‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 178 sur 193 · INSECTES NUISIBLES. — SAUTERELLES · texte numérisé non relu

INSECTES NUISIBLES. — SAUTERELLES

très-puissant et très-soutenu , et si le vent ne leur est pas contraire, elles peuvent franchir de gi'ands espaces. — C'est ainsi que Ton peut expliquer les invasions de sauterelles venues d'Afrique en Europe par-dessus la Méditerranée , et leur disparition subite d'un canton pour aller reparaître beaucoup plus loin. — Ici, arrivées au bord des grands fleuves, tels que le Parana ou l'Uruguay, les voladoras s'élèvent extrêmement haut et fuient vers l'est, poussées par les colonnes qui viennent par derrière et qui disparaissent également à leur tour. Pendant qu'elles sont occupées à paître, les oiseaux, les reptiles, tous les animaux enfin en font une immense destruction, encore plus de la roladora que de Xàsaltona; mais il n'y parait nullement. Les poules et les oiseaux de basse-cour en sont fort avides. Cette nourriture communique momentanément à la chair de ces oiseaux un mauvais goût , et les œufs mêmes des poules ne valent rien alors.

On a observé que les saisons chaudes et humides favorisent le développement des sauterelles , et qu'elles voyagent surtout par les temps sereins; que les grandes pluies et le froid les tuent et détruisent leurs œufs; mais cela n'est pas constant. En effet, le mois de décembre 1857 fut remarquable par ses pluies torrentueuses dans l'Entre-llios , ce qui n'empêcha pas une partie de la province d'éti'e dévastée par ces insectes le mois suivant. — Les femelles pondent leurs œufs en petits paquets environnés d'une espèce de toile; elles les déposent sur le sol ou grattent légèrement la terre pour les y enfouir. Heureusement que l'ardeur du soleil les dessèche et en fait disparaître la presque totalité; heureusement aussi, les autres insectes, les oiseaux, etc., en font une grande destruction : ce qui contribue StUis doute à la non-permanence du fléau.

Toutefois , il est difficile d'expliquer d'une manière complètement Siitisfaisante pourquoi les sauterelles paraissent une année et non pas l'autre ; pourquoi elles vont cette fois dans un sens, et l'autre fois dans un sens contraire ; pourquoi, enfin loi*squ'elles ont déposé leurs œufs, et cela arrive généralement avec la voladora^ on n'a piis toujours une invasion au mémo endroit l'année suivante. Rien de capricieux comme la naissance et la marche de ces insectes , qui semblent naître dans les endroits déserts pour venir tout à coup envahir les lieux peuplés. Ainsi l'on ne voit point d'ordinaire la sauterelle se développer ; elle arrive déjà assez grande, et commence ainsi, de proche en proche , ses ravages, marchant toujours en avant, et n'abandonnant le pays que lorsqu'il n'y a plus rien à dévorer.

Quelques plantes trouvent cependant grâce devant elles : elles

in RÈGNE VIÔGÉTAL.

u'atUiqueiit jamais le Paraiso (Azédarac), rarement le Melon; mais

(*lles s'acharnent sur toutes les plantes aromatiques, puis sur FOrauger, le Grenadier, le Figuier, TOmbu, les Mimosées, etc., qui sont complètement dépouillés. En février 1858, nous traversâmes les bois du Salado, dans les environs de Santa-Fé ; la sauterelle venait dVu sortir, et ils présentaient l'aspect qu'ils ont en hiver : il n'y avait pas une feuille aux arbres, le sol était nu, on eût dit que la flamnip avait passé par là. 11 en fut de même à Pai-îma : elles entraient même dans les maisons pour y manger le linge ; elles dévoraient les toits de chaume, enfin tout ce qui était d'origine végétale , et quand il n'y-eut plus rien, elles disparurent.

Le séjour de la voladora dans un canton ne dure que quelques jours, car tout est bien vite dévasté; mais celui de la saltona se prolonge pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'elle ait des ailes pour s'envoler. En outre, comme tous les essaims n'ont pas le même Age , il arrive quelquefois que des séries se succèdent pendant plusieurs semaines.

Lorsque la ponte s'est faite dans un canton , il est extrêmement important de détruire les œufs, si Ton ne veut pas courir U* risqu«» d'être infesté de sauterelles l'îmnée suivante. Loi-s de l'invasion d'Arles, en 1B13, l'autorité fit l'amasser plus de 3,000 boisseaux de ns œufs; chaque boisseau, admetUmt que tous fussent éclos, eût donnô 2 millions de sauterelles , et, par conséquent, en tout 6 milliards. Mais , comme nous venons de le dire, la Providence a voulu que la plupart de ces œufs se perdissent d'eux-mêmes, sans cela le pays serait tout à fait inhabitable. Au Paraguay, où la population est assez dense sur certains points pour permettre des travaux d'ensemble, les sauterelles sont poursuivies incessamment t?t leurs œufs rassemblés et détniits. On atténue ainsi leui's ravages.

Lorsque la voladora envahit un eimton, le seul moyen d(» préserver nue propriété, est de Teffi'ayer avec du bruit, avec du sable que Ton jette en l'air, des bâtons portant des lanières de papier comme pour les ehasse-mouche , des branches d'arbres, des feux faisant beaucoup d^» fumée, etc. — Mais les forces humaines s'aifaissent devant des essîiims qui se renouvellent continuellement. Joignez à cela que c'est généralement pendant les plus fortes chaleurs que ces invasions ont lieu, et que par conséquent ce travail devient excessivement pénible. Pourtant, avec assez de bras, on y parvient. Lors de Tinvasion de 18o8, le grand établissement horticole de Sau-José, près de l'Uruguay, fut préservé, parce que l'on mit une compagnie de soldat

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do eoi^ée pour les repousser ; les dommages furent alors iiisigniliants; les sauterelles, iucessiimmeiit traquées pemlant leur passage, u'attiiquèreiit que les extrémités des plus hautes branches des arbivs.

— Pendant la nuit les sauterelles ne mangent point, et se tiennent à terre ou attachées aux arbres; ki fraîcheur et Thumidité les engourdissent; mais, aux premiers rayons du soleil, elles l'iMîonnnencent leurs dévastations. Si Ton veut consei*ver quelques plantes délicates ou de jeunt^ arbres, il laut les envelopper complètement de grosses loiles, vX encore les percent-elles quelqutifois.

Si ces ravages étaient aimuels, toute cultures serait impossible dans le bassin de la Platii; heureusement, il nen est pas ainsi. Jamais une province n'est complètement envahie, et dans un canton même, certaines fractions sont épargnées ou du moins peu UKdtraitées. Les parties le plus souvent visitées par ce lléau sont les rives du Paraila, depuis San-Pedro, au nord de Buenos- Ayres , jusqu'au Chaco, puis les provinces d'Entre-Rios et de (^orrientes.

— Les dernières invasions réellement désastreuses ont été celles de tSoi et 1838. — Opendant, comme ces invasions passent vite, on sîiuve toujours ou la récolte de Blé, ou celle de Mais. La perte irréparable est celle des fruits, et même la cueillette de Tannée suivante rst compromise, car les sauterelles dévorant tout le jeune bois, il ne reste à peu prés rien d'aoùté. (Vest cr que nous avons expérimenté uous-méme dans notre verger de (jiualeguaychu (Entre-Bios; en 1838 et 1839.

Maintenant, telle est la fertilité du sol, qui d'ailleurs s'engraisse de leurs innombrables cadavres, qu'immédiatement après leur départ la végétiition reprend avec une incroyable vigueur, surtout s'il survient <juelques pluies. Sous l'inlluence de Thumidité et de la chaleur, les arbres se couvrent alors en deux semaines d'un feuillage luxuriant et la végétation se prolonge cette année-là fort avant dans l'hiver. Ouant aux fourrages, que les sauterelles n'épargnent pas plus que les plantes cultivées, il ne leur faut que quelques jours pour reprendre, et s'il n'y a pas de sécheresse , les bestiaux, après avoir momentiuiément souffert de la faim et maigri, ne tardent pas k se refaire. Mais si malheurmisement la sécheresse s'ajoute à la plaie des sauterelles, il y a a craindre des épizooties : car le bétail, ne s'étîuit pîis refait, résiste diflicilement aux premiers froids.

Nous sommes enti'é dans quelques détails sur ce flx^au du continent sud-américain, parce qu'il était nécessaire de dire la vérité sur un sujet dont presque aucun voyageur ne parle, et qu'il faut cepen-

daut coiiiiaitre, pour s'épargner des inécoujptes. Comme, daus tout ce qui se passe au loin, on exagère ou Ton diminue les faits, nous avons dit exactement quelle était ici l'action des invasions périodiques de sauterelles sur Tagriciilture, ce qu'on avait à en cmindi-e, en quelle mesure, et comment on pouvait s'en présener. — (juaut à la possibilité d'extirper le tléau, il faudrait, pour y arriver, faire disparaître le déseil dont la sauterelle est la tille, et pour cela une longue série d'aimées est nécessaire; il faut que la population actuelle ail plus que décuplé.

En ce qui concerne les autres insectes, leurs ravages sont tout à fait iiisignitiants. Nous avons vu déjà que les Pucerons produisîiieut quelquefois des épidémies dans les Pêchers, mais ces épidémies paraissent assez localisées. — Nulle part nous n'avons vu les chenilles devenir assez nombreuses pcair faire grand toil aux arbres fruitiei*s. — La pjTale de la vigne est iucoimue. — Nous n'avons entendu parler d'aucune larve funeste aux Cannes à sucre ou au Manioc. — 11 semble qu'en frappant l'agriculture argentine du tléau de la sau^ terelle, la Providence lui ait fait grâce de tous les autres qui !*endent la culture européenne si pénible et l'obligent à tant de surveillance et de travaux.

CIlAPITllE IV.

Af^ricttUare A rg^eBline. — Méthodes. — l^aboaraifc. — InsIrameMla. — Irrigalloim. — Incendie des champs. — Produite* — Commerce iatérleur et extériear.

Nous n'en sommes phis tout à fait heureusement au temps o\\ Azara, en parlant de l'agriculture des provinces littorales, s'exprimait ainsi : « La fainéantise et la paresse générales, la cherté de c( la main-d'œuvre, le goût pour la destruction et le gaspillage, qui (( caractérise les habitants de ce pays, leur peu de besoins, l'absence « d'ambition chez eux, je ne sais quel esprit d'orgueil qui leur fait « dédaigner et même mépriser toute espèce de travail ; le manque « d'instruction, l'incapacité dos gouverneurs et l'incroyable imper- « fection des instruments, contribuent à rendre impossible toute

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u espèce de pix^grès agricole. Au Paraguay ou aux Missions, ou u a « d autres houes que des omoplates de chevaux ou de bœufs attachés « avec des lanières de cuir au bout d un manche. La charrue se tf réduit à un pieu pointu que chacun arrange à sa guise. H en est c( de même du joug et de tous les autres instruments rustiques, etc. »

Depuis soixante années les choses ont bien changé. Couverture de ces contrées au conmierce direct de l'Europe a permis d'y introduire au moins les instruments de première nécessité, et les houes, les pelles, les pioches, ne manquent nulle part aujourd'hui. — La charme est légère, sans roue ; les paysans la ïabriquent eux-mêmes ; mais elle est garnie d'une bonne doublure en fer qui donne de la solidité au soc, et en outre beaucoup de charrues européennes ou nord-américaines ont été impoilées par des étrangers ou par des lils du pays. — Aujourd'hui le paysan de la Pampa, le pasteur proprement dit, n'a pas beaucoup plus de goût pour le travail des champs qu'autrefois, cela est vrai ; il cède cependant à la nécessité et commence à semer un peu de blé, à cultiver quelques légumes, à planter quelques arbres fruitiers. Ces cultures sont trèsimparfaites sans doute; elles laissent infiniment à désirer; mais enfin elles témoignent d'un progrès véritable.

Ce n'est plus que dans le sud des provinces de Buénos-Ayres, de Santa-Fé, de Cordova, et dans quelques parties de TEutre-Rios et de CoiTientes, que l'on retrouverait aujourd'hui de ces campagnards tels qu'Azara vient de les dépeindre.

Le progrès est bien plus sensible encore dans les provinces voisines des Andes, qui ont toujours été agiîcoles, et où la nécessité de l'irrigation pour les cultures a naturellement obligé des habitants à plus de suite dans les idées et à plus de régularité dans le travail. D'ailleui*s, ce n'est point d'elles qu'il s'agissait dans l'appréciation faite pai' le naturaliste espagnol de l'agriculture du littoral.

§ 1. — Agriculture du littoral, — Influence de C immigratiwi.

L'immigration, quoique peu considérable encore, si on la met en comparaison avec l'immense étendue du pays, a remai'quablement influencé le progrès agricole. Cette influence a été cependant moindre qu'on ne pourrait le croire au premier abord. En effet, ce n'est réellement que depuis huit ans, même dans les régions du littoral^ que les spéculations et les capitiuix ont coninieiicé à se tourner vei's

i*âgriculture. En dehors de quelques étabUssettients consact^s à Thortîeulture, et sauf deux ou tt^oîs exceptions, il n'existe nulle part de véritables ferihes avec Un terrain suffisamment étendu et im personnel èoùteftable po\xt etploitêf le sol feomttie il doit Têli'e, et en obtenir lés jUitès èoiftjpètisatioris des pèîheis et des débours qu'il réblanle. Quelques expériences, tehtées avec dés ttàpibllix insuffisants, n'ont produit que d'insignifiants résultats, et beacuoup de cultivateurs étrangers se sont découragés.

D*ailleUrs, l'intérêt de l'argent étàïit excessivement élevé^ celui qui peut disposer d'un capital de 10 à 13,000 piastres A. plus d'avantage à le placer à 12, 18 et mènné 24 7o dans le comnverce, et ^elquefois sur hypothèque, qu'à créer Utt établissement agrict>le, qui, du moins dans le principe, ne donnera certainement pas mi pareil revenu, el exigera des connaissances spéciales et une surveillance assidue. ■»— Les étrangel^, et nous Wt parlons que de ceux qui ont quelques èapitatix, les étrangers, disons^iious, qui, abandonnant le commerce pour lequel ils étaient venus dans la Plata, se sont occupés des alfaines de la campagne, se sont presque tous jetés dans l'élève àà bétail à la mode indigène, c'est-à-dire dans les affaires d'estancias. Ces ^éculatîons étaient très-lucratives par moments; mais les guerres civiles, les désordres qui en étaient k suite, les exactions de gouvernements éphémères, les exposaient à de si fréquentes vicissitudes, que bien peti y ont fait fortune ; c'est-à-dire que ceux-là seuls oiit réussi, qui, ayant vécu de longues années dans le pays, avaient acquis assez d^xpèïîence potir- triompher des mille difficultés qui les ont entourés durant ces luttes acharnées. Mais la culture proprement dite a été complètement délaissée par eux, ou s'est bornée à celle d'un champ de Blé, de Maïs, de Luzerne, à la plantation d'un verger, à la Wéation d'un jardin potager à côté de la maison d'habitation, el seulement dans le but de pourvoir aux besoins des habitants de l'estancia.

Les fils du paVs, au contraire, possesseurs du sol, et par conséquent de la véritable richesse future, rompus à l'élève du bétail, fatigués deè pertes qWMls éprouvaient dans les luttes civiles, ont fini par eomptertdlhB que la cultiu'c pourrait augmenter leur bien-êtfe, donner une nouvelle valeur à leurs terres, et que, la vaine pâture ime fois restreinte, leui^s champs, devenus propi'es à la pi'oductiou des céréales, au\ cultures sarclées, etc., acquerraient dans l'avenir un tout autre prix que s'ils continuaient à y entretenir de simples estancias. Un' certain nombre de nationaux ont donc commencé à

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