ANIMAUX SAUVAGES. - CARNASSIERS
Corrientes, nommé Aranda, qui, en 1836, était déjà à son quatrecentième yaguareté, et que Ton appelait de tous les environs pour se débarrasser de ceux qui infestaient les rives du Rio de Santa-Lucia 4^t du Rio-Corrientes. Ces parages sont en effet ceux où abondent le plus ces animaux.
Pris trèsr-jeune , le jaguar s'apprivoise assez facilement ; mais en vieillissant il reprend son caractère féroce et devient dangereux.
On ne compte qu'une seule espèce de jaguar. Cependant il existe 4me espèce très-voisine qui lui ressemble beaucoup, mais qui est infiniment plus rare, et à laquelle on donne tantôt le nom de tigre noir, tantôt celui d'Onza. Elle est remarquable par la couleur foncée de sa fourrure, semée de taches noires et très-rapprochées sur un fond roux. Elle se trouve au Paraguay, au Brésil et en se rapprochant du itropique. — Un autre chat, moins robuste, de la taille d'un grand «chien, a pelage également fauve, semé de Uiches noires, se trouve dans les Missions, au Paraguay et au Brésil ; on lui donne aussi le nom d^Onza ; c'est une espèce intermédiaire entre le jaguar et l'ocelot [Felis brasiliensis). Sa robe est plus belle que celle du jaguar; il est aussi moins farouche et s'apprivoise plus facilement. Nous en avons AU im' couple à la Uruguayana qui étaient fort beaux et très-doux. 4>t animal est beaucoup moins répandu que le jaguar. — L'Ocelot {Felis pardalis^ Linn.) est moins grand que le précédent et de forme plus allongée ; il en diffère surtout par ses habitudes nocturnes. I^s Guaranis l'appelaient Chibi-guazu.
On connaît aussi deux espèces de Chats-ïigres de la taille d'un jeune chien danois, dont les robes sont semées de taches comme celle du jaguar, et qui ne se rencontrent que dans les bois très-touffus, où ils vivent d'oiseaux ou de jeunes cerfs. Ce sont ceux qu'Azara désigne 250US le nom de Yaguarondi et de Eyra {Felis brasiliensis^ et Felis ^yra ou pseudo'pardalisy F. Cuvier). — Une espèce plus commune 4*t plus petite, dite f/ato montes [Felis tigrina^ Linn.), chat des hois, se rapproche quelquefois des maisons pour y surprendre la \olaille. Cet animal est un peu plus gi'and qu'un chat ordinaire ^ <l'un pelage gris semé de taches noires, et donne une assez jolie fourrure dont on a l'habitude de garnir les fontes de pistolets. — Enfin les Pampas en nourrissent une espèce particulière de petite taille, nommée Chat-Pampa par Azara.
Sous le nom de Pvma^ Cuguar^ Léon ou lion, on désigne ici le OrouAR, Guazti-ara d' Azara [Felis Cugua?\ Lacépède. — Felis discolor^ Linné). — Cet animal ressemble effectivement, mais en
petit, h un lion sans crinière. Il atteint la taille d'un gros chien de Terre-Neuve, quoique un peu plus bas sur jambes et plus allongé. Le pelage est fauve et lustré. Le couguar est répandu dans tout le territoire de la Confédération, mais, au contraire du jaguar, moins abondamment sur le littoral que dans Tintérieur ; il se plaît surtout dans les régions montagneuses , et se reproduit en quantité dans les sierras de Cordova et de San-Luis , et sur tous les versants des Andes. C'est le fléau des troupeaux de chèvres et de moutons où il fait de grands ravages, car il y tue pour le plaisir de tuer et de lécher le sang, tandis que le jaguar se contente d'une seule proie pour apaiser sa faim. Aussi, dans toutes les provinces de Tintérieur, avons-nous toujours entendu les habitants se plaindre du tort que ce petit lion faisait à leurs troupeaux. On le chasse au fusil et avec de grands chiens. Ceux-ci suffisent quelquefois pour le forcer et le réduire, car il est beaucoup moins robuste et surtout moins courageux que le jaguar, et il fuit toujours. Cependant, une fois acculé, il fait tête et ses coups de pattes sont fort dangereux; mais les chiens un peu exercés finissent toujours par l'étrangler. Quoique le couguar s'apprivoise facilement, on ne peut le laisser libre, car il a la manie de dévaster les basses-cours et attaque tous les jeunes animaux. On assure que le couguar couvre la femelle du jaguar, et qu'il en résulte un produit qui tient à la fois des deux ; c'est-à-dire qu'il est d'une taille intermédiaire, et que sa robe, au lieu d'être unie comme celle du couguar, est un peu rayée. Il est certain qu'on rencontre des Pumas qui ont tout à fait l'air de métis de ces deux espèces.
Tous les grands chats que nous venons de citer ont en général de très-belles fourrures, qu'on emploiç dans le pays pour garnir les selles, faire des descentes de lit, etc. On en exporte très-peu. Les Indiens du Chaco chassent tous ces animaux à la flèche et à la lance et en tuent un grand nombre. Ils se font de leur peau des espèces de casques et de manteaux, des oniements pour leurs chevaux, des •lits pour dormir, etc., etc... Nous n'avons pas besoin de dire qu'aucun de ces animaux, sauf le jaguar, et encore très-rarement , n'attaque l'homme, et que tous fuient devant lui. La chasse en est difficile , car elle doit être faite par siuT)rise , et il n'est pas aisé en effet de les atteindre dans les endroits fourrés où ils se tapissent; la patience et l'instinct des Indiens en viennent à bout plus facilement que tout l'art et toute l'ardeur des Européens.