INDIENS DU LITTORAL
Rien de plus difficile que de classer génériqiiement et sans confusion les nations indiennes qui habitaient, àTépoque delà découverte, la vaste étendue du temtoire qu'occupe aujourd'hui la Confédération argentine. Les unes ont disparu, en se fondant avec les conquérants; d'autres, mais en petit nombre, ont été exterminées ; celles-ci se sont retirées vers le sud , dans les déserts de la Patagonie ; celles-là, vers le nord, dans les profondeurs du Chaco. En dehors de la guerre avec les chrétiens, leurs dissensions et leurs combats entre elles, des maladies nouvelles, telles que la petite vérole et la scarlatine, ont réduit de beaucoup leur nombre. Aussi les trois siècles qui viennent de s'écouler ont^ils amené une modification profonde dans la plus grande partie de la population indigène.
H est certain qu'à cette époque le pays était mieux peuplé qu'aujourd'hui de tribus indiennes ; car, quelque exagération qu'on veuille voir dans le récit des conquérants et des missionnaires, il n'est pas moins vrai que des contrées, maintenant complètement désertes, renfermaient un bon nombre d'indigènes, sur lesquels les Espagnols eurent beaucoup de mal à asseoir leur domination, ainsi que l'attestent l'unanimité des récits de cette époque et la multiplicité des noms des tribus contre lesquelles ils eurent à lutter. — De ces nations, les unes ont survécu, et leurs |ioms sont encore portés aujourd'hui par des peuplades du Chaco ; quelques-unes se sont éteintes, ou plutôt se sont confondues avec d'autres ; beaucoup de celles d'origine guaranie, et c'étaient les plus nombreuses, se sont mêlées aux blancs et forment aujourd'hui la masse de la population dans les régions littorales. En outre , même parmi des nations qui ne se sont pas mêlées aux Espagnols et qui ont continué à leur faire la guerre, le sang n'est pas resté pur de tout mélange ; eu effet, leur habitude
d'enlever les femmes et les enfants dans leurs incursions chez les chrétiens, de prendre celles-là pour épouses et pour esclaves, d'élever ceux-ci comme fils de la tribu, a amené des modifications dans leur aspect physique. C'est ce que l'on peut remarquer dans la république aristocratique des Araucans au Chili, et dans les nombreuses peuplades du Sud, Aucas, Pehuenches, Ranquilches, etc., qui en descendent.
Les premiers Indiens avec lesquels les Espagnols se trouvèrent en contact furent les Charruas, nation indomptable et féroce qui habitait la Bande-Orientale et qui guerroya contre eux depuis l'origine jusqu'en 1832, époque de son entière destruction. Les Charruas formaient une nation très-distincte de toutes les autres : d'une taille haute et élancée, ils combattirent d'abord avec l'arc, la ilèche et la massue, et, lorsque les chevaux se furent «répandus dans le pays, ils adoptèrent l'usage de la lance, du lazo et des bolas^ comme les tribus du Sud.
Les Charruas tuèrent Solis à son second voyage. Leur haine indomptable contre les Espagnols et les combats incessants qu'ils leur livraient expliquent pourquoi ceux-ci hésitèrent si longtemps à coloniser la Bande-Orientale, et comment la magnifique position de Montevideo, le meilleur port de la Plata, ne fut occupée qu'en 1726. C'est ainsi que cent-cinquante ans auparavant on s'était obstiné à s'établir dans une localité bien moins favorable sous tous les rapports, sur le rivage opposé du grand fleuve où s'était élevée la ville de Buénos-Ayres.
A cette même époque, deux autres nations tout à fait différentes occupaient la rive gauche de l'Uruguay : c'étaient les Yaros et les BoHANES. Peu nombreuses et peu énergiques, tenues d'abord en échec par les Espagnols, qui fondèrent au milieu d'elles le bourg de Santo-Domingo d.e Soriano, elles furent complètement exterminées par les Charruas.
Les Chanas, qui habitaient les îles de l'Uruguay, se confondirent facilement avec les Espagnols ; il paraît que c'était une tribu guaranie. Quant aux Charruas, repoussés peu à peu par les Espagnols jusqu'au delà du Rio-Negro, ils s'allièrent intimement aux Minuanes.
Les Minuanes, inférieurs aux Charruas sous le rapport physique, habitaient l'Entre-Rios et une partie de la province de Santa-Fé, de l'autre côté du Parana. Ils étaient assez nombreux, sans avoir comme