CHAPITRE IL
Animanx domettlqaefl.
§1. — Mammifères^
Atatit la conquête, les Indiens, habitants du bassin de la Plata» n'avaient aucun animal domestique ^ Le lama seul était employé par les Quichuas et Aymaras des Andes; Les conquérants importèrent d'abord le cheval, leur principal instrument de gueiTe, qu'ils n'ou*
ANIMAUX DOMESTIQUES. -. B(EUF. 67
bliaient jamais dans leurs -voyages de découvertes et de conquêtes. Ce ne fut qu'en 1 553 que les premières vaches et un taureau furent introduits par la voie du Brésil, c'est-à-dire par le chemin qu'avait frayé, pour la première fois, Alvar Nufiez Cabeza de Vaca, brsque, pour gagner le Paraguay, il partit de File de Sainte-Catherine et marcha directement de l'est à l'ouest vers le Rio-Parana. Un des conquérants, Melgarejo, abandonnant la petite colonie de San- Vicente que les Portugais disputaient aux Espagnols, pour aller, par le même chemin , rejoindre Irala qui gouvernait alors le Paraguay, une partie des colons l'accompagnèrent avec leur bétail ; parmi eux étaient les deux frères Goës , qui parvinrent à amenei' jusqu'à l'Assomption huit vaches et un taureau. L'intelligent Irala accueillit ces intrépides voyageurs avec enthousiasme, et le Portugais Gaete, qui avait soigné ces animaux pendant la route, en fut récompensé par le don d'une vache, présent considéré alors comme étant d'une si grande valeur qu'il passa en proverbe de dire : Aussi cher qu'une vache de Gaete. C'est de ces neuf animaux que sont sortis les millions de bœufs et de vaches qui peuplent aujourd'hui les champs argentins. — Déjà, trois ans auparavant, en 1550, Nuflo Chaves, revenant de Lima, où Irala l'avait envoyé complimenter le licencié Lagasca, qui y remplissait alors provisoirement les foncliona de vice-roi, avait ramené les premières chèvres et brebis qui parurent dans le pays.
TeUe fut l'origine des troupeaux qui font, à l'époque actuelle, la principale richesse de ces contrées.
BOBUP.
Le troupeau de Gaete multiplia rapidement. Ces animiiux, qui ve-» naient du midi de ^Espagne, étaient d'une belle taille. En devenant indigènes, ils ne perdirent aucune de leurs qualités natives, et restèrent ce qu'ils sont encore aujourd'hui, quoique jamais, depuis, m n'ait cherché à en modifier la race^ 8ur un espace qui s'étend du sa* au 42' degré sud, nous n'avons pas remarqué que la latitude, ni par conséquent la température, ait exercé sur eux la moindre influence; ils sont tout aussi robustes dans les plaines d'Oran, sur les bords du Vermejo, sous le tropique, que dans le sud de Buénos-Ayres. Leur taille dépend uniquement de la qualité des pâturages; elle est moindre dans les champs secs et arides, conune ceux que l'on rencontre dans certaines parties de
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Catamarca et de Santiago del Estero ; elle est plus élevée dans les grasses prairies de la Bande-OriiMitale.
Dès le commencement du dix-septième siècle, les bestiaux s'étaient répandus dans les Pampas. Les Indiens, qui habitaient alors ces plaines, continuaient à chasser le Cerf, l'Autruche, le Tatou, le Guanaque, la Yiscache, etc. Us ne s'occupaient pas encore de ce bétail nouveau qui venait à eux et couvrait déjà la plaine de ses troupes immenses. Cependant l'exemple des Espagnols les porta à se servir du cheval, et ils devinrent bientôt de hardis cavaliers ; ils se mirent ensuite à se nourrir de la chair de ces chevaux, soit rendus domestiques, soit sauvages, mais négligèrent le bœuf. Ce n'est que dans ces derniers temps que les Péhuenches du revers oriental des Andes ont commencé à s'alimenter de la chair de cet animal ; encore lui préfèrent-ils la jument.
Il ne reste plus guère aujourd'hui de bœufs sauvages ou alzados^ et ceux qui le sont encore ne le sont qu'accidentellement. Tout le bétail est réduit, imparfaitement sans doute, mais enfin habitué à k présence de l'homme et à se laisser diriger par lui.
Il y a un siècle, époque à laquelle on expédiait déjà de la Plata près d'un million de cuirs secs annuellement, une foule de fermes à bétail ne comptaient qu'une partie de leurs animaux réduits (aw^nsados) ; le reste était alzado. On ne chassait ces derniers que pour le cuir. Des hommes à cheval, tenant à la main une lance terminée par un croissant horizontal très-tranchant, les poursuivaient au galop, leur tranchaient le jarret avec une extrême adresse, et, quand ils en avaient abattu un certain nombre, ils revenaient les achever en leur coupant la moelle épinière, au-dessous de la nuque^d'un coup de couteau perpendiculaire. La tuerie [matanza) achevée, on leur enlevait le cuir, que l'on étendait sur le sol à l'aide de piquets. Les cadavres étaient abandonnés sur la place aux chiens, aux porcs et aux oiseaux de proie. Ce système d'abattage est encore pratiqué quelquefois sur des animaux maigres, mais non sauvages ; dans ce cas, on amène les troupes aux environs d'un saladet^o et l'on procède à la tuerie d'une manière expéditive. Les cadavres desséchés servent à chauffer les chaudières à graisse ; les os sortis du foyer sont mis en tas, et plus tard expédiés pour engrais.
Les millions de vaches, bœufs et taureaux qui peuplent les plaines sont donc aujourd'hui tous à peu près réduits, en ce sens qu'ils portent la marque de leur propriétaire, qu'ils sont accoutumés au terrain