‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 62 sur 285 · COCHENILLE · texte numérisé non relu

COCHENILLE

La Cochenille [Cocats cacti^ — Hémiptères). — Deux nopals à Cochenille abondent dans Tintérieur du territoire argentin, surtout à Fouest et au nord du massif centra de Cordova : ce sont \ Opuntia ferox et YOpuntia coccinellifcra (voyez tom. I, page 518). Ces plantes ne sont pas cultivées, et croissent à Tétat sylvestre sur les terrains arides et déserts, recouvertes en partie des herbes grimpantes qui croissent autour d'elles. La Cochenille se répand naturel* lement sur les tiges larges et épineuses de ces opuntias et y vit des sucs qu'elle en tire.

Cet insecte est très-petit et n'a pas même un millimètre de longueur, n est de forme ovale, avec le dos bombé, le ventre plat et de couleur écarlate ; il se présente généralement couvert d'une espèce de poil très-fin pareil à du coton. A la métamorphose, la Cochenille se transforme en une petite mouche qui ne vit que quelques jours et meurt après avoir pondu ses œufs qui restent adhérents au cactus et n'éclosent que Tannée suivante. — On trouve la Cochenille répandue sur la plante et recouverte d'une sorte de petite toile blanche, très-fine et semblable à celle de l'araignée, qui l'abrite. Elle y forme ainsi des plaques blanchâtres qu'il est facile d'aperce- Toir d'assez loin. Sous cet abri, elle multiplie énormément, surtout si sa reproduction est favorisée par un temps sec ; car les pluies torrentueuses, en lavant les tiges des opuntias, les entraînent, les font tomber et les noient.

Dans les provinces de San-Luis de la Rioja et de Santiago-del-Estero, où le cactus coccinellifcra abonde, des femmes parcourent les bois, font tomber sur un papier avec des barbes de plume les cochenilles et les pétrissent, ainsi que nous l'avons dit, en une sorte de gâteau auquel elles ajoutent quelquefois un peu de sang de bœuf pour lui donner de la consistance ; elles s'en servent ensuite pour

la teinture en la délayant simplement dans Teau. La proyince de San-Luis en envoyait autrefois une certaine quantité à Buénos-Ayres sous le nom de Grana; mais cette spéculation a été abandonnée.

On s'étonne à bon droit qu'une industrie aussi facile et aussi lucrative n'ait pas été adoptée par les provinces de l'intérieur, qui eussent ainsi possédé un objet d'exportation de grande valeur sous un petit volume, et n'occasionnant que des frais de tninsport insignifiants. Cela ne s'explique que par l'esprit d'insouciance qui a dominé jusqu'à présent, parmi les paysans argentins, dans les provinces que nous venons de citer, et qui leur fait considérer l'élève du bétail comme seule digne de leur attention.

Ce que l'on récolte aujourd'hui de cochenille à l'état sylvestre témoigne de ce que l'on pourrait obtenir, si l'on voulait la soigner, comme on le fait au Mexique et au Guatemala, où cette industrie constitue la branche la plus lucrative du commerce d'exportation.

Là, les Cactus-opuntia sont alignés et espacés de manière qu'on puisse circuler librement autour d'eux ; on a soin de nettoyer le terrain de toutes les mauvaises herbes, et cette propreté permet aux insectes de remonter facilement sur la plante, si le vent ou la pluie les en ont détachés. Lorsque la saison des pluies est arrivée, on abrite les cactus à l'aide de toitures mobiles, pour que les petites cochenilles ne soient pas entraînées ; puis on retire avec précaution les feuilles jaunies et les insectes qui les couvrent, pour les reporter sur des feuilles saines ; on enlève les araignées qui les détruisent; enfin on met de côté, avant l'hiver, un certain nombre de morceaux de tiges couvertes d'œufs de cochenille, pour la reproduction de l'année suivante. Grâce à l'aide de ces soins faciles et peu dispendieux, on obtient d'excellentes récoltes, et une nopalerie bien tenue donne un revenu considérable.

D'après ce que nous avons dit touchant le climat d'une partie du territoire argentin et la vigueur avec laquelle y végète le Cactus^ opuntia^ on doit comprendre quel avantage offrirait à des propriétaires intelligents et soigneux l'établissement de nopaleries.

Les habitants des lies Canaries arrachent en ce moment leurs vignes pour planter des nopals. Les expériences faites en Algérie donnent les meilleurs résultats. Pourquoi, dans une région où la coche^ nille croit et se développe spontanément, les habitants ne profite^ raient-ils pas d'une production naturelle que l'on implante ailleurs avec tant de peines, et qui néanmoins donne tant de profits ?

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