‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 29 sur 60 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ProTince de Mendoza,

§ L — Province de Meyidoza en général.

Situation astronomique et limites. — La province de Mendoza est située au sud de celle de San-Juan, entre le territoire de San- Luis et les Andes, dont la ligne de faite la plus occidentale la sépare du Chili. Elle s'étend, en moyenne, entre 32° 20' et 36° de latitude australe, 68"^ 30' et 72° de longitude occidentale, embrassant ainsi une superficie de près de 6,000 lieues carréos. — Ses limites, ail nord et au nord-^st, sont quelques petits cordons transversaux des Andes, et les lagunes de Guanacache; — à l'est, le Rio-Desaguadero et le Rio-Salado, l'embouchure du Latuel ou Chadi-

Leubu ; — au sud , ses établissements ne s'étendent pas au-delà du Rio-Diamante, mais on a poussé des reconnaissances jusque par-delà le Latuel , et même jusqu'au Gerro de Payen ; toutefois les Indiens Aucas et Pehuenches qui habitent ces cantons, ont toujours empô* ché jusqu'à présent les Mendocinos de s'y fixer, et la frontière australe ne dépasse point encore le Foit de San-Rafael, situé près du Diamante, entre le 35® et 36° de latitude, quoiqu'on la place officiellement au Rio Grande, branche mère du Golorado.

Aspect général. — Dans ces limites, la province de Mendoza offre au nord et à l'est une vaste plaine sablo-argileuse , saline, et, en maint endroit, comme celle deSan-Juan, semée d'une végétation rabougrie. Rien d'aride comme la partie renfermée entre les rivières Tunuyan et Desaguadero. L'irrigation seule y peut faire croître une végétation un peu vigoureuse. Au sud du Tunuyan, le pays est également aride jusqu'au 36* degré ; mais alors , en se rapprochant des Andes, le climat change , il devient plus humide, les pluies rafraîchissent la terre; de nombreux ruisseaux commencent à couler, et leurs eaux, fécondant le sol, y font naître de vastes prairies et de belles forêts. Lès premières vallées des Andes offrent une grande variété de terrains : les unes, largement ouvertes vers l'est, participent de l'aridité delà plaine; les autres, plus hautes, plus resserrées, fécondées par les brouillards, les pluies et les neiges, possèdent de bons pâturages. La ligne de faite est formée par une série de nevados gigantesques, depuis l'Aconcagua au nord, jusqu'au Ghinal au sud, en passant par l'énorme Tupungato, et les nombreux volcans soit éteints, soit en activité, qui hérissent la crête occidentale de la Gordillère. Des dépendances de la chaîne centrale, se détachant vers le sud- est en cordons moins élevés, circonscrivent de grandes vallées habitées par des Indiens de race araucane, qui communiquent librement, par des passages praticables une partie de l'année , avec leurs compatriotes de l'autre versant.

Hydrographie. — La nécessité absolue de l'eau pour l'agriculture donne aux rivières de la province de Mendoza une importance particulière^ d'autant plus que sans être nombreuses elles ont beaucoup d'eau une partie de l'année, et que, bien dirigées, elles peuvent agrandir d'une manière, pour ainsi dire illimitée, son domaine agricole, surtout dans la région du sud. — Nous avons vu dans l'histoire physique de la province précédente comment les lagunes de Gtiona-

cache se formaient des rivières de San-Juan et de Mendoza , qui toutes deux viennent déboucher, Tune en face de Vautre, dans la lagune du Rosario. Leurs eaux y déterminent ainsi une série d'étangs dont les niveaux croissent ou diminuent, suivant la quantité de neiges qui fondent dans la Cordillère. Chacun d'eux, désigné sous un nom particulier, Poriezueloy Sauce^ Bosario^ Tres-Cruces^ Bebida-Grande, Silverio^ etc., etc., est séparé de celui qui le précède par une sorte de gorge que constitue une terre argileuse aissez ferme pour permettre d'y passer à gué, excepté lors des grandes crues. Leurs bords sont plats, couverts de roseaux et de plantes marines et s'inondent facilement ; aussi la plupart des terrains qui les entourent sont-ils excellents pour l'agriculture à cause du fond d'humidité qu'ils conservent. Les eaux sont très-salées dans la saison sèche, à peine saumâtres, lors des crues du San-Juan ou du Mendoza ; à quelque distance des lagunes, les puits creusés à cinq ou six mètres de profondeur donnent de l'eau douce. Une étude exacte de cette suite d'étangs permettrait peut-être d'y reconnaître la possibilité de creuser un canal navigable en tout temps. Leur décharge se fait par le Rio-Desaguadero qui va se perdre, partie dans le lac Bebedero, partie dans les marécages au sud de cet amas d'eau. (Voyez d'ailleurs tome I, page 160, la description des rivières de la province de Headoza.)

Le Rio-de-Mendoza^ une fois sorti de la chaîne des Paramillos, est repoussé vers le nord par la pointe de la petite Sierra de Lulunta, et court se verser dans la lagune du Rosario, que nous savons déjà recevoir le Rio de San-Juan ; de sorte que les deux rivières, nées ensemble au pied de l'Aconcagua, décrivent une vaste courbe, l'une vers le nord, l'autre vers le sud, pour venir confondre leurs eaux dans le même réservoir. Elle fournit à d'immenses irrigations dans la capitale et sa banlieue ; la pente du terrain permet aux infiltratiens d'aller former une grande cienega , celle du Vermejo, d'où naît, comme dans l'autre province , un canal naturel, le Ttmumaya^ qui-va déboucher en face du Cochagual , dans la lagune du Porteaielo. U est probable que l'art pourrait rendre navigable ces fossés que les eaux ont creusés elles-mêmes depuis un siècle, et réunir ainsi les deux villes de San-Juan et de Mendoza par une communication fluviale non interrompue. La canalisation des lagunes, celle du Desaguadero, jusqu'au lac qui le reçoit, serait très-probablement possible eocore, et les trois provinces de Cuyo se trouveraient liées alors par une navigation intérieure de ioO lieues. Enfin, on ne rencontrerait pas

sans doute plus de difficultés dans les terrains qui séparent les lacs Bebedero et Curra-Lauquen , déjà réunis par la continuation du Desaguadero, grossi du Diamanié et du Laiuel, De là au Colorado, il n'y a qu'une plaine horizontale inondée même quelquefois, et un canal ferait communiquer ce dernier avec le Rio-Negro navigable en tout temps.

Certes, nous n'irons pas, dans l'état actuel des choses, proposer un pareil travail, qui ne peutêtre entrepris que lorsque la population actuelle des provinces de Cuyo aura plus que décuplé ; mais nous croyons, dès aujourd'hui, devoir en indiquer la possibilité, afin que, dès aujourd'hui aussi, ce résultat futur soit prévu, adopté par l'opinion publique, et que les canalisations particulières, nécessitées par l'irrigation, -soient dirigées de manière à ne pas trop détourner le cours naturel des eaux, pour que le lit principal ne s'ensable pas et ne se détourne point, comme cela est arrivé pour le Diamante, qui, cessant de se réunir au Latuel, est allé, à la fin du siècle dernier, se jeter dans le Desaguadero au-dessous du Paso de las Piedritas, etc. (1).

Les rivières au sud du Diamante sont mal connues, car la région habitée de Mendoza cesse à ce cours d'eau, et presque tout ce qui est au delà est occupé par les Indiens Pehnenches et Aucas, qui se soucient peu de céder leurs terres, ou, s'ils les cèdent pour quelques étoffes, pour des liqueurs, reviennent incessamment sur cette concession. Ce pays est parfaitement arrosé par le Latuel et ses tributaires, le Chacay^ le Malarguë^ dont les eaux vont former les lagunes de Chacay et de Yancanelo ; plus loin , les nombreux affluents supérieurs du Colorado y fertilisent de belles vallées. C'est dans cette région qu'est l'avenir de la province de Mendoza, lorsqu'elle s'en sera assuré la possession par la civilisation des Indiens qui l'habitent.

Quant au grand cours d'eau formé par le trop-plein du Tunuyan et du Bebedero, et les eaux du Diamante, il va du nord au sud à travers une campagne absolument plate, et qui, à quelque distance de la rivière, n'est qu'une travesia : on le désigne sous le nom de

(1) Cet accident est arrivé dans une crue ; il s'est produit là le même phénomène que pour le Rio-Dulce de Santiago del Ëstero. La plaine étant absolue cl sablonneuse , le Diamante se jette alternativement sur ses deux rives.

Sous Tadministration Segura , on a fait quelques travaux pour rendre le Latuel (ou Rio- Âtuel) à son ancien lit, pour en grossir le Chadi-Leubu qui est sa continuation, et le faire ar> river au Colorado par le débordement de la Amarga. Mais ces tentatives n'ont eu qu'un succès incomplet. — (Journal de l'expédition dans le sud de la province de Mendoza , en octobre 1854. — El Constitucional, journal de Mendoza.)

Desagtiadero et de Nouveau-Salado. Le Latuel, sous celui de Chadi- Leubu, s'y réunit à un degré de latitude au-dessus du lac de La- Amarga ou CurrorLauquen; la lagune Fureco communique avec lui. Au mois de décembre , tous ces terrains sont, en partie, inondés si la fonte des neiges a été considérable sur les somniets, et les pluies abondantes dans les basses vallées des Andes ; car à partir du 36* degré de latitude, en allant vers le sud, le climat se modifie et les pluies commencent dans la montagne. La région voisine du lac de Nahuelhuapi, que traverse le Rio-Negro, est humide et très-arrosée. Nous en parlerons en traitant de cette partie du territoire indien du sud, (Voyez d'ailleurs, dans l'hydrographie générale, tout ce qui alraitaux fleuves Colorado et Negro, pages 159, 165 et 471.)

Orographie, — Les Andes et leurs divers chaînons remplissent tout l'ouest de la province de Mendoza, et vont, en s'étageant de Test à l'ouest, constituer la ligne de faîte d'où s'élancent de nombreux nevados et quelques volcans. — De l'autre côté du Rio- Diamante, les chaînons détachés de la chaîne centrale se dirigent vers le sud-est et quelques cerros isolés se lèvent çà et là dans le voisinage de la région pampéenne. — Derrière la ville de Mendoza s'étend la chaîne des Paramillos, qui commence à la rivière de ce nom et va finir dans le territoire de San-Juan, en se confondant avec les contre-forts orientaux du Tontal. Derrière les Paramillos, dont la hauteur atteint 3,000 mètres, s'étend la longue et large vallée d'Uspallata, d'une altitude moyenne de 1,800, puis le premier contrefort de la grande Cordillère, sur laquelle s'entassent, au sud de l'Âconcagua, les nevados de la Iglesia^ de Plata^ del Juncal^ de San Francisco y de la Cruz de Piedra^ de San Lorenzo^ de Los Mineros, del Planchon^ etc., etc., les volcans de San-José^ de Maipo, de Tinguiririca; enfin au milieu de tous ces colosses, et leur véritable roi, quoiqu'il ne soit pas si élevé que l'Aconcagua, le cône neigeux du Tupungato, que de la campagne de Mendoza CD aperçoit dressant dans l'azur du ciel, à une hauteur de 6,710 mètres, sa pyramide de neige immaculée (1).

La vallée, ou plutôt la gorge du Rio-de-Mendoza pénètre en serpentant de l'est à l'ouest, à travers toute l'épaisseur de la chaîne centrale, jusqu'au revers austral de l'Aconcagua, d'où naît le Rio

(1} Dans la descriptiun géographique et géologique des provinces chiliennes de Aconcagua, Stttûifoet Golchagua, publiée à Valpnraiso en 18ô2 , 18S(i et 18G0, M. Alfred Pessis donne

DESCRIPTION DES PROVINTES.

de Las Vacas, en face duquel, à la Punta de ce nom, débouche le torrent opposé, venu du Tupungato. De hautes vallées s'étendant entre les sillons montagneux qui constituent le centre de ce prodigieux massif. En effet, à partir du Paso de los Patos, celui-ci ne présente point de plateaux supérieurs, mais seulement des cordons dirigés du nord au sud avec une légère inclinaison à Test. Au sud du Rio de Mendoza, quelques-uns de ces cordons, celui de Lulunta^ par exemple, deviennent tout à fait extérieurs et embrassent de véritables plaines, telles que celle dési-

les latitudes, longitudes et altitudes suivantes aux principaux pics et passages de la ligne de faite chilienne, du 32* au 3G* de latitude sud :

PKOVinCES.

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