INSECTES. — DIPTÈRES. — TAONS. — MOUSTIQUES
véritable fléau pour certaines parties du pays. Lorsque le vent vient du côté des Saladeros (abattoirs) des environs, les villes du littoral sont infestées de Mouches; autrement, Ton n'en est pas plus incommodé qu'en Europe. Ce sont d'ailleurs les mêmes espèces que dans l'ancien continent. Dans les campagnes, ces mouches ont le grand inconvénient de déposer leurs œufs sur toutes les plaies que peuvent avoir les animaux, et les vers qui sortent de ces œufs, en été, amènent quelquefois la mort du jeune sujet, dont ils attaquent le cordon ombilical. On conçoit que, dans les estancias qui comptent plusieurs milliers de têtes de bétail, on ne puisse surveiller tous les bestiaux pour les débarrasser de ces vers ou de leurs œufs, en saupoudrant les plaies d'un peu de chaux vive, ou mieux de calomel; mais ce moyen est pratiqué pour les bœufs de travail et les autres animaux domestiques qu'où a sous la mam, et il est infaillible.
Azara affirme qu'il n'y a pas de chiens sauvages [Perros cimarrtmes) au Paraguay, parce qu'ils meurent tous de la suit? des plaies qu'ils se font en se battant entre eux pour les chiennes en chaleur, plaies qui s'emplissent de vers qu'y déposent de petit^»s mouches; cependant Coirientes a tout autant de mouches que le Paraguay, et les Ciniarrones n'y manquent pas, loi'sque des portions de la province deviennent désertes.
Les QisTREs [Tabamts cœcii tiens, Linn.) et les Taons [Tabanus bovinus^ Linn.) persécutent aussi le bétail; ceux-ci se sont principalement multipliés près des rivières, où ils incommodent beaucoup les baigneurs. Il sort immédiatement une goutte de sang de leur piqûre; mais la douleur passe tout de suite, car ils ne sont pas venimeux comme les moustiques. Il y a toutefois au Paraguay, près des rives du haut Parana, une très-petite mouche jaune, assez inoffensive eu apparence, nommée Hutu, qui pique sans qu'on s'en aperçoive, et qui donne lieu à une petite pustule, siège de vives démangeaisons pendant une huitaine de jours. Cette mouche, fort répandue dans les bois, y incommode extrêmement les travailleurs. D'autres diptères d'espèces voisines piquent les chevaux autour des yeux et y produisent de l*eiiflure qui les rend aveugles pour quelques jours. Ces divers insectes ont beaucoup contrarié les travaux de In longue picada^ ou chemin à travers les bois, que le gouvernement paniguayen a fait ouvTir en 1853, de la mission de Jésus à la colonie indienne de JhTa-Puvtain, sur la rive droite du Parana.
A Tordre des diptères appartiennent encore les nombreuses espèces de Moustiques, désespoir des voyageurs qui remontent les rivières. On les connaît ici sous le nom générique de Mosquitos; mais on les divise en Zancudos^ Quejenes^ etc., correspondant aux genres Conops, Tipule, Cousin, etc. — Le Moustique ordinaire est tout à fait le Cousin d'Europe [Culex pipiens^ Linn.). — Le Zaticudo^ le Maringouin des Antilles [Megarhina mosquita^ Rabineau), est plus allongé, de couleur foncée, et produit par sa piqûre un petit bouton noir qui ne s'efface qu'au bout de quelques jours. Il abonde surtout dans le Rio-Paraguay; c'est le pire de tous. — Le Quejen est très-petit, blanc zébré de noir, vole sans bruit et principalement de jour, pique sans qu'on s'en aperçoive, mais laisse après une démangeaison insupportable. — Ces insectes sont fort avides de sang, et poursuivent également les hommes et les animaux, qu'ils percent de leur suçoir disposé en aiguillon très-aigu et renfermé dans une gaine membraneuse. Par ce suçoir,, ils versent une salive plus ou moins irritante qui cause la vive cuisSon que tout le monde connaît; heureusement que la sensation se dissipe au bout d'une demi-heure, surtout si on ne gratte pas la partie piquée.
Les Moustiques déposent leurs œufs dans l'eau, où leur larve attend son développement jusqu'à l'état d'insecte parfait; aussi sont-ils plus nombreux au bord des rivières et ruisseaux, dans les lieux marécageux, dans les bois, et enfin dans tous les endroits humides et abrités. Quelquefois ils sont plus communs dans une localité que dans une autre, sans qu'on puisse bien en donner la raison. Les rivières à eaux un peu troubles en ont beaucoup plus que celles dont les eaux sont claires : ainsi les fleuves Paraguay et Parana en sont plus infestés que l'Uruguay. Cependant Montevideo, qui est dans un endroit très-ventilé, très-découvert, a plus de moustiques que Buénos-Ayres. Gualeguaychu, entouré de terrains bas souvent inondés, n'en a presque pas. Dans les provinces de l'intérieur il y en a peu, malgré l'eau que l'irrigation verse dans les cultures ; dans les hautes vallées et sur les plateaux des Andes, toute espèce d'insectes d isparaissent.
Le meilleur remède contre la piqûre des moustiques est de laver la piqûre avec un peu d'eau vinaigrée ou d'ammoniaque étendu; mais comment le faire, alors qu'en un instant on en est enveloppé et piqué en vingt endroits, même à travers les vêtements ? C'est le soir, au coucher du soleil, que ces exécrables insectes envahissent tout d'un coup l'atmosphère sur le Parana et l'Uruguay. Ils restent unr*
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demi-heure à poursuivre les gens avec une opiniâtreté et une fureur inouïes; puis ils disparaissent en grande partie et retournent à terre. Il faut avoir passé des jour3 et des nuits sur une barque amarrée à un arbre de la rive, attendant impatiemment un bon vent qui aide à remonter le fleuve, pour se rendre compte du supplice que ces diptères font endurer aux voyageurs. La nuit, on s'en préserve avec des moustiquaires, ou bien Ton fait de la fumée, en bnilant de Tétoupe et du linge dans les cabines ; mais ce dernier remède vaut presque le mal.
Les moustiques ne sont jamais plus terribles que par un petit vent du nord, un temps humide et orageux. Ds disparaissent au c(întraire absolument avec les vents du sud ou du sud-ouest ; ils se réfugient alors dans les bois. Ils fuient également le grand soleil. On en a fort peu en hiver sur le littoral et même dans le nord ; mais ils y reparaissent au mois d'octobre pour se perpétuer jusqu'en juin. Les lieux un peu élevés n'en ont point ; quant à la plaine et à la pampa, elles en sont tout aussi souvent infestées que le bord des rivières dès que le terrain est un peu humide. La présence de ces insectes, réellement exaspérants, comme celle des autres parasites, Leptes, Ricins, Ixodes, etc., est le plus grand inconvénient des régions tropicales et subtropicales ; elle empoisonne les charmes de leur magnifique climat et de leur végétation splendide.