CHAPITRE III
lie baMin des llalines.
Nous avons déjà indiqué ce vaste résenoir en demi-cercle, aujourd'hui desséché, qui occiipe une partie de la plaine argentine entre le massif central et les Andes , et qui paraît avoir eu deux grands déversoirs par lesquels il se serait vidé, d'une part vers le sud, de lautre vere le nord-est. Nous en avons parcouru pei'sonnellement plusieurs parties; mais son étendue totale est si vaste que les détails que nous essaierons de donner sur ce grand bas-fond resteront encore incomplets.
Un premier bassin, qui a Taspect de la grande saline, mais qui en est presque entièrement séparé par un cordon de collines surbaissées, fait partie du système des Andes : c'est le désert des salines de Catamarca, compris entre la sierra d'Ambato, prolongement du massif central d'Aconquija, à l'est; TAtiïjo et la sierra de Belem, au nord et au nord-ouest ; et enfin la pointe de la sierra de la Rioja, au sud. Il forme une sorte de cirque ovale de 600 lieues carrées, qui présente l'aspect de ce que nous avons nommé la plaine boisée intérieure, et, de plus, quelques grands espaces recouverts de couches de sel qui resplendissent au lointain. Du bord septentrional de ce bassin au Fuerte de Andalgala^ par une altitude de 1,025 mètres, l'œil en embrasse la totalité. Le milieu doit en être fort bas, caria Mie suit parfaitement la dépression graduée du sol. Or, on sait que dans les grandes plaines , loi'squ'elles sont horizontales ou très-faiblement inclinées, l'extrémité paraît plutôt se relever, ce qui n'arrive pas dans la saline de Catamarca. Le diamètre de ce désert , que l'on traverse en divers sens pour aller aux bourgs habités de la sierra de Belem ou aux vallées de Copocabana et de Tinogasta, est évalué à 30 lieues; c'est une Travesia de deux jours.
Il parait que le point le plus bas, ou plutôt le déversoir de ce bas-
siu intérieur est prè& de la pointe nord de la siemt de la Rioja, à Veu* droit d'où sort un ruisseau salé, dit Salado^ entre l'estaneia A'Amii* f/ancho et la Punta-Ncyra, dernière pointe sud de la sierra d'Anibato.
L'observation directe nous a donné pour Amilgancho une altitude de 410 mètres, et à 12 lieues nord-nord-est plud loin, au Barrial , bas-fond situe près de F ouverture de Chumbicha à travers Textrémité de la sierra d'Ambato, 345 mètres seulement, ce qui forme sans doute» le point le plus bas de toutes les vallées voisines des Andes. Ces obser\^ations nous donneraient donc à penser que la saline. des Andes avait communiqué avec la grande saline intérieure dont le déversoir est au Saladillo de Santiago, 120 lieues plus à l'est, à une altitude maximum de 80 mètres. Ce point du Barrial^ le plus bas de toute cette région, nous a frappé par la quantité de sillons tracés par les eaux pluviales qui y .convergent tous, et qui semblent prouver que ce point est le centre de dépression de toute la plaine environnante. Nous y avons retrouvé un sol exactement pareil à celui de Cuyo par sa nature argileuse et son aspect cendré.
Il y a évidemment entre les derniers rameaux orientaux des Andes et le massif central une dépression très-forte qui arrive presque au niveau de la mer. Peut-être que si nous avions pu porter nos observations sur d'autres points du môme bjissin, cet abids^ement du sol nous eût rappelé le phénomène de la mer Caspienne, dont la partie nord-est se dessèche d'une manière très-sensible depuis une cinquantaine d'années, puisque son niveau est aujourd'hui de 33 mètres audessous de celui de l'Océan, et que l'on a pu mesurer la quantité dont il s'est abaissé dans un temps donné. Maintenant comment ce bassin des salines s'est-il desséché , c'est ce que nous examinerons en traitant de la^géologie du sot argentin.
Dans, son état actuel, le grand bassin, w^^û(\ Desierto de las ScUi-iias^ figure une espèce de croissant qui, partant de la pente sud de la sierra de los Llanos, s'élargit jusqnà former une zone.de près de 25 lieues de diamètre sur la route de Catamarca à Cordova, et vient mourir au Saladillo de Santiago. Ce demi-cercle, depuis le 31* degré, ne m<»sure pas moins de iSO lieues en longueur. H représente une plaine argileuse remplie d'arbustes de la même nature que ceux de la plaine argentine, rabougris, hauts de 1 à 5 mètres, et où domine surtout le jwne^ arbuste buissonneux, très-riche en sels de potasse et de soude. De place en place s'étendent de grands espaces complètement dépouillés de végétation que remplacent d'éblouissantes plaques de sel. Ce sel est du chlorure de
DASSIN DKS SAUNES. Uî
sï^CNliuin, tantôt pur, tautôt mcHé d'une certaine proportion d'iode, et
du sous-carbouate de soude. Les plantes qui végètent dans cet étrange
C^rrain sont toutes chargées des substances chimiques dont il est im-
régné; aussi leur incinération donne-t-elle d'rfbondantes propor-
oiis de sels îdcalinsqui les rendent très-avantageuses pour la fa-
ricatiou du savon. Le désert des salines, si large sur la route de
ordova à Catainarca, se réduit en se rapprochant de la sierra de los
X-«Jano8, et passe tout entier entre cette sieira.et celle de Cordova. Il
«^*^Jôte à son extrémité sud une petite élévation de terrain appelée
-•4 Jio^ie-las-Lsùros^ qui' gît par le travers de Pocho à quelques lieues
ss^^ulement du massif de Cordova. Nous n'avons pu voir cet endroit
que du -sommet du pic élevé de la Yerba-Buena; mais les ré-
^itd de tous les hommes pratiques du chemin de los Llanos ont été
■"•iianimes pour nous affirmer que- la saline du nord se terminait là.
EffTectivement, à la vue aidée d'une bonne lunette, on n'apercevwt
^'i cet endroit nul espace qui offrît l'aspect bien connu des terrains
ères, et ce n'est que beaucoup plus au sud que l'on retrouvait
sol de cette nature. Ce point signalerait donc une interruption
^^^ixiplète dans l'ancien bassin, ou une sorte d'île qui l'aurait séparé en
"-^Vi.! parties, de profondeur et d'étendue inégales.
lue l'autre côté, entre le petit massif de los Llanos et les Andes, il
^-^^ y a point de salines ; ce n'est qu'à la pointe sud de cette même
L, eu se rapprochant di» la province de San-Juan, que le terrain
fère se retrouve, et qu'il atteint môme une largeur de IS lieues,
^'«.îs ce second bassin, que nous croyons ainsi séparé du précédent, a
**^ décharge, d'une part, par la grande Canada-de-la-Travesia, de
* ^-Utre, par les lagunes de Guanacache. La Canada-de-la-Travesia
^*"t:re exactement le même aspect que la grande saline , elle est même
PL Vis profondément ravinée. Nous savons déjà qu'elle arrive jusqu'au
^^<i Bebedero, dont l'altitude est de 400 mètres, et qu'une autre
l>ï*5anche va se perdre dans les déserts du sud de San-Luis en passant
*vi.:x pieds du petit massif de Chalanta.
-Aucune source , aucune lagune ne se présente dans le terrain désolé
^^ ia saline. Mais de temps à autre surgissent au milieu de ce désert
^^ véritables îles , élevées seulement de quelques mètres au-dessus
^^ ia plaine environnante, et dont le terrain, moins iu"gileux,
^^^^ins sec , à peine salin , nourrit une îissez belle végétation , de
'^^^Uds arbres, et forme une véritable oasis. Les puits qu'on y creuse don-
'^^Ut de l'eau douce, et ces espaces se peupleraient certainement si la
Population était plus abondante dans les provinces voisines. Nous
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avons vu de ces espèces d'oasis avant d'arriver au Saladillo de Santiago ; on en trouve également dans la grande saline de Catamarea, sur le chemin delaRioja àCordova, sur celui de San-Juan à la même ville. Tout dans ce tterrain offre Fjispect et le régime d'un lieu récemment abandonné pai* des eaux salées.
Quant au ten^aiu de Cuyo qui est par son altitude entièrement distinct de celui de la grande saline, il offre à bien peu de chose près les mêmes caractères , quoique moins tranchés : sol argileux, efflorescences dues aux sels alcalins. Son étendue est beaucoup moin* dre, et ce n'est que par endroits que le sel exsude à la superficie du sol, quoique celui-ci en soit partout imprégné.
La plfidne intérieure argentine doit ressembler à celle des plateaux de la Perse, laquelle, du moment que la culture, maintenue et favorisée par une imgation savante, a cessé, est devenue un désert de sel, ainsi que le racontent tous les explorateurs de ce pays, jadis si fertile et si peuplé.
Malgré l'aridité de la plaine intérieure et du bassin des salines, on y élève encore une certaine quantité de bétail ; mais les estancias sont loin d'y avoir l'importance de celles de la Pampa, où une lieue carrée de pâturages naturels peut facilement nourrir jusqu'à 3,000 têtes. Les fermes à bétail de ces régions desséchées n'ont qu'im nombre d'animaux relativement petit sur une grande surface. Ceux-ci s'y nourrissent autant des feuilles des différentes espèces d'arbustes, principalement de la famille des mimosées, qui y croissent, que des rares touffes d'herbe qu'ils rencontrent.
Dans les régions où l'absence totale des pluies ne permet pas de construire des rcpresas, ou mares artificielles, on creuse des puits où Fou habitue les animaux à venir boire tous les jours à une certaine heure.
Les habitants construisent leurs chaumières auprès de ces piiit8, et y vivent ainsi dans une sorte d'exil volontaire , tous ces établissements étant nécessairement fort éloignés les uns des autres. On poun'ait cependant les multiplier beaucoup plus, car on trouve de l'eau presque partout en creusant à quelque profondeur. Malheureusement, dans quelques endroits, cette eau est saumâtre au point d'être presque impotable.
Sur les bords du bassin des salines, dans les lies dont il est semé, il y a quelques-uns de ces puits [baldes) dont l'existence remonte aux premiers temps de la conquête. — Certaines parties de la plaine intérieure, surtout dans les provinces de San-Luis, de Cordova et de la Rioja, en comptent égalemimt un assez grand nombre. Aussi ap-
Dl'NES OU MHiDANOS. 249
pelle-tH>ii la Baldeina-de-SmHLuis (la plaine aux Puits de Saint- Louis), les cantons de Rio-Seco et de Ouinès, aux pieds de la sierra, cantons qui en sont semés, et où s'élèvent beaucoup d'excellents bestiaux .