‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 98 sur 285 · INDIENS. — FRONTIÈRE ANCIENNE · texte numérisé non relu

INDIENS. — FRONTIÈRE ANCIENNE

Frontière de Buenos- Ayres. — Cette frontière ne fut sérieusement protégée qu'à la fin du siècle dernier ; ce fut Azara qui la traça luimême en 1796, et marqua l'emplacement des forts. En effet, jusqu'en 1740 toute la campagne de Buenos- Ayres avait été laissée, pour ainsi dire, à la merci des Indiens, qui venaient à de longs intervalles pilier jusqu'aux environs de la capitale. Les gouverneurs Ortiz de Rosas et Andonaegui commencèrent alors à traiter avec eux, et ces bons procédés, joints à quelques présents faits à propos, amenèrent une trêve et quelques relations bienveillantes entre leurs chefs et l'autorité espagnole. Ce fut à partir de cette époque que la campagne commença à se peupler davantage, et que s'élevèrent tous les bourgs qui sont aujourd'hui devenus des villes.

Le plan d'Azara partait de Melincué et donnait pour frontière militaire le Mio-Salado. Les forts et gardes anciens de Mercedes ou Cabeza-del-Tigre^ Rojas^ Salto^ Areco^ Lobos, Monte ^ et Cliascomm^ étaient conservés et renforcés, mais on construisait une série de fortins avancés de l'autre côté du Rio-Salado et dans les endroits les plus favorables pour y maintenir un corps de cavalerie et pouvoir au besoin y établir plus tard une population agricole. Ce plan ue fut pas mis à exécution.

Les invasions anglaises de 1806 et 1807 arrêtèrent le progrès général qui, depuis quelques années, se faisait remarquer dans tout le bassin de la Plata, et que secondait de tout son pouvoir l'autorité du vice-roi et de ses agents. Bientôt après, la révolution sud-américaine, puis les guerres civiles qui Li suivirent, replongèrent tout dans le chaos. De 1810 à 1853 la province de Buenos- Ayres fut la seule qui eût gagné réellement au changement de régime. Sa population augmenta par suite de Timmigration étrangère, sa frontière s'étendit et fut assurée par les forts de la Fédération^ du 25 Mai^ du Tandil^ et de Bahia-Blanca, ce qui reportait sa ligne à 60 lieue? au sud du Rio-Salado ; un instant même, en 1833, tout le Sud fut purgé d'Indiens, rejetés de l'autre côté du Rio-Negi'o. — Il n'en fut pas de même des provinces, qui furent euUmiées à la fois au nord et au sud par les barbares.

La frontière nord de Santa-F6 ayant été désarmée, les Indiens soumis de San-Geronimo et de San-Javier abandonnèrent ces postes aTancés. Une partie retourna à la vie sauvage et se mêla aux Tobas et aux Mocovis; l'autre, repliée sm* Santa-Fé, fut placée à San-Pedro

20h POPULATION ARGENTINE.

et au Sauce; tous les anciens fortins furent délaissés, et la frontière amenée à 12 lieues seulement de la ville. Il fallut abandonner la route de Santiago del Estero par los Sunchales, et même celle de Cordova par le Quebrachorherrado. La barbarie grandissait de tout ce que lui abandonnait une civilisation que la guerre civile faisait rétrograder à Tétat sauvage. La province de Santiago del Estero n'était pag moins tenue en échec ; ses estancias étaient mises en coupe réglée parles Montaraces (Indiens Mocovis et Tobas) qui, ne trouvant aucune résistance dans une province désorganisée, y venaient à leur aise dévaster les propriétés et décimer les habitants. De toute son ancienne ligne de fortifications il ne lui resta qu'Abipones, protégé par les nombreux canaux de Rio-Dulce, et le Bracho sur le Rio-Salado ; mais ces deux points militaires isolés n'empêchaient nullement les barbares de pénétrer dans Tintérieur et d'en ramener paisiblement le bétail volé. — Quant aux postes de Pitos, Balbuena, Ortega et Miraflores, ils furent abandonnés comme inutiles, aussi bien que ceux de la ligne de la Sierra del Alumbre ; eu effet, les Indiens de cette partie du Chaco étant entrés en bonnes relations avec les blancs depuis de longues années, ainsi que nous l'avons dit en parlant des Matacos (voir page 181), il y avait peu à craindre de ce côté. La lieutenance d'Oran et la province de Salta souffrirent peu de la guerre civile, grâce au bon sens de leurs habitants.

Dans le sud, on faisait les mêmes pertes que du côté du nord. La ligne se trouvait réduite au cours des rivières Tercero et Cuarto et à la grande route du Chili, car, au sud de cette route, tout était aban^ donné aux Ranqueles et aux Pehuenches« Les fortins de la India^ Muerta, de lasTunas, del Omtorio, étaient tombés en ruines} les seuls point habités qui restaient de ce côté étaient la Ësquina, le Salàdillo, Rio-Cuarto, Achiras, le Morro et San-Luis. Les postes aux chevaux^ absolument nécessaires pour maintenir les communications avec le Chili, avaient dû se défendre elles-mêmes et s'étaient entourées de haies épaisses de tunas [Cactus cereus)^ défense préférable à une muraille et que les Indiens n'osaient attaquer, se contentant de faire des razzias sur le bétail de la plaine. Quant aux bourgades que nous venons de nommer, elles avaient assez de population pour résister aux barbares, qui les bloquèrent cependant plus d'une fois. Elles eussent succombé à leur tour si ceux-ci avaient su faire usage des armes à feu. Mais ce qu'il y avait de plus déplorable dans ce désordre général, c'est que beaucoup de chrétiens, la lie des populations voisines^ faisaient cause commune avec les sauvages et vCé^

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