CO.>F. ARGENTINE. — T. II
plet sans doute, mais vivant, de l'ancien orchestre des missionnaires.
Sociétés philharmoniques, — Clubs. — Dans quelques villes il s'est établi des Sociétés philharmoniques composées d'amateurs qui donnent de temps en temps des concerts généralement suivis d'un bal. La Société de Buénos-Ayres a fait construire, à cet effet, un salon magnifique.
Les Clubs sont des Sociétés, soutenues par souscription,'qui font installer des salons où l'on trouve les journaux du pays et de l'étranger, où les hommes viennent passer les soirées, et où, tous les quinze jours ou tous les mois, la commission directrice organise tantôt un concert, tantôt un bal. Toutes les principales villes ont des réunions de ce genre, qui sont généralement très-recherchées ; elles sont d'autant plus agréables, surtout dans l'intérieur, que les distractions y sont plus rares, et qu'en l'absence du théâtre, elles sont une véritable bonne fortune pour les familles avides de se retrouver au milieu d'une société joyeuse et choisie. La danse est d'ailleurs le bonheur des jeunes Argentines, qui sont fort habiles dans cet exercice et y déploient une grâce remarquable.
§ VIIL — Armée et marine.
En cas de besoin tout Argentin est soldat, — car chaque citoyen est obligé de s'armer pour la défense de la patrie et de la Constitution (art. 21). — L'armée de ligne et la garde nationale renferment donc la totalité des citoyens valides. — Lors des événements de 1852, il y avait près de 40,000 Argentins sous les armes, et à la fin de i859, dans des circonstances analogues, leur nombre montait à 25,000 en tout des deux parts. Dans un cas de guerre étrangère, il ne serait pas difficile de réunir 50,000 hommes.
L'armée de ligne est peu nombreuse. En y joignant les troupes de Buénos-Ayres, elle peut atteindre le chiffre de 8,000 soldats eu temps ordinaire, ce qui n'est pas trop si l'on considère l'étendue considérable de frontières qu'il y a à garnir, non pas contre l'ennemi du dehors, la Confédération argentine est en paix avec tous ses voisins, mais contre les incursions des Indiens du Nord et du Sud.
L'armée se compose des trois armes ordinaires : infanterie, cavalerie et artillerie. On y joint à l'occasion des corps auxiliaires indiens, qui sont toujours à cheval.
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L'infanterie est divisée en bataillons désignés par leurs numéros, et en compagnies isolées destinées à la garnison des capitales de pro\dnce. Elle est aujourd'hui tout entière armée de fusils à percussion , mais elle n'a point encore reçu les armes modernes perfectionnées.
La cavalerie est l'arme essentiellement argentine, et on le comprend, puisque l'Argentin campagnard vit, pour ainsi dii*e,à cheval. Elle se pai'tage en réghnents de dragons et de grenadiers à cheval, et en escadrons isolés. Tous les cavaliers sont armés de la Lmce, devenue Tarme nationale, et portent eu outre le sabre et les pistolets ; les dragons ont la carabine, (juant au couteau, au lazo et aux boules, il n'y a pas de cavalier qui se mette en campagne sans être muni de ces armes précieuses, au maniement desquelles il est habitué dès l'enfance .
L'artillerie ne compte que quelques compagnies, les unes à pied, les autres montées ; les honunes portent le sabre et la carabine. — Les pièces sont de calibre variant de 4 à 12 ; quoique incomplètement organisée encore, cette armée a été améliorée dans ces derniers temps.
La conscription n'est pas établie. L'armée se recrute par des volontaires qui reçoivent des primes d'engagemeuit, et par les levées que les gouverneurs font dans leurs provinces et qui portent sur les jeunes gens non mariés, les piliers de pulperia, les vagabonds, les vrais gauchos enfin. Nombre de fois, le service militaire du simple soldat [soldado raso) est le châtiment d'un coup de couteau malheureux, d'un meurtre dans une querelle, d'un vol de bétail. Les hommes de couleur aujourd'hui, comme sous la domination espagnole, sont recrutés de préférence et font d'excellents soldats. (Voyez page 242.)
Les milices sont formées par la garde nationale mobile, appelée au service des armes en cas de besoin. Ce sont elles qui, dans les guerres civiles, ont été presque toujours mises en réquisition.
La garde nationale ne fait du service que dans les grandes occasions. Elle est organisée partout, et dépend, ainsi que les milices, des gouvernements provinciaux qui ont le droit d'en nommer les officiers.
L'armée de ligne est exclusivement sous les ordres du gouvernement national.
État-major. — Les grades sont ceux des armées européennes avec des désignations tirées de l'ancien système espagnol. — Le titre le plus élevé est celui de brigadier général, correspondant à celui de général de division ; puis vient celui de colonel-major [coronel mayor) ou général de brigade. — Les officiers supérieurs, les colonels, lieute-
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nants-colonels, sergents- majors ou commandants, sont tous divisés en deux catégories : première et seconde classe [graduado). — Les officiers subalternes sont les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants. Les sous-officiers se divisent en sergents [sargentos) et caporaux {cabos). — Les brevets d'officier sont délivrés par le Président de la République; il faut l'assentiment du Sénat pour celui de général. Le cadre de l'état-major est énorme. Ce chiffre exorbitant des officiers de Tannée est la conséquence des guerres civiles qui ont multiplié outre mesure les grades de toute espèce, reconnus successivement par les gouvernements qui se sont succédé sur divers points du territoire, et que, dans un but de conciliation et d'unité, le Gouvernement national a voulu fondre en un corps homogène placé directement sous ses ordres. — Le plus grand nombre de ces officiers sont en disponibilité et ne touchent que le tiers de la solde du grade. Malgré cela, le budget de la guerre est le plus pesant de tous ; il . absorbe à lui seul presque la moitié des revenus nationaux.
Le pays est partagé en cinq grandes divisions militaires : — celles du Nord, de l'Ouest, du Centre, du Sud et de l'Est, — ayant chacune à leur tête un brigadier général, char'gé de la défense de sa circonscription et de la garde des frontières. Dans les fortins qui garnissent celles-ci, sont détachées aujourd'hui la majeure partie des troupes de ligne (voyez, page 207, Frontière des Indiens). Le noyau principal de l'armée est dans TEntre-Rios au camp d'instruction de San-José, sous la direction du capitaine général Urquiza, qui commande en chef les forces de la République.
Soldat argentin, — Le soldat argentin est docile , infatigable, insensible aux intempéries et aux privations. C'est l'homme du désert, habitué à la vie frugale et aventureuse, et que la campagne la plus rude ne fera pas reculer. Quant à son courage, les cinquante années de guerre qui ont si profondément labouré la République, ces batailles sans fin et sans trêve, ne répondent que trop de son énergie et de son indomptable ténacité. Avec une bonne éducation militaire, il sera l'un des meilleurs soldats du monde, car il a ce qui fait les braves, la patience, le sang-froid, la force physique et le goût des aventures.
Une chose nous a toujours étonné dans les armées argentines, c'est le petit nombre de leurs malades, phénomène qui ne s'explique que par la sobriété extrême des hommes et la continuité du même genre de vie, qu'ils soient aux travaux de la guerre ou à ceux de l'estancia. Le bivouac des camps ne change rien à leurs habitudes,