SYSTÈMES DE TRANSPORT. — CAHAVANES DE MULETS
pour trouver de temps h autre quelques volailles et de la viande. Dans les villes et les bourgs on rencontre toujours le nécessaire, mais au milieu de la pampa il faut se suffire à soi-même. — La couchée se fait dans les maisons de poste, qui sont assez souvent de simples cases avec un banc en terre tout autour, sur lequel chacun dispose son lit. Les personnes habituées aux voyages préfèrent généralement bivouaquer, ce qui, sous un aussi beau climat, n'a nul inconvénient.
§ IL — Traiisport des marchandises. — Roulage.
Les marchandises se transportent de trois manières : — à dos de mulet, — dans les lourdes charrettes du pays, — enfin par les nouvelles entreprises de roulage qui se sont formées et emploient des chariots légers traînés par des mules tirant au collier et non plus à la cincfia.
Caravanes de mulets [tropa de fnulas). — En parlant de la manière de passer la cordillère des Andes (tome I, page 215), nous avons indiqué l'organisation d'une caravane de mulets et comment on la gouvernait. — On se comporte de la même manière dans les plaines de l'intérieur, où l'on croit devoir employer ce mode de transport ; seulement le voyage est moins fatigant et les animaux ne manquent nulle part de fourrage. — Les meilleurs muletiers sont ceux des provinces deMendoza et de San-Juan. Ce sont même, aujourd'hui, presque uniquement ceux de cette dernière province qui viennent au Rosario apporter des raisins secs ; Mendoza préfère employer les charrettes. — Quant aux autres provinces de l'intérieur voisines des Andes, elles charrient et exportent tous leurs produits à dos de mulet. Ce mode de transport est rapide, car ces animaux font, en moyenne, une douzaine de lieues par jour, c'est-à-dire le double de ce que font les charrettes; et, en outre, une troupe de mules passe partout.
Les muletiers sont extrêmement habiles à manier leurs animaux, ils savent arrimer les charges de manière à ce que les objets les plus encombrants finissent par passer et réalisent de vrais miracles d'équilibre. Nous avons vu des cabriolets, des pianos démontés passer la cordillère de Mendoza et celle de Copiapo. — Le bât [aparejo) est construit en foin, et monté sur une carcasse en bois léger; il est frais et blesse bien rarement l'animal auquel il est destiné, enfin il
pèse de 12 à 15 kilogrammes, et nous savons que le mulet en porte de 140 à 160.
Le midet est employé ainsi aux transports dans toute l'Amérique du Sud. On n'a pas d'autre système de caravanes dans tout Tintérieur du Brésil, là où la voie fluviale est impraticable.
Le lama n'est employé que dans Idipuna de Jujuy et en Bolivie. (Voyez tome I, page 217.)
Charrettes à bœufs [carreta de bueyes). — La grande charrette à bœufs est le véhicule commercial de la pampa ; c'est le navire qui doit traverser le désert, charrier des bords du Parana au pied des Andes ou jusqu'au tropique les marchandises d'outre-mer, et rapporter des provinces de l'intérieur les produits qui servent aux échanges.
La structure de ces pesants chariots est curieuse : un immense timon faisant corps avec le cadre qui sert de fondement à cet édifice ambulant, de hautes roues de deux mètres au moins montées sur un essieu en bois , une cage en bambous ou en baguettes minces sur laquelle on tresse de la paille, enfin une toiture ronde également en paille et recouverte d'une toile goudronnée ou d'un cuir formant une sorte de hutte haute de deux mètres et demi , tels sont les éléments qui constituent la charrette argentine de l'intérieur. Ce qui achève de lui donner un aspect étrange, c'est l'énorme aiguillon, picana^ long de cinq à six mètres, le plus souvent orné à son extrémité d'un bouquet de plumes d'autruche, et qui se trouve passé dans une anse en fer ou en bois suspendue à une corde tombant du cintre de la charrette, de manière à permettre facilement sa manœuvre par le Conducteur qui en place l'extrémité sous son bras et peut à la fois piquer les bœufs de devant par l'extrémité de la picana, ceux du milieu par un fer pointu installé perpendiculairement au tiers antérieur du bambou. Les deux les plus rapprochés se dirigent à l'aide de là picanilla^ court aiguillon d'un mètre et demi que l'on tient dans l'autre main. A la paroi extérieure du fond de la charrette est accrochée une grande jarre allongée en terre cuite, une sorte d'amphore qui sert à conserver l'eau. — La charge de ces lourds véhicules est de 160 arrobes (1,800 kilogrammes environ). Les bœufe sont attelés par couple réuni par un joug au milieu duquel est attachée la longue corde de cuir écru qui part du timon de la charrette ; il y a entre chaque paire une large distance, afin que dans les mauvais pas les deux ou les quatre premiers animaux soient déjà sur le sol solide et puissent faire force