GOUVERNEMENT. — ARMÉE
puisqu'ils ont toujours vécu au grand air, ont toujours dormi avec leur poncho pour tout abri, et se sont contentés pour leur nourriture de la chair du bœuf abattu dans le champ voisin.
Les officiers partagent la vie dure du simple soldat, et ne se traitent guère mieux que lui. Si leur instruction militaire est incomplète au point de vue européen, elle suffit le plus souvent pour le pays qu'ils habitent, là où la bravoure personnelle, la rapidité dans les mouvements, la fécondité dans les ressources, la connaissance parfaite du terrain, ont été souvent plus utiles que la science classique .d'un camp de manœuvres.
Lors de la guerre de l'indépendance il se forma des armées, peu nombreuses mais solides, sous les ordres d'officiers qui eux-mêmes avaient servi dans les troupes espagnoles, et apportaient sous leur nouveau drapeau les habitudes de la tactique et de la discipline européennes. Ces traditions se continuèrent au milieu des vieilles bandes argentines qui firent la guerre du Brésil de 1826 à 1828, et conquirent en bataille rangée l'indépendance orientale. Mais, à côté de ces forces régulières, sous des chefs indigènes [caudillos) nés tout d'un coup au milieu des hasards des révolutions, il se formait des groupes de partisans {montoneras) ^ qui rendirent de grands services à la cause nationale, et contribuèrent puissamment à son triomphe. Ces chefs et ces soldats irréguliers personnifiaient l'élément campagnard. Vêlement gaucho^ celui qui, depuis, joua un si grand rôle dans la guerre civile, et finit plus d'une fois par triompher de forces plus nombreuses et mieux disciplinées, que leur solidité et leur valeur ne purent préserver de la ruine au milieu de populations soulevées contre elles. C'est ainsi qu'Artigas, Rivera, Lopez, Quiroga, à la tôte d'une cavalerie légère, prompte à attaquer comme à fuir, ardente à revenir à la charge , infatigable à harceler l'ennemi, trouvant partout à vivre, grâce au bétail qui couvrait les plaines, se créèrent une célébrité dont le souvenir dure encore, et resteront comme types du guerrier de la Pampa.
Longtemps, dans les guerres civiles qui déchirèrent le pays, depuis la grande lutte de l'indépendance, des éléments de cette nature constituèrent la force première des armées belligérantes, et la cavalerie y joua le rôle principal. Une troupe de chevaux pour se remonter au besoin, quelquefois un troupeau de bœufs si l'on avait à traverser un endroit désert , quelques charrettes pour porter un mince bagage et les blessés, tels étaient les movens de ravitaillement dont on savait se contenter. L'escarmouche (guerrilla) était l'opération préférée de tout
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corps armé dans une opération quelconque, et le plus souvent ce furent ces combat? partiels qui entraînèrent à Timproviste des actions générales décidant du sort d'une campagne. Le choc était violent, mais de courte durée ; le vaincu se dispersait et allait se reformer plus loin. On ne perdait guère de monde que dans la poursuite, et la nuit mettait fin à la bataille. Les jours suivants, le chef battu s'efforçait de reformer son monde, et, s'il ne pouvait y réussir, s'internait dans une province ou un État voisin, pour reparaître plus tard dans la lice. Telle fut surtout la tactique du général oriental Rivera dans les guerres contre les Brésiliens ou les armées de Rosas, celle des chefs de partisans dans la Confédération argentine.
Ld dictature, qui, dans le principe, s'était appuyée sur l'élém^t gaucho^ sur la montonera^ pour conserver le pouvoir, ne tarda point à ' briser ces instruments de son élévation. Elle fit une armée compacte, multiplia l'infanterie et les canons, et ne laissa à la cavalerie qu'un rôle auxiliaire, et non pas principal. On revint donc aux errements de la tactique et de la discipline anciennes. Les événements ultérieurs ont consacré ce retour, et Ton se préoccupe avant tout, maintenant, d'avoir des soldats obéissants , exercés et rompus à la discipline ; certain qu'on est de retrouver au besoin, dans les cas d'une guerre étrangère, des milliers de ces partisans hardis dont le souvenir est encore présent.
Académie militaire. — Depuis quelques années on a créé, au collège de l'Uruguay, une sorte d'école militaire pour y former de jeunes officiers.. Cette institution n'est encore qu'à l'état d'essai. — Le camp de San-José, près de la ville de l'Uruguay, est le principal dépôt de l'armée argentine, celui où s'instruisent les recrues, où se forment l'artillerie et les corps spéciaux. Là, comme dans le reste du pays, tout est en progrès ; mais il reste encore beaucoup à faire, surtout pour l'organisation du matériel.
Marine, — La Confédération argentine n*a point, à vrai dire, de marine militaire. Les navires armés qu'elle entretient se bornent à quelques bâtiments marchands et à des vapeurs de commerce que l'on a transformés à l'improvisteen navires de guerre, et qui servent comme statioHuaires dans les différents ports. Les équipages sont en majeure partie composés de matelots étrangers, qui ont reçu une prime d'engagement, et touchent une solde mensuelle assez élevée. — On entretient un certain nombre de bateaux légers comme garde-