‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 59 sur 285 · ANIMAUX DOMESTIQUES. — INSECTES. — ABEILLES · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES. — INSECTES. — ABEILLES

essaim. Au mois de septembre 1858, il restait huit ruches en bon état. Celles-ci commencèrent à essaimer le 25 septembre, et donnèrent leur dernier essaim au 1" janvier : il y en eut trente-sept en tout; quelques-unes en avaient donné jusqu'à huit, d'autres deux seulement. Enfin, au 2 mars ^ 859, le rucher contenait quarante-quatre ruches en très-bon état, et qui promettaient de tripler au moins ce nombre au printemps suivant. Il est, comme on voit, impossible de réaliser un plus beau succès, et l'on peut dire que cette industrie est acquise à l'Entre-Rios, si ses habitants veulent s'en occuper.

Le propriétaire a déjà fait récolter une certaine quantité de miel et de cire. On obtient le produit de la ruche en étourdissant momentanément les abeilles au moyen de la fumée du champignon nommé vulgairement vesse-de-loup. On enlève ainsi facilement une partie du contenu et les abeilles reviennent travailler au bout d'un quart d'heure. Jusqu'à présent, le miel se vend 5 fr. la livre, et la cire 7 fr. ; des prix aussi élevés ne se soutiendraient pas si cette industrie s'étendait , mais ils n'en resteraient pas moins à un taux trèsfavorable pour le producteur.

Les abeilles travaillent tpute l'année, même en hiver, car le mois le plus rigoureux dans cette saison a la température moyenne du mois d*avril à Paris. Il y a toujours assez de graminées en fleurs dans les champs pour les nourrir, et, si le mauvais temps se prolongeait, on aurait la ressource du sirop fait avec les miels inférieurs que l'on réserve pour cet usage. Mais on n'y recourt que pendant quelques jours, car bien rarement il fait assez froid pour empêcher les abeilles de sortir et de butiner quelque nourriture.

La récolte du miel se continue presque toute l'année, excepté dans les mois de juin et de juillet, qui sont les plus froids. Vingt jours après que les ruches ont essaimé, on peut déjà enlever des gâteaux, ce qui ne parait pas empêcher la formation d'autres essaims. L'essentiel est de les bien surveiller et de les gouverner avec intelligence.

Le résultat obtenu en si peu de temps à Gualeguaychu, chef-lieu d'un département extrêmement fertile, mais peu cultivé, comme tout l'Entre-Rios, doit encourager les petits cultivateurs, puisqu'une pareille industrie ne réclame pour ainsi dire pas de capital, et qu'un nicher bien tenu peut tripler de valeur chaque année. Ainsi que nous venons de le voir, cette ^multiplication extraordinaire s'est même faite , dans le cas que nous citons, au plus fort de l'été, pendant une sécheresse de cinquante-cinq jours, qui dura du i 9 décembre au 12 février, et fit quelque mal au bétail.

L'Abeille acclimatée à Gualeguaychu est l'abeille ordinaire. Elle nous a semblé cependant un peu moins grande et se Rapprochant plutôt de la petite hollandaise, qui est maintenant très-répandue au Chili, et que l'on préfère aujourdhui en Europe, comme plus active, plus douce et plus facile à apprivoiser.

Tout donne donc à penser que, dans les autres provinces, soit du littoral, soit de l'intérieur, ces abeilles réussiraient également bien, d'autant plus que les espèces sylvestres y sont tlrès-nombreuses et trouvent partout une abondante nourriture. On peut en juger par le nombre de leurs essaims, la quantité et la bonté du miel qu'elles produisent, et que les meleros (chercheurs de miel) vont recueillir dans les bois, au prix de mille fatigues toujours, et quelquefois de mille dangers.

Ainsi, sans aller chercher au loin des espèces dont le transport est nécessairement difficile et dispendieux et qui peuvent succomber en route, on pourrait, dans Tintérieur, s'occuper des espèces indigènes, qui, trèsr-probablement, se réduiraient en domesticité sans grands travaux. C'est dans les provinces de Santiago-del-Estero , de Tucuman, de Salta, que cette industrie devrait s'étabUr à l'origine, car c'est là que ces espèces abondent le plus, sans doute parce qu'elles trouvent sur les feuilles des nombreuses mimosées, qui garnissent les bois, le nectar d'où elles savent extraire les éléments du miel et de la cire dont elles remplissent leurs demeures.

On a remarqué qu'en Europe les années les plus sèches sont celles où l'abeille prospère davantage, et la raison qu'on en donne, c'est que la miellée ou exsudation sucrée qui se produit à la surface des feuilles de beaucoup d'arbres se montre alors en plus grande quantité. Or, ici, la chaleur et la sécheresse du climat favorisent beaucoup ce phénomène, et, d'autre part, il y a lieu de noter que l'immense majorité des arbres qui dominent dans la Plata appartiennent à la classe des Légumineuses et à ses divisions, chez lesquelles le principe gommetix et sucré est toujours abondant. L'éducation des abeilles est donc une industrie qui pourra un jour donner des produits d'une valeur notable, surtout au point de vue de la production de la cire, toujours et partout d'un prix élevé. Le miel lui-même est très-recherché dans le pays et sa vente constamment assurée, la confiserie indigène consommant une grande quantité de matières sucrées.

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