INDIENS DU CENTRE ET DU NORD-OUEST
Dans la partie moyenne du Chaco, entre le Pilcomayo et le Ver-» mejo, errent les tribus nomades de Tobas, d*Atalas, Charras, Chu-
nupis, Vflelas'et Matacos, qui quelquefois passent cette dernière rivière et viennent toucher aux Mocovis ou Montaraces des frontières de Santa-Fé.
Les ToBAs — sont la nation la plus ancienne et la plus nombreuse de cette région; car nous ne voulons pas compter encore toutes les tribus que rencontra et combattit, en 1844, sur les bords du Pilcomayo, l'expédition Van-Nivel : Notenjs, Chorotes, Quirneis, Tapietes, Caracaras, Pelus, Opas, Octoyas, Noretes... — Elle parait composée d'un assez grand nombre de peuplades connues autrefois sous le nom dePetiligas, Lenguas, Enimagas, Gentuses, etc., dont il n'est plus question aujourd'hui, et qui se sont probablement fondues avec elle. Les Tobas sont une belle race d'Indiens, très-bien pris de corps, avec le nez plutôt aquilin qu'aplati, les yeux droits et non bridés sur le côté comme les Indiens de race guaranie, et le teint cuivré clair. Ils ont les mêmes armes que les Mbayas, et de plus les bolas (boules) qu'ils manient assez bien. Ce sont des barbares très-, nomades, car on les trouve sur le haut Pilcomayo, près des Chiriguanos, sur les rives du Parana, en face de Corrientes, et sur les frontières de Santa-Fé. Ils sont continuellement eu guerre avec les Mocovis, leurs ennemis mortels. Les Tobas, depuis une trentaine d'années, ont formé un village en face de Corrientes et viennent travailler dans cette ville ; ils sont canotiers, briquetiers, font quelques travaux d'agriculture et même travaillent dans les Saladeros. Un Basque français, M. Dagorré, nous racontait que les mç\\\e\xT% peones de son saladero étaient des Tobas, qui, avec le temps, étaient devenus semblables en tout aux autres Correntiuos et parlaient également l'espagnol et le guarani. Les jeunes Tobas ne se distinguent plus aujourd'hui du reste de la population correntine, dont ils ont tout à fait adopté les mœurs. Les femmes sont assez jolies quand elles sont jeunes, mais passent très-vite. Quelques-unes se tatouent encore les joues avec une peinture bleue, rendue ineffaçable au moyen d'un piquetage à l'aiguille. Elles sont chargées de tout le travail de la hutte, l'homme n'étant tenu que de pourvoir à la nourriture et au vêtement ; on les voit cheminer couvertes de haillons , portant leurs enfants et des fardeaux, fort peu attrayantes dans leur accoutrement sordide. Il est évident que cette fraction de la nation toba ne tardera pas à se confondre avec le reste de la population correntine. A ce point de vue, elle a plus d'instincts civilisables que les Payaguas du Paraguay , Icsqcie!'- , depuis trois siècles qu'ils sont à l'Assomption,
sont restés absolument les mômes qu'à l'époque de la décou- Terte.
Les Tobas de l'intérieur sont plus belliqueux que ceux qui avoisinent Corrientes; on a d'ailleurs peu de renseignements sur leurs tribus ; on sait seulement qu'elles sont nomades , élèvent quelques troupeaux de moutons, et changent leurs campements, qui ne sont autre chose que des huttes de branchages, suivant qu'ils rencontrent plus ou moins de pâturages pour leurs bestiaux. D'Orbigny rattache les Tobas à la race pampéenne, avec les Mocovis, les Abipons et les Mataguayos, qui vivent dans les mêmes contrées.
Les Chunupis et les Vilejj^s — sont deux nations peu nombreuses qui vivaient autrefois sur le haut Vermejo et la frontière de Salta. Ils sont descendus se fixer en face de Corrientes, près des Tobas, avec lesquels ils ont fait alliance. Ils ont pris tout à fait leurs mœurs et leurs habitudes , viennent travailler en ville, se répandent dans les environs lors de la récolte des oranges et de la canne à sucre, et se louent pour les travaux des champs : aussi les confond-on le plus souvent avec les Tobas , leurs voisins.
Les Charras et les Atalas — forment de petites tribus qui vivent sur les bords du Vermejo. Ces tribus subsistent de pèche et d'un peu d'agriculture. Elles sont parfaitement inofFensives, et se maintiennent également en rapport avec Corrientes. On les croit d'origine guaranie.
Les Matacos habitent le haut Vermejo. Pour l'extérieur, ils ressemblent beaucoup aux Guaranis des Missions du Paraguay : ils sont petits, trapus, ont une figure tartare, avec le nez un peu épaté, les yeux oblongs et le teint cuivré ; mais leur langage est différent. — Dans le Chaco, qu'ils habitent, ces Indiens font un peu d'agriculture et élèvent des moutons et quelques vaches. Depuis une trentaine d^années, l'habitude qu'ils ont prise de venir travailler dans les plantations de canne à sucre de Jujuy, Salta et Tucuman, a produit une véritable révolution dans leurs mœurs.
Les Matacos se divisent en différents groupes : les uns, au nordest du Vermejo, sont encore entièrement à l'état sauvage, et, unis à quelques Tobas, font de temps à autre des incursions dans les estancîas que l'on commence à établir de ce côté, afin d'y voler du bétail; d'autres forment un second groupe qui habite à une quinzaine de
lieues sud du village de TEsquina-Grande, dans une partie du Chaco semée de lagunes et de pâturages, et dont plusieurs vont travailler l'hiver dans les provinces voisines. Le troisième groupe, et le plus nombreux, s'échelonne le long du Vermejo et de la frontière de Salta : c'est celui qui fournit le plus grand nombre d'ouvriers aux plantations de canne à sucre de la contrée. Quelques-uns de ces Indiens se consacrent au travail des estancifis, se logent avec leur famille dans le voisinage d'une ferme, s'y rendent utiles à l'occasion et reçoivent en payement de la viande, du tabac, une pièce d'étoffe ; il y en a même parmi eux qui deviennent d'excellents peones (ouvriers) et se font remarquer parleur bonne conduite. — D'autres se louent généralement pour les travaux des plantations, défrichent, cultivent, et font tout ce qui est nécessaire à rétablissement. Le Mataco est robuste et rude travailleur, s'il est bien surveillé. La femme Matàca est employée pour ramasser la canne, la charger dans les charrettes, la conduire au moulin, et pour porter de légers fardeaux. — Les Indiens sont payés, soit en argent, soit en étoffes, tabac, etc., le tout évalué par mois à 4 piastres; le salaire de l'Indienne est de 2 piastres (20 fr. et 10 fr.). En outre ils ont la nourriture, qui consiste en viande, mais et quelques légumes. Le sanjedi soir, on leur donne une abondante ration de guarapo , ou suc fermenté de la canne, boisson dont ils sont fort avides et avec laquelle ils s'enivrent cette nuit-là. Le dimanche est consacré au repos.
Les Matacos élèvent leur tolderia^ ou village, auprès de l'endroit où ils travaillent. Ces huttes, qui ont leui's parois formées de simples fagots entassés, avec quelques branchages par-dessus soutenant un toit de gazon, garantissent à peine des injures de l'air. Elles sont horriblement sales. C'est là que ces Indiens vivent avec toute leur famille, qui est quelquefois nombreuse, chacun ayant le droit d'avoir autant de femmes qu'il en peut nourrir. Les femmes sont aussi malpropres que les hommes, et leurs cheveux hérissés leur donnent un aspect repoussant. Cependant, lorsqu'elles sont jeunes, c'est-à-dire jusqu'à vingt ans, beaucoup ont des ligures qui sont loin d'être désagréables ; leur teint cuivré, leurs grands yeux noirs, teurs dents blanches, une très-jolie taille, des pieds et des mains d'une petitesse remarquable, les rendraient très-avenantes, si elles se tenaient plus proprement. Malheureusement^ une fois mariées, les soins de la maternité^ les ftitigues du ménage, où elles sont chargées de tout faire et de tout porter, font disparaître bientôt cette beauté éphémère, et les vieilles Matacas sont tout ce que l'on peut voir de plus hideux.
INDIENS ACTUELS. — MATACOS. l$a
Soit chez eux, soit aux plantations^ les Matacos vivent dans une, liberté complète. Leurs caciques n'ont qu'une autorité nominale et temporaire, soit en cas de guerre, soit pour juger quelque crime commis dans rintérieur de la tribu. Us sont généralement pacifiques ; mais lorsque , ivres de guarapo, ils se prennent de querelle, il y a toujours quelques coups de couteau de donnés, et ils .ont de suite recours à leurs arcs et à leurs flèches, dont ils se servent avec beaucoup d'adresse. Le patron de la plantation s'interpose alors, et, en les maniant avec prudence, il obtient presque toujours, sinon une réconciliation, du moins une trêve. Le grand besoin que l'on a d^ leurs bras fait qu'on les traite généralement avec beaucoup 4!équité; aussi sont-ils dociles et obéissants. Jamais ils ne se mêlent a}ix jemç des chrétiens ; leur travail terminé, ils se retirent dans leurs huttes. Un certain nombre, toutefois, composé de ceux qui parlent bien espagnol, et qui se sont fixés dans l'endroit où ils travaillent toute l'année, prennent tout à fait les mœurs et les habitudes des paysans argentins, au milieu desquels il est difficile de les reconnaître. Mais il en est infiniment peu qui se fassent chrétiens. On s'occupe d'ailleurs méT diocrement de leur instruction religieuse.
Le mois d'octobre arrivé et presque tous les travaux de planta7 tion finis, les Matacos se mettent en route pour retourner à leur pays. C'est l'époque à laquelle les fruits sylvestres, qui doivent les nourrir en route, commencent à mûrir, et rien n'est capable de les faire rester, quelque besoin que Ton en ait, quelques offres qu'on leur fasse : leur retient-on même l'argent qu'on leur doit, ils n'en partent pas moins. Les plus industrieux emportent des étoffes, des outils, des ustensiles de fer, qu'ils échangent pour des vaches, des chevaux et des moutons, avec leurs compatriotes ou d'autres tribus qui sont restés dans le Ghaco... Us passent tout l'été dans leurs bois et dans leurs plaines et reviennent à l'automne. On évalue à 1,000 ou 1,200 les Matacos qui viennent ainsi travailler chez les chrétiens; mais le nombre en augmente chaque année.
Quelques agents qui parlent parfaitement la langue des Indiens sont chargés d'aller chez eux les embaucher, lorsque les trajVaux pressent. On leur paye une prime de 1 à 2 piastres par tête d'ouvrier qu'ils amènent; on fait en outre de petits cadeaux aux engagés. L'habileté de l'agent recruteur consiste à bien connaître la langue et à s'être bien fait venir de la tribu, qui le recommande ainsi aux autres peuplades, et lui permet de ramener parfois un bon nombre d'Indiens. Les frais premiers de chacun de ces. engagés sont
ainsi évalués à 3 piastres, y compris la prime du recniteur. On voit que les Matacos rendent de grands services au nord de la Confédération, et qu'il est important de les ménager : c'est ce qu*0Dt parfaitement compris les propriétaires de Salta, de Jujuy et de Tucuman, qui veillent avec le plus grand soin à ce qu'on ne brutalise pas ces braves gens, et qu'on tienne ti'ès-exactement les engagements qu'on a faits avec eux, car le Mataco est vindicatif et sait attendre le moment de venger une injure.
* Les Vejoses sont une petite tribu qui se rapproche beaucoup des Matacos et se confond souvent avec eux. Ils habitent de l'autre côté du Vermejo, à quelque distance d'Oran.
Les Matagt'ayos ne sont autres que des tribus de Matacos tout à fait sauvages, qui vivent de l'autre côté du Vermejo. Ils ont la même origine et le même langage. Ces tribus sont peu nombreuses et très-disséminées, vivent de chasse et de poche, et cherchent à voler du bétail aux estancias de la rive gauche du Vermejo ; aussi a-t-on établi sur cette ligne une série de petits postes militaires poiur les maintenir. — Presque tous les Indiens des rives du Vermejo étaient compris autrefois sous le nom de Mataguayos, dont les Vejoses, les Chunupis, les Vilelas, les Atalas, n'étaient que des fractions.
CmwGUANos. — Cette nation forme une grande et intéressante fraction du rameau guarani. Les conquérants espagnols en trouvèrent quelques tribus au nord du Paraguay, puis dans le Chaco, vers les provinces actuelles de Moxos et de Chiquitos. — Quelques historiens affirment ménîe que ce ne fut qu'à la fin du quinzième siècle que les Chiriguanos émigrèrcnt du Brésil pour les régions de l'Ouest, et qu'en 1S41 il y eut une seconde émigration de plusieurs tribus qui étaient restées sur le haut Parana, dans ce qui devint plus tard la province de la Guayra. — Aujourd'hui le siège principal de la nation Chiriguana est sur les derniers versants orientaux des Andes, dans les plaines qui s'étendent entre les branches supérieures du Pilcomayo et du Vermejo. Ces Indiens habitent encore le même pays, sont aussi libres, aussi indépendants qu'à l'époque de la découverte, et ont su toujours faire respecter l'intégi'ité de leur territoire par les Espagnols d'autrefois comme par les Boliviens d'aujourd'hui.
Les Chiriguanos sont grands et bien faits, d'une couleur cuivrée claire. Ils vont presque entièrement nus, toujours l'arc à la main, por-
INDIENS ACTUELS. — CHIRIGUANOS. 185
tant pour tout vêtement une ceinture de cuir dans laquelle sont engagés les deux bouts d'un morceau d'étoffe pliée qui leur passe entre les jambes; lorsqu'il fait froid, ils se couvrent d'un poncho travaillé dans le pays. De leur ceinture pend une petite bourse de cuir dans laquelle ils enferment leur tabac et les quelques pièces de monnaie que leur rapporte leur commerce avecies blancs. Leur langue usuelle est le guarani ; aussi s'entendent>-ils très-bien avec les gens de Corrientes et du Paraguay.
Inoffensifs et vivant en paix avec les autres nations indiennes, les CMriguanos défendent opiniâtrement leur terrain et ne laissent au-^ cunc nation s'y établir. Les Boliviens les connaissent sous le nom de Cambas, et, après avoir essayé plusieurs fois en pure perte de les soumettre, ils y ont complètement renoncé, et ont môme perdu une partie de leurs anciennes frontières, reconquises par ces mômes Indiens. Les missionnaires de Tarija ont fait peu de prosélytes parmi eux; les Chiriguanos tiennent beaucoup à la polygamie, et redoutent de se plier aux ordres des blancs, quelques promesses qu'on leur l^^sse. Cela ne les empêche pas du reste de vivre en bonnes relations avec eux. Beaucoup vont travailler dans les grandes villes de Bolivie, et rapportent dans leur pays une foule d'ustensiles de première nécessité, d'étoffes, de petits meubles, etc. — D'autres se répandent dans '^ nord des provinces argentines et y travaillent à l'égal des Mata- ^os. Us sont moins robustes et moins durs au travail que ces derniers, mais plus intelligents, plus propres, plus soigneux. Aussi les ^^Xiploie-t-on à tout ce qui demande quelque délicatesse dans la '^^in-d'œuvre. Ce sont les meilleurs ouvriers pour la tannerie, la ^^^nuiserie, etc.
Les Chiriguanos, dans leur pays môme, sont arrivés à un degré ^^ civilisation remarquable. Ils cultivent le mais, le manioc, la canne ^ ^ucre et une foule de légumes et d'arbres à fruit. Ils élèvent des *^^QBufs, des^chevaux, des chèvres, des moutons, des porcs, de la vo- ^^^ôlle, etc. Dans leurs villages, les maisons sont rangées proprement ^^tour d'une place carrée de cent mètres de côté. Leurs chaumières ^^lint faites de grands roseaux parfaitement tressés, avec un grand toit feuilles de palmier, touchant presque jusqu'à terre ; deux portes obiles, également en roseaux, y permettent la ventilation. A l'intéeur, des hamacs et des lits en cidr tressé reçoivent la famille. Cet teneur, soigneusement balayé, fait plaisir à voir par sa propreté et ^rdre avec lequel tout y est rangé.
Quant aux femmes, ce sont les plus agréables de toutes les Indien-
nés, et leur exquise propreté fait ressortir encore la beauté d leurs formes et rélégance de leur maintien. Elles se baignent ai moins deux fois par jour et peignent soigneusement leurs longs che veux noirs qui flottent sur leurs épaules. Une longue robe bleue d coton tissée et teinte par elles, nommée tipoy^ les enveloppe comm une toge romaine, et se serre autour de la taille par une ceinture d couleur éclatante. Les jeunes enfants des deux sexes vont nus jua qu'à rage de dix à douze ans.
Dans ces villages un cacique est chargé de maintenir l'ordre ; c'es lui qui fait donner lliospitalité aux étrangers, dans une grande cas construite pour cet usage.
Indépendamment de Tagriculture, les Chiriguarios ont aussi d r industrie ; ils sont habiles tanneurs et préparent des pantalons et de manteaux de cuir de cerf, qu'ils viennent vendre à Oran et cfui son excellents pour traverser les bois épineux de la contrée. On voit qui les Chiriguanos n'ont guère de sauvage que le nom. Pour nous,qu avons eu affaire à eux, nous désirerions que, dans beaucoup de pro vinces argentines, le paysan fut aussi avancé qu'eux sous plus d*ui rapport, surtout à l'endroit de la propreté.
Au point de vue religieux , les Chiriguanos croient à un être su préme père de toutes choses; mais leur instruction religieuse s borne là, et il n'y a chez eux nul culte public. Ils ont des devins connus sous le nom de pnye^ qui guérissent les maladies par des pft tiques particulières, telles que la succion de Testomac, et qui pré disent l'avenir. A cet égard , ils ont à peu près les mêmes supersti tions qu'iui grand nombre d'autres tribus indiennes de la Pampasi< Les hommes ont conservé Tusage du barbote^ ou ornement d la lèvre inférieure, si général autrefois parmi les Indiens du bassi de la Plata, mais ils l'ont remplacé par un simple bouton de ven de fabrique européenne, qui s'applique sous la lèvre inférieure ety ei maintenu par une petite traverse en dedans de cette lèvre, percée ell( môme pour laisser passer la queue du bouton. Cet ornement bizam qui est le signe distinctif du Chiriguano, est porté par tous les bon mes adultes sans exception, ce qui défigure un peu leur physi( nomie ouverte et intelligente ; heureusement que les femmes ne 1 portent point. Leurs arcs et leurs flèches ne les quittent jamais , ex cepté au moment du travail. Ils sont trè&-hîibiles chasseurs et flèchei avec une égale dextérité \^. paài ou le dorado qui s'approche de 1 surface de l'eau des rivières , la gelinotte des bois {pava de monti
qui perche sur les grands arbres de leurs bords, et le chevreuil [cor^ zuela) qui passe rapide comme Téclair dans la plaine.
Ce n'est guère que dans les plantations de la vallée de San-Fran-
cisco que les Chiriguanos viennent travailler. Près de Ledesma, ils
ont formé un joli village entouré de leurs cultures et où un certain
Domhre de familles se sont établies et vivent toute l'année. Ils sont
en somme plus sédentaires que les Matacos, qui, à peu d'exceptions
près, retournent chaque printemps à leurs bois.
Rien d'ailleurs de plus remarquable que le contraste entre ces deux nations, qui, sans être ennemies, vivent à côté lîune* de l'autre sans se mêler : l'une, à demi civilisée, intelligente^ propre, ayant le sentiment du bien-être et même du confort; l'autres* brutale, taciturne, ^'uiie effroyable saleté, et s'opiniâtrant à vivre ;dans une véritable n^îsère, lorsque son travail pourrait lui procurer. Tabondance. — I^ Mataco passe d'un travail acharné de plusieurs mois à* une inac- ^oti absolue. — Le Chiriguano, agriculteur plus, encore que chas- ^Ur, en fait moins à la fois, mais il s'occupe toute l'année et par conséquent vit mieux. .
lies recruteurs argentins vont chercher des ouvriers chez les Chî- '^g'uanos, comme chez les Matacos ; la solde mensuelle est la môme. tt paraît que, dans ces derniers temps, on est parvenu à en engager "ïx certain nombre pour les plantations de Tucuman.
Le chemin d'Oran à Santa-Cruz de la Sierra traverse le pays des C-l>.iriguanos tput entier. Quelques voyageurs l'évitent en faisant un ff^^nd détour vers l'ouest, ce qui allonge la route d'un bon tiers. *lais ceux qui ont pu se mettre en relation avec leurs caciquies ou ^^tjr être recommandés, traversent directement le. pays, *t payent de ^ÏMelqués bagatelles, telles que couteaux, ciseaux, colliers de verro- ^•^rie^, l'hospitalité qu'ils y reçoivent.
Les bonnes qualités des Chiriguanos et leur excellente conduite v^ar ils sont moins querelleurs et moins brutaux que les Matacosr) les ^^ndent très-sympathiques dans le nord de la Confédération ; aussi ^^nt-ils recherchés par les planteurs, qui ont en outre l'avantage de ^^s avoir à leur disposition toute l'année, aussitôt qu'ils ont traité. -Nlalheureu^ement les travailleurs de cette nation qui se décident à Sortir de chez eux, ne sont pas encore assez nombreux. Il est^lort à Souhaiter que l'on continue à les attirer dans le pays, en leur doublant des terres pour y étîiblir leurs villages et leurs cultm^es; car le sentiment de la propriété est très-enraciné chez les Chiriguanos, ^l ils s'attachent «tu lieu où ils se sont bâti une cabane, où ils culti-
vent en paix leur champ. Fixés dans un endroit, comme ils le son1 à Ledesma , par exemple , ils fournissent aux grandes cultures dej environs des bras adroits, actifs, et habiles aux divers métiers que met en œuvre l'industrie agricole.
Bien différents de ces paisibles et laborieux Indiens sont les Mocovis ou Mbocovis qui habitent l'intérieur du Chaco, vers le centre, et sont le fléau des frontières de Santa-Fé, de Cordova et de Santiago-del-Estero. Ces Mocovis, que les Santiagais nomment Indios Montaraces^ Indiens des bois, sont en guerre constante av« les Tobas, et Tétaient autrefois avec les Abipons, qu'ils ont presque détruits. Quoique bien réduits en nombre par ces guerres et par 11 variole, ils ne laissent pas que d'être encore fort incommodes; e en 18S4 et 1855, leurs invasions dans la province de Santiago on coûté la vie à une vingtaine de personnes, indépendamment dei nombreux bestiaux qu'ils ont enlevés. Les Mocovis ont toujours ha bité le Chaco ; ils y vivent exclusivement de chasse, et ce n'est qu< récemment qu'ils se. sont mis à élever quelques bestiaux. Ils son devenus aussi bons cavaliers que les Mbayas et manient la lanc4 comme eux.
Cette nation peu nombreuse aujourd'hui, mais renforcée d*un( certaine quantité de malfaiteurs des provinces voisines qui fuien au désert le châtiment de leurs méfaits, est un épouvantai constant pour tous les pasteurs du Rio-Dulce, du Rio-Salado e du nord de Santa-Fé. Le gouvernement espagnol avait autrefoii cherché à les réduire en formant des Missions parmi eux; maL la plupart se sont dissoutes; des trois qui restaient en 1810. San-Xavier, San-Pedro et Inispin, une seule a subsisté jusqu*i l'époque actuelle, c'est San-Pedro ; et cela, non à cause du lien religieux, mais parce que le gouvernement de Santa-Fé a constammen fourni les Mocovis qui composent cette mission, de maté, de tabai et de juments dont ils se nourrissent. On en a également établi quelques-unes à la colonie du Sauce, à côté de leurs anciens ennemis les Abipons, plus susceptibles de civilisation. L'expédition du général D. Antonino Taboada, à la fin de 1856, a pourtant amené aye< les Mocovis du Chaco un traité de paix qui n'a pas encore été violé et ils ont rendu quelques services à l'expédition fluviale du Salado en lui vendant des vivres; mais cette trêve repose sur des basei peu solides, et ne peut avoir de durée que lorsque l'ancienne fipontière de Santa-Fé, s'appuyant d'un côté sur le Parana et rArroyc
del Rey à l'est, de l'autre sur le Salado et le fortin du ïostado, à l'ouest, sera rétablie.
Les Abipons {Abipones)^ fort nombreux autrefois, ont été réduits, à la suite de leurs guerres avec les Mocovis (voyez page 152), à implorer le secours des Espagnols, qui en placèrent une partie dans la réduction, aujourd'hui abandonnée, de Garzas, de l'autre côté du Pal'aua, et à San-Gey-onimo^ sur TArroyo del Rey. Lors de l'abandon de l'ancienne frontière, ces Indiens furent placés à l'ouest de Santa- Fê, dans la petite colonie de Sauce qu'ils habitent encore aujourd'ixiii, au nombre de sept cents personnes environ, reste de toute la ïiation, sur lesquels cent cinquante hommes de combat. Us sont bons chir'étiens, dociles et laborieux. Excepté quelques vieillards, tout le ^ï^onde parle espagnol et on ne peut plus guère les considérer comme Retiens.
Il en est de même des Calchines, Indiens d'origine guaranie, qui ha.bitent le Rincon de San-José^ au nord de Santa-Fé, et sont agriculteurs et pasteurs. Ils sont tout à fait confondus avec la population dti la province. Le gouvernement passe des rations de tabac et de maté ^ l^urs hommes de combat , de même qu'aux Abipons, afin d'avoir ^vijours sous la main une force mobile, en cas d'attaque des tribus d^ l'intérieur.