I -- salés
\ Viande de bœuf salée et scellée, quintaux. . . . 470,749 ; Cuirs secs de bœuf 1,189,709 ) . ^.. ...
h .« K .0.0 i - «»lés 423,421 *'^^^'^^^
Du I" novembre 1859 \ .... ^n\t^
1. . u «ai.A ' — " secs de cheval et jument. . . 96,150 , ...«««o
au 31 octobre 1860. 1 ,. •' «.««„« ^ 310,038
i . salés 2t3,8K8 \
\ Viande de bœuf salée et séchée, quintaux. . . . 446,699
' Cuirs secs de bœuf 1,071,276 ) . .__ ...
n. t^r u -QiîA \ — salés 367,074 )
Du 1«' novembre 1860 y , . , . *« .«o
oi . u «o/,< \ — secs de cheval et jument. . . 48,138 i «^n tin
an 31 octobre 1861. \ .. •* ^.\.. I 209,549
I — salés 101,411 )
V Viande de bœuf salée et séchée, quintaux. . . . 299,423
/ Cuirs secs de bœuf 1,200,791 ) . ... ,..
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Du 1«' novembre 1861 1 , . . . r/.v«« .
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au 31 octobre 1862. i ,. ^ .^^\^, ! 177,128
i — salés 123,095 |
' Viaiv
Viande de bœuf salée et séchée, quintaux. . . . 394,094
On voit par ces chiffres que la quantité de bœufs n*a point augmenté, puisque, dans les «luatre dernières années, le chiffre des cuirs n'a fait qu'osciller autour de la moyenne d'un million et demi.
La somme totale des chevaux et juments a des oscillations qui dépendent de l'état politique (lu pays. On a dépensé beaucoup de chevaux, comme article de guerre, en 1859 et 1861. D'ailleurs, l'emploi de l'huile animale {aceite de potro) se restreint. I^ Brésil et Cuba sont limités dans leur usage de tcuajo, et, par suite de la réduction lente qui a lieu dans le Bombre des esclaves, celui des consommateurs de ce( article n'y augmente pas.
Le chiffre des cuirs de bœuf est irès-élevé, relalivenienl au total du l)étail de la province; niais il faut observer qu'ils no proviennent pas tous de la campagne de Buénos-Ayres; il y «n a aussi des autres provinces qui sont importées en transit et comptent dans la somme totale. C^sonl principalement les cuirs secs (Maxwell, Planillas estadisticas de la exporlacion, etc. Buenof-Ayres, 1863.)
CO^F. ABr.E?(Ti!fE. - T. III. 2
lui envoient leurs produits et y dépêchent leurs négociants pour se pourvoir des articles d'outre-mer. Nous avons déjà indiqué, tome II, page 499, les éléments du commerce général argentin, et comment la place de Buenos -Ayres en est le siège principal. Quoiqu'un certain nombre de ports du Parana et de l'Uruguay soient ouverts au commerce direct, on préfère venir à Buénos-Ayres, centre accoutumé des relations commerciales de la Plata depuis un siècle, et où les opérations de vente et d'achat sont naturellement plus faciles, tant pour les facilités du crédit que pour la variété de l'assortiment.
Il en résulte un mouvement de cabotage extrêmement actif. En dehors du port de Buénos-Ayres, ceux de la côte du Parana, jusqu'à San-Nicolas, tels que Siin-Fernando, Zarate, San-Pedro, etc., etc., sont également le siège d'une activité commerciale assez notable. Quant aux ports de l'Océan, les seuls qui soient un peu fréquentés sont ceux de Bahia-Blanca et de Patagones, et leur mouvement est fort limité à cause de leur peu de population.
Le commerce intérieur de la province est considérable, car nonseulement les bourgs y sont nombreux, mais la quantité de fermes qui y sont réparties nécessite l'établissement de maisons de commerce dites pulperias, magasins où l'on vend toute espèce de denrées, à l'effet de pourvoir aux besoins des habitants, tous éminemment consommateurs. Des troupes de charrettes à bœufs traversent incessamment la campagne pour y porter les boissons, les comestibles, enfin les mille obje.s à l'usage de la population; et en outre la chaux, les bois et les planches nécessaires aux constructions et aux clôtures. Elles en rapportent les laines, les cuirs secs, les cornes, etc. Quant aux produits du pays autres que ceux de l'industrie pastorale, ce sont des blés, des fruits, des légumes, des fourrages; ce dernier commerce ne laisse pas d'avoir une certaine importance.
L'histoire du commerce de la ville de Buenos- Avres, devenue aujourd'hui la seconde place commerciale de l'Amérique du Sud, est intéress;mte. Gêné dans son développement pendant deux siècles par les règlements et les monopoles auxquels la métropole soumettait ses colonies, il a pris depuis 1780 un essor que la révolution de 1810 a achevé de développer (I).
Ces conditions obligèrent les habitants à employer la voie de terre, tant par le Pérou que par le Chili, pour s'assortir d'objets mauufac-
'O Le npyûiro $siaéiMiieo de BoftKW-ATiT», pour ISS9 et I9<ï0, doooe de» «iêtaîU et dc5 tdbWaux slatbtiques extréiBenieiit prècien sur les imporUtÎM» et exportatioQs da port iJe BtKiMM-.Vyres a paurùr de ldS4.
turés européens, et de là ce système de roulage à travers la Pampa employé dès le principe* Le P. Ovalle, missionnaire jésuite au Chili, qui écrivait en 1640, raconte comment, depuis la fondation de Mendoza et de San- Luis, on commerçait entre Buenos- Ayres et le Chili à Faide de grandes charrettes exactement pareilles à celles que Ton emploie encore à présent, et comment on avait à y résister aux Indiens maraudeurs, ancêtres de ceux d'aujourd'hui. Ce missionnaire donne des détails curieux à ce sujet. - Depuis bientôt trois siècles ces conditions n*ont pas changé (1).
Voies de communicatiox. — Les côtes de la province sont desservies par le cabotage et des bâtiments à vapeur. Un service direct mensuel, subventionné par TÉtat, met en communication la capitale avec Bahia-Blanca et Patagones. Quant aux communications avec Montevideo et les villes de l'Uruguay et du Parana, elles sont journalières, et les deux fleuves comptent aujourd'hui une véritable flottille de vapeurs qui suffisent parfaitement à tous les besoins du commerce et de la locomotion ; ces bâtiments à vapeur vont maintenant jusque dans le haut Paraguay, et même, par le San-Lorenzo et ses affluents, jusqu'à Cuyaba, au cœur du Brésil ; on en rencontre aussi quelques uns dans l'Uruguay, au-dessus du Salto-Oriental, dont le service se relie avec ceux du bas de cette rivière qui en desservent tous les ports.
Les routes de terre sont fort nombreuses ; sauf celles des environs de la capitiile, leur établissement n'a rien coûté, car elles sont simplement tracées au milieu de la plaine, et Ton peut passer partout. Excepté dans la saison des pluies, et surtout à la fin de l'automne, la circulation est facile, on ne trouve pas trop de fondrières; mais à cette époque, l'humidité de la saison empêchant les chemins de sécher, ceux-ci deviennent difficiles, impraticables même près des villes, et en particulier proche de Buénos-Ayres, où une immense circulation défonce toutes les chaussées.
Toutes les villes et bourgs principaux de la province communiquent ensemble par des services de diligences qui marchent fort bien. Ces messageries, que Ton a commencé à établir seulement depuis 1833, augmentent chaque jour en nombre, et améliorent leur régime. Cest en partie à cette utile création , due exclusivement à l'industrie individuelle , que l'on doit les progrès en tout genre qui se re-
(i; Oralle, ReUieion kist&riea d€l rtino di Chile. 1 toI. in-4''. Rome, 1644.
20 DKSCRIPI'ION DES PROVIiNCES.
marquent dans la campagne, et Ton ne répugne plus à Thabiter du moment que les communications avec la capitale sont devenues si faciles. — Quant au service de poste proprement dit, il a été parfaitement organisé par la direction actuelle, qui est entre les mains de D. Gervasio Posadas depuis plusieurs années. Sur toutes les lignes nationales et provinciales, on trouve des chevaux, et le service des dépêches est fait avec la plus grande exactitude jusqu'au bureau de district.
Chemins de fer. — L'horizontalité du sol et sa nature sablo-argileuse, l'absence de tout obstacle nécessitant de grands travaux d'art ont naturellement appelé l'attention sur la possibilité d'y établir économiquement des chemins de fer. Un système général, auquel on pense très-sérieusement, consisterait à ouvrir une route vers le sud., par Chascomus et Dolores, et même le Tandil, jusque par-delà les petites sierras et l'extrême limite de la province; l'autre vers l'ouest par Moreno, Mercedes et Chivilcoy ; une troisième vers le nord, en suivant la côte du Parana par Belgrano et San-Fernando, pour de là aller se joindre au chemin de fer de Rosario à Cordova, dont les travaux sont ouverts (1). Deux de ces chemins sont commencés : le premier, celui de l'Ouest, atteint déjà Moreno, à 33 kilomètres de Buénos-Ayres, et son tracé est complet jusqu'à Mercedes, qui est à 88 kil. Celui du Nord dépasse Belgrano, et va atteindre bientôt San-Fernando, à 32 kilomètres de la capitale. La compagnie du Sud est formée, et va mettre la main aux travaux. Enfin M. Wilwrigth vient de soumissionner le railway de la Boca à la Ensenada de Barragan, à quatorze lieues de Buénos-Ayres, où l'on voudrait établir un grand port de commerce, car les navires de tout tonnage peuvent y mouiller. La construction de ces routes marche lentement, mais elle marche , et les frais n'en sont pas exorbitants. Le plus grand obstacle matériel se trouve dans la mobilité du sol, qui se tasse inégalement, et l'absence de cailloux destinés au ballast. Fer, bois et pierre, tout doit être importé. Malgré cela les travaux avancent; ils sont éminemment populaires; les compagnies recrutent des actionnaires et complètent leurs ressources. Pénétré de l'utilib^ de pareilles entreprises, le gouvernement provincial n'hésite point à con-
(1) Le 25 avril 1863, les travaux du chemin de fer de Rosario à Cordova ont été solennellement inaugures par M. le général Mitre, président de la République, assisté du ministre de l'intérieur M. Raison, et des principaux membres de radministration. Ils sont dirigés par M. Wilwrigth, entrepreneur du chemin de fer de la Caldera à Copiapo au Chili ; et l'on suit le tracé Campbell (voyez t. 11, page 576). Les travaux peuvent être terminés en six années.
tribuer aux frais dans une certaine mesure, cl les protège de tout son pouvoir : ainsi, il a racheté le chemin de fer de l'Ouest, à la condition de le prolonger jusqu'à Mercedes, et le fait administrer; il a garanti un intérêt de 7 pour 100 pour le chemin de San-Feroando, et s'engage à une garantie pareille pour la compagnie qui se chargera des travaux du chemin du Sud (1). A\ec le temps, la province sera entièrement sillonnée de routes ferrées, leur construction devenant en réalité plus économique que celle des routes ordinaires, dont l'entretien serait énormément dispendieux dans un pays où, sauf dans le voisinage des sierras du Sud, la pierre manque partout, et où tous les matériaux doivent être importés et introduits dans Fintérieur par le roulage, à l'aide des pesantes charrettes de la pampa.
Population. — La population de la province de Buénos-Ayres s'élève aujourd'hui à 350,000 âmes, sur lesquelles on compte au moins un quart d'étrangers, presque tous d'origine européenne : Français, Italiens,Espagnols, Anglais, Allemands, Portugais, etc., etc. Ce nombre va sans cesse en augmentant par suite de l'immigration. Malheureusement les agitations dont la Plata n'est que trop souvent le théâtre depuis sa séparation de l'Espagne, empêchent que le courant de cette importante immigration s'établisse sur une aussi grande échelle qu'il le faudrait pour réaliser un peuplement rapide du pays. Dans la dernière période décennale, la province n'a guère reçu une moyenne de plus de 7,000 nouveaux venus par année, quantité bien faible pour tant de besoins (2).
Il est vrai que la reproduction naturelle est considérable, et que la proportion des naissances aux décès y est depuis longtemps assez près de 2 à 1, ainsi qu'il résulte de Texamen statistique des deux périodes suivantes, les seules dont on possède les chiffres officicb : — l'une, de quatre années, de 1822 à 1823, offre le chiffre de 25.571 naissances pour 16,604 décès, conséquemment un excédant de 8,967 naissances; — l'autre, de six années, de 1856 à 1861, qui, pour 85,972 naissances, a 45,350 décès, et par suite un
(1) Meosage del gobieroo de la provincia de fiuéno8«Ayres à la honorable asamblea gênerai iepdativa. !•' de mayo de 1863.
(2) Le registre statistique de 1861, premier semestre, donne un chiffre total de 108,708 penoDoes entrées dans la province, et de 49,670 sorties pendant les huit années de 1854 à lltl, ce qui donne 59,038 personnes restées dans le pays; en moyenne : 7,391 nouveaux éaniâhés par année durant cette période (Rcgistro estadistico de Buénos-Ayres 1861. Pri« ■er semestre).
excédant de 40,022 naissances; en définitive, pour les deux périodes une proportion de 1 1 naissances pour 6 décès, et une augmentation naturelle de près de 5,000 âmes par an. Mais cette augmentation naturelle est loin d'être en rapport avec la vaste étendue et les ressources de la province, laquelle pourrait nourrir fort à Taise, dans ses limites actuelles, 7 millions d'habitants, et n'en a pas encore la vingtième partie.
Il est à remarquer, toutefois, que le mouvement ascendant dans la population est bien plus remarquable dans la seconde période que dans la première, puisque de 1822 à 1825 nous ne trouvons qu'un accroissement annuel de 2,242 enfants, tandis qu'il est de 6,770 de 1856 à 1861. En outre, l'examen des chiffres des naissances et des décès à la ville et h la campagne nous offre le phénomène, d'ailleurs explicable, d'une différence considérable dans leurs chiffres. Ainsi, la ville, qui n'a que 28,767 naissances, a cependant 20,452 décès, tandis que la campagne, avec 57,215 naissances, n'a plus que 24,898 décès, ce qui prouve qu'il y a là un peu plus de deux nouveaux-nés pour un mort, tandis que la proportion est loin d'être aussi favorable dans la capitale.
En résumé, on peut calculer aujourd'hui que la population de la province augmente de 14,000 âmes chaque année, moitié par la reproduction naturelle, moitié par l'immigration. (Voyez, pour les recensements de Buéuos-Ayres, tome II, page 275.)
Parmi cette population immigrante, on compte une quantité notable de jeunes gens robustes du pays basque des deux versants des Pyrénées, race laborieuse, hardie et intelligente, qui s'établit beaucoup à la campagne, et s'y occupe d'industrie pastorale et d'agriculture. C'est ainsi que depuis quelques années un assez bon nombre d'Écossais et d'Irlandais sont venus également occuper des fermes de l'intérieur; et s'y adonner surtout à l'élève des brebis.
Ces immigrations croisent incessamment la population de Buénos- Ayres parles unions qui se célèbrent entre ces étrangers et les filles du pays et contribuent à la rendre plus homogène.
Quant aux habitants primitifs de la province, aux Indiens, il y a déjà longtemps qu'ils ont disparu, fondus complètement dans la population nationale; mais il est facile de reconnaître, à l'aspect des habitants delà campagne, combien ils y ont mêlé de leur sang. Le nombre de métis à tous les degrés est considérable, et il augmente encore tous les jours, car un certain nombre des Indiens de la frontière se mêlent graduellement avec les blancs, et, le temps aidant, finissent par
se confondre avec eux. — Lors de la colonisation de cette partie de la rive droite de la Plata, des tribus Guaranies habitaient le territoire actuel de San Isidro et de las Couchas et furent facilement réduites en commanderies {encomiendas) . Les Querandis, qui avaientpar leur énergique résistance forcé Mendoza à se retirer, durent à leur tour céder devant Garay et ses colons, et se replièrent de l'autre côté du Rio-Salado. Là ils s'unirent aux tribus d'origine Araucane, qui encore aujourd'hui peuplent le territoire indien du Sud et à la race desquelles ils appartenaient sans doute, ainsi que l'indiquent les historiens de la conquête, et surtout le jésuite Ovalle, qui écrivait, comme nousl'avons déjà dit, en 1640, c'est-à-dire soixante ans après la fondation de Buenos- Ayres par Garay ; l'abbé Molina, dans son histoire du Chili, l'établit également. Actuellement il ne reste plus un seul Indien nomade dans la province, ceux que l'on voit campés sur la frontière sont à la solde du gouvernement national et reçoivent des secours en vivres, vêtements et chevaux.
La population d'origine africaine est peu nombreuse et diminue chaque jour par les mélanges avec les autres races. (Voyez d'ailleurs, tome II, page 237, et le livre ix entier qui traite de la population argentine sous tous ses aspects.)
Frontière indienne. — Le voisinage des Indiens oblige le gouvernement à surveiller la frontière d'une manière toute spéciale ; tous les habitants de cette zone, nationaux et étrangers, sont organisés de manière à résister aux invasions brusques des maraudeurs de la Pampa, qui plusieurs fois sont venus insulter même des bourgs importants tels que l'Azul, le Tandil, Mercedes, le Pergamino, etc. Les invasions {malones) des Indiens consistent à se précipiter comme la foudre par groupe de soixante, quatre-vingts cavaliers, souvent plus, à enlever les bœufs et les chevaux qu'ils poussent en troupes dans le désert, et à faire des prisonniers dans les fermes. Ils emmènent ainsi femmes, enfants, et quelquefois des hommes,* car ils assassinent moins que jadis. Les familles qui habitent les localités exposées à ces invasions, entourent leurs maisons de fossés profonds sur lesquels une simple planche facile à enlever donne passage ; les grandes fermes sont protégées par leurs murailles en brique, et les habitants, retirés sur la terrasse, y repoussent les assaillants à coups de fusil. Ceux-ci d'ailleurs, exclusivement préoccupés de l'enlèvement du bétail, ne s'attachent guère à attaquer un endroit bien fermé. Ils disparaissent aussi rapidement qu'ils sont venus, emportant leur butin, nntralnant les troupeaux. On les poursuit alors, et souvent on parvient
k en reprendre une partie. La rapidité avec laquelle se font ces invasions, la vaste étendue de la frontière, la mobilité des tribus, Tanarchie dans laquelle elles vivent, car souvent les maraudeurs n'appartiennent à aucune et sont désavoués et repoussés par les caciques, perpétueront longtemps encore un pareil état de choses, qui ne se modifiera que devant le peuplement de cette zone de terrains.
Le gouvernement entretient un assez grand nombre de petits forts sur cette longue frontière. Les établissements anciens sont devenus aujourd'hui de gros bourgs, tels que Patagones, Bahia-Blanca, Tandil, Azul, le 2S Mai, Bragado, Fédération aujourd'hui Junin ; entre ces bourgs sont des fortins nouvellement créés, et tous renferment une petite garnison formée par des détachements provenant des places précédentes. Une fois qu'un canton est solidement organisé, les fermiers arrivent, bâtissent une maison, établissent leurs enceintes à bétail {corrales)^ et peupleht leurs champs de troupeaux; le fortin devient un village, puis un bourg ; la culture de ses alentours se développe, on y sème des céréales, on y plante des arbres, etc. ; tous les centres de population delà province ont ainsi commencé.
On a déjà tenté d'établir quelques colonies sur la lisière du désert, mais elles n'ont pas réussi, témoin celle de la nouvelle Rome dans le district de Bahia-Blanca. Le gouvernement provincial est en ce moment saisi de diverses propositions de cette nature. Formées d'agriculteurs et placées sur un terrain convenable, ces colonies auraient l'avantage de constituer de nouveaux centres de population inattaquables par les Indiens et qui, rayonnant dans tous les sens, conquerraient chaque jour du terrain sur la barbarie. C'est surtout sur les bords du Rio-Colorado et du Rio-Negro que de pareils établissements seraient utiles; mais il faudrîdtque leur installation fût graduelle , en commençant pai* le voisinage des villes déjà existantes, afin que tous pussent s'appuyer les uns sur les autres et gagner peu à peu vers l'ouest.
Gouvernement et administration. — Le gouvernement de la pro^ vince de Buénos-Ayres se compose d'un gouverneur nommé pour trois ans, assisté de deux ministres, l'un pour l'intérieur, l'autre pour les finances. Le gouverneur est élu par les deux chambres provinciales, celle des députés et le sénat, réunies en assemblée générale. Cette province est d'ailleurs la seule qui ait un sénat. Sa constitution a été votée le il avril 1854, et peut être revisée. Les députés doivent être nommés directement par le peuple à raison d'un par fraction de
six mille âmes. Leur charge dure deux ans, et la chambre se renouvelle par moitié chaque année. Les sénateurs sont élus dans la même forme, à raison d'un pour douze mille àraes et pour trois années; ils se renouveUent par tiers (1).
Le gouvernement siège dans la ville de Buénos-Ayres, qui est à la fois capitale de la province et capitale provisoire de la République, jusqu'à ce qu'une loi qui n'interviendra que dans trois ans (en 186S) en ait fait la capitale définitive.
Le pouvoir judiciaire, tout-à-fait indépendant dans l'exercice de >es fonctions, réside en un tribunal supérieur de justice composé de dix membres siégeant dans la capitale, et en tribunaux de première instance pour le civil et pour le criminel ; et il y a de plus, dans la capitale, un tribunal de police correctionnelle. Chaque district rural {partido\ il y en a cinquante-deux, a un juge de paix , qui est le magistrat principal du canton. Une subdivision intérieure en huit grandes préfectures, établie en 1836, n'a pas été maintenue. On compte en outre vingt-cinq commissaires de police ruraux assistés d'un nombre suffisant de soldats.
La province s'étant maintenue isolée pendant huit années du reste de la Confédération , et d'ailleurs habituée à se gouverner à part depuis 1828, et même avant, puisque le gouvernement unitaire de 1826 n'avait pas tout à fait duré deux années, a eu, comme État séparé, un système politique sous l'influence duquel l'administration s'est notablement perfectionnée. Ce régime était rendu facile par l'abondance des ressources fournies par la douane du port si important de Buénos-Ayres, alors exclusivement appliquées aux besoins provinciaux. On comprend en outre combien la communication facile avec l'Europe, la présence d'une société polie et éclairée, l'existence d'un immense mouvement d'affaires commerciales dans une ville aussi peuplée que Buénos-Ayres, ont dû instruire et former les habitants, et les accoutumer aux exigences et aux devoirs de leur régime politique. Aussi l'administration de cette province est-elle nécessairement plus avancée que celle du reste du pays.
Nous citerons comme mesures excellentes prises depuis longtemps par l'administration provinciale, la création du Bureau topographique^ chargé de faire la carte administrative et cadastrale de
(1) Conititation de TËtat de Buénos-Ayres promulguée le 12 avril 1864. — Une loi d'élections survenue depuis a modifié la manière de nommer les députés. La capitale en élit deux H un suppléant par paroisse. Dans la campagne on forme des circonscriptions électorales. L'élection est directe et par le suffrage universel.
rÉtat, et qui, aidé des nombreux plans levés par les arpenteurs des propriétés particulières , est arrivé à posséder un tableau assez exact de tous les terrains occupés par les fermiers dans les parties anciennement peuplées de la province, et continue ces travaux avec la plus louable activité.
L'autre est celle du Registre statistique, commencé une première fois en 1822, puis interrompu, puis repris en 1854, et conduit, avec de constantes améliorations, jusqu'à l'époque actuelle (1). C'est à ce . travail que Buenos- Ayres doit d'être la seule province qui puisse présenter une statistique à peu près complète pendant la dernière période décennale.
Municipalités, — L'établissement des municipalités a contribué puissamment au progrès. C'est à cette institution, aussi féconde que libérale, que l'on doit certainement les améliorations matérielles et morales si réelles que l'on remarque non-seulement dans la capitale, mais encore dans les villes et bourgs de la province, qui presque tous, comme nous le verrons bientôt, avancent d'une manière très-notable. La construction des églises et autres édifices publics, l'organisation de travaux d'utilité générale, la création d'écoles, celle d'établissements de bienfaisance en beaucoup d'endroits, sont le résultat de l'existence de ces municipalités, dont les membres, nationaux comme étrangei's, sont animés de ville à ville d'une rivalité salutaire pour le progrès des cantons qu*ils habitent. Il serait bien à désirer que toutes les provinces argentines suivissent en cela l'exemple que leur a donné Buénos-Ayres (2).
(1) M. Justo Maeso, dont nous a^ons déjà cité la traduction consciencieuse de l'œuvre de Parish, a commencé la rédaction du Registre estcuiistico en 1 854. Depuis 1856, sa direction a été conGée à D. Ricardo Trelles. Grâce aux investigations de ce laborieux Argentin, ce recueil s'est enrichi dans ces dernières années d'une foule de documents historiques de la plus grande valeur sur l'histoire de la population et du commerce de Buénos-Ayres, en même temps que la statistique actuelle se complétait.
(2) Municipalités. — La loi sur les municipalités a été promulguée en 1 854 (4 octobre). — Nous en résumerons les principales indications :
Ville de Buenos- Ayres. — Il y aura deux municipaux et un suppléant, nommés dans chaque paroisse (elles sont au nombre de onze), par le suffrage de tous les habitants, sans distinction de nationalité, en tout vingt-deux. Les municipaux doivent avoir au moins vingtcinq ans d'âge et posséder un revenu de 10,000 piastres papier (2,500 fr.), ou une profession qui en donne autant. Le corps se renouvellera par moitié chaque année. Lr président né est le ministre de l'intérieur, le vice-président et ses deux suppléants sont choisis par le gouvernement sur la présentation de neuf noms par la municipalité elle-même
Lo municipalité doit présenter chaque année son budget de receltes et de dépenses, et un
Culte, — La ville de Buenos- Ayres est le siège d'un évêché, qui ne tardera pas sans doute à être érigé en archevêché avec les quatre au-
mémoire qui rende compte de ses travaux pendant cette période.
Elle se subdivisera en comités de sûreté, d*hygiène, d'éducation, de travaux publics, de finances. — En conséquence, elle a dans ses attributions : 1** l'organisation et la surveillance do corps des serenos (gardes de nuit)^ la formation de la liste des jurés, la surveillance et l'organisation des établissements pénitentiaires , celle des poids et mesures ; 2° la propreté et la salubrité des rues et places publiques, éclairage, conservation et propagation de la vaccine, les hôpitaux, les abattoirs, surveillance des médicaments et des comestibles, les cimetières, précautions pour éviter les épidémies, les inondations et les incendies ; 3" écoles primaires des deux sexes, écoles d'arts et métiers et d'agriculture, destruction des maisons de jeu, hospices d'enfants trouvés et bureaux de bienfaisance, surveillance des orphelins, apprentis et enfants abandonnés, surveillance des domestiques, morale publique ; 4° pavage de la ville, écoulement des eaux, fontaines, entretien des monuments publics, promenades, enfin tout ce qui tient à la salubrité et à l'embellissement de la ville; 5° l'administration des revenus, propriétés et ressources de la municipalité, création de caisses d'épargne et montsde-piété, étal civil des habitants, protection et placement des im^nigrants, statistique générale, recensements de la population aux époques fixées par la loi.
Les revenus de la municipalité de Buénos-Ayres sont : tout ce qui appartenait à l'ancien Cabildo, les terres et propriétés publiques de la ville et de la banlieue, tout ce qui se paye au trésor provincial en dehors du papier timbré, des patentes, de la poste, des douanes et de la contribution directe. Sur cette dernière il sera prélevé 10 pour 100 au profit de la municipalité, mais celle-ci aura les frais de perception à sa charge. Enfin la municipalité pourra proposer à l'État la création de nouvelles ressources en sa faveur.
Campacxe de Biié?(Os-Ayres. — Chaque district (partido) aura une municipalité composée d'un juge de paix et de quatre propriétaires habitants du canton, plus deux suppléants. Le [lOUYoir exécutif déterminera la localité où doit se réunir le conseil municipal.
L'élection se fera un jour férié, par les habitants du district, dans les mêmes formes que pour ^é1(^ction des députés ; sont requises chez les candidats les mêmes qualités d'dge et de fortune que dans la capitale.
Le juge de paix est nommé par le pouvoir exécutif sur une liste de trois noms présentée par la municipalité. Ce magistrat et deux membres du corps sont renouvelés au commencement de chaque année. Il est l'unique agent de communications avec le gouvernement, les autres juges de paix et les chefs militaires. Il veille à l'observation des règlements municipaux, est de droit défenseur des mineurs, etc., etc.
Les devoirs des municipalités rurales sont de s'occuper de tout ce qui peut contribuer au bien-être et au progrès de leur district, et cela en dehors de toute immixtion dans la politique proprement dite. Police, instruction publique, établissements de bienfaisance, entrelien des édifices consacn'^s au culte et des propriétés communales, sont de leur ressort. — Les rentes municipales sont le produit de la location des parcs à bétail communaux {corraîes) et un droit sur les animaux de boucherie qu'on y abat, le résultat du péage de routes et ponts, de la vente et location des terres communales, des amendes, de la mesure des terrains de propriété publique qui seront vendus, etc., etc. ; enfin le dixième du produit total de la contribution directe.
Chaque année la municipalité rendra compte au gouvernement de ses travaux dans le courant de Tannée précédente et de l'état de son budget.
Telles sont les dispositions judicieuses et libérales dont l'exécution depuis tantôt dix années a si puissamment contribué, comme nous l'avons dit et le démontrerons en son lieu, an progrès et à la prospérité de la ville et <le la campagne de Buénos-Ayres.
n DESCRIPTION DES PROVINCES.
très évéchés de Tintérieur pour suffragants. Elle possède, en conséquence, un chapitre et un séminaire. La plupart des districts forment des paroisses desservies, selon leur importance, par un curé unique ou assisté d'un vicaire. Il n'y a dans toute la province que quatre couvents, tous situés dans la capitale : deux d'hommes, les Franciscains et les Dominicains; deux de femmes cloîtrées, les dames de Sainte-Catherine {Catalinas)^ et les Carmélites [Capuchinas).
Les édifices consacrés au culte sont entretenus par les fabriques, les souscriptions des fidèles et le concours du gouvernement. Dans l'intérieur de la province, l'intervention très-active des municipalités a permis de bâtir des églises dans les villages qui n'en avaient point, et de remplacer ailleurs des masures tombant en ruines par des édifices religieux commodes et même élégants. Les dons des fidèles n'ont jamais fait défaut dans ces occasions.
Instruction publique. — Buenos -Ayres renferme un grand nombre d'établissements privés d'instruction secondaire, sans compter les établissements provinciaux destinés à l'instruction supérieure, tels que l'Université et l'École de médecine. Les districts ont presque tous une ou plusieurs écoles de garçons et de filles subventionnées par l'État et fréquentées par un grand nombre d'élèves. Les Chambres, à l'instar de ce qui s'est fait aux États-Unis, ont eu l'heureuse idée d'assigner par une loi, pour l'établissement des écoles, des fonds pris sur le produit des terres publiques, et cette mesure, qui est consciencieusement exécutée , permet d'en augmenter incessamment le nombre et de les doter du matériel nécessaire. D'un autre côté, les habitants comprennent la nécessité, au moins d'une bonne instruction primaire , et n'hésitent pas à envoyer leurs enfants aux sources où ils peuvent la puiser.
Force publique. — L'armée de ligne qu'entretenait la province est devenue nationale, et il n'y a plus que la garde nationale. Comme* tout citoyen doit servir, cette garde est fort nombreuse et s'élève facilement à 7,000 hommes infanterie et cavalerie pour la capitale, et à 25,000 pour la campagne, tous capables d'un service actif, ainsi qu'on l'a vu en 1859 et en 1861. Le gouvernement a droit de donner des grades jusqu'à celui de colonel exclusivement, le sénat devant être consulté pour ce dernier grade. Les milices, ou garde nationale mobile, sont tenues aux services de campagne comme la troupe de ligne, en cas de nécessité.
Finances; Budget. — Avant la fédéralisation de la douane de Buénos-Ayres, la principale source du revenu de la province était
cet établissement qui, à lui seul, donnait les quatre cinquièmes des recettes de l'État grâce aux droits d'importation et d'exportation perçus sur ce qui entrait ou sortait de son port. La totalité des revenus du gouvernement croissait ainsi d'année en année (1). Aujourd'hui les ressources sont réduites aux produits de la contribution foncière à ' raison de 3 pour 1,000, à celui des patentes, du papier timbré, au bénéfice de la vente et location des terres publiques , presque toutes les autres branches de revenus étant abandonnées aux municipalités. Mais comme le gouvernement national a garanti, en 1860, le budget de la province pour cinq ans, celle-ci perçoit mensuellement, de l'État, 2 millions de piastres papier , ce qui lui permet de pourvoir à tous les besoins de son budget qui s'élève, pour 1863, à 35,000,000 de piastres. Il est vrai que dans ce budget sont compris les intérêts de l'emprunt anglais de 1824, qui sont de 9,837,000, P.p. —et ceux de la dette publique provinciale s'élevant à 7,91 4,250 P. p., de sorte que les dépenses réelles de l'administration se réduisent à 16,265,000 P. p. — Le calcul des ressources, en dehors de la garantie nationale des 24,000,000 pour 1863, est évalué à 10,000,000; mais l'augmentation croissante des produits de la vente et location des terres, du rendement du papier timbré et de la contribution directe, font espérer que le budget provincial ne tardera pas à s'équilibrer; cela est d'autant plus nécessaire, qu'à l'expiration de la garantie nationale , il faudra que la province de Buéuos-Ayres puisse pourvoir comme les autres à ses dépenses avec ses propres ressources.
Terres publiques. — En effet, le produit des terres publiques est monté, en 1862, à 9,610,271 P. p. qui se décomposent ainsi :
(I) Le revenu de rÉtâtde Buéoos-Ayres s'est élevé auiL cliifTres suivants, a partir de 18M piastres, papier d'une valeur moyenne de 20 centimes) :
1854 55,000,774 piastres.
Os sumnics sont fournies par les droits d'entrée et de sortie par mer, ceux de port cl de luagasinage , la contribution directe, le papier timbré et diverses autres petites liranches de n'^enu. Les droits de douane en forment, en moyenne annuelle, les 4/5.
{Registro esladiêtico , de 1860. — Mensage dcl gobcrnador de Buenos-Ayres à la asauibtea provincial en 1863.)
Vente de terrains 5,336,014 piastres.
Vente au profit des écoles provinciales 2,514,955 —
Produit de location ... 1,759,322(1). —
Il est vrai que sur cette somme totale il n'a été appliqué au budget provincial que 3,479,364P. p.,leresteayantdesapplieationsspéciales. Mais comme la province possède 789 lieues carrées de terres en location, et 2000 eu dehors de la ligne des forts actuels, qui ne sont pas louées parce qu'elles ne sont pas protégées encore, mais qui sont mesurées et occupées provisoirement par des fermiers à leurs risques et périls, on voit que ce revenu sera pendant longtemps considérable. C'est ainsi que le prix minimum de la lieue carrée fixé par la loi de 1857 à 20O,000P. p. pour les terres en deçà du Rio-Salado, et à 100,000 P. p. pour celles situées au delà, a été doublé à la fin de 1862, et que, la valeur générale des terrains augmentant tous les jours, il est certain que ce prix sera de beaucoup dépassé si ces champs sont mis en vente au plus offrant. D'ailleurs leur location à des prix qui s'améliorent incessamment est encore plus avantageuse pour l'État que leur vente.
Contribution directe. — Le produit de la contribution directe, d'abord de 2, puis de 3 pour 1,000, a été de 4,950,838 P. p. eu 1862. C'est un revenu qui augmente nécessairement chaque année par suite de la plus-value des propriétés et de la construction d'innombrables maisons nouvelles.
Papier timbré. — La vente du papier timbré provincial est montée, en 1862, à 5,069,413 P. p.; presque à deux millions de plus qu'en 1860. Il est cependant probable qu'elle ne dépassera pas, d'ici quelque temps , 5,000,000 , à cause de l'obligation d'user du papier timbré national pour toutes les opérations de la douane.
Quant aux autres branches secondaires de revenu, qui, réunies, forment encore des sommes assez considérables, elles sont, comme nous l'avons déjà dit, abandonnées aux municipalités, qui ont leur budget à part.
Les fonds dont elles peuvent disposer sont fournis par la vente et la location des terres de la banlieue [egido) de la ville, les .patentes,
(1) Voici le produit annuel des terres publiques depuis quatre années:
1859 7,234,955 piastres pa p.
{Mensage del gobernador, 1863).
places du marché, droits d'abattoirs, partie de la contribution directe, droits de sépulture, etc., et autres droits municipaux.
Dette provinciale, — La dette intérieure de la province se divise en quatre sections, qui sont : — l'emprunt anglais de 1824; — Tinlérêt des fonds publics ; — le papier monnaie ; — enfin la dette étrangère pour indemnité de préjudices de guerre.
L'emprunt anglais d'un million de livres sterling a été contracté en 1824, au taux de 60 pour 100, et à l'intérêt de 6 pour 100. Un règlement avec les créanciers est intervenu en 1857, et la somme totale s'élève aujourd'hui à :
Liv. sterling.
Titres primitifs à 6 O/o d intérêt anuuel 955,800
Consolidation de 1857 à 3 O/o d'intérêt annuel 1,308,300
Total 2,264,100
La consolidation de 1857 a eu pour but de régler les intérêts arriérés et d'y ajouter l'amortissement qui doit éteindre cette dette en trente-cinq années. La somme annuelle à payer est de 89,615 livres.
La régularité des payements exécutés depuis ce règlement a porté la valeur de cet emprunt, sur les marchés de Londres, à 95 pour cent de sa valeur.
Fonds publics. — Leur montant se compose des emprunts faits à divers intérêts, depuis 1821 jusqu'à l'époque actuelle, savoir :
Il reste non remboursé.
En 1821 2,000,000 à 4 O/o 617,648
De 1822 à 1869 94,360,000 à 6 O/o 26,324,842
En 1861 24,000,000 à 6 O/o 22,920,000
En 1862 50,000,000 à 9 O/o 48,r)80,000
Total 170,360,000 98,542,490 fr.
De toutes ces sommes il ne reste plus, inscrits au grand-livre, que 98,342,490, le reste ayant été remboursé. Les HO millions du 20 janvier i 862 incombent au gouvernement national, et doivent être, par conséquent, rayés de ce total. La création du 8 juin 1861 est provinciale, et, grâce à l'amortissement, cette dette sera payée en 1894 ; de sorte que la totalité des emprunts provinciaux portant intérêt ne s'élève en réalité aujourd'hui qu'à 69,6S2,480 P. p.
Monnaie de papier. — Au 1" mai 1863, la totalité de toutes les émiseioDS depuis l'origine s'élevait à :
Émises sans amortissement 235,247,656 P.p.
Émises avec amortissement 160,000,000
Total des émissions 395,247,656
Avaient été amorties 43,870,000
Se supposent perdues, usées^ etc 10,000,000
Total du retrait de circulation 53.870,000
Il restait donc en circulation à la même époque -341,377,656
Depuis que la douane de Buéiios-Ayres a été nationalisée, c'està-dire depuis le 10 octobre 1862, une convention entre le gouvernement de la Province et celui de la Nation a décidé qu'on amortirait mensuellement, en brûlant les billets, la somme de 2,000,000 P., monnaie de papier, prise sur les rentrées de cet établissement , la possibilité du retrait de cette somme étant garantie par l'établissement d'un droit additionnel de 2 et demi pour < 00 sur l'importation et l'exportation, et la probabilité d'une augmentation estimée à 10 pour iOO dans le produit total des douanes. Cette mesure a été religieusement mise à exécution malgré la gêne qui en est résultée pour l'État, que les derniers événements politiques ont surchargé de dettes immédiatement exigibles. Si elle pouvait être continuée , il suffirait de quatorze ans et deux mois pour amortir tout le papier émis par Buénos-Ayres, de 1824 à 1862; mais il est douteux qu'elle puisse l'être à cause des engagements de toute nature qui pèsent sur le trésor national. D'un autre côté, il faudrait qu'un nouvel arrangement survint entre l'État et la province pour concilier les droits et devoirs de tous les deux.
Nous avons fait, tome II, page S37, l'histoire de l'origine et des fluctuations du papier-monnaie de Buenos- Ayres jusqu'en 18S9. Depuis cette époque ces fluctuations ont continué^ et même, depuis 1863, cette valeur a éprouvé une dépréciation de plus en plus forte, puisque les onces d'or ont monté au prix de 456 P. p., ce qui donne à une piastre forte la valeur de 28 et demie papier. Le gouvernement provincial, pour arrêter cette dépréciation, voudrait racheter son papier à l'aide d'un emprunt fait en Angleterre où le payement religieux de la dette de 1824 lui a établi un crédit sérieux, et en créant une nouvelle valeur au pair du métallique circulant dans la Plata, garantie par cet emprunt. En attendant, il s'est interdit à jamais toute émission nouvelle, celles de 1859 et 1861, qui sont les dernières, ayant singulièrement obéré la province et contribué à la dépréciation de son papier. Si ce projet peut se réaliser, ou arrivera à faire disparaître ces
fluctuations si brusques, si inopinées, de la valeur du papier relativement à celle du métallique, fluctuations qui pèsent si désastreusement sur le commerce de la rive droite de la Plata.
Dette étrangère pour indemnité. — Cette question n'est encore réglée qu'avec la France. Il a été reconnu une dette de 3 millions comme indemnité pour préjudices de guerre de i 838 à 1 833 , aux Français qui, dans la ville et surtout dans la campagne, ont été lésés dans kurs biens. Pareil règlement est à terminer avec l'Angleterre et est réclamé par l'Italie et le Brésil. Le gouvernement de la Confédération argentine l'avait déjà reconnu et réglé eu 18S9, 60 et 61 au nom des treize provinces, et Buénos-Ayres devait accéder à cette convention; rÉtat Oriental en avait fait autant en 1862. Ces réclamations, qui sont en voie d'arrangement, exigent encore un certain temps avant d'être réglées.
Banque provinciale, — Cet établissement est en pleine prospérité. Son capital, formé du montant de ses bénéfices, s'élève à 38,5OO,O00P. p. Au commencement de 1863, les dépôts énonces d'or étaientde 117,400 onces, et ceux en papier de 31 1,000,000 P. p. — L'intérêt payé sur les dépôts varie selon les circonstances ; il a toujours oscillé entre 4 et 12 pour 100 par an. — Les autres banques sont la bai^que M.iua, établie depuis six ans, et la banque anglaise fondée récemment ; ce sont des établissements particuliers.
§ IL — Province de Buénos-Ayres en particulier, — Division administrative. — Districts et centres de population.
La province de Buénos-Ayres est partagée administrativement en cinquante-deux districts {partidos) de grandeur très-inégale, dont quatorze au nord, quatorze à l'ouest et vingt-quatre au sud. La division en huit grandes préfectures, établie en 1856, n'a point été maintenue. La capitale et ses faubourgs, Barracas au sud, la Recoleta au nord, le quartier du 11 septembre à l'ouest, n'y sont point compris et forment une section à part. — Cette division n'est pas commode pour une description géographique et statistique, aussi nous en tiendrons-nous aux sept régions que nous avons déjà indiquées.
Les centres de population portent trois noms : Ciudad^ ville; Buénos-Ayres et San-Nicolas de los Arroyos ont seules ce titre ; — Villa^ bourg; il n'y en a que trois : Mercedes, Lujan et Dolores; — enfin Pueblo, village ; tous les autres groupes d'habitations portent
C05P. ASGCTITUIE. — T. ID. 3
U DESCRIPTION DKS PROVINCES.
ce nom; quant aux villages indiqués, beaucoup sont des bourgs riches et commerçants. Il serait convenable d'établir une autre classification qui tînt compte de leur plus ou moins grande importance. Plusieurs districts n'ont point de village pour chef-lieu ; ce dernier, est une simple réunion de quelques maisons, ou même une ferme isolée (estancia).
Statistique générale de la campagne. — Le Registre estadistico donne, quoique d'une manière incomplète, — tous les juges de paix de district n'envoyant pas très-régulièrement les renseignements qui leur sont demandés, — la statistique de la campagne. — Le dépouillement raisonné de tous ces chiffres jusqu'à 1861 nous offre en nombres ronds, pour l'année 1863, les résultats suivants :
Villes. {San Nicolas de los Arroyos,) 1
houTgs. (Lujan, Mercedes, Doiores) 3
Villages. {Barracas-al-sur, QuUmeSf San-José-de* Flores^ Moron, Belgrano, San-Isidro, San^Fernando^ Ense^ nada, Magdalena^ Chascomus, Zarate, Baradero^ San- Pedro ^ San-Ficente^Canuelas^ Matanza^ Ranchos^ Monte^ Lobos^ Navarro^ Pilar^ Exattacipn-de'la-CruZy Areco^ Fortin de Areco^ Saito^ Arrecifes^ Pergamino^ Rojas, Chivilcoy^ Tandil, Azuly Las-Ftores, Bahia^
Blanca, Patagones^ 25 de Mayo, Bragado, Junin), ... 37
Maisons h terrasses. [Casas de azotea,) 4,000
Maisons recouvertes en tuiles 1,000
Maisons recouvertes en chaume. {Ranchos,) 27,000
Chacrasde plusd*une cuadra, 1 hectara 1/2 d*étendue. . . 3,000
Chacras de plus de 3 cuadras 1,500
Chacrasde plus de 10 cuadras 1,600
Fermes à bétail. {Estancias,) 4,000
Bétail bovin 3,600,000
Chevaux et juments 1,200,000
Mulets et ânes 80,000
Bétes à laine, pur-sang ou du moins très-rafGnées. . . . 300,000
Bétes à laine métisses 16,000,000
Bêtes à laine indigènes 3,000,000
Porcs 50,000
Lieues carrées employées par Tagriculture 250
Lieues carrées occupées par le bétail 4,000
Population totale: Ames: 230^000
Garde nationale 25,000
Chaque district est administré par un magistrat supérieur qui est le juge de paix. Après lui viennent les membres de la municipalité, puis les alcaldes et les sous-alcaldes {tenientes alcaldes) chargés de la
police et qui ont sous leurs ordres un petit corps de gendarmes {celadores^ fuerza de policia). Les forts de la frontière ont de la troupe de ligne aux ordres des autorités fédérales. — Presque tous les districts ont une église paroissiale et deux écoles soutenues par l'État, lune de garçons, l'autre de filles. Lorsqu'il n'y a pas d'église, le district est adjoint à la paroisse la plus voisine.
Voici l'indication et l'ordre des régions en lesquelles nous avons subdivisé la province.
!• Buenos - Ayres , ses faubourgs et ses environs, dans on rayon de huit lieues.
Ville.
Faubourgs.
Districts et villages des environs.
2* Littoral de la Plata et du Parana.
Côte de la Plata.
Côte du Parana.
3* Région du Nord du Rio-Salado.
Buénos-Ayres.
Recoleta.
Quartier du 1 1 septembre.
Barracas au Nord et Boca.
Barracas au Sud.
District et village de Quilmes.
Lomas de Zamora.
District et village de San-José-de-
Flores.
District et village de Moron.
District et village ,de Belgrano.
District et village de San-Isidro.
District et village de San-Femando • District et village de Las Couchas.
District et village de Zarate.
District et Village Del Baradero.
District et village de San-Pedro.
District et village de San-lSicolas.
District et village de La-£nsenada.
District et village de I^-Magdalena.
District et village de Chascomus.
District et village de San-Vicente.
District et village de Canuelas.
District et village de Matanza.
District et village de Ranchos.
District et village Del Monte.
District et village de Lobos.
District et village de Navarro.
District et bourg de Lujan.
District et village Del Pilar.
District et village de la Exaltacion
de la Cruz, ou Capilla del Senor.
District et village de San-Andres de
Giles.
District et village de San-Antonio-
de-Areco.
an
Z*" Région du Nord du RioSalado {siiite).^
Côte de lOcéan.
4^ Région entre le Salado et la première ligne de Sierras du Sud.
Intérieur des terres.
5® Région entre la première ligne de sierras du Sud et celles de la Ventana et de Guamini.,
6*^ Région des rivières Colorado et Ncgro et côte de TOcéan patagouien.
7® Frontière occidentale ou ligne des Indiens.
District et village Del Fortin de
Areco.
District et village Del Salto.
District et village de Arrecifes.
District et village Del Pergamino, District et village de Rojas.
District et village de Chivilcoy.
District et bourg de Mercedes.
District Del Tordiilo.
District Del Ajo.
District del Tuyu ou Monsalvo.
District de la Mar-Chiquita.
District de la Loberia.
District Del Pila.
District et bourg de Dolores.
District Del Vecino.
District et village Del Tandil.
District et village Del Azul.
District el village de Las-Flores.
District Del Saladillo.
Territoire d'Entre-Sierras.
Côte de l'Océan^ ou Sud de la Loberia.
District et village de Bahia-B anc3.
Entre-Rios du Sud.
District et village Del Carinca ou Patagones.
Côte de TOcéan patagonien.
District de Tapalquen.
District et village Del 2b de Mayo ou Mulitas.
District et village Del Bragado.
District et village de Junin.
1» BUÉNOS'AYRES, SES FAUBOURGS ET SES ENVIRONS DANS UN RAYON DE HUIT LIEUES.
Ville de Buénos-Ayres. — La ville de Buéuos-Ayres, capiUile de la province de ce nom, 'et aujourd'hui de toute la Confédération argentine, est située sur la rive droite de la Plata, par 34°36' de latitude sud, et 60"44' du méridien de Paris. Le fleuve, dont Teau est constamment douce, a, en cet endroit, dix lieues de large. — Par sa population et son mouvement d'affaires, elle occupe le second rang parmi les capitales des États de TAmérique du Sud, et compte parmi
les principales villes commerçantes du monde. Elle s'étend le long de la rivière, depuis l'église de la Recoleta jusqu'à l'embouchure du Riachuelo ou rivière de Barracas, sur une longueur de six kilomètres, mais son centre n'en occupe guère que trois, du nord au sud, et deux de Test à l'ouest.
Construction et aspect. — Les rues, larges seulement de seize vares i13"76), et garnies de petits trottoirs, sont dirigées de Testa l'ouest et du sud au nord, et se coupent à angle droit en circonscrivant des pâtés de maisons carrés ou manzcmas, de 129 mètres de côté. Elles sont aujourd'hui devenues trop étroites pour l'immense circulation qui s y fait. Les maisons, bien bâties, ont rarement plus de deux étages, et le plus souvent un seul ou un simple rez-de-chaussée. (Voyez d'ailleurs tome II, page 324.) Leur construction est celle suivie dans toutes les villes de l'Amérique espagnole ; mais, dans ces dernières années , la cherté du terrain a amené les propriétaires et les architectes à bâtir des maisons qui se rapprochent de la forme européenne par le nombre, mais aussi par la petite dimension des appartements. En revanche, d'autres ont fait élever, pour leurs familles, de vastes et splendides habitations meublées avec tout le luxe et tout le confort des grandes villes de l'Europe. L'absence d'étages, l'extension des cours intérieures de la plupart des édifices particuliers, en réduisant l'espace habitable, donnent à Buénos-Ayres une vaste étendue. Malgré cela, la ville est maintenant fort propre et bien tenue. Le service de salubrité s'y fait avec exactitude ; toutes les rues sont empierrées sur une étendue de 2 kilomètres en tout sens, et le pavage, dirigé par la municipalité, rayonne maintenant aux environs de la ville. Mais on ne peut se dissimuler qu'il faudra bien du temps encore et d'énormes dépenses pour que tous les chemins des faubourgs soient macadamisés à leur tour, mesure pourtant des plus nécessaires à cause de la nature argileuse du terrain. La pierre, qui est un granit assez compacte, est apportée de l'Ile de Martin-Garcia. Les gneiss et les mica-schistes, les granits de cette île, fournissent toutes les roches dures qu'emploie Buénos-Ayres, dont les environs n'ont pas une pierre autre que cette argile durcie appelée tosca^ que l'on trouve sur le rivage et dont on n'use point à cause de sa friabilité. Tous les édifices, soit publics, soit particuliers, sont construits en briques; les marbres qui en décorent plusieurs sont importés d'Italie; on amène d'Angleterre les dalles schisteuses qui servent à garnir des trottoirs et des cours. La chaux est fournie par la Bande-Orientale, l'Entre-RiQs et Cordova; le Paraguay donne les bois de charpente et d'ébénisterie ; la Russie et
l'Amérique du Nord, les planches et les poutres de sapin et tout ce qui est nécessaire pour les navires. Excepté la brique et le sable, tous les matériaux de construction sont donc importés de l'extérieur.
Cette circonstance n'a point empêché Buénos-Ayres de grandir d'une manière extraordinaire depuis dix ans, et de voir se terminer d'assez grands travaux, tels que la construction de la douane et du vaste théâtre de Colon, la restauration de toutes les églises et la fondation de plusieurs nouvelles dans les quartiers éloignés, sans compter les milliers de maisons particulières qui se sont élevées, aussi bien dans la ville que dans les faubourgs et aux environs.
Édifices et établissements publics, — L'édifice le plus remarquable de là ville est certainement la Cathédrale, vaste et noble vaisseau de près de 100 mètres de long sur 35 de large, et construite vers la fin du siècle dernier. Les fondements de cette église furent jetés en 1621, et elle ne s'est achevée que beaucoup plus tard après plusieurs modifications et reconstructions. On y a ajouté, en 1825, un péristyle formé de douze belles colonnes corinthiennes élevées sur un soubassement de marbre blanc et surmonté d'un fronton triangulaire sur lequel un artiste français a commencé à sculpter un sujet tiré de l'Ancien Testament : Joseph se faisant reconnaître par ses frères^ qui sera prochainement terminé. — Le Palais épiscopal ^ de construction récente, touche à l'église ; son architecture est simple et convenable. Parmi les autres églises, on peut citer celle de la Merced^ celle de l'ancien Collège des Jésuites^ celles des couvents de Saint-François^ de Saint- Dominique et Saint-Michel. Leur architecture est celle du dix-huitième siècle. Elles sont généralement bien tenues, mais ne renferment aucune œuvre d art, soit tableau, soit statue, qui puisse être notée. Les églises modernes, toutes à peu près construites sur le même plan, se composent généralement d'une grande coupole revêtue de faïence bleue vernissée qui fait un assez bon effet, et d'un péristyle à colonnes, tantôt ioniennes, tantôt corinthiennes : telles sont les églises de la Conception^ de Monserrat et de Balvanera. Les anciens couvents ne sont remarquables que par leur masse. Les deux monastères de femmes cloîtrées sont entourés de hautes murailles et leurs chapelles sont des plus simples.
On a accolé la Nouvelle Douane^ bâtie en 18oo,. mais devenue dès à présent trop étroite, au Fuerte, ancienne forteresse espagnole qui fut le premier édifice important construit à Buénos-Ayres. Ce vieux monument, dont les dispositions ont été bien modifiées, renferme aujourd'hui les salons et bureaux du gouvernement national. Le gouvernement
proyinciûl a les siens dans la vaste maison qui appartenait au général Rosas. — L'édifice nommé Cabildo ou maison de ville , également de construction espagnole, orne la place de la Victoire ; une sorte de galerie de style mauresque, nommée Becoba- Vieja, lui fait face et B*est point d'un mauvais effet.
Après les églises, le monument principal est le théâtre de Colon, bel et imposant édifice, toutefois un peu lourd de forme, parce qu'on la bâti sur l'emplacement d'un autre bâtiment, le Golisée, dont on a Toulu utiliser les fondations. Ce théâtre, élevé en 1856 par une compagnie d'actionnaires sur un terrain cédé par l'État, est extrêmement Taste, trè&-solidement construit, et d'une excellente disposition intérieure pour la ventilation et la circulation. — Un autre théâtre plus petit, celui de La Victoria, n'a rien de remarquable comme architecture, mais ii est commode, surtout pour l'opéra, les dimensions de la salle permettant d'y ménager la voix des chanteurs. Deux autres théâtres, El Argentino et El Provenir, sont en démolition. Colon, et La Victoria ont constamment des compagnies d'opéra italien, de drame espagnol et de vaudeville français; et le public suit avec assez d'entrain toutes les représentations.
La Bibliothèque publique, le Musée, TUniversité et le Collège national, sont dans les bâtiments de l'ancien Collège des Jésuites, grand et pesant édifice plusieurs fois modifié et restauré, mais dont la masse solide durera des siècles. — LaBibliothèque renferme 25,000 volumes, parmi lesquels beaucoup d'ouvrages modernes : sciences, voyages et littérature ; le fonds en a été commencé avec les livres provenant de plusieurs couvents et des dons particuliers. Une subvention annuelle du gouvernement provincial permet de l'augmenter graduellement par des acquisitions en Europe. C'est aussi dans cet édifice qu'est installé le Musée d'histoire naturelle qui renferme im assez grand nombre d'échantillons minéralogiques provenant des provinces argentines, et une collection d'oiseaux et de mammifères du pays. La pièce la plus remarquable est un squelette presque entier de Glyptodon monté par le savant directeur de l'établissement, M. Hermann Burmeister; on y voit aussi des ossements très-bien conservés de Megatherium.
Au point de vue historique, un monument très-remarquable est déposé dans ce musée : c'est une collection de peintures sur panneaux en bois représentant la conquête de Mexico par Cortès. Ces tableaux sont évidemment du seizième siècle, et paraissent l'ouvrage de quelque artiste indien. La peinture y a un cachet de naïveté toute particulière, tant par la couleur et le dessin que par des incrustations en
nacre fort curieuses qui y sont mêlées ; on y lit en outre Texplication de chaque sujet écrite en espagnol par Tartiste dans un coin de son tableau.
V Université de Buenos- Ayres, dont la fondation remonte à l'administration de l'illustre Rivadavia, en 1824, compte des chaires de droit, de mathématiques, de physique, de chimie, d'histoire, de latinité supérieure. Les collèges particuliers de la ville, qui sont nombreux, y envoient leurs élèves pour y prendre leurs grades (1).
h' École de médecine, dont le bâtiment a été construit récemment en face de l'hôpital général, est déjà ancienne ; mais a été réorganisée en 1833. Elle compte huit professeurs; la durée des cours y est de six années, et ces cours y sont suivis par une quarantaine d'élèves.
Le Collège national^ récemment fondé, au commencement de 1 863, par le gouvernement central, ne donne que l'instruction .secondaire. D compte quarante bourses pour les enfants pauvres, choisis principalement parmi ceux des anciens serviteurs de l'État. Le directeur des études est M. Amédée Jacques, ancien professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand à Paris.
Places et promenades. — Après les édifices publics dont nous venons de parler, ce que Buénos-Ayres a de plus remarquable, ce sont ses places. — La première, celle de la Victoria^ sl pour côtés la Cathédrale, le Cabildo, la Recoba-Vieja, que nous venons de citer, et qui la séparent de celle du 25 Mai, laquelle s'étend devant le palais du gouvernement. Cette place, ornée au milieu d'un obélisque tronqué sur-
(1) Rivadavia s'était occupe avec ardeur de l'instruction publique à Buénos-Ayres, il avait
fait venir d'Europe des professeurs distingués, des ingénieurs, des artistes Sous
cette impulsion active et féconde Buénos-Ayres méritait d'être appelée l'Athènes de l'Amérique du Sud. L'intelligence priraesauticre et brillante de la jeunesse se formait, se disciplinait sous l'influence d'une éducation sérieuse. La guerre civile qui suivit les événements de 1827 et la longue dictature du général Rosns, fort ennemi des créations de Rivadavia, éteignirent cette illustration naissante , et tout fut à refaire. Ce n'est que dans ces derniers trmp& que Ton a pu réor^niser solidement l'université et poser les bases d'une éducation générale à la hauteur des besoins de répoque.
La jeunesse et les familles commencent à comprendre l'utilité de l'instruction scientifique et pratique, et celle des études historiques, si négligées jusqu'à présent. Les cours de mathématiques, de physique et de chimie sont bien suivis. A l'étude de l'histoire du pays on joint celle de l'histoire générale. Les derniers travaux en ce genre publiés par quelques Argentins laborieux et éclairés, tels que la Hûttoria de Belgrcmo, de M. le général Mitre, aujourd'hui président de la république , la Historin Argentinay de M. l)ominguez , n'ont pas peu contribué à appeler l'attention sur la nécessité des connaissances historiques, et à imprimer un mouvement salutaire à ces études.
On s'occupe beaucoup de l'étude des langues vivantes. On ne comprend pas une éducation complète sans la connaissance du français et de l'anglais. Beaucoup de Buénos-Ayrions y joignent celle de l'allemand et de l'italien.
monté de la statue de la Liberté, et qu'entourent à la base quatre statues allégoriques, est agréablement plantée d'azédarachs (paraisos) et entourée de bancs de marbre fort commodes ; aussi est-elle très-fréquentée des promeneurs. — Celle du Parque, devant le parc d'artillerie, a des plantations de polonias, de saules, d'allantes, d'azédarachs et d'acacias, et est entourée d'une grille. Le chemin de fer de rOuest, dont le débarcadère est en face, la traverse. — I^ place du Retira est ornée d'une fort belle statue équestre, en bronze, du général San-Martin, représenté au moment où il conduit à travers les Andes son armée à la victoire de Chacabuco. — Les places de Lorea et de Monserrat ont été également ornées d'arbres, et forment d agréables lieux de promenade. Près de la place de Lorea, on remarque 1p Ptiits artésien en construction, dont le forage, au commencement de 1863, était déjà arrivé à 290 mètres, et que l'on doit continuer jusqu'à ce que l'on trouve la nappe jaillissante. — L'ancienne . allée [Alameda) du Quai ou promenade de Juillet (Paseo Julio) est aujourd'hui fort négligée et a besoin d'une restauration complète. Ce quai a d'ailleurs fort souffert pendant l'ouragan du 31 août 1860. — Il est vrai que cette promenade est agréablement remplacée par le vaste et lai^ Môle en bois {muelle) de 350 mètres de long, et d'une extrême solidité, construit en 1854, qui sert au débarquement des passagers, autrefois obligés de passer de leur bateau dans d'affreuses charrettes. Les soirs d'été on y va prendre le frais, succédant alors à la brise du large, qui soufQe assez constamment dans l'après-midi.
Quais et port, — Les quais de Buénos-Ayres sont encore à créer, mais leur établissement se lie à celui des travaux du port, où tout est à faire. Les navires calant plus de trois mètres d'eau sont obligés de mouiller à six milles au large en pleine rivière, dans le canal du sud, où il y a toujours de 5 à 7 mètres d'eau. Pour les décharger on les amène avec précaution par un canal naturel qui contourne le banc dit de la Ciudad^ dans une sorte de bas-fond appelé Las Balizas, situé en face du couvent des Cqtali?ias, mais encore à un mille de terre. Ce banc, qui est de sable dur, ne permet le passage à moins de haute marée, toujours amenée par le vent, qu'à des navires de cabotage. Le niveau de la rivière oscille sans cesse près de la rive ; quelquefois les simples embarcations sont obligées de s'éloigner de 400 mètres de terre pour ne pas s'échouer. Lors des pamperos et des vents du nord, l'eau baisse assez pour laisser à découvert une partie du banc de la ville et faire échouer les navires mouillés aux Balizas, Différents projets ont été proposés pour remblayer une partie des
bas-fonds de la rive et du banc, de manière à laisser entre eux un canal que le courant de Teau venant de las Balizas se chargerait de maintenir libre. Il s'agirait aussi de creuser, dans le vaste terrain conquis sur les eaux, des docks reliés les uns aux autres par des canaux assez profonds pour que les navires puissent y être halés sans peine. Cet immense et coûteux travail n'est pas impossible, mais il est douteux qu'il puisse être entrepris à l'époque actuelle. En attendant, la construction des deux longs môles en bois, celui des passagers et celui de la douane, où les cabestans sont mus par la vapeur, a facilité beaucoup les embarquements et débarquements de marchandises que portent de la plage aux navires de nombreuses et excellentes baleinières.
Le port de cabotage est formé par ia petite rivière de Barracas ou Riachuelo, à 3 kilomètres du centre de la ville. L'embouchure de ce ruisseau dans la Plata est obstruée par une barre que l'on a cherché en vain à détruire jusqu'à présent, mais qu'il est possible de franchir à marée haute. L'intérieur de cette petite rivière est assez profond pour les goélettes, et, sur la rive gauche, il s'est formé un port et un gros village sous le nom de la Boca^ la Bouche. Un bureau de douane y est établi. La canalisation du Riachuelo est liée à l'ensemble de travaux projetés pour la création d'un port de commerce à Buénos-Ayres. Toute la plage de ce côté serait conquise sur la rivière, et l'on y creuserait également des docks en communication avec ceux de la ville. L'ensemble de ces travaux n'offre aucune difficulté matérielle , et ne demande que des bras et de l'argent. L'île de Martin-Garcia, à treize lieues de là, peut fournir économiquement toute la pierre nécessaire aux enrochements et aux fondations.
Dans les conditions actuelles, le port de Buénos-Ayres est inférieur à celui de Montevideo : les frais de chargement et de déchargement y sont plus considérables, et ces opérations demandent plus de temps, d'abord à cause de la distance, il y a six milles de la terre à la grande rade, puis du vent, qui tantôt manque, tantôt est trop fort. L'établissement d'un véritable port ferait disparaître tous ces inconvénients. Malgré cela les besoins sont tels, qu'en moyenne, Buénos-Ayres reçoit annuellement dans sa rade foraine de 1,000 à 1,100 navires d'outre-mer, sans compter de 4,300 à 5,000 embarcations de cabotage qui entrent dans le Riachuelo.
Paroisses^ Sections de Justice de paix et de Police, Municipalité. — La ville de Buénos-Ayres compte onze paroisses, qui sont : celle de la Cathédrale, au nord, ou la Merced; — celle de la Cathédrale, au sud.
PROVINCE DE DUÉNOSAYRES. 43
OU le Collège des Jésuites ; — San-Miguel, — San-Nicolas, — la Piedad, — Monserrat, — la Concepcion, — San- Pedro -Telmo, — Nuestra-Seùora-de-Balvanera, — Nuestra-Seùora-del-Socorro, — Nuestra-Seùora-del-Pilar. — La circonscription des paroisses sert pour les circonscriptions électorales.
Indépendamment des paroisses, il y a plusieurs chapelles particulières et celles des couvents. — Les communautés dissidentes ont quatre temples.
En outre de la circonscription paroissiale, la ville est divisée en douze sections de justice de paix et treize de police. — Les sections de police se subdivisent en cinquante-quatre quartiers. — La municipalité est chargée de tout ce qui concerne Tédilité publique ; c'est à ce corps que Ton doit toutes les améliorations récentes : Textension du pavage, l'éclairage au gaz, qui appartient, il est vrai, à une compagnie particulière, mais avec laquelle la. municipalité a traité pour Téclairage de la ville, la plantation des squares^ etc., etc. Ce corps est composé du ministre de l'intérieur de la province, qui en est le président né, de trois vice-présidents, choisis parmi les membres, lesquels sont nommés par les habitants, à raison de deux par paroisse. Les étrangers peuvent en faire partie.
Bourse et clubs. — La ville renferme une Bourse de commerce, joli édifice construit en 1860, plusieurs Clubs ou Cercles de nationaux et d'étrangers, et un assez grand nombre d'associations de secours mutuels et de bienfaisance, des compagnies d'assurance, de commerce, etc., etc., enfin, tous les établissements d'utilité publique et de plaisir que comporte notre civilisation actuelle dans les grandes villes.
Hôpitaux et sociétés de bienfaisance. — On compte trois grands Hôpitaux desservis par des Sœurs de la Charité : l'hôpital général des hommes, celui des femmes, la maison de convalescence destinée aux aUénés, et en outre des hôpitaux particuliers, français, italien et anglais ; un orphelinat, une maison d'enfants trouvés, et le dépôt de mendicité de la Recoleta.
La Société de Bienfaisance, composée des dames principales de la ville, s'occupe des hôpitaux, des écoles de filles et des orpheliils. Disons en passant que la charité est très-active à Buénos-Ayres, et q e tout appel qui lui est fait est immédiatement entendu. Des souscriptions, des quêtes, des loteries, des bazars de charité, viennent au secours des établissements de bienfaisance.
Maison pour l'immigration. — Sous le nom d'Asile des immi-
grants, une maison est consacrée à recevoir les immigrants et à leur procurer immédiatement un emploi. Cet établissement, dirigé par M. Tornquist et aidé par le gouvernement, a fait beaucoup de bien. Dans les trois jours, les immigrants inscrits y trouvent un emploi.
Ecoles primaires. — Les écoles publiques pour l'instruction primaire sont bien organisées et généralement bien tenues. On en compte une par paroisse. Le nombre d'élèves qui les fréquente est considérable. On peut citer comme fort remarquables les écoles modèles de la Cathédrale, lesquelles ont été pourvues par l'P^tat d'un excellent matériel, et où les études se font sur un plan fort judicieux au point de vue de l'instruction élémentaire. Ces créations utiles sont d'un excellent exemple pour le reste de la province, qui cherche de son côté à en réaliser de pareilles.
Presse. — Un assez grand nombre de journaux politiques et littéraires se publient, et l'on édite quelques livres d'éducation ; mais presque tous les livres de science et d'histoire viennent d'Europe, et surtout de France. Le chiffre des imprimeries est considérable, elles sont généralement bien installées. Les principaux journaux, tels que la Nncion argentina, la Tribuna^ El Nacional^ El Siglo^ ont des dimensions énormes et sont parfaitement imprimés. En 18S8 on a publié un beau spécimen de typographie, la Galeria de celebridades argentinas, grand in-folio orné de lithographies représentant les personnages célèbres du pays : San- Martin, Rivadavia, Belgrano Funès, Moreno, Varela, Lavallé, avec leurs biographies par les écrivains les plus distingués de l'époque. Ce beau travail a été fait tout entier à Buénos-Ayres.
Fauboïirgs. — Les faubourgs de Buénos-Ayres sont la Recoleta, le quartier du H Septembre, Barracas-au-Nord, et la Boca. Ces centres secondaires de population ne sont séparés de la ville que par quelques champs et maisons de campagne, qui bientôt vont se trouver confondus avec elle, car Buénos-Ayres, n'ayant point de murailles, s'étend incessamment en tout sens.
La Recoleta^ au nord, en remontant la rive droite de la PlaUi, est un an6ien couvent de franciscains, bâti dans une position des plus heureuses, sur la berge qui domine la rivière, et d'où l'on jouit d'une vue magnifique.
Ce bâtiment tombait en ruines il y a huit ans ; on l'a sauvé et utilisé en le consacrant à l'œuvre excellente qui donne un asile aux vieillards infirmes, et permet de supprimer une des anciennes plaies
de la ville, la mendicité. Cet hospice est bieu administré, et ses pensionnaires y sonl dans de bonnes conditions hygiéniques. — Le Citneiière général, orné de beaux monuments en marbre et de plantations vigoureuses, touche aux murailles de Tancienne église. — Les environs de la Recoieta sont remplis de jolies maisons de campagne , qui renferment pendant Tété une population considérable.
Le faubourg du li Septembre est tout-à-fait industriel. Une station du chemin de fer de TOuest y est établie. C'est là qu'est situé le marché destiné à recevoir les charrettes à bœufs chargées des produits de la campagne, auxquelles il n'est plus permis d'entrer en rille de peur d'encombrement : aussi y rencontre-t-on de vastes dépôts de toute sorte. On y voit plusieurs moulins à vapeur, où se moud la majeure partie du blé de la province destiné à la consommation de la capitale.
Barracas est une petite ville que le Riachuelo sépare en deux. La partie au nord du ruisseau est considérée comme constituant un faubourg de la ville. C'est dans ce faubourg que sont éUiblis une partie des saladeros où s'exploitent les troupeaux de la province et une foule d'autres établissements industriels que dessert la navigation du Riachuelo, parfaitement navigable sur ces points pour de gros bateaux plats. La population de Barracas, qui augmente tous les jours, se compose surtout d'étrangers, parmi lesquels les Basques sont en majorité. Un pont de bois fait communiquer ensemble les deux parties de ce faubourg, dont la portion sud est distincte de la ville, et constitue un district {partido). Un établissement fort curieux de Barracas est le puits artésien creusé par MM. Sourdeaux et Legout, à 82 mètres de pmfondeur, et qui, depuis un an, donne un gros jet permanent d'une eau un peu saline, mais dont les voisins usent sans inconvénient. (Voyez d'ailleurs aux Notes et Documents.)
Le faubourg de la Boca est situé un peu plus bas, près de l'embouchure du Riachuelo dans la Plata ; il n'est peuplé que de marins et de détaillants de toute espèce. Un quai en bois, long de 200 mètres, reçoit la décharge des petits navires qui fourmillent dans la rivière. Tous les terrains des environs sont bas et s'inondent lors des crues de la Pkta ; aussi la route macadamisée de 2 kilomètres qui mène h la ville est-elle presque toujours défoncée malgré les remblais-qu'on y fait sans cesse, et doit-on lui adjoindre une voie ferrée, beaucoup plus commode pour l'immense transit dont elle est le siège, et d'un entretien moins coûteux.
L'établissement de Pâf/ermo, ancienne maison de campagne dit
Ad DESCRIPTION DES PROVINCES.
général Rosaç, à 4 kilomètres au nord dé la ville et sur la rivière, a été mis à profit pour les expositions d'industrie. Mais on laisse tomber en ruine ces édifices et on néglige ces terrains, qui pourraient être heureusement utilisés pour une ferme modèle et une école d'agriculture, fondations d'une si grande importance pour le pays. Cet endroit bien boisé et assez pittoresque est le but de toutes les promenades à cheval ou en carrosse des citadins de Buenos- Ayres ; le chemin de fer du Nord y a une station.
Population. — Buenos- Ayres et sa banlieue ont aujourd'hui une population évaluée à 120,000 âmes, dont un tiers d'étrangers. Dans ce chiffre n'est point comprise, bien entendu, la population de la rade.
1° Environs DE la ville dans tn rayon de huit lieues. — District ou Partido de Barracas au sud. Ce village n'est que la partie sud du faubourg que nous avons déjà nommé, mais il en est séparé par la rivière. On y trouve la même population et les mêmes industries. Cette population, éminemment active et laborieuse, grandit tous les jours et atteint aujourd'hui 7,000 âmes, dont 3,000 dans le village, et le reste dans la campagne. Sa superficie n'est que de 20 lieues caiTées, et l'on s'y occupe particulièrement d'industrie et d'agriculture. Les saladeros sont au nombre de quatorze et l'on y tue jusqu'à 300,000 animaux par an. Il y a des chantiers où l'on construit de petits navires. Des fours à briques y préparent des matériaux de construction pour Buénos-Ayres. Enfin c'est, avec lefaubourgsitué en face, le centre industriel de la province. Les nombreuses chacras ou cultures des environs donnent une quantité considérable de céréales, de fruits et de fourrages qui trouvent à Buénos-Ayres un débouché certain.
Le village possède de nombreuses maisons à terrasse, des magasins bien assortis , une église paroissiale neuve et deux écoles de l'État, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles, sans compter les établissements particuliers, plusieurs jeux de paume, etc. — L'exportation de ce district consiste principalement dans les produits des saladeros, mais le rendement de ses cultures croit incessamment. — Les autorités se composent d'un juge de paix, six conseillers municipaux, six alcaldes, six sous-alcaldes (tenientes-alcaldes), et une petite force de police.
District de Quilmès. — Il fait suite au précédent, en descendant la rive de la Plata vers le sud. Sa superficie est de 104 lieues carrées, dont les 9/10 sont consacrés à l'élève du bétail et le reste à Fagriculture. La partie la plus basse du terrain, presque au niveau de la Plata, est quelquefois recouverte par les eaux, ce qui lui donne une très-grande fertilité : aussi l'agriculture prospère-t-elle dans cette partie du district. On y trouve aussi un grand dépôt coquillier qui peut fournir de la chaux et un sable à bâtir de qualité supérieure que Ton exporté à Buenos- Ayres.
Le village de Quilmès a été fondé en 1677, avec des Indiens Quilmès et Calians transportés là, des vallées de Calchaqui dans la province de Salta. Ces Indiens ont fini par se confondre entièrement avec les colons espagnols. La population n'est guère que de 700 âmes, mais celle de la campagne atteint aujourd'hui S, 000. Ce district est un des plus riches des environs de Buenos -Ayres, où il envoie tous les produits de son agriculture. — Il compte six conseillers municipaux, quatre alcaldes, trente-deux sous-alcaldes et un petit corps de police. Un juge de paix y réside.
Au sud de Quilmès se trouve un petit canton remarquablement ondulé, qui a pris de ses accidents de terrain le nom de Lomas de Zamora^ les collines de Zamore; il est couvert de fermes et de maisons de campagne. On y construit un village et une église.
District de San-José de Florès, — Fort peu étendu, mais situé pour ainsi dire aux portes de Buénos-Ayres, avec lequel il communique par le chemin de fer de l'Ouest. Il est couvert de maisons de campagne et de cultures, et n'a presque point d'estancias sur sa superficie qui est seulement de 6 lieues carrées.
Le village, qu'on pourrait plutôt appeler une petite ville, est un vrai faubourg de la capitale, dont il n'est qu'à 2 lieues ; il a une jolie église récemment construite et un bon nombre de belles maisons à terrasse. La population est de 6,000 âmes environ, moitié dans le bourg et moitié aux environs, qui se peuplent d'une manière extraordinaire. On y a les mêmes industries qu'à Quilmès. Plusieurs villages sont en construction dans le canton et aux environs: San-Martin, San- Justo, etc.
District de Moron. — Fait suite à celui de- Florès vers l'ouest. Le chemin de fer précédent le traverse. Moron est un bourg nouvellement construit, à 20 kilomètres de Buénos-Ayres, et renferme une église neuve. — Moreno^ à 4 lieues plus loin, forme aujourd'hui la tête du chemin de fer. Ce n'est qu'un groupe de maisons qui toutes sont des
auberges et des restaurants où, grâce au chemin de fer, les habitants de Buenos- Ayres viennent s'égayer les jours de fête. Mais ce hameau est surtout important en ce qu'il sert de point de départ à toutes les diligences pour l'ouest, et de dépôt à une partie des produits de l'intérieur. — La superficie de ce district est de 52 lieues ; il compte un certain nombre d'estancias et d'établissements de culture. La population est de 6,000 âmes.
District de Belgrano, — Ce district, au nord de Buénos-Ayres, sur les bords du fleuve, n'a qu'une lieue et quart de superficie et est consacré presque tout entier à l'agriculture ; sa campagne est légèrement ondulée, et les terrains y sont de la meilleure qualité. Le bourg de Belgrano, son chef-lieu, situé à 2 lieues de la capital^, est un village des plus élégants, que l'on a commencé à bâtir en 1854, et qui renferme de très-belles maisons dont le nombre croît chaque jour, chacun voulant avoir un pied-à-terre dans ce Chantilly buénosayrien, aujourd'hui devenu à la mode. Un hippodrome bien installé y permet des courses de chevaux fort suivies. — La position de Belgrano au sommet de la berge de la Plata, permet une vue des plus étendues sur le fleuve, et l'on y respire un air frais et salubre. Il est dessei'vi par le chemin de fer du Nord. Dans ces conditions, Belgrano est visité les deux tiers de Tannée par un nombre immense de promeneurs. La population actuelle est de 1,800 âmes, dont un millier dans le bourg, et le reste dans la campagne environnante.
District de San-Isidro, — Au nord du précédent, sur les bords de la Plata ; son étendue n'est que de 6 lieues carrées, mais la population atteint 8,000 âmes ; on n'y fait que de l'agriculture. Le village de San-Isidro, situé sur la berge du fleuve, dans une position très-pittoresque, est de fondation ancienne, puisqu'elle remonte à 163Q. Ce bourg est stationnaire, le mouvement de population étant beaucoup plus sensible à Belgrano et à Sau-Fernando ; mais sa campagne est bien peuplée.
District de San - Fernando. — Peu étendu , une lieue et demie seulement de superficie, mais très-peuplé : 3,500 âmes, dont 3,000 pour le chef-lieu. On n'y fait que de l'agriculture et du commerce.
Le bourg de San-Fernando est situé, comme San-Isidro, sur le haut de la berge du fleuve. On y jouit donc d'une fort belle vue sur les plantations qui le bordent et la campagne environnante: aussi ce bourg reçoit-il pendant la belle saison une multitude de visiteurs.
PROVINCE DE BUENOS -AYHëS. 49
— Le nombre des belles maisons est considérable, et Ton en bâtit tous les jours pour les citadins qui viennent s'y retirer. Le chemin de fer du Nord y aboutit, ce qui multiplie encore ses communications avec la capitale. — Mais ce qui fait surtout de San-Fernando un point important pour le commerce, c'est le port Del Tigre ^ petit canal naturel un peu amélioré par l'art, lequel reçoit de nombreux bâtiments de cabotage qui y sont en toute sûreté. En effet, ce port intérieur est on ne peut plus commode pour les embarcations de moyenne force qui viennent du Parana et de l'Uruguay, et qui non-seulement y trouvent un entier abri pendant les gros temps de la Plata, mais encore peuvent charger et décharger en toute saison et par n'importe quel vent. Le chemin de fer qui va mettre en communication Sao-Fernando avec Buénos-Ayres donnera encore plus d'activité à ce petit port. — Ce bourg a été fondé en 1769 et portait d'abord le Dom de Las Couchas, localité à maisons disséminées avec lequel il se confondait.
District de Las Conchas. — Est un peu plus grand que celui de San- Fernando, puisqu'il a 3 lieues et demie de superficie. Les habitations sont assez isolées les unes des autres, et l'on ne s'y occupe que d'agriculture. Le pays étant bien abrité et bien boisé, grâce aux plantations qu'on a faites depuis de longues années, la température y est assez élevée , et l'humidité ne manque jamais : aussi plusieurs espèces df palmiers réussissent-elles en pleine terre , les orangers donnent des fruits exquis ; enfin tous les arbres fruitiers y prospèrent et leur culture fait naturellement la principale richesse du canton. Le district est traversé par la rivière de Lujan et un canal naturel navigable dérivé du Parana. — Il a une église et deux écoles situées dans l'île formée par les deux cours d'eau précédents. Cette lie renferme plusieurs jolies maisons de campagne. La population du district et de Las Conchas est de 1,400 âmes.
L'archipel du Parana, connu sous le nom de Carapachay^ dépend de Las Conchas et de San-Fernando. Ces lies, formées par les nombreux canaux qui sillonnent le delta du fleuve, sont très-fertiles, grâce à leur humidité et à la nature alluviale de leur sol. Elles commencent à avoir une population assez nombreuse d'agriculteurs qui y ont fait des plantations considérables. Ce canton, s'il continuée se développer comme il le fait depuis quelques années, deviendra un des plus riches des environs de Buénos-Ayres.
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!>(i • DESCRIPTjON DES PROVINCES.