INSECTES NUISIBLES. — SAUTERELLES
toujours quelques individus isolés. — Cette sauterelle a cinq à six centimètres de long, une tôte verte ou brune, tronquée en devant, les mandibules d'un noir bleu, le corselet brun ouverdâtre, comprimé sur les flancs , les élytres brun clair marbré de noir, les ailes transparentes et d'une teinte verdAtre , les cuisses grosses et charnues, tachetées de noir, et les pattes rougeâtres. Le criquet de l'Amérique du Sud a exactement ces mêmes formes : vert tacheté de noir quand ses ailes ne sont pas encore développées , il devient d'un vert jaune quand il est insecte parfait ; la couleur rouge qui signale les plus gros tient au développement de la chair musculaire des cuisses. .
Le criquet de l'ancien continent saute mal, mais il a le vol puissant et soutenu ; il mange énormément, et est si vorace qu'on voit quelquefois, pendant l'accouplement, la femelle dévorer la tête du mâle. Il apparaît tout à coup dans un pays par nuées immenses, sans que l'on sache d'où il est sorti, et il ne se retire qu'après avoir tout ravagé. En Arabie et en Afrique, de toute antiquité, quelques peuplades mangent ces insectes. L'Evangile raconta que saint Jean- Baptiste, alors qu'il vivait dans le désert, se nourrissait de sauterelles ; plusieurs tribus des bords de la mer Rouge pointaient le nom d' Acridiophages^ mangeuses de sauterelles. Les Grecs s'en faisaient envoyer conlites dans la saumure , et ou les servait comme hoi*sd'œuvre. Encore aujourd'hui à Bagdad, sur les rives du Tigre, de l'Euphrate, aux bords du golfe Persique, les Arabes syriens en font, dit-on, une notable consommation. Lorsque par malheur le nombre des sauterelles est assez grand pour dévaster le pays, ce gibier de nouvelle- espèce devient la base de la nourriture des habitants, auxquels tout le reste fait faute en ces moments-là.
Dans toutes ces régions, si analogues par leur conformation physique et leur climat à certaines parties du bassin de la Plata, les sauterelles, après des intervalles de temps plus ou moins longs, apparaissent brusquement, vers la fin de l'été, par légions innombrables, font disparaître toute végétation, et si les vents ne les entraînent pas phis loin, elles meurent sur les lieux mêmes et infectent l'air de leurs cadavres. Saint Augustin raconte que de son temps une peste qui enleva à la Numidie huit cent mille personnes n'eut pas d'autre cause que le passage de myriades de sîmterelles, lesquelles, noyées dans la mer où le vent les avait poussées, furent rejetées sur la plage, et, s'y corrompant, remplirent l'atmosphère de miasmes pestilentiels.
Lorsque les bandes de sauterelles apparaissent dans ces régions,
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la population entière se lève contre elles ; on allume de grands feux, on ouvre des fosses dans lesquelles on les pousse ; mais on n'amve jamais qu'à limiter incomplètement leurs ravages.
Ces sauterelles sont pour TAmérique du Sud ce qu'elles sont et ont été pour Tancien Continent; seulement on ne les y mange pasi Lt* fié^iu y est ancien et connu depuis la découverte; mais nous devons dire qu'il semblerait plus fréquent depuis quelque temps, car ^VjMira en parle peu. Il dit seulement qu'au Paraguay les habitants prétendaient qu'ils avaient la sauterelle chaque fois quai leur venait un nouvel évêque ; or, les évéques n'étaient remplacés qu'à de longs intervalles, et malheureusement, si nuus en jugeons par ce qui s'est passé depuis une vingtaine d'années, les visites de cet instvte destnuîteur mai plus rappro<*héos.
Le criquet ravage de temps à auti'e les pfeùnes du Mexiq^ie ; nous ne sawns s'il s'adresse quelqtiefoîs à celles de l'Orénoque ; quant au Brésil, il y «st fort rare; il n'aime pas les pays boisés et ne »e reproduit bien qu'en plaine. I^s chaînes de montagnes ne TemptVhent cependant point de p*isser, puisqu'au mois de novembre 180fi, par 33° 5', au PortezAielo-de-Siiso encore couwrt de neige qui commen* çait seulement à fondre, M. de Souillac en ti"ouvn la cordillère remplie. Les valk^es de la Rioja et de Catamarca, sépan^es de la plaine par de hauts cordons montagneux, en sont quelquefois visitées, car au Fuei-te de Andalgala les cultivateurs nous disaient qu'ils n'a^iicnt d'autre fléau à craindre que celui-là. A'^ers le sud, il s'étend jusque dans les déserta de la Patagonie , puisqu'en 1782 , Yiedma le rencontra sur les bords du Rio de Santa-Cruz par 50 degrc'»* de latitude sud. Nous n'avons point entendu dire qu'il se soib monti^ au Chili.
La Bande-Orientale et la province brésilienne de Bio-Grande en i^ont généralement épargnées ; cependant nous avons vu un passagt» de Sïmterelles à Montevideo au commencement de- décembre 1831: le vent les poussait dans la Plata où elles se noyèrent ; celles qui resté- ^•ent aux environs ne firent que de médiocres ra>Tag^s , étant déjà vieilles et fatiguées, et quoiqu'elles couvrissent la campagne, elles attaquèrent peu les arbres ; il est ^Tai qu'elles venaient aloi'S de ravager complètement l'Entre-Rios,
Les sauterelles ne se montivnt généralement qu'au bout de six à sept ans d'inter\'alle dans le même canton, quelquefois deux années de suite, mais !ion pîis en même quantité. Ainsi, en 1837, elles lirent peu de mal dans le département de Parana; en 1858, elles n'y lî«ss<»re!it ni une feuille aux arbres ni un brin d'herbe. Rîf^n d'ail-
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leui's de plus iiTégulier que kur marche ; elles épargnent un canton et vont en dévaster complètement un autre. Quant à leur point de départ, elles semblent venir du centre de la Confédération, tantôt du massif de Cordova , tantôt du cœur du Chaco , pour de là rayonner sur le reste du pays. Comme nous l'avons dit, elles évitent ordinairement les endroits boisés et préfèrent les plaines; mais tous les bon- ({uets d'arbres isolés qu'elles rencontrent sont dévorée.
Chaque année elles attaquent quelques points du territoire argentin, mais d'une manière inégale : tantôt c'est une bande isolée que Ton peut détruire facilement, ou qui passe vite; tantM ce sont des images épais qui, s'abattant, ne laissent rien sur le sol. Au mois de novembre 1836, nous en \1mes passer quelques colonnes près de liio-Cuarto dans le sud de la province de CiOrdova, et nous sûmes qu'elles avaient été très-abondantes dans le territoire indien du sud ; im mois après, nous en trouvâmes quelques petites bandes nouvellement écloses dans la province de San-Luis, et dont on se débarrassa facilement. — Au commencement de 18S8, alors qu'elles ravageaient impitoyablement le littoral, nous les trouvions en petites quantités sur le versant oriental de la sierra de Cordova, et les habitants nous disaient qu'elles ne les avîiient pas quittés depuis dix ans. Cependant, comme ce versant est entièrement l)oisé, la destmction qu'elles faisaient des végétaux était insensible. On ne s'en occupait que lorsqu'une colonne «ttaquait un champ cultivé ; on l'entourait alors de paille enflammée et on la brûlait. H est vrai que dans toute cette partie c'était se«lf^ ment la sauteuse [saltona]^ c'est-à-dire la sauterelle qui n'a pas encore ses ailes, et qui rampe sur le sol jusqu'à ce qu'elle puisse s'envoler; elle ne séjournait que peu de temps dans la même localité.
Les ravagt^s commis par la saltotm ne sont cependant pas moins considérables que ceux que produit celle qui vole [la voladora), — On se fait difticilement mie idée de l'immense quantité de ces insectes : si par hasî\rd on en rencontre une colonne sur un termin s<»c et uni, on dirait une rivière verte couvrant une route; si un cours d'eau se • tmuve sur leur passage, elles le passent en s'accrochant les unes aux autres. En vain les poissons, les oiseaux eu détruisent un nombrt» , incroyable; la multitude n'en paraît pas diminuée un instant, H les cadavres des unes servent de pont à celles qui suivent. Des témoins oculaires nous ont affirmé les avoir vues traverser ainsi l'énorme fleuve Parana. La saltona est cependant pUis facile à détruire que la voladora, car on peut diriger ses colonnes dans des fossés où on les <ÎMtt»rre, les brûler ï^vec de la paille enflammée, les arroser d'etui boViil-
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lante, les conduire, en les frappant doucement avec des branches d'arbivs vers un terrain plat et uni où on les écrase. On en préserve les arbres fniitiers en frottiint le tronc avec de la craie ou en les enveloppant de laine. Comme elles marchent difficilement sur les corps polis, on entoure d'une bande de crépissage à la chaux bien fait, large de vingt h vingt-cinq centimètres, les murailles des jardins, et Ton pousse, si Ton peut, la colonne ailleurs; car ces animaux semblent se diriger instinctivement droit devant eux, le plus souvent de Touest à Test, et toujoui's par groupes. Une sauterelle plus grande, quelquefois une voladora^ leur sert de guide ; la colonne marche en rang comme celle de la fourmi processionaria^ et semble obéir à des ordres que leur communiquent des chefs qui courent sur les flancs. Lorsque les saltonas sont devenues assez grosses, la peau du dos se fend, leurs ailes sortent, et elles s'élancent alors par milliards, obscurcissant Tair et s'abattant partout où il y a quelques végétaux à dévcn rer. Il est à remarquer qu'elles prennent les ailes toutes à la fois ou à peu près, et que, pour commencer leur vol, elles attendent que toutes soient prêtes.
La sauterelle, alors qu'elle est encore à l'état de saltona, est verte, d'un éclat métallique, tachetée de noir et de jaune, et fait réellement un insecte fort élégant. Lorsqu'elle a pris des ailes, au contraire, elle grossit en quelques jours, devient rougeâtre et d'un aspect presque repoussant. A tout âge de leur vie les sauterelles mangent énormément, mais une fois munies de leurs ailes, elles dévorent au quadruple. On entend de loin le bruit de leurs mâchoires qui tranchent les parties les plus dures des végétaux; non-seulement elles mangent les tiges des jeunes arbres, mais elles attaquent même l'écorce. Leurs excréments souillent la terre d'une sorte de pluie noire de mauvaise odeur.
Une fois l'endroit où elles se sont posées dévasté, elles se lèvent toutes ensemble et vont plus loin raser le sol. Elles ne reviennent presque jamais sur leurs pas , de sorte que si l'on est parvenu, à force de soins, à préserver un jardin, un terrain pendant tout le passage d'une colonne, on n'a plus à craindre de les voir envahis.
Quelquefois il passe tout à coup des bandes innombrables de tWûdoras^ qui épargnent une bande de terre et vont se poser quinze ou vingt lieues plus loin. Au mois d'octobre 1858, nous lisions dans les journaux de Corrientes que tout le département avait été épargné, pendant que les bandes parties du Ghaco, passant par-dessus la ville, étaient allées vers la lagune Ibera. En effet, leur vol est très-haut^