‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 5 sur 285 · CARNIVORES · texte numérisé non relu

CARNIVORES

CoAii {Viventi Nàsua^ Linn.). — Plantigrade très-répandu dans le bassin de la Plata , mais principalement au Paraguay et au Brésil. Le Coati se nourrit indifféremment de chair ou de végétaux; cependant il semble préférer cette dernière nourriture. Il vit dans les bois; mais, pris jeune et même adulte, il s'apprivoise facilement. C'est alors un animal très-gai, très-caressant, mais éminemment turbulent et destructeur : aussi est-on obligé de le tenir à l'atlache.

MorrreTTE [Vive^^a Mephitis^ Liun.). — En guarani, Yaguaré; en espagnol, Zorillo^ et, dans quelques endroits, Chinche. — Ce petit aiiimiil est très-répandu dans la Pampasie, à partir du 30*" degré en allant vers le sud. Il ressemble de loin à un petit renard et est inoffensif; mais les autres animaux se gardent bien de le poursuivre, car il lance alors sur eux, de très-loin et très-juste, un liquide d'une horrible odeur ammoniacale et qui se sent k grande distance, non pas toutefois jusqu'à empester la ville de Paris, comme le dit Azara, qui y met par trop d'exagération. Il faut des lotions répétées pour enlever cette odeur. Le chien qui a été une fois arrosé par le Zorillo n'y renuird jamais. Ce quadrupède est noir, sillonné de deux bandes blanches qui donnent à sa peau un joli aspect. Aussi les Indiens des Pampas le chassent-ils à la bola pour sa fourrure, dont ils font des tapis qui se vendent k Buénos-Ayres et sont d'un bon usage. •

Le IIuRON [Mustela piitorius^ Vivefra Zorilla, Linn.) est une espèce de Putois particulier aux régions argentines. Il y en a deux i^spèces, le grand et le petit, différant peu par la taille, qui est celle d'un chat; leur couleur est grise ou chocolat. Ils sont, avec la Sarigue, le fléau des basses-cours, car ils ont tout à fait les mœurs de la Martre et du Putois. Quand ces animaux sont irrités, ils répandent une odeur de musc très-forte. Les Indiens des Andes, qui s'occupent

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de la chasse au Chinchilla, emploient le Huron exactement comme on use du Furet en Europe pour chasser le Lapin. Le Huron entre dans les terriers, effraye les Chinchillas, et les pauvres animaux, épouvantés, sortent étourdiment par Tautre issue, où ils se précipitent dans un sac posé à lavance, et dans lequel ils sont assommés par-le chasseur.

Loutre [Mustela^ Lutra brasiliensis^ Linn. — En guarani, Ciûija^ et Sariguerembiu aux Guyanes; en espagnol, Nutria). — Très-abondante dans tous les cours d'eau, lacs et lagunes, où elle vit de poisson. Sa fourrure est très-jolie et fait Tobjet d'un assez grand commerce ; la plus grande partie de ces peaux est achetée aux Indiens du Chaco, qui en font un moyen d'échange avec les gens de Santa-Fé. La Nntria abonde surtout dans la lagime de los Porongos, où se perd le Rio-Dulce. Quelques Cordovais et Santiagais l'y vont chasser. Le genre Loutre compte ici deux espèces qui ne diffèrent guère que par la taille.

Renakd [Canis Vulpes^ Linn.). — Deux espèces principales, Tune tout à fait semblable à l'espèce d'Europe, l'autre plus grande. On le trouve dans tout le pays. Mêmes habitudes et mêmes mœurs que le renard de Tancien continent. — Une troisième espèce assez grande, qui porte dans la Plata le nom à'Aguara-Chay^ ou Renard tricolore [Canis cincf^eo-argentatus)^ vit dans les lieux humides et a des habitudes nocturnes; elle se rencontre d'ailleurs dans tout Je continent américain, du détroit de Magellan au pôle Arctique. — UAguara-Pope d'Azara [Canis Azarœ; — Orsus lotor de Linné, Raton-Crabier de quelques naturalistes) est un autre renard plus petit que le précédent et moins répandu. Il vit dans les endroits humides, au bord des lagunes et des esteras .

Loup rouge d'Abiérique [Canis Jnbatus^ Canis Riifus^ Linné). — Animal particulier à la Plata, où il est connu sous le nom à!Aguara ou Aguara-guazii, C'est un carnassier intermédiaire entre le loup et le renard ; il a la taille et la forme du premier, la tête du second , k pelage rougeâtre et une sorte de crinière. Azara dit qu'il hurle et aboie comme le chien. L'Aguara se trouve dans le haut Uruguay , au bord des lagunes de Corrientes et du Chaco , dans les grandes Cienegas de Mendoza et de Sau-Juan. Il paraît omnivore et se nourrit de gibier, d'œufs, de fruits sauvages, etc... Il ne sort guère que la nuit, et n'est pas trèsp-commun.

ANIMAUX SAUVÀOfô. — CARNIVORES. 7

Le genre Chat compte un assez grand nombre d*espèces. La première et la plus remarquable de toutes est le Jaguar [Felts Onza^ Linn.; Felis Jaguar^ Cuv.), nommé ici Yaguareté ou Tigre d'Amérique, grand carnassier qui n'atteint pas tout à fait la taille du tigre royal des Indes, mais qui en approche. Le Jaguar est très-commun sur les bords du Parana et de l'Uruguay et dans le Chaco. Tout le monde connaît sa belle fourrure tachetée, beaucoup plus éclatante chez le mâle que chez la femelle. Cet animal sort peu de jour; il se tient tapi dans les hautes herbes des endroits un peu marécageux (jxijonales) ou dans les fourrés les plus épais au bord des rivières. D nage parfaitement, pèche quelquefois, et on le voit souvent traverser les rivières, traînant une proie très-volumineuse, comme un poulain ou un veau. La nuit il chasse et fait sa proie des Capibaras [Carpinchas)^ des cerfs, des veaux, des poulains et même des jiunents qu'il peut saisir par surprise. Il est si robuste que d'un seul coup de patte il tord le cou à un cheval. Il s'attaque très-rarement aux bœufe; ceux-ci lui font tète et le repoussent avec leurs cornes. On cite plusieurs exemples de jaguars tués par des taureaux ou des wàvillos (jeunes boeufs adultes).

Quant à l'homme, il l'attaque rarement; on raconte cependant quelques aventures de voyageurs poursuivis par cet animal, qui, lorsqu'il a goûté de la chair humaine^ est, dit-on alors, cebado^ et a toujours envie d'y revenir. Mais ces accidents sont fort peu communs : pour notre part , nous n'en connaissons que cinq à six dans un espace de trente années et siu* ime étendue de pays quatre fois grande comme la France. Dans la province de Santiago , le hameau del Oratorio, sur les bords du Rio-Dulce , fut ruiné par les tigres, qui y dévorèrent toute une famille, il y a douze ou quinze ans. Quoique ce fait soit exceptionnel, il y a toutefois quelques précautions à prendre si l'on bivouaque dans les bois; il est bon d'îdlumer un grand feu pour éviter toute surprise, bien que, en cas d'attaque, le jaguar s'en prendrait bien plus aux chevaux des dormeurs qu'aux dormeurs eux-mêmes. Cet animal recule , comme toutes les bêtes féroces , devant la population , car il est beaucoup moins commun dans le bassin de la Plata qu'il ne Tétait autrefoi^^ et Ton en entend rarement parler aujourd'hui.

On chasse le jaguar de différentes manières : avec des pièges, ou directement. Les pièges sont tantôt une sorte de trappe trèslolurde qui retombe sur lui et lui casse les reins; tantôt un fusil de munitioii bien chargé, et dont la gâchette est attachée à un mor-

ceau de viande, disposé de telle façon qu'en le tirant à soi l'animal fait partir le coup qui l'abat ; tantôt enfin, un nœud coulant avec une bascule. Dans tous les cas, on a soin de mettre un appât, c'està-dire de la viande ou un animal vivant.

Directement, la chasse se fait au moyen de chiens, dits tigreros^ qui harcèlent le tigre sans jamais s'approcher de lui , le forcent à s'acculer contre un arbre, contre un buisson, où le chasseur peut le tirer commodément. Il arrive aussi que, poursuivi par les chiens, le tigre se réfugie dans un arbre où on l'abat k coups de fusil. Les jeunes chiens ne valent rien pour cette chasse : ils sont trop ardents et s'approchent trop : chaque coup de patte en étend un par t€n*e. Il est difficile, si on ne l'a pas vu , de se faire une idée de la force musculaire de cet animal, qui peut traîner presque à la course un grand animal, comme un jeune cheval, une génisse même, et se me avec une extrême furie sur le chasseur lorsqu'il n'est que blessé.

Cependant les Santiagais ne craignent pas de le chasser à l'épieu. Ils se mettent deux pour cette expédition : l'un, porteur d'une petite lance très-forte et armée d'un fer large et bien tranchant, avance vers le tigre, qui fait un bond furieux et s'enferre de lui-môme, tandis que le second l'achève à coups de hache. Cette chasse demande autant de courage que d'adresse et ime grande connaissance des mœurs de cet animal. — On cite des hommes assez résolus pour aller attaquer le jaguar dans son fourré, rien qu'avec un long couteau, en se contentant d'envelopper leur bras gauche avec une peau de mouton ou un poncho ; ils reçoivent le bond de l'animal avec cette espèce de bouclier et, de l'autre bras, ils l'éventrent. Enfin l'on rencontre quelques cavaliers assez hardis et assez lestes pour le prendre et Tétrangler au lazo. Mais ce fait est tout à fait exceptionnel, car les chevaux s'effrayent et se cabrent à l'odeur du jaguar; il est très-difficile en outre de le surprendre en plaine, à moins d'organiser une battue, et pour une battue les traqueurs manquent.

La meilleure et la plus sûre manière de le chasser est de le poursuivre avec des chiens, qui, par leurs aboiements, le démoralisent, le traquent et le forcent à s'acculer dans quelque endroit où l'on puisse le tirer à son aise. Des chiens tigreros bien exercés savent aussi le tenir en respect et le conduire, pour ainsi dire, sous les coups du chasseur, qui doit être très-bien armé et bon tireur, car si l'animal n'est que blessé légèrement, il devient fort dangereux de l'approcher. Quelques Argentins font le métier de chasseurs de tigres. Nous avons entendu parler d'un paysan de Curuzzu-Cuatia, province de

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