‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 3)Chapitre 26 sur 193 · FLEUVES ET RIVIÈRES. — COCRS IVEAU DES ANDES · texte numérisé non relu

FLEUVES ET RIVIÈRES. — COCRS IVEAU DES ANDES

en deçà de cette rivière. Aujourd'hui les deux rives sont peuplées partout^

CoiBine rineMmiisoa dn terrain est très-f»ible, le Salado est peu encaissé, ses rives sent sablouneuses, et très-souvent, en temps de secheressev la partie supérieure est complètement à sec. Deux affluents principau3i, qui viennent de Touest-sud-ouest, lui portent la décharge des nombreuses lagunes qui remplissent toute cette partie de la province de Buénos-Ayres. Grossi de ces eaux, il continue son cours vers Test-sud-est, en s'encîiissant un peu plus. Près des lagunes de Chascomus, avec lesquelles il communique, c'est une rivière trèsnavigable et que des bateaux à vapeur ont déjà remontée. Tout le pays qu'il traverse est absolument plat; aussi, lorsque les pluies sont fortes et continues dans la province de Buénos-Ayres, ce qui arrive souvent à l'automne, déborde-fc-il fort loin, et son courant devient alors très-rapide. Dans Tétîit actuel des choses, excepté dans la partie inférieure, il est impossible qu'il se pnHe à une navigation régulière. PeuWtre sera-t-il possible un jour de le canaliser.

En décrivant ces* deux rivières ensemble, nous avons voulu principalement faire connaître les rapports qui les uniss(»nt par leur direction générale, et la pente des terrains à travers une largeur de continent présentant une plaine àv 200 lieues, du massif de San- Luis à l'Océan Atlantique, phénomène certainement des plus remar- . quables.

§ XIII. — Système des rivières des Afifles. — Rio-Verniejo de la Rioja. — Rio de San-Juan. — Rio de Mendoza. — Desayuadero. — Tunuyan. — Diamante, '• — Atucl. — Colorado,

Nous réunissons ensemble la description de toutes ces rivières ,. parce qu'elles font partie du même système et appartiennent au même bassin , quoique leur communication entre elles ne soit pas constante. Cependant, par suite de la configuration des terrains dans cette partie du continent , il est extrêmement remarquable de voir tontes les eaux se diriger dans le même sens et vers le même déversoir, sur une étendue de 12 degrés en latitude, depuis les sources du Vermejo, dans les cordillères du Catamarca et de la Rioja, jusqu'à l'embouchore du Colorado dans l'Atlantique, sous le 40'' parallèle.

Ainsi fe Bio-Vermeio nait sur le revers oriental du gi'and massif

IGO HYDROGRAPHIE.

de Copiapo et de San-Francisco, des neiges du nevado del Potro^ dout Taltitiide dépasse 6,000 mètres, à peu près par 27" 50'. Grossi des ruisseaux peu nombreux des vallées del-Jagùe et Hermoso , il arrose celle de Vinchina, et continuant sa course vers le sud , à travers les arides vallées de la province de San-Juan, il vient se perdre dans les sables argileux de la punta del Medajw , à ime courte distance des lagunes de Guanacache. Ses eaux sont utilisées presque tout entières dîms les irrigations de la vallée de Vinchina ; mais par des étés pluvieux , à la suite de grands orages, il en couser\'e quelquefois assez pour arriver près des lagunes. En sommé , ce n'est qu'un torrent de montagne , aux eaux limoneuses et rougeâtres qui lui ont valu son nom , et qui sera toujours impropre à la navigation. Une vingtaine de lieues avant d'aller disparaître dans les sables argileux de la plaine des lagunes , il reçoit le trop-plein des eaux du Rio-de-Jachal qui nait du necado del Bonete^ lequel touche presque à celui du Potro.

Le Rio-dc-San-Juan , beaucoup plus considérable , parce que la cordillère d'Aconcagua a plus de neiges que celle de Copiapo, descend en grondant du plateau étroit de los-Patos sous 32" 30', coule du sud au nord entre le grand massif audin et la chaîne secondaire longitudinale de Tontal^ puis, se détournant vers l'est, débouche dans la plaine du San-Juan. Jusque-là c'est un toiTent fougueux; mais, arrivé près de la ville, il se cidme, parce que la pente est moindre, et fournit un nombre infini de canaux d'irrigation qui diminuent le volume de ses eaux. Cependant il lui en reste encore assez pour constituer une rivière moyennement encaissée qui, coulant alors vers le sud, va tomber dans la troisième des lagunes de Guanacache dite du Rosario, Depuis Caucete , le Rio de San-Juan est navigable en été, époque de ses crues, et en 1856 un Français, M. Saillard, l'a descendu en canot sans difficulté. Mais, comme la culture n'est pas encore assez développée dans cette partie de la province , la navigation n'y a qu'ime importance secondaire pour le moment. Il serait peut-être même plus facile et plus sûr de canaliser un large et profond fossé latéral nommé Cochagual^ formé par les infiltrations venues des rigoles d'irrigation si multipliées dans ce voisinage, et qui arrive à la lagime del-Portezuelo ^ la première du système du Guanacache. Cette même lagune reçoit du sud un fossé analogue au Cochagual , le Tummiaj/a^ qui se forme également par l'infiltration des irrigations de la plaine de Mendoza. Nous en parlerons d'ailleurs en traitant des eaux de ces deux provinces et de leur système de distribution.

Le Rio^e-Mendoza naît de la cordillère dite de la Cumbre et se forme des torrents de trois hautes vallées principales. La branche la plus occidentale vient de la vallée de las-Cuevas que remonte la route du Chili ; la branche d^i nord arrive de la Quebrada-dc-las- Vacas\ celle du sud descend des neiges étemelles du ïupungato. Les trois branches se réunissent à la punta de las Vacas, qui n'est qu'à 22 milles du pied de la cordillèrc centnde et à une altitude de 2290 mètres seulement, et forment le Ilio-de-Mendoza. Celui-ci coule par une pente assez douce, puisqu'elle n'est que de 360 mètres pour une distance de 30 milles, jusqu'à la vallée d'UspallaUi. Arrêté par les collines détritiques de cette vallée, il s'ouvre une tranchée profonde à travers la prolongation de la sierra des Paramillos, et faisant une courbe dont la convexité regarde le sud, il vient passer à 12 milles de Mendoza ; puis coulant au nord dans une plaine absolue, il va déboucher dans la même lagune que le Rio-de-San-Juan , dont il n'égale pas cependant le volume. I^ pente du Rio-de-Mendoza est un peu plus rapide que celle du précédent. La quantité d'eau qu'il fournit aux irrigations est considérable et ses infiltrations donnent naissance à la grande Cienega del Vermejo , bassin rempli de plantes aquatiques et infranchissal)le d'où sort le Tiuuimaya , analogue au Cochagual, mais plus large et moins profond.

Les lagunes de Guanacache se forment donc essentiellement des eaux des deux rivières de San-Juan et de Mendoza. Ce ne sont point des lacs , mais des bas-fonds bordés d'une ligne épaisse de joncs et auti'es hautes broussailles, circonscrivant une série de petites lagunes salées qui communiquent les unes avec les autres en formant un vaste demi-cercle, et d'où sort le Desagiiadero (canal d'écoulement) qui mène toutes ces eaux vei's le sud. C'est en été, à la fonte des neiges de celte partie des Andes, que les lagunes et par conséquent le Desaguadero ont leurs crues; les eaux alors sont beaucoup moins salées et presque potables.

Le Desaguadero proprement dit commence au sa/to de Acevedo^ à 8 lieues au-dessus du gué (paso) de la grande route du Chili. Une ▼eine d'argile compacte, pareille à celle qui traverse les rivières du Chaco, détermine à cet endroit une petite cascade d'un mètre et demi de haut, laquelle disparait même dans les crues. Au-dessous la rivière est très-encaissée?; elle coule dans une tranchée profonde de 5 à 6 mètres, creusée dans une terre sablo-argileuse très-saline, et se dirige lentement vers le sud ; elle arrive ainsi dans

une plaine basse et sablonneuse où eUe reçoit le Rio-Tunuyan. Au gué de la route du Chili, Taltitude du Desaguadero est de 410 mètres, 220 au-dessous de la première lagime de Guanacache, ce qui donne encore une pente assez considérable à ce demi-cercle de basfond dont Taxe mesure près de 140 milles. Mais à partir de cet endroit la pente devient extrêmement faible.

Le Tvmnjan^ comme le Rio-de-Mendoza, yient de la Cordillère et du versant méridional du neigeux Tnpungato. Torrent rapide d'abord et grossi dans les gCHrges du Portillo d'une foule d'autres torrents , il traverse la partie septentrionale de la grande vallée de Uco^ puis, longeant le cordon de collines basses qui, parti du petit massif de Lulunta^ se prolonge jusqu'au Cerro-Nevado vers le sud, il profite d'une interruption dans ce cordon pour déboucher à l'est, dans la grande plaine de Mendoza, et se rapprocher à quelques milles seulement de la rivière de ce nom. On prétend qu'autrefois le Tunuyan allait se réunir au Desaguadero au-dessus du salto d'Acevedo, mais nous n'avons point rencontré les traces de cet ancien lit, et l'ingénieur de I^ Berge, dans la reconnaissance de ce terrain, lors de ses travaux pour la rectification de la route de San-Luis , ne les a point vues non plus. Après avoir fourni un gi*and nombre de rigoles d'irrigation qui diminuent beaucoup son volume, le Tunuyan se joint au Desaguadero à la hauteur du lac Bebedero dont il est séparé par la prolongation des croupes surbaissées de VAlio-Pencoso.

Le cours du Tunuyan, toujours rapide dans son parcours de la province de Mendoza, puisque la pente est encore de 300 mètres entre la porte du Retamo et le Desaguadero pour une distance de 95 milles , — ce qui donne près de 3 mètres par mille , — devient très-lent à l'approche de cette rivière. Dans cet endroit le terrain est absolument plat, semé de quelques bas-fonds où les eaux s'accumulent; et le plus souvent, à part la circonstance exceptionnelle d'une très-grande crue," ce n'est plus qu'un simple ruisseau qui arrive péniblement au

lac Bebedero-

Ce canal de décharge, du Tunuyan au Desaguadero, traverse un terrain sablonneux et salin qui va s'encombrant de sables poussés par les vents et de plantes salines. Ces mouvements du sol empêchent la totalité du Desaguadero d'arriver au lac; un de ses bns continue de couler vers le sud^ par un terraib analogue au précédent jusqu'à sa jonction avec le Diamante, lequd, par l'abondance des eaux qu'il lui apporte, imprime dès lors un tout autre caractère à soa lit.

FLEUVES ET RIVItlIES. — MAMANTE ET ATUEL. 16«

Le Dimnante^ mière analogie au Tunuyan, naît (Tiin petit lac nu pied du volcan de Maipo, dans la cordillère et au voisinage du col de la d^z-de-Piedra. Comme lui, il traverse de l'ouest à Test la irattée àe Uco et le méitie cordon de collines basses au delà desquelles, se dlri^ant vers le sud, il allait autrefois se joindre à TAtuel. Mais il y a près d'un demi-siècle que, les atterrissements ayant encombré son lit de ce côté, il s'est frayé im chemin direct vers le prolongement dn Desaguadero, dont il augmente considérablement les eaux au commencement de Tété. Le Diamante, au bord duquel est bâti le fort de San-Rafael, forme en ce moment la limite sud de la frontière de Mendoxa, car le reste est occupé par les Indiens.

h'Aiuei se forme des eaux qui viennent de la vallée du Planchon, fi^ientée par les Indiens Araucans et Pehueuches. Il arrose le sud de ïi vaBée de Uco, laquelle est très-accidentée, et offre des terrains bas et marécageux qui s'étendent jusqu'au cordon de Lulunta, prolongement, vers le nord, du nevado. Il traverse ensuite ce cordon en formant une haute et bniyante cascade, et, décrivant une courbe à travers le désert, il va, sous le nom indien de Chadi-Leithu^ se réunir au Desaguadero, que l'on désigne aussi, à l'endroit de cette jonction, sous le nom de Salado.

Ce cours d'eau continue alors à couler directement vers le sud à travers des terrains parfaitement horizonfciu'x, et par conséquent semés de lagimes et de bawtdoa jusqu'à im grand lac salé nommé la Amarga ou lagime de Cnn^a-Lauqtien^ qui, en temps ordinaire, n'a aucun canal de décharge crmnu. Mais, au dire des Indiens, dans les années de grandes eaux, les hahados du sud de cette lagime communiqueraient avec le Rio-Colorado et y verseraient leur trop-plein. Tout ce terrain d'ailleurs est très-mîd coimu, car il est exclusivement habité par les Indiens Pehuenches, qui voient de très-mauvais œil les chrétiens qui s'y aventurent. Ce que l'on sait et ce qu'a confirmé , d'abord l'expédition de 1833, puis celle faite en 1834 par le gouverneur de Mendoza dans le sud de ces provinces, c'est que toutes ces plaines sont basses, sans ondulations, avec quelques petits mornes de tempe à autre, comme celui de Ingûe-Gatel^ près de la Amiu^a, et que, dans les années pluvieuses, il s'y forme de très-vastes banados. En 1833, le général Benavides, du haut du cerro de Ranca-Mahuida^ pot voir à la fois la Anrarga à l'est^-nord-est, et le Colorado qaî eoulait à ses pieds, à une courte distance de ce grand lac.

U parait que le Chadi-Leubu et le Salado ont beaucoup d'eau. Gnn, qui passa le premier en 1806, le colonel Velasco, qui les recon*

nui tous les deux en 1833, sont d^accord sur ce point et convaincus de leur navigabilité.

Le Colorado se forme de deux branches principales qui viennent des Arides : le Rio-Grande etle Rionle-Barrancas. Ces ri\îères courent dans une grande vallée ouverte au sud-est et fermée, au nord, par le prolongement de la cordillère qui finit au cerro de Payeii^ au sud par la sierra de Pilma-Huida, Réuni' en une seule branche, ce cours d'eau, nommé par les Indiens Cobn-Leubu (Grande-Rivière), passe au pied de la petite sierra de Ranca-Mahuida et se rapproche à 2o milles environ de Id Amarga, dont il reçoit quelquefois le tropplein. A partir de ce point jusqu'à 20 lieues de son embouchure dans TAtlantique par 40*, le cours du Colorado est complètement inconnu, si ce n'est à divers gués qui ont plus ou moins d'eau, suivant les crues. Il parait cependant que cette rivière, si considérable a sa partie supérieure, diminue beaucoup, tant par l'imbibition du terrain que par l'évaporation, puisque, à peu de distance de son embouchure, ce n'est plus qu'un petit cours d'eau difficilement navigable à cause des saules et des plantes aquatiques qui le remplissent. Cependant Villarino y pénétra avec son navire en avril 1781 et reconnut que le fleuve avait plusieurs embouchures, dont l'une trèsaccessible, puisqu'il jugea utile de la baliser. Le voisinage du Rio- Negro, rivière à ses yeux beaucoup plus importante, l'empêcha de pousser plus loin son exploration. Eu 1822, le colonel Cramer reconnut les deux canaux de l'embouchure, l'un grand, l'autre petit. Les chaloupes peuvent pénétrer dans ce dernier k la marée haute. Le grand canal a trois brasses de fond, et les navires y peuvent mouiller en toute sécurité. Au-dessus, la rivière se divise en beaucoup de canaux, qui s'ouvrent ou se ferment selon les crues, à cause de la quantité de sable qu'elle charrie. En somme, la baie du Colorado offre un bon port.

Malheureusement aucune reconnaissance totale du Colorado n'a été faite, et l'on ne sait si, depuis le voisinage de la Amarga jusqu'à l'Océan, il a assez d'eau et un lit assez bien encaissé pour porter des embarcations d'une dimension adaptée au commerce.

Il paraît que les terres qui bordent ses rives sont très-arides, et généralement salines. Son nom lui vient, comme au Vermejo, de l'argile rougeâtre qui colore ses eaux. Ses crues ont lieu au commencement de Tété lors de la fonte des neiges, qui, à partir de Mendoza vers le sud, sont beaucoup plus abondantes dans les Andes. La rivière

FLEUVES ET RIVIÈRES. — Rl(MX)LORADO. 1G5

baisse ensuite; mais, comme les pluies sbnt abondantes aussi à l'automne dans le bassin de ce fleuve, il croit de nouveau en juin. Sa longueur, depuis Tembouchure jusqu'au pied des Andes, peut être évaluée à 200 lieues, y compris les détours.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans le système du Colorado et du groupe de^ rivières que nous venons de décrire, c'est leur enchaînement et la dépendance où elles sont les unes des autres, par suite de la configuration des terrains qu'elles parcourent. Le sol, à partir des derniers contre-forts orientaux des Andes, s'abaisse en une plaine à très-peu près horizontale qui s'incline d'une manière graduelle, mais très-sensible, jusqu'à l'Océan, ainsi que personnellement nous avous pu le reconnaître dans la Pampa, un peu plus au nord. Cette pente est infiniment plus forte que celles des fleuves Paraguay et Parana, puisque l'altitude du lac Bebedero est encore de 400 mètres, et que la distance en ligne droite jusqu'à l'embouchure du Colorado n est pas de plus de 500 milles, ce qui fait un peu moins d'un mètre par mille. Il ne sera donc nullement impossible un jour, quand la population aura décuplé, de canaliser des courants d'eau dont le liquide fécondant se perd aujourd'hui inutilement dans le désert, et de créer ainsi une immense navigation intérieure qui mettra en communication les régions andines avec l'Océan atlantique. San-Juan et Mendoza auraient dès lors ime voie d'exportation économique et sûre pour leurs produits, obligés aujourd'hui de rouler pendant trois mois à travei's les Pampas dans les pesantes charrettes qui, en moyenne, ne font pas phis de S lieues par jour. Quant aux chemins*de fer qui seront certainement créés dans ces régions, on sait qu'ils ne peuvent remplacer complètement les canaux pour la modicité du prix de 'ransport.

§ XIV. — Rio-Nefjro,

Le Rio-Negro est mieux connu que le Colorado, car il a été navigué presque tout entier par Villarino et exploré de nouveau dans diverses parties de son coui-sr par l'expédition de 1833. Dans cette môme circonstance, le pilote Descalzis le rcmcmta avec ime got^lette jusqu'au delà de Tlle de Choelechel, et ne s'arrêta que parce que les eaux avaient subitement baissé.

Lorsque le jésuite irlandais Falckner e\it p\iblié son livre sur la Patagonie, vers la fin du siècle dernier, l'Espagne s'alarma singu-

lee H\iDBOGRArai£.

lièrement à rannonce de lexisteuce de rivières navigables qui pouvaieut conduire une année ennemie jusqu'au pied des Andes et lui permettre de franchir cette barrière très-abaissée au sud du 40' degré et de pénétrer inopinément dans le royaume du Chili. U faut ajouter qu'à cette époque, la frontière de la province de Buénos-Ayres n'arrivait même pas au lUo-Salado, et que les liidiens possédaient sans conteste tous les terrains du Sud. Son attention éveillée sur ces régions, le cabinet de Madrid décida Foccupatiou de di(t^éreutspoint$9 fit reconnaître la c6te de Patagonie et fonda rétablissement du Carmen sur le Rio-Negro. Cet établissement organisé, le vice-roi ordonna la reconnaissance de cette rivière, et le pilote D. Basilio Yiliarino eu fut chargé.

Celui-ci partit du Carmen avec quatre chaloupes et soixante-deux hommes, le 28 septembre 1782 ; il remonta péniblement la rivière, dont le courant était assez fort, et dont les nombreux détours ren* daient souvent inutile Faction du vent, fort variable d'ailleurs. Il lui faUut cinquante-huit jours pour arriver à FUe de Choelechel, où il construisit une espèce de fort dans une presqu'île naturelle formée par le fleuve, et où il trouva d'excellents pâturages. Là, il attendit qu'on lui envoyât des vivres du Carmen. Ces vivres lui furent expédiés par charrettes qui franchirent sans encombre les 70 lieues par terre qui séparent Choelechel du Carmen. Yiliarino se remit en route, mais, à mesure qu'il avançait, le courant devenait plus fort et causait de plus grandes fatigues à ses équipages obligés de haler le plus souvent ses lourdes embarcations. Enfin, deux mois et treize jours après le départ de Choelechel, on se trouva à l'embouchure d'une grande rivière qui venait du nord, et que Yiliarino prit pour le Diamante. C'était k Rio-Neuquen, nommé ég^dement Sauquel par les Indiens, et qui, descendu du paso del ceiro florido par 36" 30' environ, coule parallèlement à la Cordillère en recevant tous les toiTcnts d,u versant oriental, et se jette dans le Rio-Negro par 38" 46'. Yiliarino le remonta quelques lieues, et fut arrêté par la rapidité du colirant.

Il continua alors de remonter le llio-Kegro ; mais, depuis l'embouchure du Neuquen, cette rivière coulait entre de hautes berges ro* cheuses , formant deux véritables murailles entre lesquelles l'eau roulait avec une extrême mpidité. De niveau avec ces murailles, s'étendait une plaine aride et désolée, où Fou n'apercevait nul être vivant, il fallut un temps infini et d^horribles fatigues pour remonter cette piu'tie du fieuve qui se précipitait ainsi à tiuvers une petite chaîne détachée de la grande Cordillère, et présentait d'autant plus de

FLElTfô ET RmÈRfS. — RIO-NEGRO. 1«T

rapides, que Teau baissait toujours. Ou eut îiiusi besoin de deux mois pour fnuichir une distance qui ne dépassait pas 40 lieues. Enfin, le 4 8 mars, on arriYa à des bords moins abrupts et à des plaines un peu moins désolées. Dans des îles du fleuve, se trouvèrent des pommiers chargés de fruits, qui furent un gnuid soulagement pour les équipages attaques du scorbut. De ce point on apercevait à l'ouest un grand cône couvert de neige, qtie Villarino jugea être le cerro volcanique de Villa-Rica. Eu continuant vers le sud, on se trouva au confluait d*une grande rivière pareille au Neuquen. Cette rivière venait du sud-ouest, elle avait 180 mètres de lai^e, ses eaux étaient claires, limpides, et de nombreux troncs d'arbres- qui parsemaient les rives dénotaieut qu'elles venaient des montagnes boisées du sud du (Mi.

' La latitude de ce confluent était de 40* 10', et par conséquent au sud de Valdivia. Villarino cherchait aviuit tout à se mettre en contact avec cette ville, en gagnant le lac Huechum-Lauqnen^ c'est-àdire lac des limites, qui, au dire unanime des Indiens , était au milieu de la Cordillère, fort baisse à ces endroits et sur la route de Valdivia. Il crut donc devoir continuer sa route vers le nord-ouest, le cours d'eau qu'il prenait pour le Rio-Negro faisiint ce coude. Il arriva ainsi dans une vallée fertile, bien boisée, et couverte d'inuombrables pommiers, les ims à fruit aigre, les autres «X fruit doux et excellent. Bientôt il se trouva en contact avec les Indiens, qu'il avait déjà rencontrés près de l'ile de Choelechel, et qui l'avaient fatigué de leure demandes. Ces Indiens éUiientdes Pehuenches;une tribu d'Aucas campait également dans le voisinage. On leiu* acheta quelques ▼ivres, et les équipages, mieux nourris, pourvus de viande fraîche, se refirent rapidement. Villarino apprit aussi que Le rivière qu'il remontait était non pas le Limay-Leubu ouUio-Negro, mais le Catapxiliche^ dont une des branches allait à la lagune \A\\\i désirée. On s'avança donc jusque par 39" 33', et la saison des phiies d'automne, qui était arrivée, commençant à grossir la rivière , on espérait aller plus avant. Mais une querelle sunint outre les Pehuenches et les Aucas, dont le cacique fut assassiné. Villarino, sollicité de prendre un parti, crut devoir le faire en faveur des Pehuenches qui lui avaient fourni des vivres , et cela surtout dans Tespoir d'obtenir d'eux des guides pour conduire quelques-uns de ses hommes à Valdivia, dont on n'était séparé, disaient-ils, que par trois jours de marche. Les Pehuenches, après beaucoup de promesses , finirent par se refuser à cette demande. Villarino , craignant alors que les vivres ne vinssent à lui

16g HYDROGIt^PHIE. *

manquer , songea au retour. Il répara ses embarcations et se remit en route le 5 mai.

Les eaux avaient monté ; n'ayant qu'à se laisser aller au courant, les navigateurs franchirent rapidement les passages qui leur avaient donné tant de mal. Eu un seul jour , le 8 mai , ils firent 40 lieues. Enfin, en 20 jours, ils regagnèrent le Carmen.

Pendant son séjour au Catapuliche, et'par ses relations avec les Indiens , Villarino avait appris que la grande rivière du sud qu'il nomme Rio-de^a-Encamacion venait d'un grand lac au milieu des ' montagnes où les chrétiens avaient eu autrefois un établissement, et dont on voyait encore , di^iient-ils , les mines au milieu d'une tle. De plus , il n'y avait pas beaucoup d'années que d'autres chrétiens y étaient venus avec des barques , mais elles s'étaient brisées et ils avaient été obligés de rétrograder. On sait, en effet, qu'en 1702 lé père jésuite Masuardi établit une mission dans une ile du lac de Nahuelhuapi (lac du Tigre), mission bientôt détruite ; et qu'en 1760 le père Guel voulut aller la retrouver et fit mettre quelques canots sur ce lac. Il y avait donc toute probabilité que le Rio-de-la-Eucarnacion était la décharge de cette grande masse d'eau.

Connaissant les difQcultés de la navigation du Rio-Negro, le gouvernement espagnol ne jugea pas à propos de le faire explorer une autre fois, et jj faut arriver en 1853 pour trouver une reconnaissance nouvelle.

En même temps que le gouvernement de Buenos-Ayres dirigeait ime grande expédition dans la Pampa pour donner ime leçon aux Indiens Puelches , Ranqueles et Pampas , le pilote Descalzis fut chargé de remonter cette rivière avec une goélette. Parti du Carmen le 1 0 août, il n'arriva à l'Ile de Choelechel que le 23 octobre , c'est^ à-dire qu'il mit soixante-treize jours à faire cette route , quinze de plus que n'en avait mis Villarino. Il est vTai qu'il en leva un plan exact, et que son travail fut complet. Le 2 novembre, il fut arrêté à quelque distance au delà de Choelechel par le manque d'eau, et revint en sept jours au Carmen.

Il résulte de ces deux explomtions que le Rio-Negro est ime rivière navigable presque toute Tannée jusqu'à la jonction du Rio- Neuquen, c'est-à-dire sur un espace de 200 lieues, que partout il est bien encaissé, d'une largeur variable de 80 à 200 mètres, sans rapides ni bancs de sable. Comme toutes les rivières qui traversent les grandes plaines, celle-ci fait beaucoup de détours, ce qui rend sa navigation excessivement longue pour des bateaux à voile. Villarino

fut obligé de haler presque continuellement ses embarcations ; Descalzis en fit autant.

Le Neuquen, son aCQuent du côté du nord, est navigable ime partie de son cours; mais, comme les rives sont exclusivement occupées par les Indiens, on n'a que fort peu de renseignements sur sa vallée. Le Catapuliche Test également. Quant à la section du Rio- Negro comprise entre h Neuquen et lé Catapuliche, on voit qu'elle' est semée de rapides aux basses eaux, et que la n^monte, à cette époque, est presque impossible. Il est regrettable que Villarino n'ait pas remonté le Rio-de-la-Encarnacion , qui l'aurait probablement mené au grand lac de Nahuelhuapi , lequel, selon toute apparence, est l'origine de cette grande rivière. La largeur et la profondeur du Rio-de-la-Encarnacion , Texcellente qualité des bois qu'il charrie, ceUe des terrains qu'il arrose, tout cela est d'un grand intérêt pour une exploration future ; et ce qu'il y a de fâcheux encore, c'est que l'expédition chilienne de D. Guillermo Cox, qui, en 18S7, devait explorer ce grand lac, dont le chemin est parfaitement connu du côté du Chili, n'ait point réussi.

Il est à remarquer que, comme toutes les rivières du Chaco, une fois à quelque distance d(»s montiignes, le Rio-Negro ne reçoit plus aucun affluent. La parfaite horizonttilité des plaines ne permet pas la formation de ruisseaux qui sont remplacés par des lagunes sans écoulement. La majeure partie des terrains qu'il traverse est aride, mais son cours est compris, à partir de l'île de Choelechel, dans deux plis de t(*rrain, dits cttchillas del Aorte y del Sur, qui laissent entre eux un espace fécondé par les inondations du fleuve, et renfer^ mant de bons pâturages et une assez grande quantité de bois. Les îles sont assez nombreuses, mais très-petites. Celle de Choelechel fait exception. Du temps de Villarino c'étiiit une seule île, elle est aujourd'hui divisée en.trois par de nouveaux canaux qui se sont formés. Le ten'ain en est excellent, et il avait été question en 1833 d'y établir un fort qui eût empêché les incursions des Indiens qui viennent y passer la rivière et y refaire leurs chevaux fatigués de la traversée du désert.

Les crues ont lieu h deux époques : à la fonte des neiges de la Cordillère au mois de novembre, et h l'automne, loi's des pluies de cette saison. Tout le vei'sant ori(»ntal des Andes, du 42' au 37*= degré, a un climat pluvieux ; les croupes des montagnes nourrissent d'épaisses forêts, et les cours d'eau y sont conséquemment très-abondants.

De puis le Neuquen , la vitesse du Rio-Negro ne paraît pas excéder 2 milles en moyenne; au-dessus elle va jusqu'à 8 milles à

l'heure. Comme le Tent est extrêmement Tariable dans la Pampa qu*il traverse, on ne peut guère compter sur sou aide. Nui doute que des* vapeurs qui ne caleraient pas plus d'un mètre d'eau ne puissent remonter cette rivière avec la plus grande facilité ; mais pour cela il faut que les rives soient peuplées, et que les Indiens du versant des Andes se soient un peu civilisés : or, avant que ce résultat soit obtenu, tien des années encore doivent s'écouler.

Nous ne traiterons pas des autres rivières de la Patfl^me, du Rio^ de-Santa-Cruz, par oQT 5', rivière considérable que Texpéditioii en Beagle remonta l'espace de 245 milles et qui parait sortir d'un grand lac intérieur au pied des Andes. Les Indiens en parlèrent à Viedma, qui poussa très-avant à l'ouest en 4781, et arriva près de ses rives. Ces régions resteront encore peutr-etre pendant des siècles en dehors de la civilisation moderne , et serviront de refuge aux derniers Indiens.

>%lllftii4cs cl positions érm iioInIs les pl«s rcmai^vablrs An ba«il«

«l« Blo-ColomiAo (1).

Alltt. en met. I^il. S. Loa;r« O. Aniarité^.

Sources du Vermejo dans la vallée du Jagûe. ûOOO» 27* 10' 70*» SV ?

Al)ra del Machaco dans la partie supéiieare

de la même vallée 3753 27*iy 70* 25' T

Ville de San-Juan 704 31» 30^ 69" àO' De Ubeiçe.

Poste de nuanacacbe« près la lagune du

Porlezuelo 630 32<» 5' 69*29' id.

Poste de Jocoli entre Mendoza et San-Juan. 680 32* 37' 69» 35' id,

Ville de Mendoza 777 32* 53' 69* 63* id.

Puota de las Vacas, point de réunion des

trois torrents qui forment le Kio-de-Men-

doza dans la cordillère 2288 ? 7 7

Rio-de-Mendoz«i à l'entrée de la vallée d'Ls- *

pallata 1830 7 7 7 .

Poste du Retamo , non loin du Tunuyan. . . 710 33* 11' 69** SA' De Laberge. IV)8te de Santa- Kosa, à moitié ebemin entre

le Aetanio et la l>az 6SU 33»16' 69»26' id.

Bourg de la Paz, anciennement Coro-Corto. 510 33» 25' 68o kT id.

Gué du Desaguadero 410 33*26' 68*19' id.

1^>ste du Balde , près de la Caiiada-de-la-

Travesia 468 33o 24' 67* 35' id.

(1) Les positions astronomiques indiquées apportiennent à Villarino, à DesealiMb qui ont remonté le Hiu-Xgro ; à Tin^nieur de La Berge, qui a rectifié la route de Mendoza au Rosario. Celles des points voisins des côtes se trouvent sur toutes les cartes marines s|iéciales. Les altitudes ont été calciUées par nous sur des observations directes. Gomme d*liabîtude , nous signalons par un point d'interrogation les positions qui noua scMl>lent dootcMMi.

Page 1