ANIMAUX SAUVAGES. — REPTILES. — OPHIDIENS
ne se montent qu'à deux. On voit que le péril n'est pas grand de ce côté, bien qu'il y ait quelques précautions à prendre quand on marche dans un terrain humide ou couvert de hautes herf)es. Les serpents cherchent toujours à fuir : il s'agit donc seulement de battre le terrain devant soi avec une baguette lorsqu'on marche à pied dans les endroits où l'on soupçonne la présence de ces reptiles, et surtout si l'on apprend qu'ils en sont infestés, comme certaines localités but la réputation de l'être.
CouLEirvRES. — Aussi nombreuses que les vipères. La plus remarquable de toutes est le Serpent corail [Elaphomorphus lemniscaim)^ Coral dans le pays, qui passe à tort pour être venimeux. C'est une coideuvre longue de soixante à quatre-vingt-dix centimètres, lente dans ses mouvements, mais dont la peau est réellement magnifique. Cette peau se compose d'anneaux alternativement blancs, rouges et bruns d'un grand éclat ; les écailles, très-petites, comme celles de notre couleuvTe à collier, figurent des losanges réguliers. C'est un des plus jolis serpents que l'on puisse voir. — Une autre petite couleuvTe verte , nommée Boy-hoby^ très-agile , se rencontre dans les prairies; elle nage parfaitement, et, lorsqu'elle est poursuivie, sait très-bien traverser un ruisseau.
Boas. — A partir du 29' degré se trouvent les Boas [Boa constric" ior, diviniloquiis ^ eques^ murina^ etc., Linn.), qui sont assez midtipliés dans la province de Corrientes; ils vivent dans les endroits humides, dans les esteros , où ils trouvent abondamment des grenouilles, des canards et des aperças, dont ils font leur proie. Leur taille atteint jusqu'à quatre mètres. On en cite qui vont jusqu'à six, eu remontant vers le Nord ; mais ils sont fort rares, et les plus communs ne dépassent pas trois mètres en longueur; leur diamètre atteint de quinze à vingt centimètres à sa partie moyenne. — Les Indiens nomment les Boas Curhju. Dans le pays, on les désigne généralement sous le nom à' Ampalagua^ quoique cette désignation s q>plique plutôt à l'espèce qui se trouve principalement dans le vois'mage des rivières [Boa murina) . — Ces animaux nagent très-bien et traversent facilement les bras du Parana, du Paraguay et de l'Uruguay. D parait qu'à l'époque de la conquête, les Indiens Carios (Guaranis) les adoraient, puisque Ulric Schmidel raconte qu'on en trouva un de vingt-cinq pieds de long daps une espèce de temple où on le nourrissait de gibier, et, dans les grandes occasions, quel-
quefois de la chair de prisonniers égorgés pour leurs festins de cannibales. Probablement ceci a été exagéré par ce soldat un peu crédule ; car on sait que les Guaranis n'ont jamais été anthropophages comme les Tupis, leurs ennemis mortels.
Les Boas se trouvent dans le Chaco, dans les provinces de Santiago del Estero, Rioja, Catamarca, etc. Les Indiens du Chaco mangent leur chair, qu'ils disent être excellente. Ce sont des animaux dont l'aspect est eiFrayant, comme celui de presque tous les serpents, mais tout à fait inoifensifs, et qui pourraient même rendre des services dans une propriété en faisant une chasse active aux rats, aux aperças, aux crapauds, aux grenouilles et à une foule de petits animaux qui pullulent près des champs cultivés.
De tous les serpents, si nombreux dans les régions de la Plata, le Boa est le seul qui, par sa taille, échappe aux attaques des nombreux échassiers et de la multitude d'oiseaux de proie [Gavilanes) qui leur font une guerre implacable, et en détruisent une immense quantité.
Tous les serpents, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, sont connus au Paraguay et à Corrientes sous le nom guarani générique de Boy^ nom quj se trouve si souvent répété dans toutes ces régions pour désigner un ruisseau, un marais, enfin telle ou telle localité. — 11 est assez singulier que ce nom se rapproche autant du mot boa, sous lequel les Latins désignaient anciennement ces grands ophidiens.