CHAPITRE I
ProTlncse de Buéiios-Ayres.
§ I. — Province de Buenos -Ayres en général.
La province de Buénos-Ayres est la plus vaste, la plus peuplée, la plus riche et la plus florissante des quatorze qui composent la Confédération Argentine. Sa situation àl'entrée de la Plata, la grande étendue de ses côtes sur ce puissant fleuve et sur l'Océan, la fertilité étonnante de la totalité de son vaste territoire, la douceur et la salubrité de son climat, en font un pays éminemment propre au développement et à la reproduction des races humaines.
Limites et situation astronomique. — Bornée au nord par l'Arroyo-del-Medio, petite rivière qui la sépare de la province de Santa- Fé , puis par le fleuve Parana et la Plata, à l'est par l'Océan, elle compte pour limite au sud le Rio-Negro de Patagonie; à l'ouest, sa longue frontière se confond avec le territoire indien du sud, sur lequel ses fermiers empiètent continuellement et où une ligne Active, signalée seulement par quelques fortins et des fermes [estancids) fortifiées, établit une limite équivoque, incessamment contestée d'ailleurs, entre la civilisation et la barbarie. — Son extrême limite nord correspond en moyenne à 33" 30' de latitude sud, et son extrême sud avec le 41"*. Sa limite occidentale est entre le 64" et 65* de longitude ouest du méridien de Paris. La côte de l'Océan, en courant à Fouest-sudouest, depuis le cap Corrientes jusqu'à Bahia-Blanca, puis au sudsud-ouest jusqu'à l'embouchure du Rio-Negro, rétrécit considérablement la partie sud du territoire de la province qui, sur ce point ex-
tréme, se trouve presque réduit à la côte, toute la plaine de ce côté demeui-ant abandonnée aux Indiens. — Dans ces limites on peut évaluer la totalité du territoire à sept mille lieues carrées (1).
Aspect général et régions géographiques. — La province de Buenos-Ayres se présente sous Taspect d'une plaine immense, couverte d'herbages; sans bois, excepté près de l'Océan, de la Plataet sur quelques points voisins du Rio-Salado. Cette plaine n'offre d'ondulations que près du Parana et du Rio de la Plata. Jusqu'aux petites chaînes de montagnes surbaissées qui, partant du cap Corrientes, vont mourir dans les pampas indiennes à soixante lieues de là, en suivant une direction ouest-nord-ouest, il n'y a pas un pli de terrain qui dépasse six ou huit mètres à son point culminant, lequel est à peine sensible à Tœil, tant les pentes sont douces; presque partout môme l'altitude est encore moindre, c'est une plaine absolue, si plate que le mirage s'y fait voir à chaque instant. Cette illusion d'optique continuelle par tous les temps un peu clairs rend le paysage moins monotone qu'on ne le croirait : chaque maison, chaque estancia entourée de ses saules et de ses peupliers semble une île au milieu des eaux, et comme les maisons son tuombreuses quoique isolées, et que l'horizontalité du terrain permet d'en embrasser beaucoup d'un seul coup d'œil, le voyiigeur, à mesure qu'il avance, croit apercevoir un archipel de petites îles hautes et verdoyantes se dressant au milieu d'un lac immense, dont les eaux se confondent partout avec l'horizon. — Cependant il est reconnu que le terrain a une pente générale de l'ouest à Test vers l'Océan; c'est l'inclinaison commune à toute la région pampéenne à partir du pied des Andes et du massif central (voyez tome I, pages 159, 16S et 246), mais cette inclinaison, dont les observations barométriques rendent compte, n'est point perceptible à l'œil.
\) Les limites des provinces doivent être déterminées par le Congrès. — Jusqu'à présent <*lles soot fort mal anrétécs et pour ainsi dire arbitraires en quelques endroits , d'abord à cause de l'insuffisance des notions géographiques dans un pays très-vaste et insuffisamment |)euplé, puis par suite de l'absence ou de l'irrégularité des documents qui en établissaient la division sous le régime espagnol, enfin en conséquence des prétentions de presque toutea les provinces à signaler comme faisant partie de leur territoire tout ce qui est à leur portée <iu moment qu'il n'est occupé que par des Indiens nomades, et cela sans y faire aucun établissement sérieux et permanent.— Pour éviter toute difficulté, plusieurs ont sagement stipulé «tins leur constitution particulière que les frontières qu'elles se donnaient resteraient telles jusqu'à ce qu'elles eussent été reconnues et ratifiées par le Congrès, qui seul avait le droit de les nKxiifier. C'est donc au gouvernement national à s'entendre avec le Congrès à ce sujet lorsqu'il aura en main assez de documents pour établir équitablement les limites de chaque fradioa de la Confédération Argentine.
4 DESCRIPTION ])ÏS PROVINCES.
En approchant du premier cordon des petites sierras, le terrain se relève en pente tellement douce, qu'elle ne devient réellement sensible que dans leur voisinage. Ces montagnes, qui sont en général des croupes basses herbeuses sur leurs pentes, rocailleuses à leur sommet, s'allongent en une série de petits cordons successifs espacés de Test à l'ouest-nord-ouest. Elles laissent entre elles des passages larges et faciles qui conduisent dans une grande vallée (»u plutôt une vaste plaine que limite, vingt lieues plus loin au sud, un second cordon de même nature, triple de la hauteur du précédent et qui est formé des sierras de la Ventana, de Curru-Malal et de Guamini. Enfin, de l'autre côté de ce dernier cordon, se présentent les plauies où coulent les rivières Colorado et Negro, lesquelles, parallèlement Tune à l'autre, vont se jeter dans l'Atlantique en laissant entre leurs lits l'intervalle d'un degré de latitude.
Les eaux sont rares dans l'intérieur de la province ; elle n'offre qu'une seule véritable rivière, le Salado (voyez tome I, page 1S7), qui la traverse tout entière de l'ouest à l'est. Les autres cours d'eau sont, vers le nord, quelques ruisseaux provenant des pluies et qui débouchent dans le Parana, d'autres qui naissent des deux versants des sierras du sud et vont se perdre dans la plaine, quelques-uns enfin, descendus des Sierras-del-Vulcan et de la Ventana, atteignent rOcéan. A ces ruisseaux peu nombreux et de peu d'eau il faut joindre une multitude de lagunes semées surtout dans la partie centrale de la province au sud du Rio-Salado, et qui, tautôt permanentes , tantôt temporaires, quelquefois salées, le plus souvent douces, servent à abreuver le bétail.
Cette disposition du sol, que nous venons d'esquisser à grands traits, permet de diviser la province de Buénos-Ayres en plusieurs régions géographiques signalées par quelques différences dans le climat et la structure et surtout l'arrosement du sol; ce sont : — 1** Ville de Buénos-Ayres et ses environs dans un rayon de huit lieues ; — 2" Région fluviale ou côtes du Parana et de la Plata ; — 3* Région du nord du Rio-Salado ; — 4" Région entre le Salado et les petites sierras du sud, Vulcan, Tandil, Azul, etc. ; — 5"* Région entre cette première ligne de montagnes du sud et la ligne des sierras de la Ventana et de Guamini ; — 6" Région des rivières Colorado et Negro et côte de l'Océan patagonien ; — 7** Frontière occidentale ou ligne des Indiens.
Dans la description du territoire nous nous en référerons à ces grandes divisions naturelles.
Hydrographie. — Nous avons déjà décrit en partie les côtes de la province en traitant de T hydrographie en général de la Uépublique Argentine (tome t, pages 67 et suivantes). Nous n'y ajouterons donc que quelques détails.
Côtes de la Plata et de r Atlantique. — La côte de la Plata, depuis la bouche de las Palmas, est relativement assez élevée (voyez tome I, page 75). Elle offre des ondulations dont la hauteur, près de San-Fernando, atteint jusqu'à 35 mètres, mais qui vont en s'abaissant à mesure que Ton s'approche de l'Océan. Tantôt la berge (ôarranca) longe la rivière, tantôt elle laisse à ses pieds une plage assez large, basse et submersible. Cet abaissement général du terrain est surtout remarquable à la ensenada^ ou baie de San-Borombon, dont le rivage fangeux est presque au niveau des eaux. La côte se relève un peu à partir du cap Saint-Antoine, et forme plus au sud deux petites pointes argilo-sableuses, celle du sud et celle de los Medanos, avant de devenir tout-à-fait rocheuse au cap Corrientes, constitué par la pointe orientale de la première ligne du système orographique du sud. Toute cette longue étendue de côtes n'offre point de port, si ce n'est celui de la Ensenada de Barragan à 1 4 lieues de Buenos- Ayres, et celui de la Mar-Chiquita, non loin de la lagune de ce nom, laquelle, quoique communiquant avec la mer à la marée haute, n'est point navigable à cause de l'ensablement de son goulet. Ce port, examiné en 1859, par un ingénieur anglais, M. Cohglan,pourrait recevoir quelques petits navires, quoique la mer y soit généralement assez forte, et un industriel portugais y a établi depuis quelques années un saladero-
Du cap Corrientes à Bahia-Blanca, la côte court à l'ouest-sud-ouest ; elle est moyennement basse, fort battue du vent et semée d'espace en espace de quelques médanos, ou buttes de sables accumulés. Plusieurs ruisseaux, qui descendent des deux sierras, viennent y déboucher dans rOcéan ; malheureusement ils ont des barres qui rendent leur embouchure difficile à franchir. L'un d'eux, le Quejen-Grande, serait, dit-on, assez profond et assez large pour admettre de fortes goélettes qui y seraient en complète sûreté, une fois la barre franchie.
Plus loin on trouve Tembouchure du Naposta, rivière qui vient de la sierra de la Ventana. Elle forme le port de Belgrano qui peut admettre des navires d'un fort tonnage. A 2 lieues de la mer s'élèvent le bourg et fort de Bahia-Blanca par 38"44' de latitude sud, établissement que le gouvernement de la province a fondé depuis quarante ans et dont le développement est assez lent.
Le Rio-Colorado, un degré plus au sud, a une embouchure encore plus accessible que le Quejen-Grande et même que le Naposta. Mais la côte et les environs sont déserts, et il est nécessaire que le pays se peuple pour qu'on puisse songer à y créer un port que toutes les reconnaissances pratiquées jusqu'à présent démontrent comme facile à établir.
Entre ce fleuve et l'embouchure du Rio-Negro, plusieurs baies naturelles et des îles assez nombreuses voisines de la terre pourraient offrir un abri aux navires si la côte était peuplée, mais c'est un désert comme entre Bahia-Blanca et le Colorado.
Le Rio-Negro, quoiqu'il ait une barre périlleuse, peut admettre à la marée haute des navires tirant 4 mètres d'eau. Ces navires remontent jusqu'au Carmen, situé à 12 lieues dans l'intérieur des terres, et y sont en toute sécurité.
Toute cette côte de l'Océan, médiocrement élevée au-dessus des eaux, est battue en toute saison par de forts vents du large et assez dangereuse. La navigation y est pénible pour les navires à voile que le vent drosse obstinément vers la terre ; mais les bateaux à vapeur la font avec la plus grande facilité.
Rivières et ruisseaux. — Le fleuve Parana, par sa branche de las Palmas, baigne la partie septentrionale de la province. Le delta, semé d'Iles basses et souvent noyées, compris entre cette branche et le Guazu depuis San- Pedro, lui appartient également, et présente une certaine quantité de terrains susceptibles de culture. Ces îles, multipliées du côté de San-Fernando, sous le nom d'archipel de Carapachay, ont déjà une certaine population, dont l'industrie agricole trouve un débouché facile pour ses produits, grâce aux nombreux canaux du fleuve.
Les cours d'eau venant à travers les plaines légèrement ondulées du nord déboucher dans le Parana, ne sont que des ruisseaux qui preunentleurorigine dans les baâados (bas-fonds inondés) etlagunes formés par les eaux pluviales, serpentent à travers la plaine argileuse, reçoivent de rares affluents, et mènent péniblement leurs eaux troubles, et quelquefois saumâtres, au grand fleuve, sans nourrir sur leurs rives le moindre arbrisseau. Presque à sec dans les sécheresses, ils débordent facilement lors des grandes pluies, et leurs gués forment en tout temps des bourbiers d'un passage parfois difficile, que l'on travaille avec activité à remplacer par des ponts. Tels sont l'arroyo del Medio, l'arroyo de Ramallo, le rio de Arrecifes, formé des branches de Rojas et du Salto, celui d'Areco, celui de Lujan, plus profond et
mieux encaissé, ceux de Matanza et de San-Borombon, ce dernier souvent à sec.
Au centre de la province, le Rio-Salado, qui la traverse tout entière, est une véritable rivière navigable au besoin lors des grandes pluies. Formé du trop plein des grandes lagunes Del-Corzo , Del- Chailar, de la Mar-Chiquita, de Gomez, il se dirige vers l'ouest par une longue dépression de terrain, qui semble la continuation du lit du Rio-Quinto descendu des cimes humides de la sierra de San- Luis. (Voyez tome I, p. 157.) Il ne reçoit d'affluents que du côté du sud, et seulement dans la saison pluvieuse, les ruisseaux de Las-Flores, de Tapalquen et de l'Azul nés des collines herbeuses du système du sud n'arrivant pas jusqu'à lui en toute saison. — Avant d'atteindre à rOcéan, le Salado communique avec les lagunes de Chascomus, série de vastes étangs d'eau saumâtre, qui s'échelonnent d'abord de l'ouest à l'est, puis du nord au sud, sur une longueur de douze lieues. Lorsque les eaux du Salado sont hautes, il y déverse son trop plein. Quoique cette rivière soit large et souvent assez remplie, elle est guéable.sur une foule de points.
Au contraire des ruisseaux saumâtres et fangeux des plaines du nord, ceux qui viennent des petites sierras du sud sont remarquables par la limpidité de leurs eaux. Tels sont, outre ceux que nous venons de citer comme affluents accidentels du Rio -Salado, les arroyos de Chapaléofu, Tandiléofu, Napaléofu, Grande, Vivorota, etc., etc., qui, coulant du sud au nord, vont se perdre dans la pampa, ou arrivent aux rives de l'Atlantique ; tels sont encore ceux qui viennent des sierras de Guamini et de la Ventana: le Quininoal, le Magaleofu, le Quetro-Eique, etc., etc., qui vont se perdre au milieu des plaines du territoire indien dans la direction du lac des Salines. Les cours d'eau qui coulent vers le sud ont un lit généralement profond et torrentueux dans le principe, tels que le Pantanoso, le Quejen Grande, le Cristiano-Muerto, le Claramelo, le Quejen-Salado, le Mulponleofu, le Sauce-Grande, etc., etc.; mais, avant d'arriver à la mer , ils se chargent, dans les plaines qu'ils traversent, de particules terreuses et salines qui altèrent la pureté de leurs eaux.
Nous avons déjà décrit les rivières Colorado et Negro (voyez tome I, pages 164 et suivantes) ; disons seulement que ce qui n'était en 1858 qu'une hypothèse très -probable , l'origine du Rio-Negro dans le grand lac de Nahuelhuapi, par le rio de la Encarnacion, est devenu, depuis l'expédition chilienne de 1860, une certitude, et que, dans
ces derniers temps, vingt-huit lieues du cours inférieur du Colorado ont été reconnues. Partout, dans ce trajet, on a trouvé la rivière navigable, bien encaissée, remplie d'une eau fort potable, et de hardis fermiers sont décidés à former, à leurs risques et périls, des établissements à bétail [estancias) sur ses bords jusque-là abandonnés aux Indiens nomades.
Lagtmes. — L'horizontalité du sol de la province de Buénos-Ayres y multiplie les lagunes, l'eau, dans beaucoup de parties, ne pouvant avoir d'écoulement De ces lagunes tantôt douces tantôt saumâtres, quelques-unes, comme celles des sources du Salado et des environs de Chascomus, sont fort grandes. Telles apparaissent encore celles du Bragado, du 2S Mai, etlesEncadenadas, sur la frontière indienne de l'ouest, enfin celles de l'Ajo et du Tordillo, en se rapprochant de l'Océan. Deux points de la province se font surtout remarquer par la grande quantité de petits étangs qu'offre leur terrain absolument plat. L'un est le triangle compris entre le Salado et l'arroyo de las Flores, qui renferme les districts du Saladillo et du 25 mai, l'autre est le bassin comprenant les districts de Pila, Dolores, Tordillo, Tuyu, Ajo, enfin tout le terrain qui s'étend de Chascomus aux premières pentes du système du sud, en se rapprochant de la mer. Les lagunes y sont innombrables, et leur multitude préserve cette riche région des ravages que les sécheresses font parfois dans les troupeaux ; car le plus grand nombre ont leurs eaux douces, ou si peu saumâtres, que le bétail peut en boire sans inconvénient.
Orographie. — Le système orographique du sud de la République Argentine est contenu tout entier dans la province de Buénos-Ayres, et nous l'avons indiqué plus haut. Il a d'ailleurs été décrit (tome I, pages 234 et suivantes). Depuis, nous avons pu examiner personnellement une partie de la chaîne duTandil,etnous assurer que, du cap Corrientes aux pics sablonneux de Curico, à l'extrême ouest, la formation géologique était la môme. Ces collines allongées appartiennent aux terrains métamorphiques et sont formées principalement de gneiss et de mica-schiste ; on ne trouve guère d'escarpements que dans la sierra du Vulcan ; partout ailleurs les croupes de gneiss se cachent en partie sous le gazon, et ne montrent leurs roches dénudées que vers les sommets. Ces petites chaînes, en leur longueur totale, atteignent une soixantaine de lieues sur une largeur qui varie de trois à cinq. On les désigne, en allant de l'est à l'ouest, sous le nom de sierras del Vulcan, où Ton signale les cimes particulières ou
cerros, nommées Paulino^ De los Padres^ Mogote^ Tres^Cer^ ros, etc., etc., puis les sierras de Tandileofu, Del-Tandii, de Chapaleofu^ de Los-Huesos^ de la Tinta , Del-Azitl, de Tapalqiien^ qui finissent aux hauteurs arénacées de Lima-Huida et de Curico, lesquelles ne dépassent pas 70 mètres au-dessus de la plaine environnante, alors que le Vulcan et le Tandileofu arrivent à 340.
Le second cordon, plus au sud, celui de laiVentana et de Gammini, réunis ensemble par la petite sierra de Curra-Malal, est beaucoup plus élevé, mais moins long de moitié, et a la mêmç composition géologique ; les quartz, toutefois, y sont plus abondants, et Ton n'y connaît pas encore de calcaires. Les sommets de cette chaîne sont dénudés et absolument arides, tandis qu'à leur pied naissent de nombreux ruisseaux et que les gras pâturages abondent.
Dunes de sable ou medanos. — En outre de ces hauteurs, véritables chaînes de montagnes appartenant aux terrains primitifs, on trouve dans le voisinage des côtes, à partir de Bahia-Blanca, des buttes sablonneuses désignées sous le nom de medanos, et dont le vent modifie incessamment la forme et la surface. (Voyez tome I, page 249.) Ces dunes atteignent une hauteur variant de quelques mètres à quarante ; elles sont nombreuses sur la côte sud de la province , là où la rive océanienne, cessant d'être purement argileuse comme plus haut, devient sableuse, et, par conséquent, offre plus de prise à l'action du vent, qui en pousse les éléments mobiles à l'intérieur des terres, en même temps que les eaux marines en humectent et agglutinent les bases. Dans l'intérieur de la province, sur la frontière indienne, depuis l'Arroyo-de-las-Flores jusqu'au fort de Junin, des dunes de cette nature, composées d'un sable argileux, tantôt rouge, tantôt bleuâtre, y forment plusieurs cordons bas et étroits, entre-croisés irrégulièrement, mais généralemen t dirigés du sud- est au nord-ouest Ces cordons, élevés de quelques mètres seulement, sont tapissés d'un gazon épais qui soustrait le sable dont ils sont formés à l'action du \ent, et ils n'ont plus aucune mobilité ; les medanos circonscrivent dans cette région un grand nombre de lagunes de dimensions diverses ; quelques-uns même, un peu plus élevés, arrivent à simuler sur ce terrain si parfaitement horizontal de petites montagnes. Les pluies torrentueuses qui tombent de temps à autre en déchaussent et ravinent parfois les flancs, et permettent alors au vent de disperser le sable qui les compose, et de former de nouvelles buttes, soit sur les cordons immobiles, soit aux bords des lagunes, dont ils peuvent modifier retendue. Mais ce phénomène n'est pas
commun : la plupart des dunes, bien solidifiées par le gazon qui les recouvre, résistent aux vents comme aux orages.
Nature du sol. — Le sol de toute la portion de la province de Buénos-Ayres comprise entre la Plata, la mer, la première chaîne du sud et la frontière occidentale, offre une grande homogénéité de structure. C'est d'abord une couche de terre végétale dont l'épaisseur atteint de 20 à 40 centimètres, puis une terre argilo-sableuse semée de petits noyaux calcaires d'une profondeur qui varie, mais est toujours considérable, car tous les puits sont creusés dans un dépAt de cette nature. Sur la côte de Parana et de la Plata, dans les parties les plus élevées, ces puits ont de 2S à 30 mètres de profondeur ; ils n'en ont que 10 à 12, et quelquefois moins, lorsque l'on gagne l'intérieur. Dans la région où les lagunes abondent, l'eau se trouve à une faible profondeur. En quelques rares endroits, on rencontre du calcaire proche de la superficie du terrain : ainsi, sur les bords de TArroyodel-Salto, où il donne lieu à une exploitation assez avantageuse comme pierre à bâtir, et au pied du versant septentrional de la première ligne de sierras, où il forme des couches au niveau du sol et peut être exploité pour faire de la chaux, comme on l'a fait au Tandil. Dans la région occidentale, celle des medanos, le sol est plus sablonneux à la superficie ; mais c'est toujours un sable plutôt argileux que siliceux, quoiqu'en certaines localités on l'y trouve mêlé à de petits grains quartzeux.
Cette nature sablo-argileuse du sol le rend très-facilement perméable aux pluies qui le pénètrent profondément à la moindre averse, et lui permet de conserver ainsi une humidité intérieure résistant aux sécheresses. Il est facile à labourer, très-fertile et susceptible de culture dans toute son étendue. On peut dire qu'il n'y a pas un hectare de terre non cultivable dans toute cette immense superficie de terrain. Les petits marais où se perdent les rivières descendues de la sierra forment des tourbières exploitables, avantage immense dans un pays qui manque de bois. C'est surtout du côté de Bahia-Blanca que ces utiles dépôts se rencontrent.
Le terrain entre les deux lignes de sierras offre à peu près les mêmes conditions que la région du Nord, mais il est plus argileux, excepté en se rapprochant de la mer où il redevient sableux et semé de dunes mobiles. La région du Colorado et du Negro participe de ces mêmes cooditions ; à part un petit nombre d'endroits dénudés et arides par suite d'une trop grande quantité de dépôts sableux , par-
tout le sol y est recouvert de bons pâturages et très-apte à ralimeutatioD du bétail.
Caractères géologiques. — La plaine de Buénos-Ayres est de formation tertiaire, comme toute la région pampéenne. — Nous sommes entré dans de longs détails à ce sujet en parlant de la Constitution physique du sol argentin^ tome I, livre v, et particulièrement pages 265 et 267. — Depuis, les travaux exécutés récemment dans les deux puits artésiens, de Barracas, presque au niveau de la Plata, et de la Piedad, à 3 kilomètres de là, sur un des points culminants de la ville de Buénos-Ayres, sont venus nous donner des preuves de l'identité parfaite de ces mêmes terrains, depuis le bourg de la Paz, dans TEntre-Rios, par 30*» de latitude nord, jusque par 50° au port de Santa • Cruz, presque à l'extrémité de la Patagonie , sur une étendue de 20° en latitude. La coupe géologique des deux puits comparée à celle des berges du Parana, si remarquables en fossiles, dans TEntre-Rios, îi celle des collines de Bahia-Blanca, étudiées par M. Bravard, et des hauteurs voisines du Rio-Negro, vues par d'Orbigny, aux petites montagnes du San-José, du port Désiré et de Santa-Cruz, examinées par Dar\vin, prouvent que la formation est la même, puisque sur cette vaste étendue on rencontre, dans le même ordre de superposition, les argiles, les sables, les calcaires coquilliers, les grès, etc. ; seulement les couches y sont d'épaisseur différente et varient en hauteur selon que, par suite des plissements du sol opérés pendant le dernier soulèvement de la longue côte océanienne , les dépôts se sont exhaussés au-dessus du niveau de la mer ou ont plongé bien au-dessous. (Voyez, aux Notes et Documents, la coupe géologique de ces deux puits.)
Les deux lignes de sierras sont composées de roches métamorphiques, granits, gneiss, mica-schistes, quartz. On trouve du calcaire à leur pied, mais ce calcaire n'est pas cristallin et appartient évidemment à une époque bien différente ; il est stratifié par veines à la superficie, et doit se retrouver plus profondément, ainsi que l'indiquent les coupes dont nous venons de parler.
Fossiles principaux. — Indépendamment des coquilles marines sans nombre que présente le terrain pampéen de la province, on rencontre en une foule d'endroits, et surtout dans les environs du Salto, à une faible profondeur, une foule de mammifères fossiles, dont le phis grand nombre appartiennent à Tordre des édentés : megatherium, toxodon^ megalonyx^ mylodon^ glyptodon^ etc. Le musée de Buénos- Ayres renferme aujourd'hui un magnifique squelette complet de ce
12 DESCRIPTION DES PROVINCKS.
dernier animal dont la carapace compte un mètre et demi en longueur. Quelques-uns de ces restes de la faune de la dernière époque géologique sont si près de la superficie du sol, qu'ils sont facilement découverts par les moindres travaux exécutés dans la campagne, tels que le creusement des fossés des champs, des mares artificielles, ou celui des fondements des maisons.
Climat. — La grande étendue de la province vers le sud, Thorizontalité de son territoire, la facilité de sa ventilation, lui donnent un climat plus frais que celui des autres provinces argentines. Ce climat est en partie celui que nous avons décrit sous le nom de climat du littoral. (Voyez tome I, page 343.) Toute la région au nord du Salado, qui coule sous le trente-sixième parallèle, jouit d'une température de 17® en moyenne, et souffre de temps en temps du manque de pluies. Au sud de la rivière la température s'abaisse assez rapidement, ainsi qu'il est facile de le voir à la nature de la végétation. Les pluies sont plus fréquentes, les rosées plus abondantes, le sol conséquemment plus humide et les pâturages meilleurs. Une ventilation presque continuelle y rafraîchit l'air, même dans les journées les plus chaudes de l'été. L'hiver, les gelées ne dépassent point 4° audessous de zéro, excepté dans les années extraordinaires. Sur la côte, lèvent de S.-E. domine; dans l'intérieur, les vents du Nord et le pampero se succèdent assez régulièrement. Dans le voisinage des montagnes du sud, les vents de la Patagonie sont violents et froids; la neige, l'hiver, y reste quelquefois sur la superficie du sol plusieurs jours de suite sans se fondre. Dans les plaines du Rio-Colorado et du Rio-Negro, le froid est piquant, mais court ; et l'été serait fatigant si les brises de la mer n'y venaient sans cesse rafraîchir l'air embrasé par la réflexion du soleil sur un sol sableux. Les deux saisons ordinaires des pluies sont le printemps et l'automne, mais il y en a aussi parfois de très-fortes l'été. Les orages sont plus fréquents dans la ville de Buénos-Ayres que dans tout le reste du territoire et accidentellement accompagnés de grêle. — En somme, la température de toute la province est douce et agréable. Le seul inconvénient du climat, c'est la rareté ou plutôt l'irrégularité des pluies , ce qui donne lieu de temps à autre à des sécheresses pendant lesquelles le vent, si fréquent dans ces vastes plaines, balaye et roule alors, sur un sol à la fois brûlé par le soleil et piétiné par des milliers de têtes de bétail, d'immenses tourbillons d'une épaisse poussière aussi gênante pour les hommes que pour les troupeaux.
Végétation. — La végétation naturelle de la province de Buénos- Ayres se réduit aux graminées qui couvrent partout le sol, et à quelques piaules arborescentes de la famille des légumineuses en de rares endroits. Avant que les Européens la colonisassent, c'était une pampa, une plaine sans un arbre. Ceux que Ton y voit aujourd'hui dans le voisinage des habitations ont tous été importés.
Sur les côtes de TOcéan seulement, à partir de la baie {tnisenada) de San-Borombon, on trouve çà et là des buissons d'acacias de diverses espèces ; en se rapprochant du cap Corrientes, une véritable forêt de talas , et dans la sierra del Vulcan des bouquets de curra-malal , vulgairement curru-manuel , petite mimosée arborescente dont la hauteur ne dépasse point 4 mètres. Sur les bords de TOcéan et dans le voisinage du Colorado et du Negro, on retrouve également quelques petits bouquets de bois rabougris^ dans le genre de ceux qui couvrent la plaine argentine intérieure. Le reste de la province n'offre partout ailleurs d'autres arbres que ceux que la main de l'homme y a plantés. Ce sont des ombus, des saules, des peupliers, des pêchers, des acacias-robinia, des azédarachs (paraisos); les autres arbres sont à peu près inconnus dans la majorité des estancias. Mais autour des villes et bourgs, on cultive tous les arbres fruitiers d'Europe. L'oranger ne réussit pas bien au sud du Rio-Salado, le pêcher même y donne des fruits moins bons, et l'azédarach n'y acquiert pas une grande taille ; l'ombu même s'y voit peu; mais le peuplier, le saule et l'acacia-robinia entourent toutes les estancias et croissent avec un grand luxe de végétation. Toutes les essences forestières européennes pourraient y réussir ; malheureusement les habitants ne s'en occupent pas encore, et partout, dans la campagne, on souffre du manque de bois, alors qu'avec un peu de soin et de patience, il serait si facile d'y créer des forêts qui sont d'une absolue nécessité pour un pays dont la popu- ^laUon augmente chaque jour (i).
'\) Dans presque toute la campagne» le manque de combustibles oblige les habitants a se servir de fiente de bœuf et surtout de mouton pour les usages domestiques, le chaufTage des foun, etc. On coupe en mottes carrées le sol épais et formé de fiente piétince des parcs u brebb ; on le liait sécher et on transporte dans les villages ce combustible qui vaut jus^iu'à 50 fr. la charrette. Là où le chardon croit en quantitc,on va le ramasser dans les champs et on l'entasse en meule pour provision d'hiver. I^es mauvaises herbes dures et presque ligneuses qui croissent dans les bas-fonds sont également coupées, séchées et mises de côté pour cet osage.Partout où il existe d'anciennes plantations de bois de pêchers, elles sont mises en coupes n'^lécs ; mais il j en a peu dans le Sud , et, dans les plaines de l'Ouest où commencent à s'rtablir les fermiers , le sol est absolument nu et la fiente des animaux peut seule fournir présentement du comlMistible.
Agriculture. — Quoique le soin des troupeaux soit l'industrie principale, ou, pour mieux dire, exclusive du pays, l'agriculture y a fait, depuis dix années, de grands progrès. Les céréales, telles que le maïs, le froment , l'orge et l'avoine, sont cultivées sur une grande échelle ; la luzenie ne manque pas pour la nourriture des animaux employés dans les villes, ceux de la campagne étant limités au fourrage vert. Chaque propriétaire, près des centres de population, a maintenant son verger; les fruits et légumes de toute espèce abondent et sont d'excellente qualité; on commence môme à avoir de fort beaux jardins d'agrément à la campagne ; les fermiers les multiplient autour de leurs établissements. La culture des céréales non-seulement suffit aux besoins locaux, mais pourrait même permettre l'exportation, s'il était possible d'y consacrer plus de bras; mais les ouvriei*s agricoles manquent partout, la main-d'œuvre est toujours chère, et, de plus, les frais de transport de l'intérieur au littoral sont exorbitants.
ANIMAUX SAUVAGES ET DOMESTIQUES. — La populatiou toujours Croissante et r absence de lieu de refuge pour le gibier au milieu d'une plaine absolue ont fait disparaître presque tous les animaux sauvages. Le jaguar et Taguarâ sont aujourd'hui inconnus; on ne voit plus d'autruches ; à peine si l'on rencontre un tatou ; les chevreuils (venados) ne s'aperçoivent plus que dans le sud ; la viscache seule, par sou immense multiplication et la sécurité que lui offre l'abri de ses terriers, abonde dans »oute la plaine ; et, dans les lagunes, ou trouve encore une assez grande quantité de loutres.
Quant aux chevaux et bœufs sauvages, si nombreux autrefois au sud du Rio-Salado , il n'en existe plus à présent , si ce u^est dans les terres indiennes, et encore v sont-ils devenus fort rares. La division croissante des propriétés, Ténorme quantité de bétail domestique qui peuple les fermes, rémigratiou, chaque jour plus nombreuse, des villes à la campagne, font qu'aucune parcelle de terrain ne reste déserte^ et, la zone des champs occupés gagnant sans cesse vers le sud et Test, cette occupation ne permet plus ces agglomérations de bestiaux sauvages « si fr^uentes avant les trente demièrvs années. D*un autre cdté, les Indiens^ refoulés par les blancs, pourchassent incessamnieut ces animaux réfugiés sur leur territoire, et les détruisent ou les nkluisent eu domesticité pour leur compte.
tmfmtrie pttstiïtaie. Reiaii. — Cette branche du travail rural est iHvessainnnent fort développée, puisqu'elle est la principale du pars. Le bétail couvre littéralement la campagne, des bonis du Parana
aux sierras du sud, et déborde même sur le territoire indien. L'excellence des pâturages, le grand nombre des lagunes d'eau douce, la construction de puits et d'abreuvoirs là où elles manquent, facilitent cette immense multiplication. Cependant l'élève du bœuf, autrefois la plus pratiquée, va se réduisant chaque jour, et cède la place à celle du mouton pour la production de la laine, devenue la partie la plus importante du commerce de la Plata. On a importé un grand nombre de béliers mérinos de race française (Rambouillet) et saxonne (Negrete) . L'introduction de ces sujets reproducteurs a amené une révolution complète dans le régime et la qualité des troupeaux, qui sont tous maintenant raffinés à divers degrés, et la production de la laine dépassera en 1863, rien que pour cette seule province, deux millions d'arrobes, c'est-à-dire 22 millions et demi de kilogrammes (1). Les fermes à moutons se multiplient, et, au lieu de ces vastes estancias de S à 6 mille hectares destinées aux bétes bovines, on se contente de terrains de 100 à 200 hectares pour un troupeau de brebis. Une foule d'étrangers, des Irlandais et des Écossais, des Basques, etc. . . etc. . . achètent ainsi des portions des grands domaines qui se fractionnent et s'y établissent bergers. Quant aux bœufs, il eu reste toujours assez pour fournir aux nombreux saladeros établis près de Buénos-Ayres, dans le bourg industriel de Barracas (2). L'élève
(l)Ce senties chifh-es donnés par M. Daniel Maxwell, directeur de la salle de commerce.
(PUniUas estadisticas de la exportacion en les anos desde 1849 hasta 1862; — in-8*;
Buénos-AyreSy 1863.) D'après ce travail de M. MaxweU, le mouton, dans la province de
BiiéDU»-Âyres, rendrait en moyenne deux livres et demie (1,250 grammes) de laine. La pro-
(Jiiction aurait été :
Pctux de moutons. Arrobes de laine.
En 18&6. . . 1,608,096 1,032,633
En 1867.. 1,489,572 1,098,660
En 1858 1,614,672 1,214,485
En 1869 2,613,268 1,448,462
En 1860 2,551,488 1,362,286
Eu 1861 1,934,642 1,996,946
En 1862 2,053,966 1,961,642
La sécheresse de 1859 a reudu moins considérable le résultat de la tonte de 1860. M. Maxwell évalue à 16,728,300 le nombre de bétes à laine de la province au 31 décembre 1861; et à 18,461,466 au 31 décembre 1862. — On peut doue le porter aujourd'hui au chiffre rond de 20 millions. A celle production il faut joindre ce qui vient de l'intérieur des provinces Argentines et qui est monté à 335,000 arrobes en 1862. — Les peaux de moutons proviennent de la consommation , et on les expédie en ballots. La laine en arrobe est le résultat de la tonte qui a lieu à la fin d'octobre et en novembre, et de l'évaluation de ce que contiennent de laine les peaux en ballots.
(2) Le nombre des animaux abattus dans les saladeros de Buenos- Ayres a diminué depuis
des chevaux et des mules ne se fait que pour fournir aux besoins locaux. Tous ces animaux sont généralement d'une belle taille et assez robustes. On a commencé à s'occuper de la production des chevaux de trait pour les gros charrois.
ces dernières années, ainsi que le prouvent les chiffres recueillis par la commission chargée
de la recherche de Touverture de nouveaux débouchés à Tiudustrie des viandes salées et se-
chées (cliarque, tiuajo).
Animaux aballuii.
Il en a été de même à Montevideo et dans la province brésilienne de Rio-Grande du Sud. L*ofrre de la viande salée excède la demande ; Cuba , Porto-Rico , le Brésil , seuls marchés pour cette denrée , en re<;oivent plus qu'ils n'en peuvent consommer. De là les nombreuses expériences que Ton a faites pour rendre cette viande acceptable sur les mai'chés européens. Malheureusement rien n'est difficile comme de faire adopter aux populations un aliment nouveau.
Cet excès dans la production du bétail bovin a donc été reconnu, et c'est pour cela, comme nous l'avons déjà dit , qu'on le remplace aujourd'hui dans une certaine mesure par les bétes à laine.
Néanmoins la consommation de viande de bœuf comme nourriture par la population étant extrêmement considérable, il en résulte une forte quantité de cuirs secs : les cuirs salés sont exclusivement préparés dans les saladeros.
La quantité des cuirs et autres produits animaux sortis de Bucnos-Ayres est évaluée aux chiffres suivants pour les huit dernières années :
Cuirs secs de bœuf %. 905,525 i ^ ^^^ ^^^
, „ i ,alé. 394,556 » ••30«>»«'
Du I" novembre 1854 .ecs de cheval et jument. . . 21.176,
au 31 octobre 1855. ^^ ,^5 5^3 \ 107,769
' Viande de bœuf salée et séchée, quintaux. . . . 293,965
f Cuirs secs de bœuf 800,775 |
^ , u .orr V — «aies 413,997 s ^'^**'"^*^
Du 1- novembre 1855 T «^cs de cheval et jument. . . 28,412 / au 31 octobre 1856 ^,.^ \ ^^3 ^^3 J 172.325
\ Viande de bœuf salée et séchée, quintaux .... 26 1 ,867 ' Cuirs secs de bœuf 968,776 )
Ou 1" novembre 1856 \ i u i • • . t/cno \
. L .or% ' — secs de cheval et jument. . . 51,503 ) «.« ,. au 31 octobre 1857. ,^,., \ ,j.|^3^ | 278,540
' Viande de bœuf salée et séchée , quintaux.. . . 349,988 Cuirs secs de bœuf 1,055,374
Du I" novembre 1857 1 " "'"• •. ' •,•,:••.•• ^!I'"! ' ''"^'^"'^
, .... ' — secs de rhcval et jument. . . .'i9,585 1
au 31 octobre 1858. 1 ^^^^ \ ^^^^^^ | ,62.600
.Viande de bœuf salée et séchée, quintaux. . . . 279,305
11 est difficile de donner auU^ement que d'une manière approximative, aujourd'hui, le nombre d'animaux domestiques que renferme la province ; ce chiffre peut s'élever à 3,300,000 bœufs, 20,000,000 moutons,. 1,300,00.0 chevaux, juments et mulets, sans compter un nombre considérable de porcs et de chèvres.
CosoiERCE. — Le commerce de la province de Buénos-Ayres est alimenté, d'une part, par l'exportation des laines , des crins , des cuirs, etc., etc., enfin, de tous les produits de l'industrie pastorale, de l'autre, par l'importation des articles d'outre-mer, comestibles, boissons, étoffes, articles manufacturés, etc. La ville de Buénos- Ayres est l'entrepôt naturel et immense, non-seulement de la province, laquelle, étant fort riche, consomme énormément, mais encore de presque toutes les provinces de la République Argentine, qui
; Cuirs secs de bœuf 973,063 ) . . ^ ^.«
rv .^, , .0-0 I — sales 535,989 S
Du l«r novembre 1858 } . » , . , ,««
au3l octobre 1859. ] - *ec. de cheval et jument. . . 57,538)