CHAPITRE IV
Dunes de sable on Medanos.
Rien de plus fréquent, surtout vei-s le sud, que des buttes d'un âable très-argileux, extrêmement fin, que les vents font mouvoir dans un sens ou dans l'autre, et qui couvrent parfois de grands espaces. Dans le pays, on appelle ces dunes medanos et quelquefois gjfuadales'y le terrain, qui en renferme beaucoup, ou qui est très-sal)lonneux, est nommé teireno yuadaloso. Ces dunes varient de 2 à 40 mètres en hauteur, et sont généralement dans une direction nord «t sud. Le côté du nord est le plus abrupt, ce qui prouve que les "^ents du sud sont les plus violents dans ces régions. Le vent modifie continuellement les contours de ces medanos, à moins que quelques arbustes, quelques plantes ne soient venus les iixer, comme cela se voit dans le fond des provinces de Buenos-Ayres et de San- Luis, où cesse l'épais tapis de plantes graminées de la Pampa , et dans la plaine sablo-argileuse de Cuyo. En certains endroits ces dunes forment des cordons circulaires, ensen^ant ainsi une petitie vallée, au milieu de laquelle se trouve une lagune dont l'humidité favorise la croissance des végétaux qui, par leurs racines, fixent les sables autour d'elle.
Très-multipliées sur les cotes de l'Atlantique, c(»s dunes s'étendent à l'intérieur de l'est à l'ouest, et ne sont nulle part plus nombreuses que dans les provinces deMendoza et de San-Juan, près des dernières ramifications des Andes, où la sécheresse du climat ne permettant presque pas la végéUition, laisse le sol aride et poudreux sans défense contre l'action des vents qui le labourent en tous sens, mais principalement du nord au sud. Toute la plaine sablo-argileuse de cette région, et même d'une partie de la Rioja, est dans ce cas. D'ailleurs le phéuomène se répète partout où la constitution physique du sol offre des circonstances analogues et où les pluies sont rares. De là ces désignations si fréquentes de pnnta del medano (extrémité d'une chaîne de dunes) pour désigner une localité. Dans de pareilles plaines, ces petites élévations de terrain semblent ime vraie montagne.
Dans les Pampas proprement dites, les medaiios sont nires à cause de la lixité du sol protégé par Tépaisse couche de graminées qui le recouvre. Là où les bois sont plus serrés, plus touffus, les medanos n'existent pas davantage. La Mésopotamie argentine, arrosée par des pluies fréquentes et copieuses, ainsi que les rives du Parana et de l'Uruguay n'en ont qu'accidentellement et sur de très-petits espaces, quoique le sol d'une partie de Corrienteset del'Entre-Rios soit sablonneux. Mais ici le sable est siliceux, par conséquent assez lourd, tandis que dans la plaine argentine le sable argileux, étant d'une extrême légèreté, obéit avec la plus gnuide facilité à l'action du vent qui le roule en tourbillons épais à des distances même assez considérables.
Il suffit d'avoir parcouru les grandes plaines des vallées deg Andes, ou celles qui gisent aux pieds du versant oriental de cette chaîne, pour se rendre compte de l'action du vent : même dans les journées les plus calmes et les plus sereines, on voit une multitude de colonnes de poussière qui charrient au loin, pareilles à une colonne de fumée, des masses notables de sable argileux, et les déposent çà et là par petits monceaux qui se surajoutent les uns aux autres. Ces petites trombes locales sont dues aux courants contraires d'un air, tantôt échauffé par les rayons ardents du soleil qui brûle le sol, tantôt rafraîchi par les masses atmosphériques froides qui découlent des sommets de la Cordillère. Elles sont d'autant plus nombreuses que les journées sont plus chaudes, et elles mettraient certainement en mouvement de bien plus grandes quantités de sable , si les petits arbres qui s'élèvent çà et là dans les plaines ne les brisaient et ne déterminaient leur chute. Ces colonnes de poussière s'élèvent quelquefois à des hauteurs très-considérables en affectant l'aspect fusiforme que prennent également les vapeurs qui s'élèvent des cimes neigeuses pendant les heures les plus chaudes du jour, et donnent un singulier aspect aux petits nuages qui apparaissent su^ pendus sur elles.
Il est donc évident que les medanos sont dus à l'action du vent qui ne trouve nul obstacle dans une plaine aussi vaste. Le rôle qu'ils jouent dans le régime du sol argentin est assez important pour que Ton en tienne compte, surtout lorsque l'on cherche à s'expliquer plusieurs phénomènes géologiques très-remarquables dont nous parlerons dans le livre suivant, en traitant de la constitution physique de ce môme sol.
Sur les côtes du sud de Buenos- Ayres et de là Patagonie, les dunes sont beaucoup plus élevées que dans l'intérieur, puisqu'elles attei-
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giient jusqu'à 30 et 40 mètres de hauteur, et le sable en est plus compact. Cela se comprend facilement si Ton considère la double action des lames, qui poussent toujoiu*s du sable h la côte, et celle des vents du large qui, toujours très-foils, balayent incessamment la crête de ces dunes et en dispersent les éléments dans la caqipagne, dont ils exhaussent le sol continuellement. Sur la rive nord de la Plata, vers Maldonado et le cap Stuita-Maria, ce phénomène se reproduit avec le même ensemble de circonstances.