‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 226 sur 285 · SYSTÈMES DE TKANSPORT. - CARAVANES DE CHARRETTES · texte numérisé non relu

SYSTÈMES DE TKANSPORT. - CARAVANES DE CHARRETTES

alors que ceux du timon sont encore dans Teau de la lagune ou dans la boue d\xpantano (bourbier).

n faut ordinairement deux hommes par charrette, car chaque atr telage est de quatorze bœufs, six qui tirent et huit de rechange que l'on attelle au besoin dans les mauvais pas. — Une troupe [tropa) est formée d'un nombre indéfini de charrettes. Tous les peons qui les conduisent sont sous les ordres d'un chef [capataz] qui fait la police et commande la marche. — Les charrettes et les attelages appartiennent le plus souvent à un entrepreneur de roulage [tropero) dont le capataz est le représentant, et qui, dans les grandes occasions, accompagne lui-môme^ le convoi. La troupe de charrettes argentines est à peu près dans les conditions de la caravane orientale.

La marche est réglée suivant la saison. L'été, on part de grand matin , on fait halte de neuf à cinq et l'on chemine ensuite jusqu'à dix heures. — Dans les autres saisons de l'année, on part à neuf heures et l'on s'arrête à quatre ou cinq. La proximité de l'eau, la quantité et la qualité du fourrage commandent les heures et le temps des haltes. — On fait généralement de cinq à huit lieues dans les vingtquatre heures, plus si la route n'est pas très-longue et la saison favorable, car alors les bœufs font plus d'une lieue à l'heure. Ainsi le trajet de Rosario à Cordova dure rarement plus de dix jours. Pour aller à Tucuman il faut un temps bien plus considérable, à cause de la médiocrité des pâturages le long de cette route, une fois que l'on est sorti de la province de Cordova. Dans les années pluvieuses, au contraire, les animaux souffrent beaucoup moins. Les voyages d'hiver sont généralement pénibles, non pas à cause du frqid, mais par suite des petites gelées du matin qui brûlent quelquefois les herbes et les rendent peu noiurissantes pour les bêtes de trait. Cela arrive surtout lorsque l'été et l'automne ont été très-secs. Il est presque impossible alors qu'on ne perde pas un certain nombre d'animaux, ce qui rend les voyages désastreux pour le tropero.

Attaques des Indiens. — Sur la route de Mendoza, les caravanes de charrettes avaient jadis à redouter les attaques des Indiens, qui tombaient sur ellps à l'improviste pour les piller. — De pareilles surprises ne sont guère possibles que la nuit, car au milieu des pampas il est assez facile d'éventer l'ennemi de fort loin et de se mettre sur ses gardes. Dans les endroits où l'on croit avoir à redouter quelque chose , aux haltes, on forme le cercle avec les charrettes, et si l'Indien se présente il est reçu par une fusillade qui part du milieu de cette forteresse

improvisée, et est obligé ordinairement de se retirer après une escarmouche infructueuse. Tous les hommes de la caravane ont soin d'être armés de fusils et de sabres , et quoiqu'ils ne soient pas très-bons tireurs, le feu de leur mousqueterie suffît pour en imposer à l'ennemi. — Ce n'est guère que des Indiens du Sud que l'on a à craindre de pareilles attaques : ceux du Nord sont trop loin pour se hasarder jusque dans le voisinage des routes fréquentées.

Charrettes légères. — La lourdeur des charrettes ordinaires, la lenteur de leurs voyages, ont déterminé quelques Argentins à organiser un service de chariots légers à quatre roues, traînés par des mules tirant au collier et relayées de poste en poste. C'est un véritable roulage accéléré qui l'emporte à tous égards sur l'ancien système et qui a commencé à fonctionner sur la route nouvelle de Rosario à Cordova. L'entrepreneur principal est cet Argentin actif et industrieux, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, D. Timoteo Gordillo, lequel, aidé de plusieurs actionnaires parmi lesquels figure pour une très-forte somme le général Urquiza, a installé le service , établi ses relais, enfin mis en activité cette entreprise qui rend aujourd'hui des services considérables au commerce. — C'est lui qui a ouvert la route directe de Rosario à Cordova en dedans du Rio-Tercero, établi un bac sur cette rivière, construit un pont sur l'Arroyo de las Tortugas , organisé les postes et bâti trois auberges fortifiées pour que les voyageurs y puissent passer la nuit avec sécurité. Une nouvelle messagerie passe également par cette route qui est un peu plus courte que l'ancienne ; on doit en établir une de Cordova à Rio-Cuarto pour se relier à celle de Mendoza. — Quant au nouveau système de roulage, M. Gordillo doit l'étendre à la route du Chili et à celle de Tucuman et de Salta.

Une autre compagnie a obtenu un privilège pour l'exploitation de la route de San-Juan à San-Luis par un système analogue qui fonctionne également à la satisfaction générale. — Il est à désirer que ce système s'étende à tous les autres points du territoire possédant des routes carrossables; ce sera une immense économie de temps, et, le service une fois bien organisé, les frais ne seront, en somme, pas plus considérables que par les charrettes à bœufs.

Prix du fret par les routes de terre. — Ce prix est extrêmement variable , car il dépend des saisons et du plus ou moins de besoins. Il était fort bas il y a dix ans : il est fort élevé aujourd'hui, et se paye

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