CHAPITRE I
CisMllcatloii de la popnliitloii d« biiwlii de la Plata
Le bassin de la Plata est habité aujourd'hui par les représentant de trois grandes races humaines : V américaine^ — qui n'est peut-être qu'une fraction de la grande race mongolique^ — la caucasienne et \ africaine. Par la suite des temps, ces trois races se sont intimement mélangées et ont donné lieu aux nombreux métis qui forment le fond de la population argentine, surtout en dehors des grandes villes. Dans celles-ci, grâce à l'immigration, prédomine toujoui-s Télément européen.
Lors de la découverte, le pays était peuplé exclusivement par la race indienne; toutefois celle-ci éUiit divisée elle-même eu divei-s rameaux différant les uns des autres par la titille, la couleur, les traits du visage. Ils oifraient certiiiuement plus de différences entre eux que n'en présentent aujourd'hui, sur le sol de la vieille Europe, les (Jrecs, les Espagnols, les Italiens, les Anglais, les Allemands et les Français, tous membres de la race caucasienne. Tels étaient et tels sont encore les Tupis et Guaranis de l'Ouest, les Calchaquis et Quichuas du Nord, les Araucans et Patagons du Sud.
Nous n'avons pas à rechercher ici quelle est l'origine de la race indigène qui peuple l'Amérique du Sud ; ce problème n'a pas encore eu de solution et n'en aura peut-être jamais. — Parmi les naturalistes, les uns la rattachent à la race mongole, à laquelle on ne
142 POPUUTION ARGENTINE.
peut nier que certaines fractions, telles que celles des Aztèques, des Guaranis, avec leurs yeux obliques, leurs cheveux noirs et rudes, leur teint jaunâtre, ne ressemblent beaucoup. — D'autres, considérant la grande variété qui existe entre les types des différents rameaux de cette singulière population disséminée sur un si vaste espace, en font une race à part qu'ils désignent sous le nom de race rouge, cuivrée ou colombique.
Ainsi, dans le siècle dernier, Linné, partageant le genre humain en quatre races, suivant les parties du monde qu'elles habitaient, classait les habitants des deux Amériques dans sa race américaine. Gmelin, Butfon, Herder, Kant, Hunter, Zimmermann, Blumenbach, en faisaient également une race à part, propre à ce continent.
Les norhbreux voyages scientifiques exécutés dans le siècle où nous sommes et l'étude plus approfondie des caractères physiques des nombreuses populations du globe ont amené quelques naturalistes à augmenter considérablement le nombre des races. — Si le grand Cuvier se contente de la diviision en trois grandes races principales, blanche, jaune et noire, laissant à part les Américains sans se prononcer sur leur origine, M. Duméril en admet six, dont les Américains composent la quatrième; le géographe Malte-Bnm en reconnaît seize, et, après lui, les naturalistes Bory de Saint-Vincent et Desmoulins à peu près autant. Dans leur théorie, la race américaine n'est. pas une, et plusieurs de ses rameaux se rattachent à ceux qui peuplent le nord de l'Asie et plusieurs tles de la Polynésie.
M. Liîsson, cherchant à concilier ces opinions diverses et s'appuyant sur ses propres observations, pendant un voyage de circumnavigation de quatre années, de 1824 h 1828, a pi*ésenté une nouvelle classification des races. Cette classification a été généralement adoptée, non comme définitive, mais comme établissant d'une manière plus rationnelle les grandes divisions de la race humaine, essentiellement une au fond, surtout si Ton vient à la comparer avec le reste du règne animal, même dans ses produits les plus élevés.
Laissant de côté les autres races et leurs rameaux ou familles qui peuplent l'ancien continent, nous trouvons que, d'après ce naturaliste, la race cuivrée ou colombique se partagerait en trois rameaux :
1** Le Colombique, sorti des monts Alleghanis et Apalaches, qui aurait peuplé les côtes de l'Atlantique, le Canada et les environs des
grands lacs de l'Amérique du Nord ; il aurait fourni ces énergiques tribus de Hurons, d'Algonkins, de Delawares, de Natchez, etc., qui luttèrent si longtemps contre les Français et les Anglais, et qui depuis, reculant graduellement vers l'Ouest, sont allés se perdre dans les prairies ou pampas du Nord-Ouest et de l'Ouest, au milieu des Sioux, des Osages, des Pawnies, etc., lesquels disparaîtront à leur tour au milieu du débordement de la race anglosaxonne. Les tribus habitant la Floride : Creecks, Séminoles, etc., en formaient la fraction méridionale.
A ce rameau se rattachemit la famille Caraïbe, qui peuplait jadis toutes les Antilles, et qui, presque détruite par les Européens qui ont colonisé ces îles, s'est cependant conservée sur la côte de Terre-Ferme qu'occupent aujourd'hui la république de Venezuela et une partie de la Nouvelle-Grenade. — Le grand fleuve Orénoque la limitait au sud.
Vers la côte occidentale de l'Amérique in Nord, les tribus de la Californie, celles de la mer Vermeille, les Toltèques, les Aztèques, toutes les populations variées qui composaient l'empire mexicain, celles du Guatemala jusqu'à l'isthme, celles du plateau de Cundinamarca dans les Andes de l'équateur, les Quichuas et les Aymaras du Pérou et des plateaux et vallées supérieures de la Cordillère jusqu'au 30* degré de longitude sud, feraient encore partie du rameau colombique.
2* Le second rameau, ou 1' Américain proprement dit, comprendrait
les peuplades qui habitent le bassin du Haut-Orénoque et toutes
o^Ues des bords de l'Amazone, les nations du Brésil, du Paraguay et
^€S bords de la Plata jusqu'au pied des Andes, c'est-à-dire tout le
vers oriental de cette immense chaîne, avec la plaine qui de ses
ieds va joindre l'Océan, depuis l'équateur jusqu'au 35* degré de
ï-^titude sud.
3" Enfin le troisième rameau, ou le Patagon, embrasserait toutes -1^ tribus qui peuplent l'angle sud du continent à partir de l'embou- ^^hure de la Plata et du 33* parallèle ; dans ces tribus sont compris ^es Araucaiis du Chili, qui en sont la souche.
M. Alcide d'Orbigny a traité spécialement de l'homme américain
d^s son grand ouvrage, que nous aimons à citer comme celui d'un
observateur exact et consciencieux, et chez lequel les faits tiennent
plus de place que la théorie. Cet éminent naturaliste reconnaît avant
tout qu'à ses yeux a il n'y a dans l'homme qu'une seule et même
espèce » (1). Sans s'attacher à la recherche des origines, il considère en masse la population indigène de l'Amérique du Sud, et la partage en trois races, qui se subdivisent en différents rameaux, lesquels eux-mêmes comprennent les nations variées qui peuplent ce continent.
La première race, ou Ando-Péruvienne, renferme' les populations qui ont occupé la longue cordillère des Andes, ses vallées et ses versants, d'une extrémité à l'autre du continent. — Cette race comprend trois rameaux : le Péruvien, constitué principalement par les nations Quichua et Aymara, qui vivent sur les plateaux des Andes ; — I'Antisien, composé des nations qui habitent le versant oriental de ce plateau ; — I'Araucanien , formé piu* les Indiens de l' Araucanie et ceux de la terre de Feu.
La seconde race, ou Pampéenne, renferme les populations des plaines de ce que nous avons nommé la Pampasie, celles du Chaco, et de tout le terrain compris entre l'Amazone, les Andes, l'océan Atlantique, les fleuves Parana et Paraguay, c'est-à-dire toute la plaine sud-américaine. — Elle se subdivise également en trois rameaux : le Pa^ipéen, embrassant toutes les nations de la Patagonie et de la Pampasie : Tehuelches, Puelches, Tobas, Mataguayos, Abipons, Lenguas, etc., etc.; — ^le Chiquitéen, composé de toutes les nations indiennes qui vivent actuellement dans la vaste province de Chiquitos, les unes au milieu des bois, les autres réduites par les missionnaires; — le MoxÉEN, formé de celles qui vivent isolées au milieu des forêts marécageuses de la province de Moxos.
La troisième race, ou Brasujo-Guaranienne, n'a point de rameaux, et ne renferme que les deux nations Guafani et Botocudo. Mais la première de ces nations se subdivise en une foule de tribus, qui se retrouvent, depuis le golfe du Mexique jusqu'à la Plata, sous une foule de noms divers. Elles ont joué un grand rôle, comme nous le verrons, loi's de la découverte et de la conquête par les Espagnols et les Portugais.
Cette classification ne s'attache spécialement qu'aux régions que M. d'Orbigny a visitées, c'est-à-dire du 15* degré de latitude sud à la pointe du continent ; mais elle peut comprendre toute la population indigène de l'Amérique du Sud située au nord de ce parallèle,
(1) V homme américain (de rAmérique Méridionale), considéré sous ses rapports physio» logique* et moraux, par Alcidk d'Orbigtïy ; Paris, 1839, 2 vol. iii-8*. (Fraction du ^ojrage dans l'jémérique Méridionale, tome IV.)
puisque les Guaranis s'étendaient et s'étendent encore jusqu'à la mer des Antilles, piu* les tribus caraïbes qui ne sont qu'une fraction de cette nation immense, et que les Indiens des Andes de l'Equateur, de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela paraissent appartenir au rameau péruvien (1).
(t) Voiri les caractères qu'assigne M. d'Orbigny à ses trois grandes races de rAinérique du Sud et à leurs rameaux :
T' race : ANDO-PÉRU VIENNE. — Couleur brun olivAtrc plus ou moins foucé ; taille pi'lile ; front j>eu élevé ou fuyant; yeux horizoutaux, jamais brides à leur angle extérieur.
Premier rameau, ou Péruvien. — Couleur brun olivâtre foncé ; taille moyenne : 1 mètre S97 millimètres; formes massives; tronc très-long comi)arativemc'nt h. l'ensemble; front fuyant ; face large, ovale ; nez long, très-aquilin, élargi à la base ; bourbe assez grande ; lc> res médiocres ; yeux horizontaux à cornée jaimàtre ; pomuiettes non saillantes ; Irails prononcés ; physionomie sérieuse, réfléchie.
Les Quicfttias, les Aymaras des plateaux des Andes, les Jtacamas cJ les Changes du versant occidental sont les nations dont se compose ce rameau. — Chiffre total : 1,400,000 individu*, tous chrétiens.
Deuxième rameau, ou Antisien. — Couleur variable du brun olivâtre foncé à une teiulc très-claire; taille variable : moyenne, 1 mètre 043 millimètres ; formes ptMi massives; tronc dans les proportions ordinaires ; frdbt non fuyant; face ovale; nez variable; bouche moyenne; jeux horizontaux; traits efféminés; physionomie vive, douce.
Se comjiose des nations Yuracaiè, ^locctcne, Taca/ia, Maropn et .-Ipolhta^ vivant dans les forêts chaudes et humides de? derniers ven.ants orientaux des Andes de Bolivie. — Leur nombre total s'élève à 16,000, snr lesquels 12,000 sont chrétiens.
Troisième rameau, ou Araccamen. — Couleur brun olivâtre peu foncé; taille moyenne: 1 mètre 641 millimètres; formes massives; tronc un peu long comparativement à l'enftcmblc; front peu élevé; face presque circulaire; nez très-court, épaté; yeux horizontaux ; bouche médiocre; lèvres minces; pommettes saillantes; traits efféminés; physionomie sérieuse, froide.
Les nations de ce rameau sont les Araucans proprement dits, occupant la partie du Chili connue sous le nom d'Araucanie. Ce peupU; se partage en Cliouos^ ou habitants des rivages de l'océan Pacifique, aux environs deValdivia; — yf rançons cultivateurs dans l'Araucanie proprement dite ; — Pefuienches, ou montagnards des deux versants des Andes; — Jucas, peuplades du versant oriental de la grande Cordillère et des plaines qui s'étendent k ses pieds. Des j4itc€u sont sortis les Ranqucls, qui sont devenus nomades dans l'étendue des Pampas. — Le nombre de toutes ces nations réunies s\''lèvc à 30,000 âmes. (Nous croyons que ce chiffre est inférieur à la réalité.) — Enfin les habitants de la terre de Feu, ou la IWit'ion Fuegtenne, s*élevanl au plus à 4,000 âmes, apparlieinu^ut encore à ce rameau.
ir race : PAMPÉENNE. — Couleur brun olivâtre; taille souvent très-élevée; front Itombé, non fuyant; yeux horizontaux, quelquefois bridés à leur angle extérieur.
Premier rameau, ou PAiiPf:KN. — Couleur brun ()li\âlre ou marron foucé; taille moyenne : 1 mètre 688 millimètres; formes herculéennes; front bombé; face large, aplatie ; CO?iF. ARGKNT1NE. — T. II. 10
Nous avons cite les divisions de M. Lesson surtout afin de donner une idée de l'ensemble de la population indigène des deux Amériques. — Quant à celles de M. d'Orbigny, elles se rattachent plus
nez très-court, trcs-épatc, à narines larges, ouvertes ; houchc très-grande; lèvres grosses, trcs-sailiantes ; veux horizontaux, quelquefois bridés à leur angle extérieur; pommettes saillantes; traits mâles et prononcés; physionomie souvent féroce.
Ce rameau comprend les nations suivautes : Patagons ou Teltuelcfws, habitant depuis le Rio Negro jusqu'au détroit de Magellan; les Puclc/icSf moins nombreux, >ivant au sud de Bucnos-Ayres, et constamment en rapport avec les Indiens d'origine araucane. — Les Patagons peuvent compter 10,000 âmes et les Puelches GOO seulement. — Les Charruas qui habitaient la Bande-Orientale n'existeut plus. — Lts Mlwcoh'tSy Tobas^ Mùayas, Gitanas, Guay cuniSyClCf etc., sont considérés par M. d'Orbigny comme une seule et même nation dont ces difTérentes fractions ne forment que des tribus. Il en est de même des Mataguayos, des AbtponSy des LcnguaSy des Payaguas, etc. — Le chiffre total de ces populations s'élèverait à 30,000 âmes. (Nous croyons ce chiffre encore inférieur à la réalité, car les nations indiennes du haut Paraguay paraissent assez nombreuses. D'un autre côté, les Mataguayos ont plutôt les caractères physiques de la race Guaranie que de la Pampéenne. Au contraire, les Payaguas, les Tobas et les Mocovis, qui sont constamment en rapport avec les chrétiens de l'Assomption, de Corrientes et de Santa-Fé, ont bien un caractère distinct de la race Guaranie.)
DciLxième rameau, ou Chiquitéex. — Couleur brun olivâtre clair; taille moyenne : environ 1 mètre 003 millimètres; formes médiocrement robustes; face circulaire, pleine; front bombé; nez court, un peu épaté; bouche moyenne ; lè\Tes minces, peu saillantes; yeux horizontaux, quelquefois bridés extérieurement; pommettes non saillantes; traits efféminés; physionomie enjouée, vive, gaie.
Les nations qui composent ce rameau habitent la province bolivienne de Chiquitos et sont presque toutes chrétiennes. Ce sont les Clùqniios j)ropremt'nt dits, les plus nombreux de tous, puis les SamucuSy Paiconecas, Saravccas^ Olufcàs, .Curuminacas, Curares , Cavarecas, Corabécas, Tapits, Curucanccas, — Chiffre total : 20,000 àme.s. (M. d'Orbigny est le seul Voyageur moderne qui ait donné des renseignements sur ces nations, au milieu desquelles il a passé une année. Quoiqu'il y ait bientôt trente ans de cela, nous savons que rien n'a changé dans la province de Chiquitos, dont le système administratif est toujours le même qu'à Té^K)que à laquelle il la visita. Les Missions y e\i:>tent encore.)
Troisième rameau, ou MoxéKX. — Couleur brun olivâtre peu foncé; taille moyenne: 1 mètre 670 millimètres; formes robustes; front légèrement bombé; face ovalo-circulaire ; nez court, peu large; bouche médiocre ; lèvres peu saillantes ; yeux horizontaux, non bridés; pommettes peu saillantes ; physionomie peu enjouée, douce.
Les nations de ce rameau habitent la proxiuce boli\ienne de Moxos, très-plate, très-humide, arrosée par un grand nombre de rivières qui se réunissent pour former les aftluents du grand Rio-Madeira, tributaire pi incipal de l'Amazone. Presque toutes sont chrétiennes. Ce sont les MoxoSy proprement dits, K's Chapavuras^ Itonomas, CauîchanaSj 'StovintaSy CayuvavaSj Pacaguaras, Itcnes. — Lu tout 28,000 individus, sur lesciueis 2i,000 chrétiens. (Nous ferons les mêmes obser\ations pour ce rameau que pour le précédent, M. d'Orbigny étant le seul qui ait donné des renseignements sur cette population.)
\\V race : BRASILIO-GUARANIENNE. — Caractères généraux : couleuf jaunâtre J tcvrte moyenne ; front peu bombé ; yeux obliques, relevés à l'angle extérieur.
spécialement aux fractions de cette population, qui vivent aujourd'hui dans la Bolivie, le Paraguay, la Confédération argentine çt le Brésil.
Ta seul rameau, le GCARAM. — Couleur jaunâtre mélangée d'im peu de rouge trèspâle ; taille moyenne : 1 mètre 020 millimètres ; formes très-massives ; front non fuyant ; face pleine, circulaire ; nez court, étroit ; narines étroites ; bouche moyenne, peu saillante ; lc\res minces; yeux souvent obliques, toujours relevés à Tangle extérieur ; pommettes peu saiiLnIes ; traits efféminés ; pin sionomie douce.
M. d'Orbigny renferme dans celle race la majeure partie des populations des Guyanes, du ÎJn*sil et des provinces platéennes : les anciens Caraïbes des Antilles et du Venezuela actuel; les CW/^/j des Guyanes anglaise, hollandaise et française; les indiens riverains de FAmazonc : Tapuyos, I^JundurucuSy elc; les Caboclos et Coroadosj Tupis et Dugres des pnj\inces méridionalts de rem])ire brésilien ; les liutocudos de celle même région ; les Guaios de la pro>ince de Mato-Grosso ; les Guayanas du Paraguay; enfin les Chiriguanos des frontières de la Bolivie, les Siriunos et les Cuarayos des provinces de Chiquitos et de No\as. — Il ne voit (jue deuv groupes distincts dans ce rameau : celui des Guaranis proprement dits, dont il é\alue la totalité à 2iO,0()() âmes; et celui des Jiotocudos^ ou ylymorès, restés entièrement sau\ages, qui ne dépasse point î,00(). Beaucoup de Guaranis sont à demi ciiili-rf'S et chrétiens. Ces chiffres ne sont toutefois qu'a]>proximalifs. — Ces principales nations se subdivisent elles-mêmes en noodjreuses tribus dont les noms ont dû varier dans le cours des temps.
De toutes les races indiennes, la rar-e guaranie est celle qui a couvert la plus grande surface de terrain, puisfpi'on Ta retrouvée sur la moitié du continent sud-américain. Son j)oint de départ, dans Thypothèse de ce naturaliste, eut été les régions arrosées par les (leuxes Para na et Parat;ua y, c'est-à-dire le temtoire actuel de la république du Paraguay et celui des pni\ince& de Parana et de Saint-Paul, d'où elle aurait ra\onné sur le reste du continent et juscpie dans le golfe du Me\ic[ue, au nord. Cette immense dissémination n'eût pas empé* rhé la pennanence de (piehpies n.itions n'appartenant pas à cette race, sur le terrain occupé par elle; ce cpii explique les vanétés de langage et d'aspect pli\sique que remarquèrent les premiers voyageurs et conquérants dans les peuplades indiennes qu'ils rencontièrent dès le princip<;.
Les Iribus que renferme d'Orbigny dans son premier groupe guarani, et dont nous avons déjà nommé une partie, sont : les Guaranis civilisés de ('(urieutes, du Paraguay et du Brésil; puis les Guarayos, Chiriguanos, SirioïKis, Tupis et (îujsauns, qu'il décrit; ensuite ime foule lie tribus citées par les divers e\j)l(>rateurs qui, dans ces derniers tenq>s, oui parcouru lé Drèvil : Cornaco/trs, Purls, Coropos, Macua/tisf Pcnltams, Macliacolis, Cata-vos^ Sabujast Cariris, etc., et une foule d'autres, — Après le groupe Boloeudo ou Ajmorè, il place les \aarast les Xal'tcuvgasy les Giiasarapos, les Giinfos, les C abusas et les Dororosy déjà iicaimi*s |>ar Azara, et une série d'autres nations dont il cite seidenient les noms, d'après Spix et Marlius, Hugendas, Debret, le prince de Neuwied, et dont les caractères ne lui pa^ raiMeot |Hàs assez tranchés pour les assigner plutôt au ])remier groupe qu'au second. Ce- {Mnidant elles lui paraisst^nt être bien certainement des fractions de la race brasilio-guara<» nienncé
Non* avons rni devoir citer les résumés du grand Iravail de M. d'Orbigny pour donner uue iiliY de Fensemble et de la dUtributitm des tribus indieiuies au point de vue anlhrol'ii'içique, uon-seulement dans le bassin de la Plala, mais encore dans toute l'Amérique du iMni. Celle théorie ne présente toutefois qu'une sorte de ciuievas dans lequel peuvent entrer
Sans vouloir établir de théorie sur la formation de la race indienne et des nations qui en sont sorties, ni sur la manière dont elle s'est répandue dans le vaste continent sud-américain, nous dirons simplement ce qu'elle était à l'époque de la conquête et ce qu'elle est aujourd'hui.
La race caucasienne cmbnisse maintenant dans l'Amérique du Sud une somme de population supérieure h celle de la race indigène. Formée en majorité de représentants des nations du midi de l'Europe, principalement d'Espagnols et de Portugais immigrés dans le courant des seizième et dix-septième siècles, elle s'est augmentée depuis le commencement du dix-ncmième d'un grand nombre de colons appartenant à toutes les nations de l'Europe. Nous en traiterons donc longuement dans ce livre.
La race africaine, importée violemment pendant deux siècles, y a laissé de nombreux descendants, groupés principalement dans les provinces riveraines de l'Océan ou des grands fleuves. Leur chiffre, très-restreint dans les Etats d'origine espagnole, aiTive a un total considérable au Brésil et dans les Guyanes ; il est faible dans la Confédération argentine.
Quant à la race jaune, elle ne compte que quelques représentants isolés dans toutes ces contrées ; nulle part elle ne forme de groupe de quelque importance, pas même sur la côte du Pérou, où un petit nombre de Chinois sont allés porter leur industrie.
une foule d'autres divisions basées sur des o)jsci'\ a tioiis plus préciser. Nou pas que la précision manque aux observations faites par cet < minent naturalistef c^r il a bien vu et déduit des consécpiences très-rationnelles de ce qu^il a vu ; mais il n'a pu personnellement examiner toutes les nations éparses sur une étendue aussi vaste que celle du continent sud-américain, et d'autres observations plus étendues, plus longtemps rnntinuées, peuvent venir introduire des modifications dans sa classiricalion.
Pour nous, examinant les choses principalemeut an point de vue pratique, nous dirons quelle est aujourd'hui la disfrihution et l'état des tribus indiennes les plus en contact avec les chrétiens ; le rôle qu'elles ont joué dans les temps passés et celui qu'elles jouent aujourd'hui. Nous examinerons quel est leur état social actuel et quelles sont les proliabilités de leur civilisation plus ou moins prochaine.