CHAPITRE XIV
Province de San-Joan.
§ I. — Province de S an- Juan en général.
Situation astronomique et limites. — La province de San- Juan est située sur le versant oriental des Andes et dans la grande plaine qui part de leurs pieds; en moyenne, entre 30** et 32*^ 20' de latitude sud, 68° 40' et 72° de longitude occidentale. — Elle confine, à Touest, avec le Chili par la crête des Andes ; — au nord et au nord-est, avec la Rioja, par Textrémité des Sieri*as de Guandacol et la travesia, des Uanos ; — avec San-Luis par la Sierra de las Quijadas et les lagunes de Guanacache. Ces mêmes lagunes, et une ligne qui va directement à Touest en passant par le Ramblon, signalent sa limite avec Mendoza. — Dans ce périmètre, elle mesure près de 3,300 lieues carrées de superficie.
Aspect général. — Cette province représente une grande plaine aride et souvent saline, venant s'adosser au massif des Andes. Ce massif est partagé longitudinalement par de grandes vallées ; celles au nord de la Capitale sont larges et presque sans eau ; celles au sud sont étroites, assez bien arrosées. Une belle rivière descend de la principale en décrivant une grande courbe, du sud au nord, puis du nord au sud, pour venir former des lagunes dans un grand bas-fond salin et argilo-sableux» Des canaux nombreux que l'art en a dérivés affaiblissent ce cours d'eau et ont fini par former des marécages eu certaines localités. Les montagnes de la province sont arides comme la plaine ; ce n'est que par intervalles que l'on y trouve des pâturages et des bois rabougris. Là où l'irrigation est possible , la végétation naturelle ou artificielle est luxuriante.
Hydrographie. — Le pays ne possède qu'une seule grande rivière, c'est le Rio de los Patos ou de San- Juan, ainsi nommé de ce qu'il natt dans la Cordillère centrale des neiges e l'Aconcagua et près du passage dit de los Patos. Il se dirige du sud au nord, à travers une longue vallée formée par le massif andin à l'ouest, et à Test par les
Sierras de la Yalquera et del Tontal, puis repoussé au nord par les parois occidentales de la vallée de Pismanta et la petite chaîne de Villicum, il décrit une courbe, passe auprès de la ville de San-Juan, et rencontrant la Sierra du Pié de Palo, se tourne vers le sud et vient tomber dans la lagune du Portezuelo, la troisième, en commençant par l'ouest, de la série de Guanacache. Sa longueur totale atteint ainsi près de cent lieues; sa largeur varie singulièrement, suivant les localités; elle est considérable au sortir de la vallée, se réduit près de Caucete, mais, de ce point à son embouchure, n'est jamais inférieure à 80 mètres. A Fépoque des crues, qui commencent en novembre et durent tout Tété , il a assez d'eau pour être navigable du Pié de Palo aux lagunes. Si les neiges ont été considérables dans la Cordillère, s'il y a eu quelques violents orages, des inondations ont lieu. L'une d'elles, au mois de décembre 1833, menaça la Capitale d'une entière destruction et dévasta près d'une demi-lieue carrée d'excellents terrains de culture à l'ouest de la ville ; toute la terre végétale fut enlevée et il n'y resta que le lit de cailloux qui y constitue le fond du sol; aussi, pour le contenir et défendre cette partie des faubourgs, al-on construit, sous l'administration du général Benavidès, une grande digue qui force les eaux à se rejeter sur la rive gauche, et à y creuser leur lit. C'est aussi à cet endroit que commencent les nombreux canaux d'irrigation qui fournissent à la campagne de la Capitale et même au département de los Pozitos, l'eau nécessaire aux cultures. —Ces eaux sont fort abondantes et l'on en abuse mûme en ne surveillant pas l'extrémité des rigoles. En effet, la quantité employée est toujours si considérable que les infiltrations souterraines sont allées former, autour du petit massif de los Cerrillos, une vaste cienega ou marais presque impraticable que remplissent des plantes aquatiques et qu'il est à peu près impossible de traverser. 11 naît, à sou extrémité sud, un canal naturel, le Cochayual^ qui va porter ses eaux à la première des lagunes de Guanacache, celle du Rosario, où débouche, en face de lui, un canal analogue de môme formation , le Ttmumaya^ qui vient des irrigations de la province de Mendoza et de la cienega del Yermejo (voyez tome I, page 160). Si le pays était assez peuplé, les habitants assez entreprenants, il ne serait probablement pas difficile de faire servir ces deux canaux, mieux aménagés, ékuTgis, aux communications par eau entre les deux provinces , tout . en en tirant les rigoles nécessaires à la culture. L'abandon qu'on iaitdes eaux une fois sorties du champ qu'elles ont irrigué, au lieu de les conduire par un fossé, soit à la rivière qui les a données, soit à
un réservoir commun qui puisse en débarrasser le sol, permet la formation de marais, de cienegas qui gaspillent inutilement un liquide si précieux, perdent de bonnes terres à culture, et créent de nouvelles difficultés pour l'avenir, car il faudra bien, avec le temps, les reconquérir pour la production. La construction d'un canal navigable depuis San-Juan jusqu'à Mendoza , aura un jour l'avantage , nonseulement de servir à la navigation, mais encore de fournir à l'irrigation de cinquante lieues de pays presque entièrement désert, faute d'un bon aménagement de l'excédant des eaux des deux provinces.
Le Rio de San-Juan offre un immense avantage pour les irrigations. Au Murallon, l'altitude du sol est de 800 mètres ; aux lagunes de Guanacache, qui n'en sont qu'à 15 lieues, en ligne droite , elle n'est plus que de 600 mètres ; c'est donc une pente totale de 200 mètres que la rivière a à parcourir, pente assez forte, mais que les détours rendent moins sensible. L'horizontalité des terrains des deux rives, mais surtout de la gauche , permettent d'en tirer un nombre presque indéfini de canaux et de les conduire à volonté sur un sol profond, meilleur que celui des champs plus rapprochés de la montagne, et qui sont déjà si fertiles. Chargées du limon arraché aux vallées des Andes, ces eaux déposent un engrais puissant sur la campagne et améliorent rapidement les sols les plus caillouteux.
A une courte distance de la ville, le ruisseau de Zonda irrigue la vallée de ce nom et une partie des terres du Marquezado. — La vallée de Jachal est arrosée par la rivière de ce nom, formée par les ruisseaux Salado et Carnerito, nés sur les plateaux des Andes, aux pieds des Nevados du Potro et du Boneté ; le Rio- Vermejo de Vinchina s'y joint également au sortir de ses vallées , et tous ces courants d'eau , épuisés par de nombreuses saignées, viennent, sous le nom de Rio de Tafin ou Sanjon^ se perdre dans les sables à l'est de la chaîne du Pié de Palo ; celui-ci, dans les années pluvieuses, peut quelquefois atteindre les lagunes.
Tous les autres courants d'eau de la province sont des torrents et ruisseaux de montagne, entièrement absorbés par les besoins de la culture. Le nombre en est malheureusement petit, car, à partir de l'Aconcagua, en remontant vers le nord, la chaîne des Andes est éminemment sèche.
Quant aux lagunes de Guanacache^ nous en parlerons plus bas eu détail en traitant de la province de Mendoza (voyez d'ailleurs tome I, pages 161 et 179).
Orographie. — Tout le système orographiqiie de San-Juan appartient aux Andes, et présente, d'occident en orient, une série de chaînes longitudinales , dont la direction générale incline un peu au sud-est. Le grand massif commence à s'élargir en plateaux sous le parallèle de Jachal ; plus bas, il est plus étroit, et son épaisseur n'excède pas deux lieues; deux cordons y circonscrivent une vallée haute, près de la région des neiges perpétuelles. — La Sierra de la Yal^ juera court parallèlement au massif principal dont elle est séparée parla vallée du Rio de San-Juan; celle del Tontal^ si riche en minerais argentifères, en forme le contre-fort oriental ; la chaîne de Zonda, la plus orientale, borde la plaine. La rivière de San-Juan sépare ces trois chaînes de celles du nord. Ces dernières, qui se fractionoent en plusieurs cordons entre-croisés, sont désignées sous une foule de noms. Les plus occidentaux renferment de larges vallées en grande partie arides, ainsi celles de Pismanta et de Jachal ; tandis que leurs petits contre-forts circonscrivent des vallons étroits et fort habitables, tels que ceux de Mogna et de Valle-Fertil.
Le massif triangulaire du Pié de Palo est le plus oriental de tous. Quant à la petite Sierra de Gtiayaguas^ elle se lie à celle de las Quijadas, qui appartient au système de San-Luis. — On ne compte aucun volcan en activité dans les montagnes de Son-Juan ; elles sont généralement arides et décharnées, mais n'offrent pas de grandes dislocations dans les assises qui les composent. Elles s'échelonnent en augmentant successivement de hauteur de la plaine au massif andin, qui atteint là, en moyenne, une altitude de 4,300 mètres. Celui-ci toutefois, sauf l'Aconcagua, ne présente aucun grand nevado; les montagnes, à l'est du Rio de San-Juan, n'ont qu'accidentellement de la neige.
Constitution physique, du sol. — Par suite de sa conformation physique, la province de San-Juan se divise en trois régions : celle des cordons montagneux des Andes, — celle de leurs vallées, — enfin celle de la plaine. — Nous avons décrit (tome I, page 287) la nature des sierras de San-Juan, les porphyres dr la chaîne centrale, les grès, les schistes, les calcaires cristallisés, les gneiss des chaînes orientales. Ces dernières renferment des gisements métalliques sans nombre^ principalement en or, argent et cuivre. Les matériaux de coDstruction de toutes sortes, marbres, grès, chaux , plâtres , argiles, pouzzolanes, etc., abondent.
. Enfin, dans ces derniers temps, on a trouvé du charbon de terre % ocnir. AMWÊxrmwL. — t. m. 27
418 DESCRIPTION DES PROVlNCKS.
non loin de la Sierra de la Huerta et dans le canton de los Marayès, et Ton dit qu'il en existe àGuayaguas. A ce point de vue, les richesses minérales du pays sont inépuisables. — Les vallées andines y sont formées par un immense dépôt de cailloux roulés, recouverts par une couche plus ou moins épaisse de terre végétale ; quelquefois même ces cailloux sont à nu dans une partie des vallées les plus larges, telles que celles de Pismanta et de Jachal. — En s'éloignant, des montagnes, on ne trouve plus que le terrain de la plaine extérieure argentine, c'est-à-dire un sol sablo-argileux, très-souvent salin, avec des chlorures, des carbonates et des sulfates de soude; une végétation rare et rabougrie (voyez tome I, page 243). — La plaine de San-Juan n'est donc partout qu'une travesia (désert) ; mais aussitôt qu'on peut y amener un filet d'eau douce, l'aspect change ; le sol sec et salin, pareil à la cendre, devient d'une exubérante fertilité et rend au centuple ce qu'on lui confie ; seulement les terres s'épuisent vite si l'on s'obstine à ne point alterner les cultures et à ne pas les fumer.
Celles dont on n'écoule pas assez exactement les eaux finissent également par s'altérer, probablement par suite de la salure que prennent ces mêmes eaux, circonstance qui les rend infertiles et marécageuses , et en font ce que l'on appelle des cimegas. Lorsqu'elles commencent à se saler ainsi outre mesure , on les dit revenidas^ revenues. Ces inconvénients pourraient, sans doute, s'arrêter par le dessèchement, à l'aide de rigoles d'écoulement et des irrigations d'eaux nouvelles.
Les Tremblements de terre sont fort rares à San-Juan, plus rares encore que dans les provinces andines que nous venons de passer en revue. Nous n'en avons entendu citer aucun.
Climat. — Le climat est éminemment sec, il ne pleut que rarement dans la montagne et presque jamais dans la plaine. La température est ardente Tété, de décembre à mars ; des observations directes, en 18S7 , nous ont donné une moyenne de 30° pour la dernière quinzaine de janvier. L'automne et l'hiver sont magnifiques ; il gèle à peine et seulement le matin. Les vents du sud et du nord sont violents ; le dernier, nommé Zonda, et horriblement chaud, est le sirocco du pays ; tous les deux soulèvent d'effroyables tourbillons d'une poussière saline, qui obligent les habitants à se renfermer dans leurs maisons pendant ces tourmentes : heureusement qu'ils ne sont pas fréquents. Les orages éclatent dans la montagne et ja-
mais, OU du moins presque jamais, dans la plaine. Il grêle dans les cantons un peu élevés de la Sierra.
La Salubrité de la province est parfaite. On n'y connaît aucune maladie particulière. Le goitre, si fréquent à Mcndoza, ne s'y voit point. Les seules maladies épidéraiques qui y soient connues sont les fièvres éruptives et la p'neumonie des Andes.
Végétation. — La végétation naturelle, par suite de la sécheresse du climat, est mesquine et rabougrie. Ce n'est qu'auprès des ruisseaux et dans les quebradas qu'il croît quelques véritables arbres, tels que les espinillos, les québrachos, les chanars, les algarrobos, les jariUas surtout, etc. ; dans la plaine, ce sont les mêmes espèces, mais avortées et comme brûlées, autant par les feux du soleil que par les sels du sol ; lejumé et d'autres plantes salines y abondent. — Au contraire, tout ce qui est cultivé et irrigué croît parfaitement. Les arbres fruitiers et forestiers de l'Europe, toutes ses plantes d'utilité ou d'agrément, réuïtsissent. Le peuplier est aussi répandu qu'à Mendoza, quoique son développement y soit moins complet. C'est le seul arbre de la province qui puisse donner du bois de construction, et l'on sait sa mauvaise qualité ; aussi est-il essentiel de lui adjoindre d'autres arbres forestiers plus utiles, croissant plus lentement il est vrai, mais de meilleur usage pour l'industrie et les arts.
Agriadture, — Dans de pareilles conditions, l'agriculture était absolument nécessaire à San-Juan; aussi y est-elle pratiquée sur unr grande écl^flle, grâce aux travaux exécutés depuis longtemps pour une irrigation étendue. La culture première est celle des céréales; le blé y rend beaucoup, surtout les premières années : on a vu des champs nouvellement défrichés donner jusqu'à cent cinquante pour un; mais cette production ne se soutient pas et tombe à une moyenne de vingtcinq, ce qui est encore un beau rapport. Le maïs rend encore davantage. Tous les légumes prospèrent ; il en est de même du dattier, de roranger, du figuier, du poirier, du pommier, de raînandier,etc.,etc., et des arbustes d'ornement. La vigne donne des produits considérables, autant pour la confection à^,^ pasas ou raisins secs que pour la fabrication du vin et celle de Teau-de-vie. Les vins blancs sont de bonne qualité; toutefois ils ne valent pîis ceux de la Uioja. L'eaude-vie qu'on en obtient par distillation est excellente. La culture de la luzerne est très-répandue; les pâturages naturels étant rares, il y a nécessité absolue de les remplacer par des pâturages artificiels. — En résamé, de toutes les provinces de l'intérieur^celles de San-Juan, avec
Mendoza sa voisine , sont celles où Tagri culture est le plus avan< elle est même susceptible de s'étendre encore beaucoup, grâce, cou nous l'avons dit plus haut, à l'abondance des eaux que Ton peut d ver de la rivière, principalement dans la grande plaine qui s'él vers les lagunes de Guanacache.
Animaux sauvages et domestiques. — •• Ce sont les mêmes anini que dans les provinces voisines, si ce n'est que Taguara ou loup ro est assez commun dans la grande cienega ou marais de Los Cerri] Le guanaque s'y voit non-seulement dans la montagne, mais en( dans la plaine. — La rivière de los Patos est très-poissonneuse ; o pêche des truites d'excellente qualité. Les lagunes de Guanaca renferment également beaucoup de poissons de diverses espèces, vivent parfaitement dans leur eau saumâtre.
Bétail. — On s'occupe peu de la reproduction du gros bel excepté dans quelques estancias de la montagne. Il y a en effet j d'avantage à engraisser les animaux venus de la province de San-I dans les vastes enclos de luzerne cultivée, qui peuvent en nourrir ; qu'à trente mille, et font la fortune de leurs propriétaires. — Les \ maux de travail, bœufs, chevaux et mulets, sont également alimei dans ces enclos [potra^os de alfalfa\ d'autant plus indispensal que le transit des Andes exige un nombre considérable de bêtes somme. La chèvre et le mouton sont réservés pour les maigres pâ rages naturels des montagnes. Depuis assez longtemps on a introc le mérinos, et quelques fermiers ont des troupeaux remarquables la grandeur de leur taille, la finesse et l'abondance de leur lai L'engraissement du bétail dans les potreros^ où la luzerne se rej duitsans cesse sous l'iniluence de la chaleur et d'une irrigation l dirigée, se fait avec une grande rapidité; les animaux sont conduit douze jours des environs de la Capitale aux vallées du Chili, oi se payent à un prix très-rémuuérateur. La plupart des propriéta sont soigneux de leur bétail et cherchent à en améliorer la race, quelle est déjà très-belle par elle-niûme .
Commerce et industrie. — L'agriculture est la principale richi des San-Juaninos. Elle fournit d'abord à la consommation locale, est assez considérable et de nature à encourager les producteurs, j elle permet d'exporter dans les provinces voisines des farines, vins, des eaux-de-vie, des fruits secs. Les posas de uva, raisins s» sont portés jusque sur le littoral et au Chili. Nous venons d'indiq
ce que Ton obtient du b«^lail et le grand avantage de la culture de la luzerae; on vend, de l'autre c«*tté des Andes, un assez gi*and nombre de mulets et de naoutons. — Comme industrie locale, à part Texer- •7ice des arts mécaniques indispensables, on ne connaît guère que la fabrication du savon, qui Sf fait à laide de la cendre du jume, si <2ibondant dans les terrains sal»?s. Ce qui manque essentiellement au pays, ce sont les bois de mennis-^rie et de con-truction. On est obligé de les apporter du littoral, en charrette . ou de Tucumau, à dos de . mulet, et Ton comprend à quels prix exorbitants une planche de Cfr^dre ou de quebracho rouse duit revenir. Il n^* a d'autre ressource au manque de bois industriel que de plant* r 1- > essences qui peuvent en fournir. E y a quinze ans. à l'exemple de Mendoza, on s'»^îait mis à la production de la soie ; mais l'épid^-mie, qui y tua les vers , produisit le même désastre à Sm-Juan, et Ion n'a pas tenté de revenir à cette industrie, qui convient admirablement à ce climat, et qui avait déjà donné de beaux résultats.
L'exploitation industrielle qui préoccupe le plus 1rs esprits aujowrd hui est celle des nombreuses mines d'are^nt de la province. L'or (^t déjà exploité depuis longtemps a Gualilan. à Jachal. à Valle-Ferliî; l'argent à la Huerta. \'oytz t-.me II. pac»- 391.' Mais aucune chaîne n'a encore offert d^s minerais ari:êntif-rr-s fins i iches que ceux *<*la Sierra del Tonîal, à tr'Mt-tn.i- ii-u-s sud- u ^t de la Capitale, et où le voisinage de la btlle vallée du Rio de lus Patos permet fc se procurer toutes les re>-ourcés airri* oies né«"èssiir»^s à h popul^ion employée aux travaux d'exploitation ;i . — Il y a encore d'au- ^gisements minéraux coijmis rt expirâtes à la Puerto, m Morado. ^^^Iglesia, à JachaL à Gunrhi^ à GualUon. h Gv'iyoqvo> et à Los ^^ayes^ loin delà Huerta. Cette dt-rniêrr- localit»- «•ffre. suivant l'in-
0; iJDeiociélé a été formée rccemment dans la R^'puV.lîquef au capital -le 1 \OMA) piastre»
^f » reffei d'activer le d»;teloppeiueni de* travaux ilans U** niioes du Tonlal; — le goo-
'"■•««11 nalioiul luim^^e a pri* --n c*-riiîTi L-ruLn.- .l';,cii.-.ns. T-^Jl le iniunel el loulil-
•"î^ oéopsêaires ont f-i^ introlaiu J'An;:V.l*r. . -i uj^f^ori»-* a Irau-rs la f -ami 4k jusque dan»
"""«Ta. Les fourneaux et usines se c»n*iro.*..Tii dans une i'V.io \ aV.ee. «i»-U«u*.!iant dansceUe
*wI^los, a 7 Jieues seulement df-s iiiin»^, c*.* '|ji jJK^rrtiel de* c«jninijnïcûli"ns raj ide», et
Tona rendu les sentiers praticables. Les mint^ eles-înèiues S"ni a ur:«r âU:iu.iedc t.iyi) mé-
^fi n'ont point un climat risoureux. — I-»? ruinerûi .--^1 r rincira'.<^nRr.l du chlonire d*ar-
fW; on j rencootre aussi de Tor ; la Uà *arie. n.ai?. ^.{^^ ^çi riche , car '«n a uxu^ie jusqu a
^narci au caisson, dans le lilon prin^if^a!.
^& 1860, les mines de La Huerta , ^:t.>.^., r, x-r.r^^iiP .ie b Sima «^ Vaî'e Ftri.l . tCi cl^ exploitées arec assez d'acli»ité et ont donné «i^ L^^ax ré^uliati. La guerre tÏMle ce l86l ^tenomeotaoéoient al>aDdonner les travaux. On y a titi une usine. Le n;inerai est §««- '*»«tdclagateDeargeDiifcre.— Oimn^e au Tont;,! il.,nùem le Loi» clUi*:rr' \r^^-* •^Wiireiî-lehaiiM^a delà Huerta. qui e»i a^r-^^^^ nVst pas éloigné des mine*.
génieur Rickart, qui l'a visitée en 1862, un dépôt considérable charbon de terre. — On voit donc combien il est naturel que habitants de San-Juan se préoccupent d'une industrie qui peut do ner un si haut degré de prospérité à leur province.
Voies de communication. — San-Juan, comme la Rioja, forme ui
véritable oasis au milieu d'un désert de poussière et de sel; mai
grâce à son fleuve, cette oasis est d'une vaste étendue et peut noun
une population considérable. — La Capitale communique avecto
ses départements par des sentiers à mulets. Ses routes principal
sont celles de l'ouest, qui la mettent en rapport avec le Chili à travc
les Andes ; soit que l'on joigne Uspallata par les vallées de Zonda
d'Acequion , soit que , traversant les chaînes du Tontal et de
Yalquera, on pénètre dans la vallée de los Patos, et que l'on ai
franchir la Cordillère au passage de ce nom. (Voyez t. I, pag. 198
203.) Ces deux voies mènent en huit ou dix jours à Valparaiso. —
y a de fréquentes communications avec Copiapo par les vallées
Pismanta, San-Guillermo, Pastos-Largos et les passages de Cor
Caballo et Pircas-Negras. (Voyez t. I, pag. 205.) D'autres passaj
mènent à Coquimbo et à Huasco. (Voyez l'itinéraire général.) —
route de San-Juan à Mendoza, cinquante lieues, est* carrossable,
une diligence hebdomadaire en fait le service. Elle est parfaitem
plane, mais très-rude, à cause d'une travesia de vingt lieues sans (
ni fourrage, de la poste de Guanacàche à celle de Jocoli, inconvéni
qui .pourrait être supprimé parle creusement de deux ou trois puits,
r établissement de deux postes non loin du Tunumaya. — Il existe u
route directe de quatre-vingt-dix lieues jusqu'à San-Luis^ en c
toyant la rivière et les lagunes. L'eau qu'on trouve sur ce trajet (
un peu saumâtre, mais les animaux la boivent sans répugnance. L
chariots peuvent en tout temps la suivre ; toutefois le voyage se fi
le plus souvent à dos de mulet. Celle de la Rioja, par Valle-Fert
n'est praticable qu'aux bêtes de somme, et compte une travesia
trente-sept lieues. On pourrait la rendre moins difficile, en touriM
la Sierra du Pié-de-Palo et la pointe de celle de Valle-Fertil :
irait ainsi, toujours en plaine, jusqu'à la Rioja; mais il faudrait or
ser des puits et établir des postes dans une partie du chemin ; or c
nécessite des dépenses que le transit, jusqu'à présent peu consi
rable entre les deux villes, n'excite point beaucoup à faire. — On
directement à Cordova par le désert, en touchant à Cauceté, Gua
guas, la pointe sud de la Sierra de los Llanos, San-Pedro de los S
ces et la Sierra cordovaise ; c'est une distance de cent vingt lieues. — Les communications avec Rosario et le littoral se font par San- Luis : en tout deux cent cinquante lieues de cinq mille vares, soit mille soixante quinze kilomètres. On a établi depuis quelques années sur ce trajet des chariots légers traînés par des mules, qui permettent un roulage bien plus rapide que par les pesantes charrettes de la Pampa, qui n'emploient pas moins de deux mois à franchir cette route.
Population. — La population primitive des provinces de San-Juan et de Mendoza était composée de tribus d'Indiens Gnarpes^ qui se fondirent avec les conquérants. Ils habitaient dans le voisinage des lagunes de Guanacache, sur les bords de la rivière et dans quelques Tallées de la Cordillère. Conquis au milieu du seizième siècle, ils furent répartis en commanderies, et les Espagnols ne tardèrent pas à s'allier avec eux. La population est devenue franchement caucasienne dans la ville de San-Juan, mais dans tout le reste du pays les métis abondent, et l'on trouve encore quelques Indiens purs ou à peine mélangés près des lagunes et dans quelques vallées isolées. — Les San- Juaninos sont robustes, laborieux et intelligents ; ils aiment l'agriculture et le commerce; le progrès de la province sera rapide du moment où elle abandonnera complètement les disputes stériles de la politique locale, auxquelles elle ne s'est que trop complu depuis quarante ans. Le chiffre actuel des habitants peut s'élever à 70,000 âmes, maximum;—on l'estimait à 48,000 en 1854; — à 35,000 en 1830; — à 26,000 en 1825 ; — - mais tous ces chiffres ne sont que de simples à peu près; aucun recensement, à notre connaissance, n'ayant été fait dans cette province, excepté pour le département de Jachal, en 1850, lequel donna 6,686 habitants (1).
(1) Ibns une note envoyée au gouvernement national au commencement de 1863 , M. D. ^•Sinniento, gouverneur actuel de la province, en évalue la population à 70,000 âmes. Il se *^ pour cela sur le nombre des naissances en 1862, lesquelles correspondraient à une pour ^BgHioq habitants, comme dans le département chilien de Santa-Rosa de los Andes , qui se ''^e exactement dans les mêmes conditions physiques et physiologiques que San-Juan. U oorobre des naissances et baptêmes s'est ainsi distribué :
Paroisse de la cathédrale ou ville de San Juan f ,066
Paroisse de la Concepcion. Faubourg et campagne 295
Paroisse de los Desaroparados. Id. 214
Paroisse de San-Salvador (Angaco) 425
Paroisse de Jachal • 466
Paroisse de Yalle-Fertil ?
Total 2,466
Il faut ajouter à cela ce qui manque des points éloignés, tels que Calingasta, Acequion, les
Gouvernement et administration. — Le Pouvoir législatif résiàe en une chambre de vingt-quatre représentants nommés directement par le peuple et qui se renouvelle annuellement par moitié. Les sessions ont lieu, chaque année, du 1" mai au 31 octobre. — Le gouverneur chargé du Pouvoir exécutif est élu par la Chambre, à laquelle on adjoint, à cet effet, un nombre égal de députés spéciaux. Ses fonctions durent trois années, et il s'entoure de ministres-secrétaires à son choix. — Le Pouvoir judiciaire incombe à une chambre de justice résidant en la capitale. Les juges sont nommés par le gouverneur et sont inamovibles durant son administration. Les tribunaux inférieurs sont réglés par le Pouvoir judiciaire dont ils font partie.
Des Municipalités sont établies dans chaque département. Tout habitant, quelle que soit sa nationalité, a droit d'en être élu membre, à la condition toutefois d'avoir son domicile dans le département. L'assistance publique, les écoles primaires, la police sanitaire, la distribution des eaux et la justice de première instance en dépendent.
Instruction publique. — L'instruction primaire est obligatoire en principe. Des écoles sont établies dans tous les départements et quelques districts en ont; mais il y a encore énormément à faire à ce point de vue, car elle a été fort négligée pendant de longues années. Jusqu'en 1823, on s'en occupait beaucoup, mais les guerres civiles qui durèrent pendant trente ans n'étaient pas faites pour en favoriser le
Lagunes, etc.. — Ce qui peut former un total de 2,800 naissances par an, lesquelles estimées à une pour 25 habitants, donneraient un chiffre total de 70,000. — La paroisse de la cathédrale compte un bien plus grand nombre proportionnel de baptêmes , parce que beaucoup de familles y apportent de tous côtés leurs enfants. La ville proprement dite ne renferme pas plus de 15,000 dme». Les faubourgs sont d'une énorme longueur et trcs-peuplés.
Dans celte hypothèse, qui, comme on le voit, refiose sur des bases sérieuses, nous aurions pour la population totale :
La Capitale 15,000 habitanii».
Faubourgs et campagnes de la Capitale 16,000 —
Département de Los Pozitos 9,000 —
Département del Albardon 4,000 —
Département d'Ângaco 6,000 —
Déparlement de Caucete 5,000 —
Déparlement de Jachal 10,000 —
Département de Valle-Ferlil 5,000 —
Total 70,000 habiianu.
Sur ces 70,000 habitants, plus des trois quarts sont groupés dans un rayon de huit licuct autour de la capitale. Le reste du pays est en grande partie désert, faute d'eau. Ce sont les mêmes conditions de terrain que dans les provinces voisines de la Rioja et de Mendoza ; la population s'y amoncelle le long des cours d'eau ; dans le reste du pays , on ne trouve que de rares habitants près d'une source naturelle au pied de la montagne , ou d'un puits creusé dans le désert. Les plaines ne sont arides que par suite du manque de pluie.
développement. On y revint pourtant après la proclamation de la constitution, et, en 4836, on établit une école modèle qui recevait à la fois des enfants et des adultes et lit beaucoup de bien. — Aujourd'hui la capitale renferme un établissement d'instruction secondaire qui vient d'être nationalisé, une école d'adultes très-bien organisée, et plusieurs maisons particulières pour les enfants des deux sexes. L'administration actuelle s'occupe avec l'activité la plus louable de répandre les écoles dans toute la province, et dans quelque temps bien peu d'enfants seront privés du bienfait de l'instruction primaire. Elle a aussi établi une Ferme modèle {qiiinta normal) formant une école d'agriculture appelée à rendre de grands services au pays ; enfin un Bureau topographique pour la mesure des terres et la carte de la pro- \ioee.
Culte et clergé . — San-Juan est le chef-lieu du diocèse de Cuyo etunévêque y réside. Il y a en conséquence un chapitre et un séminaire; le chapitre est à peu près au complet, mais le séminaire n'existe encore qu'à l'état rudimentaire. Cet évôché a été érigé en 1828; le siège fut longtemps vacant; il y a été pourvu de nouveau en 1854, par les soins du gouvernement national. Toutes les cures de la province et quelques succursales ont leurs prêtres. Il y a encore trois couvents dans la capitale : Dominicains, Augustins et Pères de la Merci, mais ils ne renferment que quelques religieux. On n'y compte point de couvent de femmes ; celles qui veulent embrasser la vie religieuse se retirent dans les monastères de Mendoza.
Police. — Elle est exercée par des commissaires et sous-commissaires pour les départements et les districts, par un chef supérieur pour la capilale. Il existe un règlement particulier pour la campagne, et un autre tout spécial voté en 1836, pour surveiller le régime des eaux, mesure indispensable pour un pays qui ne peut subsister que par l'irrigation. Les cantons miniers sont régis d'après les ordonnances en pratique sous la monarchie et que l'émancipation n'a que légèrement modifiées.
Force armée. — Formée par la garde nationale, qui peut réunir aujourd'hui 10,000 hommes des trois armes. En 4860, 7,000 étaient enrégimentés. Le gouverneur en nomme les grades jusqu'à celui de colonel inclusivement. San-Juan n'a point de frontière indienne, mais elle a eu souvent maille à partir avec les Llanistas de la Rioja, qui ont profité de toutes les guerres civiles pour chercher à y faire quelque butin.
Revenus et budget^ Terres publiques. — De 1820 à 4854, les
426 DESCRIPTION DES PROViNCES.
droits de douane sur les importations du littoral et du Chili ont formé la majeure partie des revenus de San-Juan. La totalité des ressources en 1852 était de 43,000 piastres fortes. Après la nationalisation des douanes de toutes les provinces, ce revenu fut réduit de beaucoup; mais on y suppléa par l'établissement de la contribution territoriale, dont le produit atteint aujourd'hui 30,000 piastres. Le budget de 4864 est fixé pour les dépenses à 132,000 piastres fortes, et Tévaluationdes ressources est de 112,000, ce qui ne laisse qu'un déficit de 20,000 piastres, que peut déjà couvrir en majeure partie le subside de 12,000 piastres accordé à chaque province par le gouvernement national. Ce budget parfaitement équilibré, comme on voit, consacre 15,000 piastres aux écoles, 43,000 aux travaux publics et 11,000 à l'organisation de la justice, le reste aux dépenses diverses de l'administration provinciale. Les ressources sont formées par la contribution directe en premier lieu, puis le produit des patentes, du papier timbré, des droits d'abattage des bestiaux, de mutation, des amendes, etc., etc. — Le produit des terres publiques n'est pas mis en ligne décompte, car il est nul jusqu'à présent, les terres ne pouvant avoir de prix que par l'irrigation. Mais il est possible de faire de grands travaux en ce genre, dans la partie inférieure de la rivière, et de conquérir ainsi sur le désertdesterrainsd'uoe grande valeur, comme on l'a fait à Cauceté. C'est là aussi seulement que des concessions de terrain pourraient se faire avec avantage à des colons appelés d'Europe ou du Chili, car la plupart des autres parties irrigables du territoire sont déjà occupées. Malheureusement pour la province, les colons arrivés d'Europe sont portés à se fixer d'abord sur le littoral, d'une part, faute de connaître l'intérieur, qui leur offre bien plus d'avantages, et de l'autre, à cause des frais de transport par une route de terre qui compte près de 1 ,100 kilomètres. Ce n'est qu'aVec le temps qu'ils arriveront à se diriger en quantité suffisante vers une région très-peu exploitée, et où tout ouvrier d'habileté même moyenne trouve non-seulement à gagner largement sa vie, mais encore à économiser assez pour devenir en peu de temps propriétaire et élever sa famille dans l'abondance de toutes choses.
§ IL — Province de San-Juan en particulier. — Départements. —
Districts. — Centres de population.
La province de San-Juan est divisée en sept départements ou cures qui eux-mêmes se subdivisent en sections et districts. — La réparti-
lion du groupe dépopulation en raison directe du terrain cultivable, a amené une distribution très-inégale des sections administratives qui ont besoin d'être établies sur de nouvelles bases ; quelques districts, en effet, sont fort éloignés de leur centre, et en d'autres endroits on lésa multipliés outre mesure. La province compte deux grands centres dépopulation, la Capitale et Jachal; tout ce qui est en dehors du voisinage de ces deux points ne compte que de rares habitants. — Quoi qu'il en soit, on a adopté la division suivante :
Au centre, le département de la Capitale partagé en deux, la Capitale proprement dite et sa campagne; — au sud de la Capitale, le département de LosPozitos; — aTouest, celui de Cauceté; — au uord-ouest, celui de YAlbardon; — au nord-est, celui à'A7igaco; -rau nord, ceux de Jachal et de Valle-Fertil .
Le département de la Capitale est compris dans la grande courbe que forme le Rio de San-Juan, et est par conséquent fort étendu de Test à l'ouest. Au sud , il est limité par celui de los Pozitos, dont les cultures se confondent pour ainsi dire avec les siennes.
San-Juan, capitale de la province, est une ville fondée en 1S61 sur la rivière de ce nom, à l'endroit qu'on appelle aujourd'hui Piieblo- Viejo^ le vieux village, et qui a été reportée un peu plus au sud à cause des inondations qui la menaçaient. Elle est circonscrite par quatre grandes rues de 20 mètres de large, plantées de peupliers, fonnant avenue et renfermant un carré de 13 cuadres de l'ouest à Test, de 9 du sud au nord, en tout H7 îles ou manzanas. Les autres rues larges de 13 mètres ne sont pas pavées, mais elles ont toutes des trottoirs, des ponts en bois pour les nombreux canaux qui les traversent et qui arrosent toutes les maisons. La place principale est ornée de la cathédrale, petite église construite en pierre blanche et des plus simples. Le Cabildo est une construction presque misérable. Le palais du gouvernement ne diffère en rien des autres maisons de la ville. L'église de Santo-Domingo est une petite chapelle attenant à un couvent en ruines. L'église de Mercedes, dont la construction fut commencée par Quiroga, n'est pas terminée encore. Le couvent des Augustins n'est qu'une maison comme les autres et en assez mauvais état. Presque toutes les constructions sont en adobes ou briques cuites au soleil, ce qui donne aux murailles une extrême épaisseur ; les toits sont en poutrelles de peuplier portant une couche de roseaux recouverts de terre ; quelques-unes sont à terrasse ; un on a construit récemaieut d'assez belles. Il y a un théâtre bâti en adobes et trop
petit, OÙ des amateurs donnent des représentations dramatiques et surtout des concerts. On a organisé une société philharmonique. Le gouvernement fait en ce moment restaurer les églises en ruines, terminer celles qui sont commencées, construire une maison commune et une caserne, réparer les écoles ; toutes choses qui doivent en quelques années changer la face de la ville. Celle-ci renferme un nombre notable d'étrangers , et l'on y trouve des ouvriers d'habileté sufflsante pour les travaux de nécessité première. Tous ceux qui arrivent sont sûrs d'être employés immédiatement, car, comme partout dans la République argentine, les br*as manquent. La ville est dans une voie de progrès remarquable depuis trois années, et doit surtout ce progrès à sa nouvelle administration.
Les faubourgs de la Capitale sont très-considérables et se divisent en quatre sections ou paroisses. — L'une au nord, celle de la Concepcion, comprend le Pueblo-Viejo ou ancienne ville, las Chimbas ou terrain sur la rivière et dans ses îles. La rivière, par suite des travaux d'irrigation, des digues, des plantations, s'est retirée d'une lieue et demie vers le nord et y va creuser les berges de sa rivé gauche. Elle a aussi formé beaucoup d'tles séparées par de petits canaux toujours guéables, excepté lors des fortes crues. Le faubourg de la Conception compte de nombreuses cultures en blé, maïs, luzerne, vignes, etc., etc. Chaque propriétaire a généralement sa maison sur la rue principale , et ses champs, soigneusement entourés de murs en pisé, s'étendent derrière son manoir. Les lies de las Chimbas nourrissent beaucoup de bétail.
La seconde section ou paroisse, située à l'ouest, est celle de Los Desamparados. La rue sur laquelle se concentre la population a presque deux lieues de longueur et conduit aux champs du Marquezado. C'est là que l'on voit sur la rivière les travaux du Murallon, digue de 300 mètres de long tvès-solidèment bâtie, qui défendent désormais ce faubourg contre les inondations. Les cultures y sont les mêmes que dans la section précédente. Au Marquezado, l'on voit de nombreux fours à chaux et à briques. Les marbres noirs veinés de blanc abondent dans les collines voisines. Ce canton mène à la vallée de Zonda^ située de l'autre côté de la sierra de ce nom et arrosée par un charmant ruisseau aux eaux très-claires, où les familles de la ville vont de préférence se baigner pendant l'été, les eaux du fleuve étant toujours limoneuses en cette saison. La vallée de Zonda est à une altitude moyenne de 1,000 mètres et produit d'excellents fruits.
La section de Touest, ou paroisse de Sania-Lucia^ se compose
PROVINCE DE SANJUÂN. 429
comme la précédente d'une rue de deux lieues également, et de quelques cantons plus éloignés, tels que Las Chacaritas, Rincon- Cercado^ etc., etc., où Ton a pu conduire des canaux d'irrigation. La culture des céréales et de la luzerne y occupe tous les bras.
La section du sud, ou paroisse de La Trinidad confine au département de los Pozitos ; elle est moins étendue que les précédentes; et renferme principalement des maisons de campagne et des jardins. Partout Tirrigation y entretient une végétation magnifique.
La ville de San-Juan est située par 31°30' de latitude sud, et 69"40' de long, occidentale, suivant l'ingénieur De Laberge. Nous lui avons trouvé une altitude de 704 mètres. La population de la ville et de* sa campagne est aujourd'hui de 31,000 âmes, dont 15,000 pour la ville proprement dite, et 16,000 pour ses quatre sections départemenUiles.
Le département de Los Pozitos est au sud de la capitale, et sa partie la mieux peuplée et cultivée confine avec sa section australe , à laquelle elle ressemble complètement pour la construction et les cultures. On n'y voit que des fermes et des domaines entourés de peupliers et de murs eu pisé ; l'agriculture y est très-dé veloppée.
La vallée d'Acequion^ entre la Sierra de Zonda et celle des Paramillos, dépend de ce département ; on y voit les cultures de Durasno, Barros^ Acequion^ Pedenial^ Qiiebrada de Moîitano. La route qui mène à Uspallata y passe. A l'est et le long de la Sierra d(^ Zonda, sur la route de Mendoza, on rencontre les districts de Car^ pifUeria^ Canada Honda et Guaiiacache : le premier est abandonné aujourd'hui faute d'eau ; les deux autres ont de très-belles cultures en blé et en vignes. Près de los Cerrillos, le district du Cochagual n'a que des fermes à bétail que Ton entretient dans la grande Cienegaoxx marais, formée par les immenses irrigations des environs. — La population totale de ce département s'élève à 9,000 âmes environ.
Département de I'âlbardon, au nord et au nord-ouest de la capitale, de l'autre côté de la rivière. — Il comprend le bas de la Sierra de Villicum, la vallée de Ullum, celle de Calingastii fort éloignée, et une partie de celle du Rio de San-Juan. — Le village A'Albardon est situé près de la rivière, et a de belles cultures. A une lieue environ du village, sur les penchants du petit cerro de Villicum, on trouve
des eaux minérales sulfureuses qu'on emploie avec succès contre les rhumatismes chroniques et les maladies cutanées. Il n'y a du reste aucun établissement pour les bains ; chacun y porte sa tente et s'arrange comme il peut, ou se loge dans les chaumières des environs. La vallée de Hullum est peu arrosée et n'a que quelques pâturages. Toute la région au nord de la rivière est aride ; on retrouve la vé-gétation dans sa vallée, où l'on peut donner une grande extension aux cultures. Il en existe déjà quelques-unes. Le beau vallon de Calingasta dépend de ce département ; il est situé sur une petite rivière qui descend des Andes et vient se jeter dans le Rio de San-Juan. L'altitude n'en est pas considérable ; aussi est-il riche en fruits et en céréales. Il y a encore des cultures à Las Tapiecitas^ au Barrial et à Pachaco, — Population, 4,000 habitants.
Département d'ANOAco ou San-Salvador. — Il est situé au nordest de la capitale, de l'autre côté de la rivière, entre les Sierras de Villicum et du Pié de Palo. La facilité des irrigations a permis d'étendre les cultures jusqu'à la Punta del Monte^ par un canal de six lieues de longueur. Le village de San-Isidro est le point le plus peuplé du département ; Angaco n'a qu'une église entourée de quelques maisons. Les habitations sont disséminées dans les propriétés. Ce département a été créé en 4825, sous l'administration active et éclairée du D"* Carril (1), alors gouverneur de la province, qui y fit creuser les canaux nécessaires pour l'irrigation. — Les deux cantons, outre leur agi'iculture, élèvent quelque bétail. Les terres y sont un peu salines et s'épuisent rapidement, si l'eau n'en est pas souvent renouvelée.— La route de Valle-Fertiletde la Rioja les traverse, et on ne trouve plus que le désert, à partir de la Punta del Monte jusqu'à 12 lieues de Valle-Fertil ; c'est une travesia de 37 lieues. — Population : 6,000 habitants.
Le département de Calxete est situél de l'autre côté de la rivière, depuis le massif du Pié de Palo jusqu'aux lagunes de Guanacache et aux limites de la Rioja et de San-Luis; ce qui lui donne une énorme étendue. Mais tout ce terrain est encore désert faute d'eau, quoique la partie voisine de la rivière puisse être facilement cana-
(1) D. Salvador del Carril, ancien vice-président de la Confédération argentine, de t863 à 1860, l'un des fondateurs de la nationalité argentine, aujourd'hui membre de la cour suprême de justicet
lisée et irriguée comme on l'a fait à Cauceté même. — En effet avant 1825, ce canton était désert; alors, sous l'administration Carril, il se forma une société qui acquit de TÉtat une vaste étendue de terrains à prix très-bas, à la condition de les mettre en culture. Les travaux de colonisation commencèrent, mais furent retardés par les guerres civiles; ce ne fut qu'à partir de 1858 qu'ils acquirent un véritable développement. Le terrain fut divisé en carrés de dix cuadras (1,290 mètres) de côté; on creusa un canal principal de quatre mètres de large sur deux de profondeur, et se subdivisant en un nombre de canaux secondaires suffisants pour irriguer 6,000 hectares de bonnes termes qui furent défrichées et nivelées. Aujourd'hui , le bourg de Cauceté ou Villa- Independmcia , situé au milieu de ces cultures, a une église, une maison municipale, une école, et commence à prospérer. Les premiers concessionnaires du terrain sont, avec le temps, devenus de riches propriétaires, qui vivent largement du produit de leurs vignes, de leurs blés et des coupes de p«îuplier, encore le seul arbre forestier de la province.
De ce . département dépendent quelques cantons médiocrement peuplés au pied de la Sierra du Pié de Palo, ceux qui avoisinent le Ri(hVermejo^ le plus souvent à sec, et les lagunes i^rès desquelles il y a des cultures, mais surtout des estancias. La route de San- Juan à San-Luis y passe. Dans la petite Sierra de Guayaguas il y a plusieurs fermes et une mine d'argent en exploitation. Tous ces points sont environnés de déserts. — * Population du département : 5,000 habitants.
Département de Jachal. — Au nord de la capitale, dans une grande vallée, en grande partie aride, vers le sud ; mais sa portion supérieure est bien arrosée ; les montagnes qui la circonscrivent renferment un certain nombre de petites vallées secondaires assez peuplées et régulièrement cultivées. La rivière de Jachal est formée par les ruisseaux venus des plateaux de la Cordillère, et a beaucoup d'eau, ce qui permet de donner une grande extension à l'irrigation ; aussi ce département est-il un assez grand centre de production. Le bourg ou Villa de Jachal est une petite ville avec églises, écoles, de grands jardins et de belles cultures, etc. Dans les environs se trouvent plusieurs moulins broyeurs pour les minerais d'or et d'argent que l'on recueille dans les diverses mines du département, principalement dans les cerros de Gualilan^ au sud du bourg, où l'on trouve un quartz aurifère assez riche. Jachal, eu*
tretient un commerce assez actif avec les ports de Coquimbo et de Huasco au Chili, où il envoie le bétail engraissé dans ses vastes potreros, et reçoit en échange des marchandises d'Europe. Son con^merce avec la capitale, dont il est éloigné de SO lieues, est moins important, par suite de la difficulté des communications. En effet, du Rio de San-Juan à 12 lieues du chef-lieu, on a un désert presque absolu à traverser; désert connu sous le nom de grande Travesia de Jachal^ et les bêtes de somme souffrent beaucoup dans cette route.
Le département se partage en sept districts : — le bourg de Jachal^ puis celui de Gualilan au sud ;— au nord, la Pampa^ où l'on trouve les mines de Pescado et de Giiachi; Guaco, qui n'a que des cultures et du bétail; à l'ouest Rodeo eXlglesia dans la vallée de Pismanta, où l'on exploite les mines d'or de la Ghilca et des minerais d'argent à Antecristo. La vallée de Pismanta est parallèle à celle de Jachal, et longe la Cordillère, comme elle ; elle est aride dans toute sa partie inférieure, mais le haut est bien arrosé, et la population peut y augmenter considérablement. On y trouve des eaux minérales sulfureuses, des dépôts naturels de soufre et de sel. A l'est le district de Mogna occupe une jolie vallée arrosée par le Rio de Moquina ; c'est le centre de population le plus important après Jachal ; on y voit une église, plusieurs moulins à eau; l'agriculture est l'industrie principale. — Population : 10,000 habitants.
Département de Valle-Fertil, la Vallée Feilile, ainsi nommé de ce qu'il se trouve dans une vallée qui s'ouvre sur le grand désert des Salines. — Elle a toute l'eau nécessaire à de grandes cultures, cependant ses habitants s'adonnent principalement à l'élève du bétail; ils font du beurre et du fromage qu'ils apportent à San- Juan. Le bourg de Valle-Fertil se trouve sur la route de la Rioja, juste à moitié chemin depuis San-Juan, mais, comme Jachal^ il offre l'inconvénient d'une travesia de 37 lieues pour y arriver. Ces deux routes, que l'on ne peut guère éviter, pourraient être rendues praticables, si l'on y creusait des puits qui facilitassent l'établissement de postes-estancias. Il y a assez de bois partout pour permettre à quelques troupeaux de se nourrir, et l'on s'épar gnerait ainsi les inconvénients d'une traite longue et dangereuse, si Ton n'est pas bien monté. Le bourg de Valle-Fertil est assez peuplé, a une bonne église, deux écoles, une société de bienfai-
sance, et progresse véritablement. Un meilleur aménagement des &aiix peut y augmenter beaucoup les cultures. Les collines et valloii3 du département renferment une assez grande quantité de bé- -tfidl, et nombre d'estancias sont disséminées au pied du versant c>xiental de la Sierra, sur la limite des Llanos de la Rioja. Les aig^^uades étant rares, leur possession occasionne souvent des querelles SL^ec les Uanistas.
Les environs de Valle-Fertil sont riches en minerais d'or et surt,out d'argent. La Quebrada de la Huerta offre d'abondantes mines de plomb argentifère, exploitées depuis assez longtemps, quoique d'une façon intermittente, à cause des discordes civiles ; de plus, le hameau de ce nom a les cultures nécessaires pour la population ouvrière qui y travaille. A Los Marayès^ on a trouvé du charbon déterre, trop difficile à transporter, il est vrai, pour être exploité maintenant. Les montagnes de ce département ont en général beaucoup de bois, non de construction, mais plus que suffisant pour le chauffage des usines. — Population : 5,000 habitants.
§ IIL — Histoire abrégée de la province de San-Juan.
L'empire des Incas^ en s'éloignant de son centre, se limitait à la chaîne des Andes, à ses vallées et à leurs versants ; c'est ainsi que les Indiens Guarpes des provinces de San-Juan et de Mendoza reconnaissaient leur suzeraineté. Les passages de la Cordillère par los Patos et la Cumbre étaient déjà connus des officiers impériaux qui communiquaient par eux avec le Chili, dont toute la partie septentrionale, à partir du 34"* de latitude et du Rio- Bapel, faisait partie de l'empire de Cuzco (1). Les historiens de la
(1) GoxootTB DC Chili par les Imcas et les Espagnols. — Après la conquête pacifîque ^ pays de Tocma, et la soumission volontaire des tribus Calchaquios au sceptre des Incas, les monarques da Cusco, informés, par les Indiens des Andes, de l'existence de populations Miodirettsca sur le versant occidental de la grande Cordillère , résolurent de les annexer à lev empare. Ce fat Yupanqui, dixième inca , petit-fils de Viracocha, le colonisateur du Tucmao, qui tenta cette conquête.
Oi n'est pat bien d'accord sur l'endroit par où se fit la première expédition sur le Chili , CI « les Péraviena j pénétrèrent par le désert d'Atacama ou par les passages des Andes. Il 01 probable que, bien renseignés par les Calchaquis, ils firent leur première invasion par le P!» de San-Franeisoo, et les autres passages de la Cordillère de Copiapo. — Molina (fiTistofnAiCMIO indique queTinvasion se fit par le désert d'Aucama, et nous avons suivi «neimniière version (tome I, page 214, note). Nous pensons aujourd'hui que ce fut plutô fvWi vaUèeadu pays des Galchaquis, où une armée rencontrait infiniment plus de ressources
cour. ABftSHTIlfK. — T. III. 28
conquête racontent même que les premières huttes de refuge du chemin de la Gumbre furent bâties par ordre de Thica, et que les
et se trouvait au milieu de populations amies, que de l'autre côté des Andes. Ce fut d'ailleurs cette dernière route que prirent les premiers conquérants espagnols pour marcher sur le Chili , et l'on sait qu'alors Almagro emmenait avec lui une nombreuse escorte de Péruviens auxiliaires.
Yupanqui donc, avec une puissante armée, arriva dans les vallées de Calchaqui, d'où partent les passages les plus praticables pour aller au Chili, et s'y arrêta, soK qu'il craignit d'exposer la personne sacrée du monarque d'un si vaste empire dans une aventure inconnue, soit, ce qui est plus probable, qu'il voulût rester à portée d'envoyer des secours à ses généraux en cas de besoin. De là il expédia son généralissime Sinchicura, à la tète d'un gros corps de troupes choisies. Celui-ci, après de grandes fatigues, pénétra dans la vallée de Copiapo.
Selon la sage et invariable coutume des Incas, ce général s'était fait précéder par des ambassadeurs, qui devaient exposer aux Indiens les intentions des monarques péruviens , et leur manière de traiter les nations soumises ; mais il avait aussi la force suftisante pour les appuyer au besoin. Sous cette double influence, les populations chiliennes renoncèrent à toute résistance. Les habitants des vallées de Copiapo, de Goquimbo , de Quillota, du Mapocho , cédèrent, encore plus à la persuasion qu'à la force. Mais il n'en fut pas de même lorsque l'on eut affaire aux Promaucas, nation qui viyait au sud du Rio Rapel . — Ces Indiens , dont le nom signifie en langue chilienne (araucane) danseurs libres ou gens amoureux de la danse , habitaient le délicieux pays situé entre les rivières Rapel et Maule , et se distinguaient entre tous les habitants du Chili par leur caractère gai et porté à tous les genres d'amusement. Cependant, dit Molina, dont nous suivons ici la version , les plaisirs n'avaient point efféminé leur cœur. Ils se présentèrent bravement devant l'armée péruvienne , et la défirent complètement dans une bataille qui , selon l'historien Garcilazo de la Vega , dura trois journées entières , grâce aux renforts que recevaient continuellement les deux armées.
L'Inca , informé de cette défaite et de l'extrême valeur des Promaucas, déclara que le Rio- Rapel servirait désormais de frontière à son empire vers le sud. Garcilazo dit que oe fut le Rio-Maule (par 36^ 30' de lat. sud); mais Molina estime que ce fut le Rapel , car il n'est pas probable, dit-il, que la nation victorieuse fût comprise dans les limites du peuple vaincu. En. effet, ajoule-t-il, non loin du Rio-Cachapoal, lequel, réuni au Tinguririca, forme le Rio-Rapel (par 34° 20' S ), on voit encore aujourd'hui, sur une colline coupée à pic , les restes d'une forteresse de structure péruvienne qui, sans doute, couvrait de ce côté les frontières de l'empire contre les attaques des indomptables Promaucas.
Sous les règnes suivants, la conquête de cette partie du Chili s'affermit ; on ouvrit des communications avec les provinces situées de l'autre côté de la Cordillère , doQt les caciques reçurent l'investiture de l'empereur de Cuzco ; mais cette domination se faisait à peine sentir a ses vassaux, et l'éloignement en diminuait encore l'inlluence. Cependant, comme les Indiens Guarpes étaient d'un caractère doux et paisible , entièrement adonnés à Tagriculture , à la chasse de la vigogne et du guanaque dans les montagnes , à la pêche près des lagunes et des rivières, ils acceptèrent sans résistance un joug si léger, et continuèrent d'obéir à leurs caciques devenus vassaux de l'Inca.
Quant aux Indiens du Sud, les Incas n'essayèrent même pas de les soumettre ; ib étaient nomades, vivaient de chasses dans les plaines immenses de la Pampasie ; les Péruviens, montagnards d'origine et par goût, ne se hasardèrent pas à les y suivre.
Le nord du Chili étant complètement soumis aux Incas, ceux-ci ouvrirent^ par les plateaux, une route qui y conduisait, et permettait des communications faciles avec le centre de l'empire Cette route a complètement disparu, mais tout donne à croire qu'elle passait parTupiaa en Bolivie, les plateaux du Dcspublado de Salta, la vallée de Calchaqui , celle de M olinoa, la vallée de San-Bucnaventura , le paso de Sdn-Francis«M) et Paipote, pour arriver à Copiapo #
Espagnols ne firent que les réparer. On trouve en effet sur ces roules, aux Tambillitos, par exemple, avant d'arriver à la Punta de las Vacas, des ruines de muraiires en pierre sèche, qui paraissent avoir fait partie d'un centre de population, et les débris de ce genre, sur divers points des hautes vallées de la Cordillère, ne sont pas rares. Les Indiens de la plaine voisine portaient le nom de Coyunckes^ et se hâtèrent de se retirer vers le sud ; quant aux tribus riveraines des lagunes de Guanacache, elles étaient et sont restées des Guarpès. Au sud du Rio Tunuyan commençaient les peuplades de race araucane.
Les découvreurs du Tucuman, Rojas et Prado, avaient eu les premiers quelques renseignements sur la province de Cuyo, mais aucun n'avait poussé ses explorations jusque-là. Un instant tranquille dans
Ceitda moins la route que suivirent les premiers Espagnols qui pénétrèrent au Chili, et qui dorent natnrelleraent prendre le chemin le plus connu , puisqu'ils avaient avec eux des PéniTiens.
En effet, dès 1536, trois ans après la mort d'Atahualpa et la conquête du Pérou, Pizarre oiTOja Almagropoar faire la conquête du Chili. Celui-ci prit la route que nous venons d'indiquer, fit reconnaître le pouvoir espagnol dans toute la partie anciennement soumise aux Incas, œqai n'était pas difficile, puisqu'il venait accompagné d'un prince de cette famille, y leva des tributs; mais il échoua complètement contrôles Promaucas qui le repoussèrent victorieuse- ■eot. Rappelé au Pérou par les événements, il traversa péniblement le désert d'Alacama , piis regagna Cuzco par la montagne, après avoir perdu tous ses auxiliaires. Bientôt il succomba dans sa lutte contre Pizarre, qui resta tout-puissant au Pérou , et confia à D. Pedro de VaMivia, en 1540, le soin d'achever la conquête du Chili.
VaMina suivit le premier chemin d'Almagro, y fut reçu comme lui. Hésolu de fonder un étabUsseroent p^^rroanent dans le pays, il jeta, le 21 février 1541, sur^ les bords du Mapocho, les fondements de la ville de Santiago , devenue la capitale de tout le Chili. Voulant étendre tti conquêtes vers le sud, il engagea contrôles Araucans une guerre terrible dans laquelle il ■aooomba en 1553. Villagran, son successeur , continua la guerre; il allait succomber de même, lorsque la variole s'introduisit parmi les Indiens, fit d'afTreux ravages dans leurs popidatioiiSy et lui permit de respirer. En même temps, le toqui Lautaro fut tué dans un comlat,et sa inort délivra les Espagnols d'un redoutable ennemi. Le vieux chef Caupolican n'en nmiiaiia pas moins la guerre ; Villagran retourna au Pérou par le Tucuman, et fut remplacé, m 15S7, par Garcia Hurlado de Mendoza, qui vint au Chili par mer, avec des forces impoaotet, débarqua à la Conccpcion, en plein pays ennemi, et finit par vaincre l'héroïquç CaupolicaD. Il poussa ses conquêtes jusqu'au golfe de Reloncavi et aux Iles Chiloe. Ce sont ces opéditkms hardies que le poète Alonzo de Ercilla, qui en fit partie lui-même, a chanté dans MB ftneax poème de la Araucancu
Eo 1550, Mendoza, maître de la plus grande partie du Chili, résolut de conquérir les pro-% triacet de Tautre côté des Andes : c'est ainsi que furent occupées celles de Cuyo qui si longtOBpa dépendirent de la capitainerie générale de ce royaume. — Voyez : Molina, Historia ftofrafiea natural y civil del Reino de ChUe, traduit de l'italien par Arquellada, Madrid, 1788. 2 Toi. in-8^. — Ovalle , Relation historica del Reino de Chile. Roma, 1C44. 1 vol. in-S*. — Garcilazo de la Vega, Comentarios reaies de los Incas. Madrid, 1723,2 vol. in-4o. — Bcrrera, Décodas. — Ercilla, La Àraucana. — L'Art de vérifier les dates, tome XL Paria, 1828. —Victor de Eyzaguirre, Historia eclesiastica, politica y iiteraria del Chile, 8iPol.iii-12. Valparaiso, 1850.
le Chili après la défaite et la mort de Caupolican, Toqui ou général en chef des braves Araucans, Garcia Hurtado de Mendoza, successeur de Valdivia et de Villagran, les premiers conquérants de ce pays, voulut y réunir les provinces de l'autre côté des Andes qui avaient reconnu Tempire de Cuzco. Déjà sous Villagran, Aguirre, venu du Tucuman à son secours, avait commencé cette conquête et l'avait laissée interrompue ; Mendoza la fit achever par Pedro del Castillo, et quelques autres de ses officiers qui, franchissant le paso de la Cumbre, vinrent, en 1S39, jeter les fondements de la ville à laquelle il donnèrent son nom. Les Guarpès ne firent d'abord aucune résistance, et deux ans après, en 1S61, Castillo, Jofré et Mallea fondèrent la ville de San-Juan sur les bords de la rivière de ce nom (1).
n paraît, d'après tous les historiens de la découverte, que le pays était assez peuplé. Les trois capitaines que nous venons de nommer s'étaient illustrés au Chili avec Valdivia, Villagran et Mendoza. Ce dernier pour les récompenser leur avait donné droit de conquête dans le Cuyo, c'est-à-dire dans les provinces transandines. Ils en profitèrent pour y faire des établissements personnels et réduire les Indiens de la contrée en commanderies à leur service, ce qui était d'autant moins difficile, que les Guarpès étaient peu belliqueux et de plus agriculteurs ou pécheurs, et non pas nomades comme ceux du sud, ce qui les plaçait immédiatement sous la main des conquérants. Castillo resta à Mendoza qui avait été fondée dans la vallée dite de la nouvelle Rioja; Jofré et Mallea s'en furent à San-Juan, où ce dernier épousa la fille du cacique d'Angaco. Toutefois la réduction des Guarpès en commanderies ne se fit pas sans quelque opposition de leur part. Us se soulevèrent deux fois, attaquèrent la ville naissante que l'on fut obligé de protéger par un petit fort dont on voyait encore les ruines il y a quelques années, à Las Tapiecitas^ et les Indiens de Jachal et de Mogna conservèrent longtemps leur liberté. La situation de la ville de San-Juan à l'extrême nord de la frontière de Cuyo, lui fit aussi donner le nom de San-Juan de la Frontera, Saint-Jean de la frontière. Les fondateurs de cette colonie furent aidés dans leur œuvre par Gonzalès de los Rios, que le nouveau gouverneur du Chili, Rodriguez de Quiroga, envoya à leur secours lors du soulèvement général des Guarpès. L'arrivée de ces auxiliaires permit de consolider la conquête, et dès 1S70 le pouvoir espagnol y fut assez bien assis pour que les colons, renonçant à toute tentation de s'étendre
(1) Rtcutrdoi de Provincia, par D. D. F. Sariuiento; I vol. ia-8*. Valparaiso» 1860.
davantage, pussent se livrer tranquillement à la culture de leurs nou- Yeaui domaines, à l'aide de leurs seniteurs indiens (1).
Pendant deux siècles, l'histoire ne dit rien sur San-Juan. Concentrés dans leurs vallées et sur leurs ruisseaux, éloignés, par des déserts salins, du voisinage dangereux des nomades du sud et vivant exclusivement d'agriculture, les colons se fondirent lentement avec les Guarpès, qui formèrent le fond de la population du pays, tandis que la pureté du sang caucasien se maintint dans un petit nombre de familles où se constituait naturellement Taristocratie locale, et qui se recrutèrent incessamment de quelques Espagnols arrivés d'Europe. Le temps et l'action des missionnaires finirent par convertir au christianisme le reste de la populAtion indigène et amener l'assimilation des habitants des vallées du nord.
Vers le milieu du dix-huitième siècle, l'exportation des produits agricoles, surtout des farines et des vins, prit de la valeur, et un progrès sensible se fit remarquer dans le pays. — Jusqu'alors, la province, comme les sections de San-Luis et de Mendoza, faisait partie duCuyoet dépendait de la capitainerie générale du Chili. Un gouverneur résidait à Mendoza; un lieutenant gouverneur à San-Juan. Lors de la création de la vice-royauté de la Plataen 1776, le Cuyo lui fut assigné ; la barrière des Andes, en effet, était une limite phis
(1) IiiDiESfS GuARPES. .— Lcs seiils renseignements que nous possînlions sur ces Indiens Boos Tiennent du Père Alonzo de Ovalle , jésiiite qui écrivait en 1640, c'est-à-dire quatre- Tiogts ans seulement après la conquête de la province de Cuyo par les Espagnols. Cet histonea habita plus de trente années le Chili en qualité de missionnaire, et fit plusieurs voyages du» la province de Cuyo , dont il étudia les habitants. Il connut aussi les Indiens de la l^pa, et décrit exactement leur aspect physique, leurs mœurs et leur manière de vivre.
D'après ce qu'on peut inférer du récit d'Ovallc, les Guarpes se rapprochaient delà race Quidwa, et avaient quelque chose des habitudes des populations du nord de la Cordillère des Andes. Leur dialecte différait totalement de la langue chilienne ou araucane, et ressemblait Q peo à celui qu'on parlait dans le Tucuman. Ils n'étaient ni aussi grands ni aussi belliqueux qae lei indigènes du Chili ; mais ils possédaient une grande force musculaire, et étaient infatigables à la marche, au point de forcer les guanacos et les vigognes à la course. On les voyait dwminerdsns les gorges et les terrains les plus difficiles des Andes, avec la légèreté ducha- Bois. Leurs armes étaient l'arc et la llèche qu'ils maniaient avec une extrême habileté. On ki appliqua sans difficulté aux travaux agricoles, dont ils s'acquittaient d'autant mieux qu'ils avaient déjà quelques cultures, entre autres celles du maïs. Us n'étaient pas non plus dépournn d'industrie, et savaient tresser en jonc des corbeilles et des vases d'un tissu si serré qu'ils ptBvaient contenir de l'eau. Les habitants des lagunes de Guanacachc ont conservé cette industrie, et, comme leurs ancêtres, ils naviguent encore sur ces étangs à l'aide de bottes de jonc liées ensemble et formant radeau, pratique suivie également par les Péruviens sur les lacs de lean plateaux. Le bon missionnaire admire, en outre, leurs talents comme dépisteurs, et se pUtà citer plusieurs exemples remarquables de cette hal)ileté dont la plupart des habitants des pnmnoef andines ont hérité. ^ Relacion hittorica del reino de Chile, por cl R. p. AloiiBO de Oralle, de la Compania de Jésus. — 1 vol. in-4°. Roma, 1644. Page 100.
leurs capitaux. La guerre de 1841 vit unitaires et fédéraux combattre dans ses murs; Acha, victorieux d'abord à Angaco^ était pris dans l*église même de San-Juan où il s'était retranché, et périssait quelques jours après par les ordres de Rosas, dont les partisans triomphèrent alors dans toute la république, où la terreur fut mise à Tordre du jour.
Heureusement le chef qui gouverna alors à San-Juan et y joua le principal rôle pendant quinze années , le général D. Nazario Benavidès, était modéré de caractère et doux de mœurs. Son administration ne fut point persécutrice; ses adversaires ne l'accusèrent que d'inertie, et de n'avoir point profité du calme profond dans lequel s'assoupit la province sous son gouvernement dix fois réélu, pour y restaurer l'instruction publique, et y développer les Cléments de prospérité qu'elle renfermait, en s'occupant davantage des industries agricoles et minières. — L'organisation nationale de 1852, la constitution fédérale de l'année suivante, furent accueillies avec enthousiasme par tous les partis, et la province elle-même, le 7 avril 1856, vota sa propre constitution, qui fut acceptée comme l'aurore d'une * ère nouvelle. Malheureusement les partis n'avaient signé qu'une trêve; les querelles recommencèrent à la fin de 1856. Une scission eut même lieu dans le parti dominant, au sujet d'une querelle du gouvernement, avec le vicaire apostolique du diocèse. — Le général Benavidès, rendu à la vie privée, se contentait difficilement du rang de simple général commandant la division de l'ouest. En 1858, ses rapports avec la nouvelle administration s'aigrirent, on l'accusa de conspirer contre le gouvernement, et il fut mis en prison : une émeute eut lieu pour le délivrer; un ennemi personnel du général en profita pour l'assassiner au milieu du tumulte.
Cet événement déplorable ne fit naturellement qu'exaspérer les haines. L'intervention amicale du gouvernement national ramena un peu de calme, et l'on crut bien faire en provoquant la nomination d'un gouverneur étranger aux factions locales, qui jusqu'alors avaient joué un rôle dans la province. Cette mesure eut un effet diamétralement opposé à ce que l'on en attendait. D. José Virasoro voulut faire de l'énergie ; il excita des résistances furieuses, à tel point qu'à la fin de 1860, deux ans après la mort de Benavidès, il périssait lui-même au milieu d'une émeute, qui fut l'attaquer jusque dans sa propre maison. — Cette tragédie eut un dénouement terrible. Le gouvernement national crut devoir intervenir à main armée , et sur le refus des successeurs de Yirasoro de se soumettre,
un combat eut lieu à Los Pozitos, dans lequel les forces provinciales furent défaites et le nouveau gouverneur, D. A. Aberastain, fait prisonnier, fut assassiné pendant qu'on le conduisait à San- Juan. — Le sang avait appelé le sang. — Cette catastrophe eut un effroyable retentissement dans toute la république. Elle ralluma les haines à moitié éteintes; elle provoqua une guerre nouvelle entre les provinces et Buenos- A y res, enfin la révolution de 1861.
Au commencement de 4862, l'ordre se rétablit enfin dans San- Juan, sous une administration nouvelle, qui s'occupa avec ardeur des intérêts moraux et matériels du pays, et mit une activité intelligente à diriger les esprits vers les entreprises agricoles et industrielles qui seules pouvaient les détourner de ces exécrables querelles locales, dont le bon sens autant que Thumanité ont tant à souffrir. Quoique les incursions des Llanistas de la Rioja et les agitations, dont les provinces de San-Luis et de Cordova ont été le théâtre, aient un peu contrarié ces utiles mesures, elles n'en ont pas moins porté leurs fniits, et depuis deux années, la province est paisible, et développe rapidement des ressources qui lui promettent une prospérité remarquable , si elle ne se rejette pas une autre fois dans la voie périlleuse des guerres civiles.