INDIENS DU SUD
Lorsque, après la seconde fondation de Buénos-Ayres par Garay, ^^ 1382, les Quérandis se furent retirés vers le Sud, on donna le
nom générique de Pampas à toutes les peuplades qui erraient dans les grandeg plaines dont on ne connaissait pas encore retendue, et que les Indiens désignaient eux-mômes sous ce nom. Les Indiens Guaranis et les Chanas des environs, beaucoup moins énergiques que les Quérandis, avaient été partagés en commanderies, suivant la coutume , et les nouveaux colons , avec leurs serfs , se livraient à l'agriculture et à l'élève du bétail. On sait à quel point celui-ci multiplia ; bientôt d'immenses troupeaux de chevaux et de bœufs sauvages couvrirent la plaine. Les Indiens du Sud négligèrent dès lors la chasse des guanaques, des tatous et des autruches, pour profiter de ces troupeaux qui venaient pour ainsi dire s'offrir à eux. Ils devinrent excellents cavaliers , et commencèrent eux-mêmes à former des troupes die chevaux , hongrant et montant les mâles, et employant les juments pour leur nourriture. — Le dix-septième siècle se passa tout entier dans une paix profonde ; mais l'extension des estancias espagnoles vers le Sud et dans le voisinage du Rio-Salado amena un nouveau choc.
L'accroissement considérable du bétail avait donné lieu à un véritable commerce, à travers les passages des Andes, entre les tribus araucanes du Chili et celles du versant oriental de la Cordillère , également d'origine araucaue, et liées avec les premières par le langage, les habitudes, les souvenirs et une haine commune contre les chrétiens. Les habitants des pampas conduisaient au Chili le bétail à demi sauvage qu'ils ramassaient dans les plaines; ils recevaieni en échange du fer, des armes , des outils , enfin des objets de première nécessité de fabrique espagnole. — Mais comme la conduitt: du bétail h moitié réduit est pénible, et que d'ailleurs ce même bé-
tail diminuait, ils trouvèrent bientôt plus commode de voler celu^ des blancs, et commencèrent cette série d'incursions dites malon o maloca^ qui, sauf quelques rares interruptions, se sont continuée jusqu'à l'époque actuelle. Les frontières des provinces de Mendo de San-Luis, de Cordova, de Santa-Fé et de Buénos-Ayres ont él incessamment visitées par ces pillards, qui, fondant à l'improvis sur un village , sur une estancia , tuent les hommes , enlèvent 1^ femmes et les enfants, et emmènent le bétail.
Pour ces invasions, tantôt plusieurs tribus étaient liguées ensembl tantôt elles agissaient isolément. Le gouvernement espagnol essay de les civiliser, d'y établir des Missions. Les pères jésuites en or. nisèrent deux dans le Sud, mais ces barbares éttiient trop indiscipL nables pour accepter longtemps Tordre et lu sujétion d'un vi
régulier. Ils accueillirent bien les missionnaires, acceptèrent leurs petits présents, les écoutèrent quelque temps et les laissèrent ensuite ; les Missions du Vtilcan et du Colorado furent abandonnées, quelques anbées seulement après leur fondation, et ces tentatives en restèrent là. Le père Falkner, jésuite irlandais, qui résida assez longtemps à la Mission du Vulcan, dite de la Virgen de los Desamparadasy a fait ime histoire intéressante des tribus du Sud. Le premier, il a donné des renseignements exacts sur elles, et indiqué leurs rapports de race et d'origine avec celles de TAi^aucanie.
Les Indiens Pampas profitèrent des troubles des provinces argentines, à la suite de la révolution de mai 1810, pour recommencer leurs déprédations. A la fin du siècle dernier, le Rio-Salado avait été pi^îspour frontière vers le Sud, et Ton avait élevé une série de petits forts, où l'on maintenait une garnison de cavaliers connus sous le i^c>m de Blandengues. Vers l'Ouest, cette frontière s'étendait jusïvt'aux Andes par les forts de Melincué, las Tunas, Loreto, Carlota, ^Uerte-Viejo, San-Rafael, sur une. ligne à peu près parallèle au ^•4* degré de latitude sud. Lors de la guerre civile, ces fortifications * ^rent négligées ; en même temps, les partis cherchèrent à s'aider du '^^coursdes Indiens , et les mêlèrent à leurs querelles. Les barbares ^tu profitèrent pour piller à qui mieux mieux la frontière abandonnée, ^t les populations chrétiennes durent se replier vers le Nord, emmenant leurs familles et leiu*s bestiaux, et laissant aux Pampas un vaste ^rriloire.' — En 1833, le général Rosas fit une grande expédition pour J'^s rejeter de l'autre côté du Rio-Negro dans les déserts de la Patai^onie, et y réussit. Un grand nombre de captives chrétiennes furent délivrées, et la terreur régna dans les tribus ; plusieurs même firent Vine soumission complète et devinrent alliées fidèles, et Ton put voir Vin de leurs villages au fameux campement de Santos-Lugares, à quatre lieues de Buenos- Ayres. Mais la majeure partie des barbares, '^ne fois l'armée argentine éloignée, revint sur son ancien terrain ; ^t si, grâce à la terreur qu'inspirait Rosas, la frontière buénos- «yrienne fut respectée, il n'en fut pas de même de celles des autres 2>rovinces, qui restèrent dans le même état d'abandon et de désordre ; <eUe de San-Luis surtout fut désolée par les Pehuenches, qui, plusieurs fois, pénétrèrent jusque dans les rues de la capitale et infestèrent de leurs maraudem^s la grande route du Cliili. En outre, un Ion nombre d'officiers et de soldats du parti opposé à Rosas et à ses ^mis avaient grossi les rangs des Indiens , vivaient de leur vie , et ^ étaient pas les moins ardents dans leurs expéditionSé
La chute de Rosas, à la grande bataille de Monte-Caseros, au commencemeut de 1852, mit toutes les tribus du Sud aux pieds de son heureux vainqueur. Le général Urquiza grandissait à leurs yeux de toute sa gloire propre , autant que du pouvoir du chef déchu. Cet homme de sens et de cœur profita sagement de ces dispositions pour conclure une paix solide avec toutes les peuplades, et s'attacha leurs principaux chefs par de bons procédés et quelques largesses faites à propos. Tous les officiers émigrés parmi les Indiens furent rappelés, replacés dans Tarmée argentine et chargés de défendre cette même frontière qu'ils avaient visitée en de mauvais jours. En même temps, on s'occupa de rétablir Tancienne ligne des fortifications espagnoles, et cette œuvre, qui est heureusement commencée, a déjà rendu une sécurité complète au sud de quatre provinces argentines.
Malheureusement, la séparation de Buénos-AjTes du reste de la Confédération Ta empêchée de profiter du bienfait de la pacification générale, et les Indiens se sont dédommagés sur ses frontières du mal qu'ils ne pouvaient plus faire dans le Nord-Ouest. Depuis 1853, époque où une imprudente rupture avec le chef des Ranquèls a fait renouveler les hostilités, chaque année, une invasion indienne est venue mettre en coupe réglée les estancias du sud-ouest et de l'ouest de la province. Une immense quantité de bétail a disparu, et nombre de femmes et d'enfants ont été enlevés. En outre, les troupes de la province ont été battues plusieurs fois, et enhardis par leurs succès, les Ranquèls ont osé ime fois attaquer un corps de quatre-vingts hommes retranchés dans un grand corral palissade et les ont anéantis. Voilà où l'on en est avec eux aujourd'hui de ce côté, tandis que le sud des autres provinces est parfaitement tranquille.
Tous les Indiens du Sud ont à peu près les mêmes mœurs et la même manière de combattre. Excellents cavaliers, ils brandissent une lance de cinq mètres en bambou du Chili, et armée d'un long fer orné à sa base d'un bouquet de plumes d'autruche. Ils manient avec la même habileté les bolas et le lazo de leui^s ancêtres. Quelquesuns couvrent leur tête d'un casque de cuir, et se revêtent d'une sorte de cotte d'armes et de cuirasse également en cuir tanné. Cette armure défensive est principalement employée par les Pehuenches et les Iluilliches. Ils se sont refusés jusqu'à pré^nt à l'usage des armes à feu, malgré la facilité qu'ils ont de s'en procurer, et ne se fient qu'à leur adresse à manier la lance et à lancer un cheval; il est vrai qu'ils n'ont point de rivaux dans ces deux exercices. Rapides comme Téclair, ils tombent sur Tennemi, disparaissent de
même et reviennent encore à la charge. Incapables d'entamer un bon carré d'infanterie, ils deviennent excessivement dimgereux dès que le moindre désordre se met dans les rangs, car rien n'égale l'impétuosité de leur attaque et leur à-propos pour profiter de la moindre hésitation dans la défense. Les Indiens du Nord, môme les plus braves, tels que les Mocovis et les Mbayas, ne les valent pas pour les qualités militaires, quoiqu'ils soient aussi bons cavaliers. Race énergique et intrépide, ce sont d'excellents auxiliaires pour une armée. A pied, ils sont peu redoutables, et une simple fortification est capable de les arrêter, si ceux qui la défendent ont du sang-froid et sont bons tireurs.
Les Indiens Pampas vivent principalement de chasse et de la chair des nombreux troupeaux de juments qu'ils élèvent. Aujourd'hui, comme autrefois, ils en boivent le sang au moment où l'animal \ient d'être frappé. Depuis quelques années pourtant, ils se sont mis k la viande de bœuf. Un de leurs chefs nous a affirmé que les Ranquels commençaient à faire im peu de culture ; quant aux Pehuenches, ce sont les meilleurs agriculteurs de tous, et, sous ce rapport, ils tiennent de leurs frères d'origine, les Araucans.
Les caciques ont chez les Pampas un peu plus d'influence que chez les tribus du Nord. Il y a parmi ces Indiens une sorte d'aristocratie qui n'existe pas chez les autres, et qui parait venir également de l'Araucanie. Chaque horde obéit à un chef supérieur, qui a sous lui un certain nombre de subalternes. Ce chef rend la justice et commande en guerre, et son autorité est respectée si son courage dans les combats et sa sagesse dans les conseils lui concilient l'estime générale. Autrement son autorité n'est que nominale, et peut être remplacée au premier jour par celle d'un Indien plus brave ou plus habile.
Leurs idées religieuses proviennent égidement des Araucans ; ils admettent un Être suprême, un principe bon, Pillan^ et un mauvais principe, Gtialichu. Celui-ci seulement a besoin d'être conjuré par des offrandes et des sortilèges. Pillan se contente du respect que chaque Indien lui porte dans son cœur, et n'apohit de culte public. Ce dualisme existe au fond des idées religieuses, fort peu nettes, il est vrai, mais cependant réelles, de la plupart des Indiens de la Pampasie. Il se rapporterait donc, avec les idées superstitieuses dont nous allons parler, à cet ensemble de croyances quti l'on a désignées sous le nom de Chamanisme, et qui appartient à une partie de la race mongole, et surtout aux populations du nord de l'Asie. Leurs devins {Machys^ — Payes des ïobas, des Payaguas, etc.),
* coxF. AifiBzirnrB. — t. 11. 13
\d\ POPULATION ARGENTINE.
jouissent d'un grand crédit dans les tribus; ou leur attribue la faculté de jeter des sorts ; mais, lorsque quelque grand personnage est malade et que leur art est impuissant pour le guérir, ils courent souvent le danger d'être massacrés, car le public s'en prend & eux de tout ce qui arrive de mal, comme de tout ce qu'il survient de bon dans la peuplade. La foi en ces jongleurs ou sorciers est même tellement enracinée que les Indiens les plus raisonnables, et il y en a, ne peuvent s'en dépouiller complètement, et afiimient avec le jAus grand sang-froid du monde que très-souvent, pour éprouver leur» devins, ils les ont mis adroitement h l'épreuve, sans jamais les trou» ver en défaut.
La croyance au pouvoir de devins en communication avec des esprits supérieurs, bons ou mauvais, n'est pas propre seulement & la plupart des tribus sud-eméricaines de la Pampasie ; on la trouve aussi chez des peuplades d'origine guàranie habitant le Brésil, les Guyanes, etc., comme parmi d'autres fractions de la race rouge, habitant l'Amérique du Nord. On sait combien cette croyance est répandue chez les Mongols du grand désert de Cobi, chez les Sibériens indigènes, les Samolèdes, les Tongouses, les Kamtschadales, les barbares qui habitent l'Asie boréale, chez les Lapons même du nord de l'Europe, — toutes populations qui croient à leurs chamans ou sorciers comme à des prophètes. Les conjurations, la manière de procéder de ces jongleurs, sont analogues parmi les unes et les autres. Ne seraient-ce pas là les restes de croyances communes dénotant des liaisons qui poiuraient avoir eu lieu entre ces races diverses dans des siècles passés? La race rouge ne serait-elle, comme beaucoup de naturalistes l'ont avancé, qu'une modification de la race jaune, à certaines fractions de laquelle, au rameau tartare, par exemple, les Guaranis ressemblent tant? Nous ne prétendons nullement trancher ici la question d'origine; cette question^ ainsi que nous l'avons dit dans le principe, restera probablement insoluble^ mais noits devions signaler les analogies particulières qui nous ont frappé.
Du reste il n'y a chez les nations indiennes îiul culte public, sauf ' quelques cérémonies avant une campagne pont conjurer le Gualichu, et où le machy joue naturellement le rôle principal. Les Indiens du Sud croient à l'immortalité de l'àme et se font un paradis conforme aux idées qu'ils ont du bonheur supréme; Dans la demeure céleste de Pillan, on jouira d'une éternelle ivfesse dans des festins splendides; les guerriers y chasseront dans de belles plaines où il ne fait ni chaud ni froid, et où le gibier ne manquera jamais ; ils y
retrouveront leurs chevaux favoris, leurs armes les meilleures. Une preuve de la magnificence de ces chasses de Tautre vie, c'est que les nuages sont formés par les amas de plumes des autruches qu'ont chassées les âmes bienheureuses.
Des cérémonies particulières accompagnent les funérailles, qui sont d'autant plus pompeuses que le mort occupait un rang plus élevé dans la tribu. Souvent on immole quelques chevaux sur la tombe du mort, quelquefois même, dit-on, mais le fait est U'ès-rare, une vieille femme et des captifs, et on lui élève une sorte de tumulus^ ou pjTamide de terre, sur laquelle on place les peaux de ces chevaux grossièrement empaillées. Ces tombes sont extrêmement respectées de tous les Indiens. Il est assez remarquable que cette coutume ait été celle des anciens Scythes, ainsi que le père de Thistoire, Hérodote, l'a rapporté.
La polygamie est établie chez les Pampas : chacun a autant de femmes qu'il en peut nourrir. On donne une espèce de sérail, composé de vingt-cinq odalisques cuivrées et de quelques captives chrétiennes^ à Calfucura, le cacique des Ranquels, et le phis puissant aujourd'hui de tous les chefs de la Pampa. — Comme chez toutes les nations indiennes, soit du Nord, soit du Sud, les femmes sont ici chargées de tout le travail du canip : elles sellent et dessellent les chevaux, installent les tentes, cherchent le bois, font la cuisine; l'homme ne s'occupe que de la chasse, de la guen*e et de soigner le bétail. Outre cela, les femmes, mais elles sont quelquefois aidées par les hommes dans cette industrie, tissent des ponchos et des ceintures avec la laine qu'elles filent elles-mêmes et qu'elles teignent de couleurs très-vives et très-durables. Les Pampas y joignent l'industrie des cuirs tressés pour brides, fouets, ornements de cheval. Ces articles sont confectionnés avec un art infini et très-recherchés u Buénos-Ayrest, de même que leurs couvertures et leurs ponchos, leurs plumeaux, leurs tapis de plumes d'autruches ou en peaux de Zorillo [mouffette)^ leurs matés ornés de dessins très-originaux. Tous ces petits objets donnent lieu à un commerce qui n'est pas sans quelque importance avec le0 chrétiens. Les Indiens reçoivent en échange du vin, de l'eaudemci des fruits secs, de la farine, de l'herbe ou maté, du sucre, du tabac, des ustensiles, des étoffes de laine et de coton, etc., etc. iadis quelques Pampas avaient de petits magasins à Buénos-Ayres, ordinairement en association avec un pulpero { épicier - marchand de vin), qui leur prêtait une partie de sa boutique pour leur étalage ; on en Toit fort peu aujourd'hui.
Les PampaB ont adopté eu grande partie le costume argentin , bottes
àepotro^ chiripa^ veste eipo?icho; et, lorsqu'ils viennent dans les villes, il est assez difficile de les distinguer des autres gauchos. Au sein de leurs tribus ils portent des manteaux de peau de guanaque, de renard ou de cuir tanné, se peignent la figure de diverses couleurs, et ne marchent jamais sans leurs bolas suspendues à la ceinture et le couteau passé dans le cuir qui la forme . Les chevaux sont caparaçonnés comme celui du campagnard de la Plata : les chefs et même les ^impies soldats se plaisent à les couvrir de plaques d'argent. Plusieurs ont des aperos (harnais) tout aussi luxueux que n'importe quel officier argentin. Leurs huttes sont faites de branchages, sur lesquels sont étendues des peaux de cheval; faute de bois, on les installe comme des tentes. Leurs habitants s'y tiennent à moitié nus. Ces huttes sont généralement malpropres et peu commodes. Cependant les femmes se soignent assez personnellement, car elles prennent des bains tous 1 jours et en toute saison, quel que soit le froid ; mais, accablées de travaux malgré leur faiblesse, maltraitées par leurs brutaux époux, qui ne leur ménagent pas les coups de bolas à l'occasion, ces pauvres créatures sont dans un état d'abrutissement qui les rend peu attrayantes, surtout dès qu'elles cessent d'être jeunes. Il n'y a que les femmes des chefs, ou ulmènes^ qui, ayant des captives pour les servir, sont un peu plus ménagées.
En effet, dans toutes leurs invasions sur les terres chrétiennes, les Pampas enlèvent toujours un certain nombre de familles; ils commencent même aujourd'hui à faire des prisonniers, au lieu de massacrer, comme autrefois, tous les hommes à partir de douze ans. Les jeunes filles sont livrées à celui qui les a enlevées et qui les épouse de gré ou de force ; les femmes plus âgées sont esclaves et partagent tous les travaux de la hutte du maître. Les petits garçons sont adoptés parla tribu et fout plus tard partie de ses guerriers. Ces mélanges de races ont singulièrement éclairci le sang des Ranquels et des Pehuenches, les plus acharnés à toutes ces expéditions {malones) sur les terres des chrétiens. Les dernières invasions des bandes de Calfucura dans la province de Buenos- Ayres lui ont procuré beaucoup de captives; quelques-unes ont pu être rachetées par les soius du gouvernement de la Confédération ; mais le profit qu'en ont retiré ces Indiens n'a fait qu'exciter davantage leur cupidité, et il est à craindre que, tant que la frontière ne sera pas mieux défendue, ces invasions ne continuent à être périodiques, comme elles le sont depuis huit ans.
Il paraît que, dans quelques tribus, lorsqu'un cacique de haut rang vient à mourir, sa principale femme est enterrée avec lui; pourtant
cet honible usage commence à tomber en désuétude. Celui qui se conserve malheureusement, c'est de surcharger les femmes de plus de travaux qu'elles n'en peuvent faire ; aussi la reproduction est-elle singuUèrement restreinte; beaucoup d'enfants meurent en bas âge, faute de soins ; les maladies, surtout les fièvres éruptives, déciment les tribus; et la population indienne, loin d'augmenter, va diminuant chaque année. Qu'on joigne à cela l'usage des liqueurs fortes, dont ils ne sont que trop avides, et dont le résultat est de les abrutir et d'amener des querelles toujours suivies de meurtres et de blessures graves, ^t Ton s'expliquera l'affaiblissement de la population indigène.
On voit, en somme, que les Pampas ont une civilisation relative,
et qu'il serait plus juste de les qualifier de barbares que de sauvages,
car leur état de civilisation actuelle rappelle assez exactement celui
des barbares qui, au cinquième siècle, envahirent l'empire romain.
Us ne manquent nullement d'intelligence, ont une certaine aptitude
pour les arts mécaniques, le commerce, et môme pour diverses
branches de l'agriculture. Une paix solide avec les chrétiens et un
^on système de conduite à leur égard de la part du gouvernement
^e la Confédération peuvent hâter beaucoup leur fusion dans la
inasse commune , fusion à laquelle ils sont déjà préparés.
Ces mœurs et ces coutumes sont aussi en grande partie celles des Indiens Araucans, qui, dans le sud du Chili, ont conservé leur indépendance absolue, malgré leurs nombreuses guerres avec les Espagnols, depuis la découverte jusqu'à présent. Quelques fractions de ^eite nation énergique ont, à des époques qui ne sont pas connues , ^niigré de l'autre côté des Andes et donné naissance à ces tribus , désignées dans le pays sous le -nom commun de Pampas, mais qui ^^ partagent essentiellement aujourd'hui en Ranqueles et en Pehuen- ^*^^, tantôt alliés, tantôt séparés les uns des autres. Les noms de *<> Vîtes les tribus qui composent ce groupe ont été souvent confondus ^^^^c ceux des autres tribus du Sud , et l'on a fait des nations à part ^^ peuplades de même origine et de même langage, parce que les . -^diens eux-mêmes leur donnaient un nom dérivant de celui de la ^^^ité qu'elles habitaient, — Ce qu'il y a de certain, c'est que le ^^incipal rôle joué par les indigènes depuis un siècle et demi, dans ^^ sud des provinces argentines, a toujours appartenu à ceux d'ori- ^Xne araucane, et c'est à eux que se rapporte en grande partie ce que ^ous venons de dire des mœurs et de l'état social de ces nation^.
Les Indiens-Patagons proprement dits , ceux qui habitent au Sud
du Rio-Negi'o et mènent utie tie plus nomade que les précédents, sont encore moins conilUs , quoiqu'ils aietlt de temps à autre des relations avec les chrétiens.
Les premières notions uii peu exflctes données sur ces ttidiefts Tout été par le père Falconner ou Fcdkner, jésuite, qui résida longtemps dû milieu du siècle det^nier sur la frontière de Patagonie , et se irouva en relation avec lin ûsset gratid nortibi*e de tribiis qu'il essaya de réunir en Missions. Ses premiers essais, d'abord heureux, ne purent être continués, et les deut Missions qu'il avait fondées durent être abandonnées.
Fblkùer dit que les Indiens qui habitaient au sud du Rio-Negro se donnaient h eux-mêmes le nom de Moluches et de Ptielches. Ils voyageaient dans le milieu du pays, depuis cette rivière jusqu'au fond des déserts du Sud. — Les Chechehtiéts^ appartenant à la tnéme iiimille, habitaient les côtes orieiltales de l'occati Atlantique, de la baie de Sailit-Julien, etc. — Les Serranos ou Montagnai*ds campaient dans les petites sierras du Tdndil, de la Ventana et de Guamini. — Les tehUelches, hommes de hailte taille, formaient une tribu à part et se rapprochaient de la Cordillère, mais allaient de ce côté jusqu'au détroit de Magellan. — Enfin les Tathn&ts^ habitant au nord du Rio — Negro, et par conséquent plus rapprochés de Buénos-Ayt^s, étaient^ les restes des anciens Qùérandis , qui lors de la découverte avaient^ combattu Mendoza et î'avaieilt forcé à la retraite.
Àlcide d'Orbigny, qui a passé l'année 1827 presque entière aiR Carmen , fort sur le Rio-Negro , et s'est trouvé en rapport avec un. grand nombre d'Indiens de tribus diverses , les rangé dans trois sections seulement appartenant à son rameaii pampéén , dont elles ne sont que des fractions.
Patagons proprement dits ou tehuelches ancietitiemetit, nomades et voyageant dans leurs chasses du Rio-Negro au détroit. Leur taillô est en moyenne de 1",73, assez élevée, comble on voit; ils ont les épaules très-larges , les totaes massives , et le teint d'un bhm olivâtre foncé. — Leur langue est éminemment gutturale, très-distiiiete de celle que parlent les indigènes d'origine araucane.
Ce sont les Patagons vus par Magellan et par Pigafetla , son compagnon et l'historien de son voyage, qui a laissé im vocabulaire de quelques mots retrouvés les mômes par d'Orbigny.
Les Puelches ne sont qu une branche de cette même famille des Patagons, d'une taille un peu moins élevée, 1",70 en moyenne; d'un
langage à peu près le même, mais moins guttural et fortement altéré par des mots araucans. Ils habitaient alors sur les bords du Rio-Negro et dans le sud des provinces de Buénos*Ayres, de Gordova et de San-Luis jusqu'aux rivières Salado et Quinto. Comme type physique, ih formaient une transition entre les populations indiennes de Textrémilé sud et celles de la plaine intérieure : Mocovis, Tobas, Abipom^ etc.
Les Aiuxis^ les Ranqueles^ les Pehuenches^ les Huilliches, vivant
dans le voisinage des Andes et dans le sud de Mendo2a, étaient de
véritables Araucans, émigrés du Chili méridional, leur patrie, sur le
hersant oriental des Andes et dans les plaines qui gisent à leurs
Piedg. La couleur de ces Indiens est encore moins foncée que celle
des précédents, leur taille est moins élevée , et leurs formes moins
'^^^assives. Le langage est tout à fait différent, assez harmonieux
^^dme. Les Aucas avaient des poètes et des musiciens, une mytho*
*^gie assez compliquée. Tous sont remarquablement orateurs.
Depuis le voyage de M. d'Ôrbigny, les choses se sont un peu mo- ^Sifiées par suite de l'expédition du général Rosas, en 1833, vers le ^ud, de l'extension des populations chrétiennes dans cette direction et de la prépondance qu'ont prise les tribus Ranqueles. — ^ La plupart des Patagons ou Tehuelches paraissent s'être résignés à vivre dans le Sud. — Les Puelches se sont en partie fondus avec eux ou avec les Ranqueles et les Pehuenches; il en reste peu aujourd'hui. — Il n'est plus question en ce moment que des tribus d'origine araucane^ qui sont sur tous les points de la frontière du Sud, en contact avec les populations chrétiennes. Ces nations sont celles des Pehuenches, des Ranqueles et de temps à autre celle des Huilliches plus reculés vers le Sud-Ouest et par conséquent voisins de la cordillère des Andes. Ainsi que nous l'avons dit, on les désigne toutes dans le pays sous le nom commun de Pampas.
Ainsi donc, en commençant vers l'Ouest, pays d'origine des tribus dominantes dans le territoire indien du Sud et la Patagonie , nous trouverons : *
Les Pemuenches (hommes du pays des pins : le pin araucaria croit en abondance dans les Andes du Chili , sur le versant desquelles ils ont habité). •-' Les Aucas se sont réunis à eux et se sont fondus dans leur nation , chose peu difficile puisqu'ils étaient de même origine. Les Pehuenches sont donc une véritable tribu araucane, mais
ils sont plus nomades que leurs compatriotes de l'autre côté de la Cordillère. Ils habitent tout le versant oriental des Andes et les plaines du sud des frontières de Mendoza et de San-Luis. Leur cacique actuel est un nommé Galvan , vieillard d'une grande réputation de valeur et de prudence. Cependant son influence n'est que médiocre sur ses sujets turbidents. Il est dans d'excellents rapports avec les gouverneurs de San-Luis et de Mendoza, et emploie tous ses efforts pour maintenir la paix. Depuis huit ans les Pehuenches ont fait de grands progrès en agriculture ; ils ont de nombreux bestiaux , sèment de la luzerne, pratiquent l'irrigation et engraissent leur bétail, pour le faire passer au Chili dans la saison favorable. Beaucoup viennent commercer à San-Luis, où il est difficile de les distinguer' des autres gens de la campagne , car ils en ont le costume , les manières et l'aspect. Et cependant les Pehuenches, pendant de longues années, ont été le fléau du Sud. A l'Est, leurs campements s'étendent jusqu'aux bords des lagunes où se perd le Rio-Quinto.
Les HuiLLiCHEs ressemblent un peu aux Pehuenches, mais ils sont plus grands et d'une couleur plus foncée; ils habitent plus au sud, de l'autre côté du Rio-Negro , et sur le môme vei^sant oriental des Andes que les précédents. Dans leurs courses annuelles, ils vont tantôt jusqu'au détroit de Magellan , tantôt sur la frontière de Buénos- Ayres et sont assez volontiers nomades, sans toutefois cesser de revenir périodiquement à leur territoire. Ce sont en général des hommes de très-haute taille, bien faits et d'une grande intrépidité; ils représentent en partie les Patagons , tels que des récits fabuleux les dépeignaient. Il est certain qu'un de leurs caciques , Llampico, qui vivait à la fin du siècle dernier .et était en rapports très-paciflques avec les Espagnols, avait une taille qui dépassait 2 mètres.
Les Ranqueles ou Ranquilches, comme ils se nomment euxmêmes, habitent entre le territoire des Pehuenches, le Rio-Negro et la frontière de Buenos- Ayres. Ils passent pour les plus pillards, les plus fourbes et les plus indisciplinés de tous les Indiens du Sud. Cette nation parait formée d'un mélange de plusieurs anciennes tribus qui se sont fondues ensemble et elle réunit aujourd'hui un grand nombre de guerriers. Leur chef supérieur est encore ce Calfucura, dont nous avons parlé, et qui jouit d'une grande réputation dans toute la Pampa, dont il est le chef le plus puissant. Le principal campement des Ranquels est près des lagunes dites des Salinas^
Grandes, où, sous le gouvernement espagnol, on allait autrefois chercher du sel. Cette localité, qui est h 120 lieues sud-ouest de Buénos-Ayres, renferme, indépendamment de ses lacs salés, quelques lagunes d'eau douce, des bois, un terrain assez accidenté et propre à l'agriculture. On assure que les Ranquels ont commencé à semer du maïs , du blé , des légumes ; mais ces cultures sont encore bien peu de chose, et la chair des nombreux troupeaux de juments qu'ils élèvent fait, avec la chasse, la base de leur alimentation.
Les PuELCHEs habitent tout à fait au sud de Buénos-Avres dans les environs du Bahia-Blanca, du Tandil et du Rio-Colorado. Ils sont fractionnés en petites tiibus nomades dont un certain nombre ont été et sont encore à la solde de la province de Buénos-Ayres, qui leur passe des rations de tabac, maté, maïs, etc., et leur assigne par mois un certain nombre de juments pour nourriture. Ce sont aujourd'hui les moins dangereux de tous les Indiens du Sud.
Quant aux peuplades du sud du Rio-i\egro, qui errent dans les déserts de la Patagonie proprement dite, elles sont connues sous le nom général de Tehuelciies, ou gensdeTEst. Carie mot indien Che signifie pays ; de là cette syllabe pour terminaison de toutes les désignations de nations et de tribus.
D'ailleurs, toutes ces hordes étant essentiellement nomades, il s'ensuit beaucoup de confusion dans la désignation de Thabitat qu'on leur attribue ; on ne retrouve plus, au bout d'un certain temps, à la même place, les tribus que d'autres expéditions y avaient rencontrées. Et puis, quoique généralement plus unies que celles du Chaco, ces tribus ont aussi leui's querelles, leurs guerres, qui modifient incessamment leur nombre et leur rang comme puissance parmi les barbares. C'est ainsi que les Aucas ont presque disparu en se fusionnant avec les Pehuenches et les Ranquels.
Quant à donner une idée du chiffre de la population de cette partie extrême de l'Amérique du Sud, cela est absolument impossible, par suite de la nature du terrain et de la distribution irrégulière des peuplades indiennes dans les Pampas ; mais on peut assurer que cette population est fort peu considérable. Toutes les nations comprises entre le 34* degré et le Rio-Negro, réunies, ne seraient certainement pas capables de mettre 10,000 hommes sous les armes; ces barbares ue sont redoutables que par la rapidité et la soudaineté de leurs attaques, eu égard au peu de résistance qu'ils rencontrent sur une frontière immense gardée par de faibles postes disséminés au milieu d'un pays presque désert. Le jour où la population argentine rurale aura
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agseis augmenté pour que cette ligne soit cultivée et remplie de villages, ce jour4à, les Indiens du Sud ne seront plus à craindre, ou plutôt ils n'existeront déjà plus, forcés qu'ils auront été, ou de se fondre^ comme l'ont fait tant d'autres nations, dans la population nouvelle, ou de se retirer au fond des déserts de la Patagonie derrière le Rio-Negro qu'ils ne devront plus repasser.
PAOIfTlàAB DKS INDIENS.
Lorsque la première terreur de la conquête fut passée, et que les Espagnols eurent étendu leur empire sur les peuplades dociles et peu énergiques de race guaranie ou quichua, ils se trouvèrent face à face avec des nations qui, h aucun prix, ne voulaient accepter le joug des enconmiendas (commanderies), et qui, retranchées dans leurs déserts, disparaissaient devant les expéditions que l'on dirigeait contre elles, pour revenir ensuite attaquer les établissements nouvellement fondés. Dans l'impossibilité de pénétrer plus avant, on dut s'arrêter ; d'un autre côté, le pays était si Vaste, la population d'origine européenne si peu nombreuse, qu'elle ne put occuper solidement que certains points, laissant provisoiremei^t les autres abandonnés à la valeur individuelle des colons qui osaient s'avancer loin des principaux Centres de population. Pendant toute la durée des seizième et dijc-septième siècles, tantôt les révoltes des Indiens soumis {mansos)^ tantôt les excursions des hordes sauvages {bravos), mirent la colonisation en péril. Il fallut abandonner plusieurs postes établis au loin, soit aUx empiétements des Portugais, soit aux attaques réitérées des barbares. O'est ainsi que l'on perdit successivement la province de la OUayra, sur le haut Parana, les Llanos de Xérez, les possessions dans le Chaco, sur le bas Vermejo, les conquêtes de Manso dans les plaines qui portent son nom, entre cette rivière et le Pllcomayo. •
Dans le courant du dix-huitième siècle, Textension des établissements chrétiens ayant pour principal objet l'élève du bétail, la valeur qu'ils avaient acquise fit sentir la nécessité de les défendre à la fois éontre les barbares du Sud et contre ceux du Nord. L'administration espagnole s'arrêta à Tidée d'établir une ligne de postes fortifiés le long du désert, de manière à contenir à la fois les uns et les autres. Indépendamment de quelques compagnies de troupes de ligne, les milices locales devaient y faire un service temporaire.
Ces forts commencèrent par être de simples enceintes de pieux en-
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foncés en teite, avec un fossé en dehors et quelques pièces de canon aux angles, sur un petit cavalier formant bastion. Dans le voisinage, une autre enceinte de pieux servait de corral^ pour recevoir la nuit les chevaux de la garnison. Bientôt quelques maisons se groupèrent autour de ces fortifications , peu redoutables sans doute, mais sufftsantes pour en imposer aux barbares, qui n'attaquent jamais que par surprise ; et des villages s'élevèrent ainsi sur la lisière du désert. Ces villages furent certainement bien misérables, la crainte des Indiens, d'un côté, la paresse du soldat, de l'autre, excluant toute agriculture, et plus d*un de ces campements improvisés ressembla plutôt à imo tolderia (village) d'Indiens qu'à une bourgade chrétienne.
Le peu de valeur réelle de ces petites forteresses fit qu'on en multiplia le nombre, en les augmentant et en les déplaçant tour à tour avec la plus grande facilité ; aussi le chiffre en est-il plus considérable sûr les cartes qu'il ne Test en réalité , beaucoup de ceux qui y figurent n'existant plus aujourd'hui. Ces fortifications n'ont d'ailleurs qu'Une importance momentiuiée, qui cesse dès que le pays commetice à se peupler; car alors les habitants sont assez forts et assez nombreux pour se faire respecter des Indiens, qui n'ont d'autre but que de Voler, en s'exposant le moins possible.
Frontière ancienne du Nord. — C'est ainsi que fut fondée la ligne australe du Chaco, pour défendre Santa-Fé contre les Mocovis et les Tobas, qui plus d'une fois vinrent insulter ses faubourgs, pour couvrir la plaine de Cordova, aux environs de la lagune de los Porongos et la route qui de Santa-Fé allait directement à Santiago del Estero. Là ligne du Chaco devait protéger cette ville, en môme temps que la plaine de Tucuman, tandis que le long du haut Salado et sur les derniers versants de la Sierra del Alumbre, une autre série de petits forts garantissaient les provinces dfe Salta et de Jujuy.
La première ligne de défense de Santa-Fé partait du fort de Cayasta^ dtué à 12 lieues nord de cette ville, et passant par celui de San- Pedro^ gagnait La Esquina^ sur le Rio-Salado ; puis, à l'ouest de cette rivière, les forts de la Solednd^ de Melo^ de Los Stmchales. Ce dernier était en communication avec celui du Quebracho-herrado^ dans la province de Cordova. — Vers la fin du siècle dernier, la ligne du Nord fut reportée beaucoup plus haut, jusqu'à l'Arroyodel-Rey, où fut établie, non loin du Parana, la réduction de San- Geronimo , peuplée d'Indiens Abipons. La réduction de San-Javîer, plus au sud et également près du Farana, en face du hameau
de Cavallii-cuatia (aujourd'hui La Paz), sur la berge opposée du fleuve, reçut des Mocovis; ou en plaça aussi à Inispin^ et toute cette large bande d'excellent terrain bien arrosé se couvrit d'estancias. De San-Javier, la ligue, eu passant par le fort de Melo placé au centre, gagnait celui de la Esquina, sur le Salado, puis, franchissant la rivière, atteignait ceux Del-Eje et de la Soledad. Ce double système couvrait, ainsi que nous Tavous déjà dit, les deux routes directes de Santa-Fé à Santiago, parlos Sunchales (140 lieues), et à Cordova, par le Quebracho-herrado et le Rosario de los ranchos (75 lieues).
Entre le Quebracho-herrado et la lagune de los Porongos, appelée aussi Mar Chiquita (petite mer), le passage était couvert par les fortins du Carabato^ de La Trinchera et de Los Morteros, qui allaient se relier avec celui de los Sunchales.
Le fort d'Abipones^ qui existe encore, défendait la ligne du Rio- Dulce, dans la province de Santiago del Estero, et s'appuyait sur le fort du Tostadoj le plus austral de cette province, au bord du Rio- Salado; puis venaient ceux de La Viuda^ de Las Tres-Cruces^ de Pitos^ de Balbuena^ à'Ortega et de Miraflorès^ tous échelonnés sur la môme rivière. Ce dernier communiquait avec ceux de San-Fernando^ de San-Berimrdo et de San^Simon^ qui couvraient les derniei*s contre-forts de la Sierra del Alumbre et la lisière du Chaco. Enfin, à la jonction du Rio-Grande de Jujuy ou San-Francisco avec le Vermejo, le fort Pizarro, et plus haut la ville de la Nueva- Oran^ fondée en 1804, complétaient ce système.
Frontière ancienne du Sud, — La frontière du Sud, sans compter celle de Ruénos-Ayres qui faisait un système à part, parcourait une ligne à peu près parallèle au 34' degré, et formée de deux séries de fortins, les uns avancés vers le désert, les autres le long des rivières Tercero et Cuarto. Ainsi les deux postes de la./wrf/a- Muerta et de Melincué se reliaient avec la frontière de Ruénos- Ayres et se continuaient vers Touest par ceux de Loreto^ de Las- Tunas^ de Santa-Catalitia^ del-ùratorio^ sur le Rio-Quinto, etc.; enfin, après une très-vaste lacune, par ceux de San-Rafael et de San-Carlos^ dans la province de Mendoza, sur le versant le plus oriental des Andes. — La ligne intérieure se composait des forts de la Esquina^ du Saladillo^ sur le Rio-Tercero ; de Carlota^ de Rio- Cuarto^ sur la rivière de ce nom; à'AcMiras^ du Morro^ à la pointe sud des massifs de Cordova et de San-Luis, enfin de la ville de San-Luis elle-même ; de la ligne du Rio-Tunuyan et de la rivière de Mendoza.