VER A SOIE
Le Ver à soie (Bombyx mort. — Linn.) appartient au genre Bombyee, famille des Lépidoptères (voy. page 56). Les expériences lEÛtes jusqu'à présent pour l'éducation de cet insecte précieux ont été suivies de succès. On Ta élevé en grand à Mendoza, et une magnanerie, qui prospère déjà, vient de se fonder à Buénos-Ayres. Le climat de la Confédération, surtout celui des provinces Andines, est tout à fait favorable à l'éducation de cet insecte, qui n'aime pas les temps humides et orageux; aussi pensons-nous qu'il réussira mieux sous le ciel toujours sec et serein des provinces d^ Mendoza, de San-Juan, de la Rioja, de Catamarca et de la vallée des Andes, que sous celui du littoral, où les grands vents et les forts orages de novembre et de décembre peuvent exercer sur le ver à soie une influence défavorable.
Le mûrier et toutes ses variétés croissent et se reproduisent parfaitement dans tout le bassin de la Plata (voy. tom. I, pag. 446). On y cultive principalement le blanc, le noir et le multicaule. Ce dernier surtout abondait dans la province de Mendoza, du temps où l'in*dustrie du ver à soie y prospérait. Sa culture était bien entendue, et Ton avait commencé des plantations sur une grande échelle, lorsque l'épidémie qui, en 1850, détruisit tous les vers sans exception, la fit abandonner.
Les premières plantations de mûrier furent faites, vers 1840, par D. Cniz Godoy, et continuées par son gendre, D. Joaquin Sola ; ces deux cultivateurs furent ainsi les créateurs de cette industrie dans la province. Elle y réussit d'abord à tel point qu'en 1848 et 1849 on récoltait déjà près de 5,000 kilogrammes de cocons, et que les magnaneries, établies alors, donnaient des bénéfices remarquables. On y fabriqua même, avec la soie obtenue, des schalls, des ponchos, qui se vendirent à des prix très-élevés, soit au Chili, soit dans l'intérieur. Mais lorsque nous visitâmes cette province, en 1857, après l'épidémie dont nous venons de parler, il ne restait pas un ver à soie, ni à Mendoza ni à San-Juan, et l'on arrachait les mûriers pour les remplacer par la vigne.
Noua ignorons quelle est la nature du fléau qui a détruit cette industrie naissante. Il paraît probable que c'est la muscardine, cette maladie qui fait tant de ravages dans les magnaneries du midi de l'Europe, et qui ne peut être conjurée qu'à force de propreté et de
soins minutieux. Or nous doutons fort que de pareils soins aient pu être donnés h cet insecte. D'abord, Texcellence du climat ne dispense point de la nécessité d'un local convenable pour Tinstallation d'une magnanerie, et les constructions sont toujours très -chères dans les provinces. Les matériaux de bonne qualité manquent quelquefois, ou on les choisit mal et on les remplace généralement par des adobes, c'est-à-dire par des briques séchées au soleil; on fait ainsi des murailles épaisses, mais qui ont besoin d'être souvent récrépies et blanchies ; ordinairement on ne met point de carreaux au plancher des salles. ... Il a donc été difficile de consacrer des locaux convenables à ces exploitations. D'un autre côté, il faut un personnel nombreux, patient, excessivement propre et soigneux. Ces qualités ne se trouvent pas encore à un degré suffisant chez le journalier (peon) argentin, ni chez sa femme, même dans la province de Mendoza, où la classe ouvrière est cependant plus active et plus laborieuse qu'ailleurs. Tout cela a pu contribuer, sinon au développement, du moins au résultat fatal de l'épidémie. Il en a été de même à San-Juan, où d'ailleurs cette industrie était moins avancée.
n serait à coup sûr d'un très-grand intérêt que l'on fit de nouvelles expériences, en ayant soin de renouveler de temps à autre la graine, et en la faisant venir à la fois d'Europe et de Chine, comme on l'avait proposé. Cela n'offre point de difficulté, puisque ces graines peuvent rester neuf mois sans éclore, et que, par conséquent, récoltées en juin, elles peuvent amver dans la Plata aux époques où la végétation est dans toute sa force. On s'assurerait ainsi des bons résultats, les magnaneries étant d'ailleurs installées avec le comfort et les précautions qui président à la construction de ces établissements en Europe. Certainement c'est là beaucoup de dépense à faire dans le principe, mais les sériciculteurs en seraient amplement récompensés par l'abondance et la qualité des produits. — L'irrigation, qui est pratiquée dans toutes les provinces des Andes, assure en outre la réussite de toutes les espèces de mûrier, surtout du blanc et du multicaule, les meilleurs pour l'alimentation du ver à soie, et le climat, nous l'avons déjà dit, ne laisse rien à désirer.
Peut-être aussi serait-il bon d'acclimater de nouvelles races de Bombyces. On a beaucoup parlé en Europe, dans ces derniers temps, de l'espèce hindoue, qui s'élève sur le ricin {Bombyx cynthia — Bombyx palmœ-Christi). Ce ver, originaire du Bengale, est trèsrobuste et file un cocon pointu aux deux bouts et long de 5 .à 6 centimètres. Ce cocon ne peut se dévider comme celui de l'espèce ordi-