‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 39 sur 285 · CLASSE DES ARACHNIDES OU OCTOPODES · texte numérisé non relu

CLASSE DES ARACHNIDES OU OCTOPODES

Les Scorpions, les Araignées et les Mites forment les trois principaux genres dans lesquels se divise cette classe d'insexîtes. Tous ont ici des représentants.

On trouve partout le Scorpion [Scorpio vulgaris^ Linn.) dans le bassin de la Plata. Comme il se tient généralement sous les pierres et dans les endroits déserts, il fait peu de mal, et personnellement nous ne connaissons aucun accident auquel il aurait donné lieu. Tous ceux que nous avons vus étaient de taille moyenne : quatre centimètres au plus en longueur. Ce sont des insectes lents qui recherchent l'obscurité. On les désigne ici sous les noms de Escorpion et diAlaci^an^ ce dernier nom s' appliquant qi\elquefois à la. scolopendre. On dit bien qu'ils sont venimeux; mais on ne s'en préoccupe guère, car ils fuient le grand jour.

Araignées. — Les espèces en sont extrêmement nombreuses et de toute taille. La plus grande est la Mygale {^yqale^ Linn.), dont le corps atteint jusqu'à 4 et S centimètres de longueur, et qui creuse son nid dans la terre avec un art remarquable. C'est l'espèce dite Maçonne [Mygale cœmentaria^ LatreiUe). On la voit sortir de son réduit par les temps chauds et orageux à la poursuite d'autres insectes. On la regarde ici comme venimeuse ; mais cette croyance est probablement due à l'aspect. hideux de cet animal, tandis que de petites espèces, qui inspirent beaucoup moins d'effroi, le sont eu réalité. La mygale aviculaire [Mygale avicularia, Latr.) se rencontre au Paraguay et dans les forêts d'Oran.

L'Araignée ordinaire [Aranea vidgaris, Linn.) existe partout dans les maisons, avec les mêmes mœurs, les mêmes habitudes qu'en Europe. — Les environs de la ville de Santa-Fé en nourrissent une espèce particulière qui vit par familles et file une soie trèsétendué, d une extrême finesse^ et que l'on a pu tisser. Cette araignée, qui est noire, de la grosseur d'un pois, et vit d'insectes ailés, mouches, fourmis, etc., tend ses toiles sur les haies, aux branches inférieures des arbres. Pour la reproduction, elles paraissent s'enfermer dans une sorte de cocon allongé en forme de tuyau et formé de la même soie. A l'automne elles disparaissent. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette espèce ne se trouve qu'à Santa-Fé et aux environs. Une variété très-voisine existe à Parana , de l'autre côté du

INSECTES. — ARAIGNÉES. — ACARIDES. «3

fleuve, et construit aussi des toiles d'une grande étendue, mais ne file point les mêmes cocons que celle de Sarita-Fé. Cette dernière mérite réellement une étude spéciale. — Un Français, en 18o4, avait sollicité et obtenu un privilège pour l'exploitation exclusive de cette soie d'araignée; mais il n'a pas donné suite à cette tentative.

L'araignée réellement venimeuse de la Plata est rare ; cependant on la trouve dans la Bande-Orientale, dans TEntre-Rios, à Tucuman , etc. C'est, dit-on, car nous ne l'avons jamais vue, une araignée fort petite, noire, qui se cache dans les chaussures dont on ne s'est pas servi depuis quelque temps, ou dans des endroits secs, mais obscurs. Les accidents produits par sa piqûre sont des lipothymies, des convulsions, enfin une grande partie des symptômes qui suivent la morsure de la vipère, moins le gonflement local. On ne voit à l'endroit blessé qu'une tache bleuâtre entourée d'une auréole rouge; des douleurs très-vives, lancinantes, partent de ce point et s'irradient dans toutes les parties environnantes. Cet ensemble de symptômes inquiétants de prime abord se dissipe assez promptement, surtout sous l'influence des stimulants diffusibles, tels que l'éther et l'ammoniaque, des embrocations huileuses et calmantes sur la plaie. C'est du moins ce que nous avons \u dans deux cas parfaitement authentiques.

Quant à une grosse araignée analogue à la Tarentule [Lycosa Tareniula, Latr.), et venimeuse comme elle, tout le monde affirme qu'elle existe ici : mais nous avouons également ne l'avoir jamais vue ; nous n'avons même pas entendu parler de ses piqûres.

Mites ou Acarides. — Deux genres appartenant à cet ordre sont malheureusement trop connus dans la région de la Plata ' nous voulons parler du Leptus [Bicho Colorado) etl'Ixode [GarrapatcL). — Ces animaiiT ont les mandibules en forme de lancette composant avec la lèvre im suçoir très-puissant : aussi adhèrent- ils intimement aux corps animés auxquels ils s'attachent ; ils sont éminemment pa-

Le RocGET [Leptus aàtumnalis, Linn. ; — ici BicAo Colorado , infiede rouge) est une petite mite rousse, à peine perceptible à la vue, qui, dans le midi de la France, en automne, se répand sur les gnamnées. On le trouve même au mois d'août dans les environs de Paria, où il est connu sous le nom àHAoutin^ mais ne dure que

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très-peu de temps. Ici il se montre dès la fin de septembre, et dure jusqu'en mars, c'est-à-dire six mois. L'Entre-Rios est la région de la Plata où il y en a le plus ; à partir du 29* degré, endroit où commence la Nigua [Pulex penetrans)^ on n'en voit plus guère. Il en est, du reste, de cet insecte comme de beaucoup d'autres : il est difficile de s'expliquer pourquoi il y en a dans tel endroit et pourquoi l'endroit voisin n'en a pas. Ainsi, tandis qu'il infeste la ville de Parana et les environs, il ne se montre pas ou du moins presque pas à Santa-Fé, située de l'autre côté du fleuve. Les Leptes infestent non-seulement les plantes graminées, mais encore les arbres et surtout les mauvaises herbes des rues et des champs. Us n'entrent point dans les maisons, à moins qu'elles ne soient mal tenues. Us causent de vives démangeaisons aux jambes ; on remarque pourtant que les individus qui vont nu-pieds ou sans bas en sont moins tourmentés que les autres ; les femmes et les enfants, dont la peau est plus fine, souffrent également plus que les hommes. — On se fait difficilement une idée de l'irritation locale que causent ces insectes, qui s'insinuent sous la peau et donnent lieu à un petit bouton rouge au milieu duquel le lepte est cramponné. On s'en débarrasse en se frottant avec de l'alcool très-fort, du vinaigre, de l'eau sédative; mais, quelques heures après, si on marche dans le voisinage des herbes, on en a tout autant. L'incommodité causée par ces mites n'est pas la même pour tous : les gens du peuple, habitués au grand air, à marcher pieds nus, s'en aperçoivent à peine; mais les personnes à vie sédentaire, peu habituées à la marche, en souffrent horriblement. Il n'y a point ou du moins très-peu de Bichos colorados dans l'intérieur.

IxoDE [Acarus-Ixodes y Latr. ; Ixodes americanus, Géer; dans l'Amérique espagnole, Garrapata; au Brésil, Carrapato), — C'est un insecte de couleur verdâtre, strié de noir, très-répandu dans les bois, dans les herbes, qui a deux millimètres de long, six pattes, deux crochets près de ses mandibules allongées. Cet acare s'attache à la peau des animaux, bœufs, chevaux, chiens, engage son suçoir dans leur peau et l'y remplit de sang comme une sangsue. Il s'y gonfle ainsi, formant une vésicule qui atteint jusqu'à trois centimètres de diamètre, et ce n'est que lorsqu'il a accompli tout son développement qu'il tombe de lui-même, laissant dans l'ouverture qu'il a faite des œufs qui ne tardent pas à se reproduire. Impossible de l'arracher sans qu'il reste une plaie très-doulou-.

INSECTES. — ACARIDES. — IXODE. CS

reuse ; d'ailleurs Tanimal blessé par Tixode ne se prête pas ù Topération : les chiens, même les plus doux, s'irritent lorsqu'on yeut le leur extraire, tant l'endroit où est implanté ce parasite est sensible. Quelques animaux finissent à la longue par en être couverts et meurent épuisés par le sang qu'ils perdent et par la douleur. Nous avons vu au Paraguay quelques veaux dont le cou et le dos étaient entièrement tapissés de cette vermine.

L'ixode se voit quelquefois dans le midi de l'Europe, où il est connu sous le nom de Tique, de Ricin; mais il est bien loin d'y être aussi fréquent et aussi redoutable que dans les contrées de l'Amérique du Sud qui s'étendent de l'équateur au 30' degré. De temps à autre l'ixode est si répandu que c'est une véritable épidémie. En 1829, toutes les fermes de l'intérieur du Brésil, les plantations de canne à sucre , virent leur bétail attaqué de l'ixode à tel point qu'un tiers des animaux succomba et que les survivants restèrent dans un état déplorable. Au Paraguay, quelques années après, sous k docteur Francia, la même épidémie fit d'épouvantables ravages, et le dictateur donna ordre d'abattre et d'enterrer tous les animaux atteints, mesure qui amena une énorme destruction de bétail. La maladie s'est beaucoup réduite depuis lors, mais il y a encore un certain nombre de bestiaux attaqués. Cette épidémie ne se répand, ni dans la Mésopotamie argentine, ni dans la province de Hio- Grande, ni dans la Bande-Orientale, quoique la garrapata y existe partout ; il parait que la chaleur n'est pas assez continue dans ces régions pour favoriser son développement, et que, l'hiver, les animaux attaqués guérissent d'eux-mêmes. On ne la connaît pas non plus dans le sud. *

Lorsque les animaux commencent à être attaqués de l'ixode, il est lacile de les eu délivrer à Taide de l'étrille, ou par des lotions avec le sublimé, l'application d'une pommade mercurielle de graisses dans lesquelles entrent de la staphisaigre, de la noix vomique, du delphinium, du tabac en poudre, etc., etc. Mais l'emploi de ces moyens, suffisant pour quelques animaux domestiques qu'on a sous la main, est presque impraticable à l'égard de centaines de têtes de bétail. Joignez à cela que les lotions et pommades deviennent elleïymêmes vénéneuses, si l'on est obligé de les employer eu ti»op grande quantité. L'essentiel est d'isoler de suite les animaux attaqués et de les mettre au traitement ; on peut quelquefois ainsi arniter la contagion ; mais cela doit se faire promptement, car, eu piiU de jours, une foule de chevaux et de bœufs sont atteints.

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Dans les bois, rhomme lui-même est attaqué par la garra-pata; Tinsecte, qui est alors extrêmement petit, cause une iorrible démangeaison. On peut le détruire assez facilement, soit en l'enlevant avec une épingle, soit par des frictions avec l'alcool, comme on fait pour le Bicho-colorado. On raconte que, chez le roi Jean YI, au Brésil, la morsure d'une ixode détermina une plaie à la jambe qui dura six aimées. Heureusement, ces accidents sont tout à fait inconpus dans la Confédération. Lors même qu'on est obligé de pénétrer dans les bois qui en sont infestés, on sait parfaitement s'en débarrasser, avant que ces parasites aient pu déterminer des lésions sérieuses.

Nous terminons ici cette revue des animaux sylvestres les plus remarquables et les plus répandus dans les régions argentines. Nous n'avons point prétendu faire une histoire du règne animal dans cett^ immense contrée : il faudrait pour cela un ouvrage spécial et des recherches beaucoup plus étendues que celles que nous avons pu faire ; un seul homme d'ailleurs ne suffirait pas à cette (j^uvre. Nous avons voulu seulement donner une idée sommaire et surtout pratique des principales espèces animales,^ soit utiles, soit nuisibles à l'homme dans ces climats, afin que l'immigrant pût savoir d'avance ce qu'il a à espérer ou à craindre de ces espèces. Pour avoir des détails complets au point de vue de l'histoire naturelle, nous renvoyons, comme nous l'avons déjà fait en commençant, aux ouvrages d'Azara et de d'Orbigny, les deux naturalistes qui se sont occupés le plus sérieu* sèment de l'histoire du règne animal dans ces contrées^

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