnes peu escarpées à larges plateaux, on n'avait à redouter que le froid et les tempêtes; le passage dans la saison favorable, avec des vivres suffisants, offrait en réalité peu de danger.

Les Argentins d'aujourd'hui ont conservé de leurs pères une hardiesse remarquable et surtout un grand mépris des eommodi-

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