‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 261 sur 285 · CULTES DISSIDENTS · texte numérisé non relu

CULTES DISSIDENTS

Il existe deux chapelles protestantes à Buénos-Ayres, l'une pour les calvinistes , Tautre pour les anglicans. Un temple protestant a été également bâti à Montevideo; plusieurs maisons d'éducation destinées aux enfants de ces deux communions ont été fondées.

Mariages mixtes. — Beaucoup de protestants épousent des femmes du pays. Tous les enfants sont élevés dans la religion catholique. La plupart sont des Anglais et des Allemands.

On compte dans la Confédération argentine un petit nombre de juifs de toutes les nations. Ils n'ont point de culte public.

§ Vn. — Instruction publique.

Tout le monde sent le besoin de l'instruction dans la Plata, et toutes les mesures adoptées pour la donner au peuple sont accueillies avec une faveur marquée par l'opinion. L'Argentin est généralement très-intelligent et apprend vite. Ce qui lui a manqué jusqu'à présent ce sont les moyens de .s'instruire. On le comprend, si l'on réfléchit aux énormes distances qui séparent les groupes de population et h l'isolement dans lequel se trouvent forcément les gens de la

campagne, obligés de vivre dans les estancias pour y soigner le bétail.

Depuis Témancipation, cependant, Tinstruction publique a fait d*immenses progrès. Les assemblées législatives provinciales Tont encouragée avec le plus loUable empressement; les provinces dô Buenos- Ayrds et d*Entre-Rios se sont surtout ftiit remarquer sous ce rapport, la première depuis de longues années, la seconde depuis 1846, époque à laquelle le géuéM Urquiia a comtnencé à la gouverner. Le règlement adopté dans l'Entre-Rios, pour les écoles primaires, est un modèle de clarté et de bon sens (1).

Instruction primaire. — Dans tous les centres de popiilatioti du territoire argentin, il existe pour les deux sexes des éboles priniai-» res, où Ton enseigne la doctrine chrétienne, la morale et la civilité, la lecture, Técriture, les éléments de Tarithmétique commerciale, la grammaire espagnole et l'orthographe. — On y ajoute; pour les filles, l'enseignement de la couture et de divers travaux d'aiguille dans lesquels elles deviennent fort expertes. — Tous les parents, sans distinction de couleur, sont tenus d'envoyer leurs enfants dans ces écoles* La redevance mensuelle est d'une piastre ou d'une demipiastre. Les pauvres ne payent rien. Le maître d'école et son second sont rétribués sur les fonds provinciaux. Le logement est donné par l'Etat, qui fournit également le matériel de l'école.

Les écoles primaires se rencontrent non-seulement dans les villes, bourgs et villages, mais on en a créé dans des hameaux composés feulement d'un grouJ)es de maisons servant de point de ralliement aune certaine quantité de population disséminée dans les environs. Le& enfants vont à l'école à cheval, laissent leur monture entravée (màneada) dans h chumi^ Voisin, et la reprennent le soir poUr retourner chez eux. Dans les districts où le commissaire de police ëSt soigneux et \îgilant, on obtient assez d'exactitude de la part des écoliers.

Indépendamment de ces écoles primaires de l'État, il existe dans les villes beaucoup d'établissements particuliers où l'on donne Tinstruc tion à tous les degrés.

tnsiruction secondaire. — Les établissements d'instruction secon-

(1) Don Marcos Sastre : Reglaniento gênerai para las escudos de instruecion primarim para la provincia de Entre^Rios. — Goncepciou-del-tJruguay, 1852.

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daires n'existent que dans les villes principales. Les collèges les plus remarquables sont : celui de l'Uruguay, fondé en 1850 par le général Urquiza, quia fait constmirele magnifique bîltiment qui le renferme; le colléga national de Monserrate h Cordova ; ceux de Mendoza, de Tucuman et de Catamarca. — Nous avons déjà indiqué les séminaires ecclésiastiques de Buénos-AjTes et Cordova, et les écoles tenues dans divers couvents.

Les établissements secondaires sont consacrés h l'étude de la lan-* gue nationale (l'espagnole), et à celle des langues latine, française et anglaise, de la philosophie, de la rhétorique, de l'histoire, de la géo^ graphie, de la cosmographie, des mathématiques, des éléments de physique et de chimie. — Le collège dcTL-ruguay, où l'enseignement est le plus étendu, a un beau cabinet de physique. On joint à toutes ces études celles de la musique et du dessin ) et celles de la tenue des livres et de la législation commerciale pour les jeunes gens qui suivent la carrière du commerce. On voit que le cours d'études est complet, et que les élevés de ces collèges peuvent s'instruire, s'ils le veulent réellement.

Les jeunes gens de Tintérieur sont généralement laborieux et oiit de l'aptitude pour les sciences. Ceux du littoral ont plus de disposition pour les études littéraires ; ils sont plus brillants, moins positifs et se font remarquer par une imagination vive et une facilité d'élocution qui est d'ailleurs le partage de presque tous les Sud- Américains.

Le collège de l'Uruguay et celui de Monserrate ne renferment que des élèves internes qui y sont élevés aux frais du gouvertiement. Le premier comptait près de 400 élèves en 1858. De toute la Plata, c'est l'établissement où les études sont les plus avancées et les plus complètes. On y étudiait même le droit à cette époque. Les professeurs de ces divers collèges* sont en majorité étrangers et principalement français.

Instruction supérieure. — Elle se donne dans les deux universités que compte la République argentine, celle de Cordova et celle de Buénos-Ayres. Comme nous venons de le voir, le collège de l'Uruguay y contribue, pour sa part, par ses chaires de mathématiques, de physique et chimie, de philosophie et de droit. Les deux grands séminaires de ces deux villes ont des chaires de théologie et de droit canonique ; mais la collation des grades ne peut être faite que par l'Université,

L'Université de Cordova est la plus ancienne du bassin de la Plata. — Cette institution, fort célèbre sous la domination espagnole, doit sa fondation aux libéralités de deux dignes ecclésiastiques , Tévêque Trejo et le D^ Duarte de Quiroz.

En 1605, Fray Francisco Trejo, évêque du Tucuman, et dont le siège était alors à Santiago-del-Estero, établit, de ses propres deniers, dans cette ville, le collège dit de Loreto. Obligé d'aller habiter Cordova, après Fincendie de la cathédrale de Santiago, il y fonda de la môme manière le collège de Saint-François-Xavier, et, lors de son retour à sa ville épiscopale, le laissa entre les mains des Jésuites. Ceux-ci gouvernèrent rétablissement jusqu'en 1696, que le Jy. D. Ignacio Duarte de Quiroz consacra 30,000 piastres de sa fortune particulière à faire bâtir le collège de Monserrate, qui devint quelque temps après l'Université. Administré par les jésuites, cet établi^ement fut agrandi ; on y joignit une belle église et de vastes dépendances.

Tous ces bâtiments réunis appartiennent maintenant au gouvernement et sont occupés par l'Université ou collège de San- Carlos, destiné aux études supérieures, et par le collège de Monserrate, consacré à l'instruction secondaire. Ce vaste édifice, parfaitement approprié à la destination actuelle, aurait toutefois besoin d'une restauration complète ; car, quoique solidement bâti, quelques parties sont en très-mauvais état. Avec quelques dépenses on peut en faire une institution magnifique. Les maisons de campagne de Jésus-Maria et Caroya appartiennent également à l'Université, et pendant les vacances les élèves qui ne peuvent rejoindre leurs familles y passent une partie de l'été.

L'Université de Cordova a des chaires de jurisprudence, de théologie, de mathématiques, de droit canon, de philosophie et de grammaire. Elle décerne les titres de docteurs en droit et en théologie. — Le collège de Monserrate envoie les élèves à tous ces cours.

L'Université de Buénos-Ayres a été fondée sous l'administration de Rivadavia. Supprimée sous la dictature, elle a été rétablie après la chute du général Rosas. — On y enseigne les sciences physiques et mathématiques et lé droit. On y délivre, comme à Cordova, le titre de docteur en droit et en théologie. Les cours supérieurs sont suivis par un assez grand nombre d'élèves, soit libres, soit élevés dans les divers collèges de la ville.

Le cabinet de physique est infiniment supérieur à celui de Cordova, qui est des plus incomplets ; mais il y manque encore un certain

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nombre d'appareils de première nécessité. On ne s'y occupe point assez de chimie.

L'Ecole de médecine fait partie de l'Université. Elle a été organisée en 1854, et compte un assez grand nombre d'élèves. Le nombre d'années d'étude exigé est de six. Les élèves sont tenus de faire le service dans les hôpitaux, qui, comme nous l'avons déjà indiqué, sont aujourd'hui fort bien tenus.

Tous les professeurs de l'École de médecine sont argentins ou nationalisés tels ; les règlements de cette école rendent cette qualité obligatoire pour le professorat.

La connaissance du français est absolument nécessaire pour toutes les études supérieures, les livres classiques de sciences mis entre les mains des étudiants appartenant presque tous à des auteurs français.

Un certain nombre de jeunes gens sont envoyés en Europe pour y perfectionner leur éducation. Il vaudrait mieux en général les y envoyer plus jeunes, pour que leurs études premières fussent plus fortes et plus complètes.

Musées. — A ces établissements d'instruction publique , il faut joindre les musées et les bibliothèques qui sont encore à l'état rudimentaire en plusieurs endroits, mais que l'aide et la sympathie du gouvernement et de la population accroissent tous les jours.

Buénos-Ayres a un Musée d^ histoire natwelle situé dans les bâtiments d'un ancien couvent. Ce musée renferme une assez belle collection minéralogique, qui n'est point classée encore, et la plupart des quadrupèdes et oiseaux du pays. Il compte de plus des échantillons assez curieux d'armes indiennes venues de la Patagonie et du Chaco, et une série intéressante de médailles sud-américaines, frappées pendant la guerre de l'Indépendance.

Le Musée de Parana est de création récente. Il possède une collection de fossiles rassemblée de tout l'Entre-Rios, indépendamment de ceux qui ont été extraits des berges du fleuve, et un grand nombre d'échantillons minéralogiques provenant de tous les points du territoire argentin. Une partie ont été recueillis par nous pendant nos voyages.

Bibliothèques publiques. — Buénos-Ayres possède une bibliothèque publique assez fréquentée, dont le fonds a d'abord été formé de livres ramassés dans les divers couvents de la ville, et que Ton a augmentée par des dons et des achats successifs.

§98 OHGAMSATION ARGliNTING.

Parana, Corrientes et Mendoza commencent à se former des bibliothèques. — Celle de Cordova, créée du temps des jésuites, et trèsriche en livres de théologie et d'histoire, a ét^ dispersée lors de la suppression de cet ordre. Il ne reste plus qu'un nombre restreint de volumes, et encore sont-ils en médiocre état.

Sociétés savantes. — Il s'est formé dans ces derniers temps à Buénos-Ayres deux réunions savantes : — l'une, V Institut historique ^t géographique de la Plata ; — l'autre, la Société des amis de r histoire naturelle de la Plata. — Ces deux sociétés ont déjà commencé ht publier quelques Mémoires, Elles peuvent rendre de gi'ands services à l'histoire physique et politique du pays, si les membres qui 1^ composent suivent l'exemple qui leur e^t donné par tant 4o corps payants européens.

Expositions d^ agriculture et d'industrie. — Plusieurs fois déjà on a eu l'heureuse idée de stimuler l'émulation des agriculteurs et des industriels argentins par l'exposition des produits les plus remarquables du territoire. Lors de la réunion de San-Nicolas de Ips Arroyos en 18^â, op ayait mis sous les yeux du public divers tissus fort remarquables provenant des provinces de l'intérieur, et entre autres des soieries de Mendoza. En 1858, Buénos-Âyres a provoqué une exposition agricole, laquelle, quoique peu considérable, n'en t^ pas moins été d'un très-bon effet. Il est à désirer que l'on peinte à marcher dans cette voie. Quelque restreintes qu'elles soient dans le principe, des exhibitions pareilles ne peuvent qu'appeler l'attentiûii du littoral sur les produits de l'intérieur, et exciter le^ praductemrs des provinces à venir eux-mêmes s'instruire sur le littoral, y visiter les ateliers industriels qui s'y sont formés, et s'ipitier au^ grands travaux de l'industrie moderne. Les expositions agricoles feront comprendre les avantages que procure l'amélioration des espèces animales domestiques, les procédés pour y réussir ; elles feront connaître les nouveaux produits végétaux propres au sol argentin, eUes amèneront le perfectionnement des méthodes de culture ] on apprendra ainsi à combattre la routine, ce fléau des arts industriels et agricoles dans la Plata.

Tels sont les moyens d'instruction qui sont aujourd'hui à la disposition des Argentins pour les études scientifiques, littéraires et économiques. Ils sont assez bien choisis, assez bien oi^anisés, au point

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de vue de la théorie. Il reste cependant beaucoup à faire encore pour les compléter, et surtout pour en développer les applications pratiques. Presque tout est à créer sous ce rapport. — Nous avons déjà dit, m différentes parties de cet ouvrage (voyez tome 1, pages 5G4 et 56(i, et tome II, page 487), combien on délaissait les études, les travaux qui ont pour objet l'exploitation du soi ou Tapplication des arts mécaniques, et l'utilité de diriger vers eux l'esprit de la jeunesse, plutôt que de le limiter, comme on n'est que trop enclin à le faire, aux études litr téraires et au commerce. Nous avons parlé des avantages qu'aurait la création d'écoles d'agriculture, de fermes modèles, d'institutions d*arttf et métiers ; nous n'avons donc point à y revenir. Répétons seulement que dans cette instruction pratique se trouvent les éléments les plus sûrs, le plus promptement efiicaces pour le progrès d'un pays si jeune, si nouveau, et où il faudrait s'occuper d'abord du nécessaire avant dç songer au superflu.

Qu'on n'aille pas croire, pour cela, que nous ne voulions faire du peuple argentin, qu'une nation entièrement plongée dans leculttîdes intérêts matériels, et où l'agriculture, le commerce et l'industrie;, absorbant tous les esprits, ne laissent plus de place k de nobles travaux de l'intelligence, aux produits brillants dt; l'imaginatiou. Hien n'est plus loin de notre pensée, etce serait d'autant moiitô rationnel que le caractère national est éminemment porté a la poésie et aux œuvres où l'imagination a le plus de part : témoin le nombre remarquable de littérateurs et de poètes distingués que le pays a déjà prr>duits. Ce que nous voulons signaler, ce sont ces dispositions, trop souvent écoutées, à se contenter de l'attrait et (les élégances de la forme sans se préoccuper du fond, cette promptitude à accueillir avec une faveur marquée tout ce qui brille, plutôt que ott qui est solide et modeste, quoique moins éclatant.

Ainsi, alors que la littérature argentine peut déjà offrir des œuvres estimables daiu> la poésie, la nouvelle, la polémique niéine, elle est peu riche en travaux d'histoire. Cette branche des couuaissjinces humaines, si féconde en leçons pour le gouvernement des peuples, n a Xaèïùt pris que dans ces derniers temps la place qui lui était due dans rinstructiou secondaire et supérieure , et avait éUi négligée comme les sciences physiques et mathématiques, aujourd'hui mis^rs au rang qu'elles méritent dans renseignement national (1)

(1) Le Mtil Aifentin qui ait écrit une hifUiire <Ju pa)! eU le chaiioiiM' Fuoez de Cor* do^a, mort eu lft22.

Presse périodique. — Les journaux sont nombreux dans toute la Plata; chaque province a le sien. Comme aux États-Unis, la lectiu-e d'un journal est devenue un besoin pour la population. Ils foisonnent naturellement à Buénos-Ayres, où nombre déjeunes gens, frais émoulus des collèges, se hâtent de déposer dans ces recueils les produits de leur muse naissante et souvent les utopies de leurs rêves et les imprudences de leurs sympathies ou de leurs répugnances dans le champ de la politique, trop souvent abordé par eux. Beaucoup de ces journaux n'ont qu'une existence éphémère , d'autant plus que la presse est libre, non soumise au cautionnement, et que devient journaliste qui veut ; mais quelques-uns sont de véritables puissances politiques, et, comme d'usage, personnifient tel ou tel parti.

On compte des publicistes remarquables par la verve et l'élégance de leurs écrits, et, si le fond n'est pas toujours solide, la forme est le plus souvent agréable et réellement littéraire (1). Les études sur l'économie politique sont avancées; elles ont amené la publication de plusieurs excellents travaux.

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